Ordres T2 en enchâssées

De Arbres
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En breton standard et dans les grammaires descriptives, après un complémenteur, le verbe tensé suit immédiatement (Kervella 1947:§771). L'ordre des mots est en effet canoniquement (C)-VSO avec un complémenteur prototypique comme ma, 'que' ou pa, 'quand'.


(1) Dereat eo ma teufec'h d'ar gouel.
convenable est que4 veniez à'le fête
'Il serait convenable que vous veniez à la fête.' Menard Kadored (2001:'ma2)


Cependant, certains complémenteurs permettent régulièrement des ordres à temps second enchâssés (C-X-VSO).

Ces complémenteurs sont penaos dans son usage déclaratif, la(r), et ha(g), ainsi que les complémenteurs de causalité kar, rak, rakkar, peogwir et parskan, et les complémenteurs d'opposition hogen et met. A travers les dialectes, on trouve aussi des ordres à temps second avec les complémenteurs ma, et pa.


Relevés d'ordres T2 après complémenteur déclaratif

après le complémenteur vide déclaratif

Après un verbe déclaratif sélectionnant un complémenteur vide, il est possible de trouver le verbe tensé à l'initiale de proposition, mais aussi un sujet, un objet, un prédicat ou un adverbe.


(1) Me a gred (e planto) Simone (a blanto) patatez er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois R4 plantera Simone R1 plantera patates dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


Un objet antéposé simple peut poser problème en requérant une prosodie particulière, mais l'antéposition en elle-même est clairement disponible dès que l'objet est accompagné de particules focalisantes contrastives comme kentoc'h, ou alato.


(2) Me a gred patatez kentoc'h e planto Simone er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois patates plutôt R4 plantera Simone dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


(3) Lavaret o deus e veho brao an amzer warc'hoazh.
Lavaret o deus an amzer a veho brao warc'hoazh.
Lavaret o deus brao e veho an amzer warc'hoazh.
Lavaret o deus warc'hoazh e veho an amzer brao.
dit 3PL a R sera beau le temps demain
'Ils ont dit (dans le journal) qu'il ferait beau demain.'
Plougerneau, M-L. B. (04/2016)


Il est même possible de trouver des ordres de mots où le verbe arrive en troisième position.


(5) Me jouch disul an imbisil-se a fardo kig-ha-farz gant soja espress.
moi (R1) pense dimanche le imbécile-ci R1 cuisinera kig-ha-farz avec soja exprès
'Je pense que cet imbécile fera exprès de cuisiner un kig ha farz au soja dimanche.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (05/2016)

pas de stratégies explétives

Si la complétive débute par une tête verbale de participe, une pause prosodique importante est requise. Ceci montre que les complétives intégrées entièrement à la structure, elles, ne peuvent supporter l'antéposition d'un participe.


(1) Me a gred (//?)* plantet neus Simone patatez er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois planté a Simone patates dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone a planté des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (05/2016)

pas d'alternative en standard

Le breton standard n'a pas de complémenteur déclaratif réalisé, ni en matrice ni en enchâssées. Cependant, on en trouve deux à travers les dialectes, dont aucun n'est une entrée dans les dictionnaires Menard & Kadored (2001) ou Merser (2009).

Ces deux complémenteurs déclaratifs, la(r) et penaos, sont restreints aux enchâssées. Le complémenteur la(r) pourrait être restreint aux enchâssées du fait qu'il est la grammaticalisation du verbe lavar, 'dire', qui introduit les complétives. Le complémenteur déclaratif penaos, n'existe pas en matrices, où il déclencherait une lecture interrogative ('comment').

après penaos complémenteur déclaratif

(4) Ar pez a zo diarvar eo penaos ar c'haz du a zo e vicher dizolei ar c'huziadennou.
le ce.que R est non-.risqué est comment le chat noir R est son1 métier découvrir le cachettes
'Ce qui est incontestable, c'est que le chat noir a pour office de découvrir les cachettes.'
Léon (St. Thégonnec), Kerrien (2000), cité dans Rezac (2009)


(5) /mar-nemapersəvan pənošt əlid zo laked ar-XurXãtew.../
mar 'n em apersevan penaos al litr zo lakaet war hor c'hontoù...
ma-se.aperçois que le.litre est mis sur-notre comptes
'Si je m'aperçois que le litre (de vin) est mis sur notre compte...' Groix, Ternes (1970:248)


diachronie

On trouve des ordres à T2 en enchâssée avec penaos depuis le moyen breton (Hemon 2000:§206).


