Ordres T2 en enchâssées

De Arbres
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En breton standard et dans les grammaires descriptives, le verbe tensé se place immédiatement après un complémenteur (Kervella 1947:§771). Avec un complémenteur prototypique comme ma 'que' ou pa 'quand', l'ordre des mots est donc canoniquement (C)-VSO.


(1) Dereat eo ma teufec'h d'ar gouel.
convenable est que4 veniez à'le fête
'Il serait convenable que vous veniez à la fête.' Menard Kadored (2001:'ma2)


Cependant, certains complémenteurs permettent régulièrement des ordres à temps second enchâssés (C-X-VSO). Ces complémenteurs sont penaos dans son usage déclaratif, la(r), et ha(g), ainsi que les complémenteurs de causalité kar, rak, rakkar, peogwir et parskan, et les complémenteurs d'opposition hogen et met. A travers les dialectes, on trouve même des ordres à temps second avec les complémenteurs ma et pa.


Sommaire

Inventaire des ordres T2 en enchâssées

T2 après complémenteur déclaratif

après le complémenteur vide déclaratif

Après un verbe déclaratif sélectionnant un complémenteur vide, il est possible de trouver le verbe tensé à l'initiale de proposition, mais aussi un sujet, un objet, un prédicat ou un adverbe.


(1) Me a gred (e planto) Simone (a blanto) patatez er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois R4 plantera Simone R1 plantera patates dans.le année-ci comme son2 voisin
'Je crois que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


Un objet antéposé simple peut poser problème et requérir une prosodie particulière, mais l'antéposition en elle-même est clairement disponible dès que l'objet est accompagné de particules focalisantes contrastives comme kentoc'h, ou alato.


(2) Me a gred patatez kentoc'h e planto Simone er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois patates plutôt R4 plantera Simone dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


(3) Lavaret o deus e veho brao an amzer warc'hoazh.
Lavaret o deus an amzer a veho brao warc'hoazh.
Lavaret o deus brao e veho an amzer warc'hoazh.
Lavaret o deus warc'hoazh e veho an amzer brao.
dit 3PL a R sera beau le temps demain
'Ils ont dit (dans le journal) qu'il ferait beau demain.'
Plougerneau, M-L. B. (04/2016)


Il est même possible de trouver des ordres de mots où le verbe arrive en troisième position.


(5) Me jouch disul an imbisil-se a fardo kig-ha-farz gant soja espress.
moi (R1) pense dimanche le imbécile-ci R1 cuisinera kig-ha-farz avec soja exprès
'Je pense que cet imbécile fera exprès de cuisiner un kig ha farz au soja dimanche.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (05/2016)


pas de stratégies explétives

Si la complétive débute par une tête verbale de participe, une pause prosodique importante est requise. Ceci montre que les complétives intégrées entièrement à la structure, elles, ne peuvent supporter l'antéposition d'un participe.


(1) Me a gred (//?)* plantet neus Simone patatez er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois planté a Simone patates dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone a planté des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (05/2016)


pas de complémenteur réalisé en standard

Le breton standard n'a pas de complémenteur déclaratif réalisé, ni en matrice ni en enchâssées. Cependant, on en trouve deux à travers les dialectes, dont aucun n'est une entrée dans les dictionnaires Menard & Kadored (2001) ou Merser (2009).

Ces deux complémenteurs déclaratifs, la(r) et penaos, sont restreints aux enchâssées. Cette restriction pourrait venir, pour le complémenteur la(r), du fait qu'il est la grammaticalisation du verbe lavar, 'dire', qui introduit les complétives. Quant au complémenteur déclaratif penaos, il a une concurrence de lecture trop forte en matrices avec la lecture interrogative ('comment?').


après penaos complémenteur déclaratif

(4) Ar pez a zo diarvar eo penaos ar c'haz du a zo e vicher dizolei ar c'huziadennou.
le ce.que R est non-.risqué est comment le chat noir R est son1 métier découvrir le cachettes
'Ce qui est incontestable, c'est que le chat noir a pour office de découvrir les cachettes.'
Léon (St. Thégonnec), Kerrien (2000), cité dans Rezac (2009)


(5) /mar-nemapersəvan pənošt əlid zo laked ar-XurXãtew.../
mar 'n em apersevan penaos al litr zo lakaet war hor c'hontoù...
ma-se.aperçois que le.litre est mis sur-notre comptes
'Si je m'aperçois que le litre (de vin) est mis sur notre compte...' Groix, Ternes (1970:248)


diachronie

On trouve des ordres à temps second en enchâssée avec penaos depuis le moyen breton (Hemon 2000:§206) et en breton pré-moderne.


(1) Guelet a rit penaus an dud en em gav.
voir R faites que le gens se1 trouve
'Vous voyez que les hommes se rencontrent.' Prud'homme (1863:97)


(2) hac ez lauar penaux hon doueou ez ynt diaoulou. (1576, Ca.:n 12)

lavaret a ra crenn penaoz hi a garrie... beza marv. (SBI:II:74), relevés dans Hemon (2000:§206)


Un constituant autre que le sujet peut aussi être antéposé.