(1) Guelet a rit penaus an dud en em gav.
voir R faites que le gens se1 trouve
'Vous voyez que les hommes se rencontrent.' Prud'homme (1863:97)


(2) hac ez lauar penaux hon doueou ez ynt diaoulou. (1576, Ca.:n 12)

lavaret a ra crenn penaoz hi a garrie... beza marv. (SBI:II:74), relevés dans Hemon (2000:§206)


Un constituant autre que le sujet peut aussi être antéposé.

(3) auis an fet ... penaux couffat an maru ... a-ra da pep heny en em humiliaff. (moyen breton, M.:562)


après la(r) complémenteur déclaratif

haut-cornouaillais

En haut-cornouaillais, l'ordre lar-VSO ne semble pas avoir d'alternatives.


(3) Soñj ' ran lar 'mañ chomet ar vicherourien da gousket.
penser (R) fais que est resté le1 ouvriers à1 dormir
'Je pense que les ouvriers sont restés dormir.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(4) * Soñj ' ran lar chomet 'mañ ar vicherourien da gousket.

* Soñj ' ran lar ar vicherourien 'oa chomet da gousket.


(5) Ya, me oar mat lar (* 'r vuoh wenn) ' ra ('r vuoh wenn) kalz laezh.
oui moi sais bien que le1 vache 1blanche (R) fait le1 vache 1blanche beaucoup lait
'Oui, je sais bien qu'une vache blanche donne beaucoup de lait.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


bas-cornouaillais

En bas-cornouaillais, les propositions enchâssées introduites par le complémenteur déclaratif la(r) peuvent être à sujet initial.


(1) Ya, me oar a-walh lar eur vuoh wenn he-deus kalz a lêz.
oui, moi sait assez que un vache blanche 3SGF-a beaucoup de lait
'Oui, je sais bien qu'une vache blanche a beaucoup de lait.' Uhelgoat, Skragn (2002:130)


(2) Te a laro dezi lar me a baseo da baea da c'houde.
toi R dira à.elle que moi R passera pour1 payer pour après
'Tu lui diras que je passerai payer plus tard.' Uhelgoat, Skragn (2002:68)


Favereau (1997:§598) donne des exemples d'enchâssées en lar où un constituant a été antéposé au verbe fléchi (la+ XP + V...). On voit qu'il n'y a pas que des sujets.

 Favereau (1997:§598). Structures alternatives des complétives en la.
 
 Deut 'oa anaouedegezh da berc’henn an ti laar chupenn oa aet.
 'Le propriétaire de la maison avait réalisé que la veste avait disparu.'
 
 Soñjal a ran laan ouvrierien a chomas da gousket.
 'Je pense que les ouvriers restèrent dormir.'
 

Un constituant autre que le sujet peut aussi être antéposé.


 Favereau (1997:§598):
 Un teod ‘n’eus lavaret ladre an Ti-meur an dour ‘vise aet.
 'Un bavard a affirmé que l’eau passerait par le Tymeur.'
 
 Evel ar c’hefeleg, lama ve yen an amzer en em blija…
 'Comme la bécasse, qui si le temps est froid, se plaît à… (YFK)'


On trouve chez Skragn des syntagmes prépositionnels temporels, ou domaines propositionnels entiers, en accord avec les exemples de Favereau (1997:§598).

  • Ya, emezi, o soñjal lared dezañ e oan lar ma vije bet deuet da jikour ahanon da zorna warhoaz am-mije roet an droad dezav da leuskel e zaout 'barz ma frad.
Uhelgoat, Skragn (2002:39)
  • Ar re-mañ a ouie a-walh lar d'an devezh-se e vije brokuz an dud.
Uhelgoat, Skragn (2002:81)

Relevés d'ordres T2 après des complémenteurs déclaratifs épistémiques

Après une matrice comme N'ouzon ket, 'Je ne sais pas (si...)', les dialectes varient selon leur usage de ma ou hag comme complémenteur. Ma est lié à des ordres de mots plus strictement C-VSO, et le fait qu'il gagne du terrain dialectal favorise donc ces ordres de mots.


après ma en conditionnelle et particule Q enchâssée

Canoniquement, le verbe fléchi suit directement le complémenteur ma, et ce dans la plupart des dialectes.


(1) N'uion ket ma (* lennet) neus (lennet) al levr.
ne'sais ket si lu a lu le livre
'Je ne sais pas si il a lu le livre.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Il y a cependant une variation dialectale et des ordres T2 en enchâssées après ma, dont, même si c'est rare, des stratégies typiquement explétives.


stratégies explétives

En (2) en vannetais, le verbe endevout à l'infinitif peut intervenir entre ma et le verbe tensé.


(2) Ma 'm bout a ran (me) ...
si 1SGM être R1 fais moi
'Si j'en ai (moi)...' Vannetais, Favereau (1997:§418)

après ha(g)

Varin (1979:87) relève des ordres à sujet initial en enchâssées. Après ha(g), toutes sortes de constituants peuvent aussi apparaître, comme un prédicat ou un objet.


(1) Daoust ha klañv oc'h?, Menard Kadored (2001:'ha2')

'Êtes-vous malade?'


En (2), l'objet hiroc'hik est intercalé entre le complémenteur ha(g) et le verbe tensé.


(2) N'ouzomp ket hag hiroc'hik he doa ar son da larout _ diwar-benn ebatoù maner Kervanous.
ne'savons pas si long.plus.DIM avait le son à dire sur ébats manoir Kervanous
'Nous ne savons pas si la chanson en disait plus long sur les ébats du manoir Kervanous...'
Léon, Abeozen (1986:38)


stratégies explétives

On trouve après hag différentes stratégies qui, en matrice, sont des stratégies explétives, destinées à empêcher un verbe tensé de provoquer l'agrammaticalité en restant à l'initiale de phrase.


  • l'explétif Bez


(1) N'ouzon ket ha bez e teuy.
ne'sais pas si expl R4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Menard Kadored (2001:'ha2)


(2) Me va-unan ne ouien ket ha bez’ e oa ac’hanon.
moi reflex ne savais.1SG pas si bez R était.3SG P.1SG
'Moi même je ne savais pas si c'était moi.' Hemon (1962:64), cité par Le Gléau (1973:75)


le participe passé antéposé.


(3) a. N’ ouzon ket [ha Yann en deus lennet al levr].
ne know pas whether Yann 3SG have read the book
b. N’ ouzon ket [ha lennet en deus Yann al levr].
ne know pas whether read 3SG have Yann the book
‘I don’t know whether Yann has read the book.’ Borsley & Kathol (2000:675)



(4) Ha dont a raio da ger?
Q venir R fera à maison Trégorrois, Stephens (1990:163)
'Reviendra-t-il?'


(5) N'ouzon ket { ha dont a raio. / hag- e teuio }.
ne'sais pas si venir R fera si-3SGM R viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Merser (2011:56)


hag-eñ T / sujet T

Selon Gros, les enchâssées sont très strictement C-VSO, à l'exception de celles qui commencent par ha(g).


 Gros (1970:33):
 "Propositions subordonnées: 
 La langue parlée observe rigoureusement l'ordre régulier des membres:
 1° le verbe (l'auxiliaire en tête s'il y en a un)
 2° le sujet (s'il est exprimé)
 3° le ou les compléments
 
 Klevet em eus e oa bet da dad o pesketa.
 'J'ai entendu dire que ton père avait été à la pêche.'
 
 Un bretonnant ne se trompera jamais à dire:
 * Klevet am-eus da dad a oa bet...    ni:
 * Klevet em-eus bet e oa da dad...
 
 Il y a une exception à cette règle quand la subordonnée commence par ha ('si'):
 N'ouzon ket ha c'hwi a vefe kontant da zont ganin.
 
 Dans ce dernier cas, du reste, le trégorrois parlé préfère dire:
 N'ouzon ket hag-eñ e vefeh kontant da zond ganin.
 (Hag-eñ, 'si', est suivi d'une subordonnée qui observe la règle générale).
 