(3) auis an fet ... penaux couffat an maru ... a-ra da pep heny en em humiliaff. (moyen breton, M.:562)


après la(r) complémenteur déclaratif

haut-cornouaillais

En haut-cornouaillais, l'ordre lar-VSO ne semble pas avoir d'alternatives.


(3) Soñj ' ran lar 'mañ chomet ar vicherourien da gousket.
penser (R) fais que est resté le1 ouvriers à1 dormir
'Je pense que les ouvriers sont restés dormir.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(4) * Soñj ' ran lar chomet 'mañ ar vicherourien da gousket.

* Soñj ' ran lar ar vicherourien 'oa chomet da gousket.


(5) Ya, me oar mat lar (* 'r vuoh wenn) ' ra ('r vuoh wenn) kalz laezh.
oui moi sais bien que le1 vache 1blanche (R) fait le1 vache 1blanche beaucoup lait
'Oui, je sais bien qu'une vache blanche donne beaucoup de lait.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


bas-cornouaillais

En bas-cornouaillais, les propositions enchâssées introduites par le complémenteur déclaratif la(r) peuvent être à sujet initial.


(1) Ya, me oar a-walh lar eur vuoh wenn he-deus kalz a lêz.
oui, moi sait assez que un vache blanche 3SGF-a beaucoup de lait
'Oui, je sais bien qu'une vache blanche a beaucoup de lait.' Uhelgoat, Skragn (2002:130)


(2) Te a laro dezi lar me a baseo da baea da c'houde.
toi R dira à.elle que moi R passera pour1 payer pour1 après
'Tu lui diras que je passerai payer plus tard.' Uhelgoat, Skragn (2002:68)


Favereau (1997:§598) donne des exemples d'enchâssées en lar où un constituant a été antéposé au verbe fléchi (la+ XP + V...).

 Favereau (1997:§598). Structures alternatives des complétives en la.
 
 Deut 'oa anaouedegezh da berc’henn an ti laar chupenn oa aet.
 'Le propriétaire de la maison avait réalisé que la veste avait disparu.'
 
 Soñjal a ran laan ouvrierien a chomas da gousket.
 'Je pense que les ouvriers restèrent dormir.'
 

Un constituant autre que le sujet peut aussi être antéposé.


 Favereau (1997:§598):
 Un teod ‘n’eus lavaret ladre an Ti-meur an dour ‘vise aet.
 'Un bavard a affirmé que l’eau passerait par le Tymeur.'
 
 Evel ar c’hefeleg, lama ve yen an amzer en em blija…
 'Comme la bécasse, qui si le temps est froid, se plaît à… (YFK)'


On trouve aussi chez Skragn des syntagmes prépositionnels temporels, ou domaines propositionnels entiers.

  • Ya, emezi, o soñjal lared dezañ e oan lar ma vije bet deuet da jikour ahanon da zorna warhoaz am-mije roet an droad dezav da leuskel e zaout 'barz ma frad.
Uhelgoat, Skragn (2002:39)
  • Ar re-mañ a ouie a-walh lar d'an devezh-se e vije brokuz an dud.
Uhelgoat, Skragn (2002:81)


T2 après des complémenteurs déclaratifs épistémiques

après ma en conditionnelle et particule Q enchâssée

Canoniquement, le verbe fléchi suit directement le complémenteur ma, et ce dans la plupart des dialectes.


(1) N'uion ket ma (* lennet) neus (lennet) al levr.
ne'sais ket si lu a lu le livre
'Je ne sais pas si il a lu le livre.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Il y a cependant une variation dialectale et des ordres T2 en enchâssées après ma. Ernault (1888b:251) relèvait par exemple ce qu'il considère alors comme un gallicisme, avec un sujet antéposé: mar d'ar re he gass kuit a zo bugale dezhan 'si ceux qui le chassent sont ses enfants', (Drezen 1879). Il existe aussi, même si c'est plus rare, des stratégies typiquement explétives après ma.


stratégies explétives

En (2) en vannetais, le verbe endevout à l'infinitif peut intervenir entre ma et le verbe tensé.


(2) Ma 'm bout a ran (me) ...
si 1SGM être R1 fais moi
'Si j'en ai (moi)...' Vannetais, Favereau (1997:§418)


après ha(g)

Varin (1979:87) relève des ordres à sujet initial en enchâssées. Après ha(g), toutes sortes de constituants peuvent aussi apparaître, comme un prédicat ou un objet.


(1) Daoust ha klañv oc'h?, Menard Kadored (2001:'ha2')

'Êtes-vous malade?'


En (2), l'objet hiroc'hik est intercalé entre le complémenteur ha(g) et le verbe tensé.


(2) N'ouzomp ket hag hiroc'hik he doa ar son da larout _ diwar-benn ebatoù maner Kervanous.
ne'savons pas si long.plus.DIM avait le son à dire sur ébats manoir Kervanous
'Nous ne savons pas si la chanson en disait plus long sur les ébats du manoir Kervanous...'
Léon, Abeozen (1986:38)


stratégies explétives

On trouve après hag différentes stratégies qui, en matrice, sont des stratégies explétives, destinées à empêcher un verbe tensé de provoquer l'agrammaticalité en restant à l'initiale de phrase.


  • l'explétif Bez


(1) N'ouzon ket ha bez e teuy.
ne'sais pas si expl R4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Menard Kadored (2001:'ha2)


(2) Me va-unan ne ouien ket ha bez' e oa ac’hanon.
moi reflex ne1 savais pas si bez R était.3SG P.1SG
'Moi même je ne savais pas si c'était moi.' Hemon (1962:64), cité par Le Gléau (1973:75)


le participe passé antéposé.


(3) a. N'ouzon ket [ha Yann en deus lennet al levr].
ne'know pas whether Yann 3SG have read the book
b. N'ouzon ket [ha lennet en deus Yann al levr].
ne'know pas whether read 3SG have Yann the book
‘I don’t know whether Yann has read the book.’ Borsley & Kathol (2000:675)



(4) Ha dont a raio da ger?
Q venir R fera à maison Trégorrois, Stephens (1990:163)
'Reviendra-t-il?'


(5) N'ouzon ket { ha dont a raio. / hag- e teuio }.
ne'sais pas si venir R fera si-3SGM R viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Merser (2011:56)


hag-eñ T / sujet T

Selon Gros, les enchâssées sont très strictement C-VSO, à l'exception de celles qui commencent par ha(g).


 Gros (1970:33):
 "Propositions subordonnées: 
 La langue parlée observe rigoureusement l'ordre régulier des membres:
 1° le verbe (l'auxiliaire en tête s'il y en a un)
 2° le sujet (s'il est exprimé)
 3° le ou les compléments
 
 Klevet em eus e oa bet da dad o pesketa.
 'J'ai entendu dire que ton père avait été à la pêche.'
 
 Un bretonnant ne se trompera jamais à dire:
 * Klevet am-eus da dad a oa bet...    ni:
 * Klevet em-eus bet e oa da dad...
 
 Il y a une exception à cette règle quand la subordonnée commence par ha ('si'):
 N'ouzon ket ha c'hwi a vefe kontant da zont ganin.
 
 Dans ce dernier cas, du reste, le trégorrois parlé préfère dire:
 N'ouzon ket hag-eñ e vefeh kontant da zond ganin.
 (Hag-eñ, 'si', est suivi d'une subordonnée qui observe la règle générale).
 

Rivero (1999:81-82) note aussi que l'alternative au T2 par mouvement est le remplissage de cette zone par l'explétif . Merser (2011:56) note cette alternance hag-eñ/ sujet, mais il note que hag eñ peut aussi précéder la négation ne, ce qui montre que n'est pas uniquement un explétif "bouche-trou" préverbal.


(1) N'ouzon ket ha lennet en deus al levr.
N'ouzon ket hag- en deus lennet al levr.
ne'sais pas si 3SGM a lu le livre
'Je ne sais pas s'il a lu le livre.'
Trégorrois (données Stephens), Rivero (1999:81-82)


(2) It da welet { hag ho preur a zo deuet. / hag- eo deuet ho preur }.
allez pour1 voir si votre3 frère R est venu si-3SGM est venu votre3 frère
'Allez voir si votre frère est venu.' Merser (2011:56)

T2 dans les relatives en hag d'un nom temporel

(7) [bødepət a mə yɛ bɛmdø a: mam belo dər labur]
bout eh eus bet _ ha me 'yae bemdez àr ma belo d'ar labour.
être R est eu un temps C moi allait chaque.jour sur mon2 vélo à'le travail
'Il fut un temps où j'allais tous les jours au travail à vélo.'
Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:51)


T2 dans les comparatives de degré en ken

L'ordre T2 n'est pas l'ordre préféré mais est licite à PLougerneau.


(1) Ken presset evedo d'hon kuit, (lesket) e(n) deus (lesket) tout e draoù.
tant pressé était à1'aller parti laissé R.3SGM a laissé tout son1 choses
'Il était tellement pressé de partir qu'il a laissé toutes ses affaires.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016), (préférence pour ..en deus lesket...)


On sait par ailleurs que la non-intégration de la proposition argument de conséquence est une option, car elle peut précéder la proposition de degré introduite par ken.


Standard, Menard & Kadored (2001:'ken')
(2) Dont a rae ar moged en ti, ken kreñv e c'hwezhe an avel er siminal.
venir R1 faisait le fumée dans.le maison tellement fort R4 soufflait le vent dans.le cheminée
'Le vent soufflait tellement fort dans la cheminée que la fumée entrait dans la maison.'
'La fumée entrait dans la maison tellement le vent soufflait fort dans la cheminée.'