Rivero (1999:81-82) note que l'alternative au T2 par mouvement est le remplissage de cette zone par l'explétif . Merser (2011:56) note aussi une alternance hag-eñ/ sujet, mais il note que hag eñ peut aussi précéder la négation ne, ce qui montre que n'est pas uniquement un explétif "bouche-trou" préverbal.


(1) N'ouzon ket ha lennet en deus al levr.
N'ouzon ket hag- en deus lennet al levr.
ne'sais pas si 3SGM a lu le livre
'Je ne sais pas s'il a lu le livre.'
Trégorrois (données Stephens), Rivero (1999:81-82)


(2) It da welet { hag ho preur a zo deuet. / hag- eo deuet ho preur }.
allez pour1 voir si votre frère R est venu si-3SGM est venu votre frère
'Allez voir si votre frère est venu.' Merser (2011:56)

Relevés d'ordres T2 dans les relatives en hag

(7) [bødepət a mə yɛ bɛmdø a: mam belo dər labur]
bout eh eus bet _ ha me 'yae bemdez àr ma belo d'ar labour.
être R est eu un temps C moi allait chaque.jour sur mon vélo à le travail
'Il fut un temps où j'allais tous les jours au travail à vélo.'
Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:51)


Relevés d'ordres T2 après les complémenteurs de causalité

après rak, 'car'

Rak, la conjonction de cause, peut précéder un ordre à temps second, et même être séparé de IP par une incise.


(6) rag, gouzoud a ouzoh, eur marh pa ne da ket a vez kresket ar herh dezañ ...
car savoir R savez un cheval quand ne va pas R est augmenté le avoine à.lui
'car, vous savez, un cheval quand il refuse d'avancer on lui donne plus d'avoine...'
Gorre Leon, Madeg (1990:29)


Le constituant antéposé n'est pas forcément le sujet.


(7) [ fot ke la:ɤ gɛjəɤ kaɤ gud ɤã aɤ veɤjõnə ] Breton central, (Wmffre 1998:56)
faot ket lavar gevier kar gout 'ran ar wirionez.
faut pas dire mensonges car savoir fais le1 vérité
'Ne di(te)s pas de mensonges car je connais la vérité.'


(8) Rak krediñ start a ran bremañ eo eñ a vez war-dro va dienn.
car croire dur R fais maintenant est lui R est autour mon crème
'Car je crois fermement maintenant que c'est lui qui en a après ma crème.'
Cornouaille (Pleyben), ar Gow (1999:24)


(9) ... rak bean a oa gantan nav ugent manac'h.
car expl. R1 était avec.lui neuf vingt moine
'... car il était accompagné de cent quatre-vingt moines.'
Trégorrois, Leclerc (1910:17)

après peogwir, 'puisque'

L'ordre canonique place peogwir directement devant le verbe tensé.


(1) Evid peogwir ez eo deh da noz e oa, n'eo ket henoz.
car puisque R est hier de nuit R était ne'est pas ce.soir
'Car, puisque c'est hier soir que ça se passait, ce n'est pas cette nuit.'
Trégorrois, Gros (1984:126)


(2) Ni zo bet o kouronkañ peogwir e oa tomm.

'Nous sommes allés nous baigner car il faisait chaud.', Standard, Menard & Kadored (2001:'peogwir')


Merser (2011:55) signale que peogwir n'est cependant pas toujours directement suivi du verbe fléchi. Il ne donne pas d'exemple mais ceux-ci sont relativement faciles à trouver.


(3) Bara e poa er gear ie, peogwir gwiniz e pehe.
pain R avait dans.le maison aussi puisque blé R aviez
'Il y avait du pain à la maison, puisqu'il y avait du blé.' Plougerneau, Elegoet (1975:58)


après parskan, 'parce que'

Les ordres relevés après le complémenteur groisillon parskan sont clairement T2.