T2 après les complémenteurs de causalité

après rak, 'car'

Rak, la conjonction de cause, peut précéder un ordre à temps second, et même être séparé de IP par une incise.


(6) rag, gouzoud a ouzoh, eur marh pa ne da ket a vez kresket ar herh dezañ ...
car savoir R savez un cheval quand ne va pas R est augmenté le 5avoine à.lui
'car, vous savez, un cheval quand il refuse d'avancer on lui donne plus d'avoine...'
Gorre Leon, Madeg (1990:29)


Le constituant antéposé n'est pas forcément le sujet.


(7) [ fot ke la:ɤ gɛjəɤ kaɤ gud ɤã aɤ veɤjõnə ] Breton central, (Wmffre 1998:56)
faot ket lavar gevier kar gout 'ran ar wirionez.
faut pas dire mensonges car savoir fais le1 vérité
'Ne di(te)s pas de mensonges car je connais la vérité.'


(8) Rak krediñ start a ran bremañ eo eñ a vez war-dro va dienn.
car croire dur R fais maintenant est lui R est autour mon crème
'Car je crois fermement maintenant que c'est lui qui en a après ma crème.'
Cornouaille (Pleyben), ar Gow (1999:24)


(9) ... rak bean a oa gantan nav ugent manac'h.
car expl. R1 était avec.lui neuf vingt moine
'... car il était accompagné de cent quatre-vingt moines.'
Trégorrois, Leclerc (1910:17)

après peogwir, 'puisque'

L'ordre canonique place peogwir directement devant le verbe tensé.


(1) Evid peogwir ez eo deh da noz e oa, n'eo ket henoz.
car puisque R est hier de nuit R était ne'est pas ce.soir
'Car, puisque c'est hier soir que ça se passait, ce n'est pas cette nuit.'
Trégorrois, Gros (1984:126)


(2) Ni zo bet o kouronkañ peogwir e oa tomm.

'Nous sommes allés nous baigner car il faisait chaud.', Standard, Menard & Kadored (2001:'peogwir')


Merser (2011:55) signale que peogwir n'est cependant pas toujours directement suivi du verbe fléchi. Il ne donne pas d'exemple mais ceux-ci sont relativement faciles à trouver en corpus.


(3) Bara e poa er gear ie, peogwir gwiniz e pehe.
pain R avait dans.le maison aussi puisque blé R aviez
'Il y avait du pain à la maison, puisqu'il y avait du blé.' Plougerneau, Elegoet (1975:58)


après parskan, 'parce que'

Les ordres relevés après le complémenteur groisillon parskan sont clairement T2.

(2) /parskan bud əwaj e-rgaer bijənoX ẃidon.../
parskan bout e oa er gêr bihanoc'h evidon...
parce.que expl R.y.avait dans.le foyer petit.plus que.moi
'Parce qu'à la maison il y a avait des plus petits que moi...' Groix, Ternes (1970:248)


T2 après les complémenteurs d'opposition

après hogen, 'mais'

Press (1986:209) relève un cas d'ordre T2 dans une enchâssée introduite par hogen.


(2) Me a breno ar sae, hogen c'hwi a wisko anezhi.
moi R1 achètera le robe mais vous R1 habillera P.elle
'J'achèterai la robe, mais tu la mettras.' Standard, Press (1986:205)


après met, 'mais'

Les ordres T2 apparaissent aussi avec le complémenteur d'opposition logique met 'mais'. On peut trouver le sujet à l'initiale après met, ou un autre constituant.


(2) Traoù druz 'vez laret getoñ, mes heñv ouia o gwiskiñ.
choses gras est dit avec.lui mais lui sait les2 habill.er
'Il en raconte des grasses, des vertes, mais il sait les habiller, les présenter.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:59)


(3) Honnañ zo varisoù geti àr he divhar, mes àr he zead n'eus ket.
celle.ci y.a varices avec.elle sur son2 2.jambe mais sur son2 langue ne y.a pas
'Celle-ci a des varices aux jambes, mais sur la langue elle n'en a pas.'
(réflexion d'un client las d'attendre une tavernière bavarde...)
Le Scorff, Ar Borgn (2011:18)


(4) Alies e vez graet hemañ gant kig yar, met graet e c'hell bezañ ivez gant pesked...
souvent R est fait celui.ci avec viande poulet mais fait R4 peut être aussi avec poissons
'On le fait souvent avec du poulet, mais on peut aussi le faire avec du poisson.'
Cornouaille/bordure Léon (Dirinon), Kervella (1985:120)


(5) Med bez a zo darn hag en em laosk ive!
mais expl R y.a certain que se1 lâcher aussi
'Mais il y en a aussi qui se laissent aller.'
(qui ne réagissent pas) Gros (1970b:§'leuskel')


Le matériel entre met et le verbe tensé peut être considérable.


(6) Met a-raok tamall den ebet da laerezh ho tañvez-amann...
mais avant accuser homme aucun de1 voler votre3 matière-beurre
'Mais avant d'accuser quiconque de voler votre crème...' Cornouaille (Pleyben), Ar Gow (1999:19)


Le verbe tensé peut aussi suivre directement met, au moins en Bas-Cornouaillais.


(7) Met m'eus disoñjet tout an dra-se paotr paour, aet eo tout deus ma spered.
mais 1SG a dé-.pensé tout le 1chose-ci gars pauvre allé est tout de mon2 esprit
'Mais j'ai oublié tout ça, mon pauvre, c'est tout parti de ma tête.' Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:72)


après nemet, 'sauf'

(8) Neus fors pénaos é vézé an amser, német goloët é vijé an douar gant an erc'h hé rankent mont er mèas ...
ne.y.a importance comment R était le temps sauf couvert R serait le terre avec le neige R4 devaient aller dehors
'Peu importait le temps - sauf si la terre était couverte de neige - ils devaient allert ous les jours dehors...'
Breton 1905 (Plouider), Burel (2012:190)


T2 après le complémenteur temporel pa

Ernault (1888b:251) relevait ce qu'il considérait alors comme un gallicisme: pa he gof a zo... 'quand son ventre est...' (Sauvé 1878:n°241), et plus loin avec une conjugaison analytique, pa en em lacat a ra... 'quand il se met...' (Leuduger 1824:96). Au XXI°, sporadiquement et dans les dialectes archaïsants, on trouve des ordres T2 après pa, principalement avec un sujet préverbal (et avec un participe focalisé à Plougerneau). Hors ces dialectes, ces ordres de mots sont rejetés comme lourdement agrammaticaux.


(1) Pa an dud o deus ur friad, eo mat evañ ur banne gwin tomm.
quand le gens 3PL ont un rhume est bon (PRO) boire un verrée vin chaud
'Quand on a un rhume, on doit boire un verre de vin chaud.' Plougerneau, M-L. B. (04/2016)


(2) Pa kroget neus Anna el loa em eus komprenet edo o vont da benturiñ tout ar guzun.
quand1 croché a Anna dans.le cuillière R4 ai compris était à4 aller pour1] peindre tout le cuisine
'Quand Anna a brandi la cuillière, j'ai compris qu'elle allait me repeindre toute la cuisine.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)


(3) Pa den a sell adrest er "haie" den a uel asset e bark a zo sale.
quand IMP R regarde au.dessus le haie IMP R1 voit Adv. son1 parc R est sale
'Quand on regarde par dessus la haie, on voit bien que son champ est sale.'
Vannetais (Plaudren), Quéré (2011)


(4) Pa me fou chuih.
quand moi sera fatigué
'Quand je serai fatigué(e).' Guérandais, Brenn (2002)


Il est intéressant de noter que lorsque le verbe le suit directement, pa provoque sur lui une lénition qu'il ne provoque pas sur un autre élément le suivant. Pa est aussi le seul complémenteur à ne jamais tolérer un rannig réalisé après lui lorsqu'un verbe le suit directement. Lorsqu'un autre élément le suit, le rannig réapparaît après cet élément.

Analyse théorique

tentatives de réduction...

à l'influence du français

Favereau (1997:§598) voit dans les ordres de mots T2 après la(r) une influence de l’emploi du français que. En français, que est effectivement un complémenteur déclaratif qui doit être suivi du sujet. Cette hypothèse n'explique pas pourquoi on trouve après la(r) d'autres ordres qu'avec des sujets initiaux.


à la source de grammaticalisation des complémenteurs

Les sources de grammaticalisation des complémenteurs, dans les cas de la(r) et de penaos n'expliqueraient pas leurs propriétés T2. Dans le cas de penaos, quand il est en matrices, mot interrogatif, il apparaît en initiale de phrase et y précède immédiatement l'élément fléchi. Dans le cas de la(r), il précède aussi directement le verbe tensé de la complétive.


à la parataxe

Jouitteau (2005:199) considère que les ordres T2 qui sont possibles avec les complémenteurs ha(g) et la(r) découlent tous deux de leurs étymologies particulières respectives. Elle tente ainsi de réduire les ordres T2 en enchâssée à des cas de parataxe fraîchement grammaticalisés. Le verbe lavar, 'dire', peut en effet sélectionner dans le discours des enchâssées (V1) comme des matrices (T2):

 Jouitteau (2005:199,200):
 Le "verbe 'dire' peut sélectionner aussi bien une complétive comme en a., qu’une indépendante en discours rapporté comme en b.
 
 (x) a. J’ai entendu dire qu’il pleuvait.
     b. J’ai entendu dire : 'Il pleut'.
 