(2) /parskan bud əwaj e-rgaer bijənoX ẃidon.../
parskan bout e oa er gêr bihanoc'h evidon...
parce.que expl R.y.avait dans.le foyer petit.plus que.moi
'Parce qu'à la maison il y a avait des plus petits que moi...' Groix, Ternes (1970:248)


Relevés d'ordres T2 après les complémenteurs d'opposition

après hogen, 'mais'

Press (1986:209) relève un cas d'ordre T2 dans une enchâssée introduite par hogen.


(2) Me a breno ar sae, hogen c'hwi a wisko anezhi.
moi R1 achètera le robe mais vous R1 habillera P.elle
'J'achèterai la robe, mais tu la mettras.' Standard, Press (1986:205)


après met, 'mais'

Les ordres T2 apparaissent aussi avec le complémenteur d'opposition logique met, 'mais'. On peut trouver le sujet à l'initiale après met, ou un autre constituant.


(2) Traoù druz 'vez laret getoñ, mes heñv ouia o gwiskiñ.
choses gras est dit avec.lui mais lui sait les2 habill.er
'Il en raconte des grasses, des vertes, mais il sait les habiller, les présenter.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:59)


(3) Honnañ zo varisoù geti àr he divhar, mes àr he zead n'eus ket.
celle.ci y.a varices avec.elle sur son 2.jambe mais sur son2 langue ne y.a pas
'Celle-ci a des varices aux jambes, mais sur la langue elle n'en a pas.'
(réflexion d'un client las d'attendre une tavernière bavarde...)
Le Scorff, Ar Borgn (2011:18)


(4) Alies e vez graet hemañ gant kig yar, met graet e c'hell bezañ ivez gant pesked...
souvent R est fait celui.ci avec viande poulet mais fait R peut être aussi avec poissons
'On le fait souvent avec du poulet, mais on peut aussi le faire avec du poisson.'
Cornouaille/bordure Léon (Dirinon), Kervella (1985:120)


(5) Med bez a zo darn hag en em laosk ive!
mais expl R y.a certain que se lâcher aussi
'Mais il y en a aussi qui se laissent aller.'
(qui ne réagissent pas) Gros (1970b:§'leuskel')


Le matériel entre met et le verbe tensé peut être (linéairement) considérable.


(6) Met a-raok tamall den ebet da laerezh ho tañvez-amann...
mais avant accuser homme aucun de voler votre matière-beurre
'Mais avant d'accuser quiconque de voler votre crème...' Cornouaille (Pleyben), Ar Gow (1999:19)


Le verbe tensé peut aussi suivre directement met, au moins en Bas-Cornouaillais.


(7) Met m'eus disoñjet tout an dra-se paotr paour, aet eo tout deus ma spered.
mais 1SG a oublié tout le chose-ci gars pauvre allé est tout de mon esprit
'Mais j'ai oublié tout ça, mon pauvre, c'est tout parti de ma tête.' Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:72)


Analyse théorique

tentatives de réduction...

à l'influence du français

Favereau (1997:§598) voit dans les ordres de mots T2 après la(r) une influence de l’emploi du français que. En français, que est effectivement un complémenteur déclaratif qui doit être suivi du sujet. Cette hypothèse n'explique pas pourquoi on trouve après la(r) d'autres ordres qu'avec des sujets initiaux.

à la source de grammaticalisation des complémenteurs

Les sources de grammaticalisation des complémenteurs, dans les cas de la(r) et de penaos n'expliqueraient pas leurs propriétés T2. Dans le cas de penaos, quand il est en matrices, mot interrogatif, il apparaît en initiale de phrase et y précède immédiatement l'élément fléchi. Dans le cas de la(r), il précède aussi directement le verbe tensé de la complétive.


à la parataxe

Jouitteau (2005:199) considère que les ordres T2 qui sont possibles avec les complémenteurs ha(g) et la(r) découlent tous deux de leurs étymologies particulières respectives. Elle tente ainsi de réduire les ordres T2 en enchâssée à des cas de parataxe fraîchement grammaticalisés. Le verbe lavar, 'dire', peut en effet sélectionner dans le discours des enchâssées (V1) comme des matrices (T2):

 Jouitteau (2005:199,200):
 Le "verbe 'dire' peut sélectionner aussi bien une complétive comme en a., qu’une indépendante en discours rapporté comme en b.
 