 Le complémenteur la créé en cornouaillais continental par un processus de grammaticalisation d’un verbe pouvant sélectionner une proposition indépendante (XP-VSO) a gardé cette propriété de sélectionner des propositions indépendantes. 
 Quand au complémenteur ha(g) [...], il est homophone de la coordination. Un élément de coordination typiquement peut sélectionner deux matrices indépendantes, et donc sélectionner une proposition XP-VSO. 
 Je considère donc que les enchâssées à temps second en la et en ha(g) ne sont pas des contre-exemples à la généralisation que les enchâssées du breton sont à verbe initial (C-VSO). Au contraire, il est symptomatique que seuls les complémenteurs dont l’étymologie particulière permette la sélection de propositions indépendantes permettent un ordre XP-VSO en enchâssées. J’en conclus qu’il n’y a pas d’évidence consistante pour l’hypothèse d’une zone topique sous C en breton."


évaluation pour le standard et le bord vannetais

Les dialectes strictement C-VSO confirment cette généralisation. En (1), la complétive montre canoniquement un ordre C-VSO (avec un complémenteur vide).


(1) An dra 'zo sur e vez labour ar c'hazh kavout an toulloù kuzh.
le 1chose (R) est sur R est travail le 5chat trouver le trous caché
'Ce qui est incontestable, c'est que le chat noir a pour office de découvrir les cachettes.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Les ordres alternatifs, avec un adverbe ou un sujet pré-tensé, sont agrammaticaux sans une rupture prosodique marquée.


(2) An dra 'zo sur // ar c'hazh // e vez e labour kavout an toulloù kuzh.

An dra 'zo sur // labour ar c'hazh e vez kavout an toulloù kuzh.
An dra 'zo sur // chiou an deiz e vez labour ar c'hazh kavout an toulloù kuzh., Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Cependant, l'hypothèse que dans ces structures, l'ordre des mots de l'enchâssée peut simplement montrer tous les ordres de mots d'une matrice équivalente n'est pas vraie. Ainsi, en (4), l'antéposition du sujet est autorisée avec une rupture prosodique, mais l'antéposition du prédicat daouled ne l'est pas.


(3) Hag e lar-eoñ eo bet diaouled ar vugale dom-ni.
et R4 dit-3SG est été diables le enfants à.nous.nous
'Et il dit que nos enfants ont été des diables' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(4) Hag e lar-eoñ // ar vugale dom-ni zo bet diaouled.

* Hag e lar-eoñ diaouled eo bet ar vugale dom-ni.


La tentative de réduction à la parataxe tient (partiellement) uniquement pour ces dialectes, et est inadaptée à la diversité des ordres T2 en enchâssées dans les autres dialectes, après les complémenteurs déclaratifs ha(g) et penaos, ou devant différents complémenteurs causals (rak, kar, peogwir, parskan). Les enchâssées ont manisfestement une périphérie gauche assez développée, au moins en Léon. On y observe même des dérivations typiques du dernier ressort pour T2.

ordres à multiples complémenteurs

Tous les complémenteurs, même ma, sont compatibles avec un autre complémenteur qui le suit directement, puisqu'aucun d'entre eux n'est incompatible avec la partie préverbale ne de la négation qui est aussi un complémenteur.


(1) Ken paour a oa ma ne oa nemet trouilhoù endro dezhañ.
si pauvre R était que ne était seulement guenilles autour de.lui
'Il était si pauvre qu'il n'vait sur lui que des guenilles.' adaptation de Menard Kadored (2001:'ma2)


Le rannig est aussi plausiblement un complémenteur bas du domaine CP. On trouve également des ordres de mots avec des doubles complémenteurs qui ne sont ni la négation ni un rannig.


C-C-T

Le complémenteur ma peut apparaître précédé du complémenteur déclaratif la(r) en haut cornouaillais, ou du complémenteur de cause rak.


(1) N'uion ket (la) ma teuio.
ne'sais ket (que) si4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(2) Ne galfec'h ket chom aze memes (la) ma vefec'h kourachus.
ne pourriez pas rester ici même (que) si4 seriez courageux
'Tu n'y resterais pas, même si tu étais courageux.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(3) Gallet en doa arboellañ rak ma c'houneze mat.
pu 3SGM-avait économiser car que4 gagnait bien
'Il avait pu économiser car il gagnait bien.' Standard, Menard & Kadored (2001:'rak')


Dans certains cas, ce qui semble être deux complémenteurs distincts n'en forment qu'un seul, comme dans les cas des concessives en ha pa, ou de temporelles en vannetais, qui n'ont pas la lecture compositionnelle qu'auraient les deux complémenteurs distincts ha(g) et pa.


(2) Ne chomfes ket eno ha pa vefes kaloneg.
ne1 resterais pas y et quand serais courageux
'Tu n'y resterais pas, même si tu étais courageux.' Trépos (2001:§385)


(3) Ma zud a zo noz a pa zegouezhont.
mon2 gens R est nuit quand1 arrivent
'Il fait nuit quand mes hommes arrivent.' Vannetais, Herrieu (1974:112)


C-C-Neg-T

(2) Gwelet e-meum abaoe lar penaoz ne oa ket gwir.
vu R-avons depuis que que ne était pas vrai
'Nous avons vu depuis que ce n'était pas vrai.' Uhelgoat, Skragn (2002:100)


C-XP-Neg-T

Les éléments au dessus de la négation sont obligatoirement en saillance dans la structure informationnelle.


(3) Evel-se am-eus soñjet abaoe lar keit ha 'vez bihan an dud ne welent nemed traou braz en-dro dezo.

'Comme ça j'ai pensé depuis que tant que les gens sont petits, ils ne voient autour d'eux que des choses grandes.'
Uhelgoat, Skragn (2002:23)


Horizons comparatifs

typologie des environnements syntaxiques de T2 enchâssé

Les ordres T2 enchâssés dans des langues dont la matrice est T2 apparaîssent au niveau typologique dans les environnements suivants:


adjoints de cause

Les adjoints de cause déclenchent prototypiquement des propriétés de type matrice. Heycock (2005) cite parce que et car en français, because et for en anglais, weil et denn en allemand, därför att et ty en suéduois.


complétives

Les complétives qui montrent des ordres à temps second sont sélectionnées par un ensemble de verbes déclaratifs et de pensée (A, B, C), à l'exclusion des vrais factifs (D, E) dont le complément est présupposé.


(1) Classe A: say, report, exclaim, assert, claim, vow, be true, be certain, be sure, be obvious
Classe B: suppose, believe, think, expect, guess, imagine, it seems, it happens, it appears
Classe C: be (un)likely, be (im)possible, be (im)probable, doubt, deny
Classe D: resent, regret, be sorry, be surprised, bother, be odd, be strange, be interesting
Classe E: realize, learn, find out, discover, know, see, recognize
Prédicats prenant des compléments clausaux selon Hooper & Thompson (1973)


L'idée de Hooper & Thompson (1973) est que seuls les domaines qui constituent sémantiquement une ASSERTION pourraient recevoir une emphase, ce qui exclut les domaines enchâssés présupposés, les questions ou les impératives. La réduction de ce phénomène de restriction à une classe de verbes à une propriété sémantique est cependant épineuse car la liste exacte de ces verbes induisant V2 dans leur complétive objet varie de langue en langue (Vikner 1995).

Au niveau syntaxique, l’analyse du CP récursif est avancée pour les complétives du suédois dans Holmberg (1986) et Platzack (1986), du frison dans Haan & Weerman (1986) et Iatridou & Kroch (1992), du danois dans Vikner (1991, 1995) et Iatridou & Kroch (1992). L’analyse du CP récursif capture le fait que l'ordre V2 peut exceptionnellement être réalisé alors qu'un complémenteur est lui aussi réalisé.

concessives

les concessives en allemand familier (Wegener 1993)


phrases de degré

les phrases de degré de type tellement... que...


langues germaniques

C-V2 allemand

complétives

En allemand, la négation, la modalisation ou le questionnement ne suspendent pas V2 dans les complétives (Heycock 2010).


après weil, 'parce que'

En allemand, da introduit toujours une enchâssées à verbe final, et denn toujours une phrase à temps second (Heycock 2005, Kempen & Harbusch 2016:6). Après weil, 'parce que', l'ordre varie. L'allemand écrit standard montre, comme toutes les enchâssées en allemand, un ordre à verbe final. En allemand oral cependant, l'ordre des mots peut aussi être weil-T2 (Kempen & Harbusch 2016 et leurs références). Les ordres weil-T2 sont marqués par un manque d'intégration prosodique et syntaxique et ne sont jamais rattachés à une autre enchâssée (Reiss 2013:213). Ils réalisent une causalité épistémique ou une justifications d'actes de discours. Les ordres à verbe final ont aussi ces lectures mais n'y sont pas restreints.


(1) Das ist schlecht, weil da hab’ ich einiges vor. Allemand, Kempen & Harbusch (2016:9)
ce est mauvais car alors ai je quelque.chose particule
'Ce n'est pas bien, car j'ai prévu quelque chose à ce moment là.'


C-V2 en néerlandais

Le néerlandais, comme l'allemand, est une langue où l'ordre T2 est régulier en matrices, mais où les enchâssées sont normalement à verbe final. Dans les dialectes du nord comme en frison, on relève cependant des ordres T2 en enchâssées (Hoekstra 1993:168-169). Selon De Haan (2001), ces ordres à verbe second sont liés à un ensemble de verbes déclaratifs ou d'attitude dans la matrice. En frison, les ordres V2 dans les complétives sont limités aux complétives sélectionnées par des verbes déclaratifs et de pensée, mais pas par des vrais factifs comme ‘espérer’, ‘s’attendre à’, ‘regretter’, ‘savoir’. V2 est suspendu si le verbe de la matrice est nié, modalisé (De Haan and Weerman 1986) ou questionné (De Haan 2001). V2 ne se rencontre pas dans les adjoints (Iatridou and Kroch 1992).


(1) Ik leau dat hy kin him wol rêde. Frison, Heycock (2010)
je crois que il peut lui-même certainement sauver
'Je crois qu'il peut s'occuper de lui-même.'


(2) He leaude dat it skip wie juster fergien. Frison , Atheme report 2015
il crût que le bateau était hier détruit
'Il a cru que le bateau avait été détruit hier.'


(3) ... dat je moete zulke dingen niet geloaven. Urk Dutch, Atheme report 2015
que tu dois telles choses pas croire
'... que tu ne devrais pas croire des choses pareilles.'


C-V2 en suédois

Pour les exemples en suédois, se reporter à Andersson (1975).


C-V2 en cimbre

complétives

Le cimbre, une langue germanique parlée dans le Nord de l'Italie, présente deux complémenteurs qui induisent chacun des ordres de mots différents (Grewendorf & Poletto 2009, 2015; Bidese, Padovan & Tomaselli 2014). Le positionnement du verbe dans la structure est décelable à partir du placement de l'adverbe de négation et du site de cliticisation. Le complémenteur le plus haut, che, emprunté à l'italien, permet au verbe de remonter assez haut, alors que le complémenteur az restreint le verbe à une position basse, typique des enchâssées germaniques.


(1) I boaz ke du (geast) nèt (* geast) ka Tria.
je sais que tu (vas) pas (*vas) à Trente
'Je sais que tu ne vas pas à Trente.' Cimbre, Bidese, Padovan & Tomaselli (2014:490)


(2) I bill az-to (* geast) nèt (geast) ka Tria.
je veux que-tu (* vas) pas (vas) à Trente
'Je ne veux pas que tu ailles à Trente.' Cimbre, Bidese, Padovan & Tomaselli (2014:491)


antéposition stylistique

Dans les langues germaniques, le V2 enchâssé est illimité en islandais et yiddish qui ont des ordres enchâssés C-XP-V (Heycock 2010). C’est dans cet ensemble de langues dites à V2 symmétrique qu’on peut obersever l’antéposition stylistique servir cet ordre de mots, comme en islandais. En frison et en scandinave continental (Danois, norvégien, suédois), les V2 enchâssés sont limités à certains environnements syntaxiques (Vikner 1991, 1995). Malheureusement, dans ces langues, l’antéposition stylistique n’est pas observable.


T2 linéaire?

Holmberg (2015) considère qu'en dehors du breton, les conjonctions et les particules Q des questions oui/non ne comptent pas pour T2. Selon que l'analyse de ces ordres V1 de surface implique un opérateur ou une particule Q nulle (Katz & Postal 1964), on obtient ou non des ordres T2 linéaires. En Afrikaans, la protase d'une conditionnelle peut aussi présenter l'ordre C-V... (cf. handout Biberauer dans rethinking V2).


(1) Lees hy vandaag die koerant? Afrikaans, (Biberauer, citée dans Holmberg 2015)
Q lu lui aujourd'hui le journal
'A-t-il lu le journal aujourd'hui?'


langues slaves

C-V: les complémenteurs du bulgare

En bulgare, l'antéposition stylistique est autorisée avec le complémenteur ako, 'si' (Ako chel knigata, 'si il a lu le livre'), mais ce mouvement n'apparait pas avec le complémenteur déclaratif che, 'que'.


(1) Znam che e chel knigata.
sais que a lu le.livre
'Je sais qu'il a lu le livre.' Bulgare, Rivero (1999:73)


propriétés des différents niveaux d'intégration

Les propositions coordonnées:

ne tolèrent pas le liage d'un pronom coréférent avec un quantifieur dans la principale, sauf dans le cas des complétives (Personne1 n'a pensé qu'il1 allait changer et qu'il1 prendrait l'avion.)
ne peuvent pas être antéposées
ne peuvent pas permettre l'extraction à partir de leur domaine
ne peuvent pas permettre les constructions "across-the-board" (Qu'est-ce que1 John achète t1 et Marie emprunte t1?, mais pas * Qui1 as-tu épousé t1, tu aimais tellement t1?, ni non plus * Qui1 as-tu épousé t1 parce que tu aimais tellement t1?)
calculent le temps de la phrase de manière autonome (Hier, j'ai dormi 7h et j'ai pris trois repas).
montrent tous les caractères des matrices, dont l'ordre des mots

Les propositions subordonnées, à l'inverse des coordonnées:

tolèrent le liage d'un pronom coréférent avec un quantifieur dans la principale (si la subordonnée n'est pas attachée trop haut dans la structure)
peuvent être antéposées (sauf, souvent, les complétives)
peuvent permettre l'extraction à partir de leur domaine (sauf dans le cas des adjoints et des relatives)
ne calculent pas le temps de la phrase de manière autonome (Hier, j'ai annoncé que j'ai pris trois repas)
ne montrent pas tous les charactères des matrices, dont l'ordre des mots


Une proposition relativement non-intégrée peut être tout de même V-final en allemand (proposition dass libres en allemand, Reis 1997).

Bibliographie


horizons comparatifs

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