 (x) a. J’ai entendu dire qu’il pleuvait.
     b. J’ai entendu dire : 'Il pleut'.
 
 Le complémenteur la créé en cornouaillais continental par un processus de grammaticalisation d’un verbe pouvant sélectionner une proposition indépendante (XP-VSO) a gardé cette propriété de sélectionner des propositions indépendantes. 
 Quand au complémenteur ha(g) [...], il est homophone de la coordination. Un élément de coordination typiquement peut sélectionner deux matrices indépendantes, et donc sélectionner une proposition XP-VSO. 
 Je considère donc que les enchâssées à temps second en la et en ha(g) ne sont pas des contre-exemples à la généralisation que les enchâssées du breton sont à verbe initial (C-VSO). Au contraire, il est symptomatique que seuls les complémenteurs dont l’étymologie particulière permette la sélection de propositions indépendantes permettent un ordre XP-VSO en enchâssées. J’en conclus qu’il n’y a pas d’évidence consistante pour l’hypothèse d’une zone topique sous C en breton."


évaluation pour le standard et le bord vannetais

Les dialectes strictement C-VSO confirment cette généralisation. En (1), la complétive montre canoniquement un ordre C-VSO (avec uncomplémenteur vide).


(1) An dra 'zo sur e vez labour ar c'hazh kavout an toulloù kuzh.
le chose (R) est sur R est travail le chat trouver le trous caché
'Ce qui est incontestable, c'est que le chat noir a pour office de découvrir les cachettes.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Les ordres alternatifs, avec un adverbe ou un sujet pré-tensé, sont agrammaticaux sans une rupture prosodique marquée.


(2) An dra 'zo sur // ar c'hazh // e vez e labour kavout an toulloù kuzh.

An dra 'zo sur // labour ar c'hazh e vez kavout an toulloù kuzh.
An dra 'zo sur // chiou an deiz e vez labour ar c'hazh kavout an toulloù kuzh., Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Cependant, l'hypothèse que dans ces structures, l'ordre des mots de l'enchâssée peut simplement montrer tous les ordres de mots d'une matrice équivalente n'est pas vraie. Ainsi, en (4), l'antéposition du sujet est autorisée avec une rupture prosodique, mais l'antéposition du prédicat daouled ne l'est pas.


(3) Hag e lar-eoñ eo bet diaouled ar vugale dom-ni.
et R4 dit-3SG est été diables le enfants à.nous.nous
'Et il dit que nos enfants ont été des diables' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(4) Hag e lar-eoñ // ar vugale dom-ni zo bet diaouled.

* Hag e lar-eoñ diaouled eo bet ar vugale dom-ni.


La tentative de réduction à la parataxe tient (partiellement) uniquement pour ces dialectes, et est inadaptée à la diversité des ordres T2 en enchâssées dans les autres dialectes, après les complémenteurs déclaratifs ha(g) et penaos, ou devant différents complémenteurs causals (rak, kar, peogwir, parskan). Les enchâssées ont manisfestement une périphérie gauche assez développée, au moins en Léon. On y observe même des dérivations typiques du dernier ressort pour T2.

Relevés d'ordres à multiples complémenteurs

Tous les complémenteurs, même ma, sont compatibles avec un autre complémenteur qui le suit directement, puisqu'aucun d'entre eux n'est incompatible avec la partie préverbale ne de la négation qui est aussi un complémenteur.


(1) Ken paour a oa ma ne oa nemet trouilhoù endro dezhañ.
si pauvre R était que ne était seulement guenilles autour de.lui
'Il était si pauvre qu'il n'vait sur lui que des guenilles.' adaptation de Menard Kadored (2001:'ma2)


Le rannig est aussi plausiblement un complémenteur bas du domaine CP. On trouve également des ordres de mots avec des doubles complémenteurs qui ne sont ni la négation ni un rannig.


C-C-T

Le complémenteur ma peut appraître précédé du complémenteur déclaratif la(r) en haut cornouaillais, ou du complémenteur de cause rak.


(1) N'uion ket (la) ma teuio.
ne'sais ket (que) si4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(2) Ne galfec'h ket chom aze memes (la) ma vefec'h kourachus.
ne pourriez pas rester ici même (que) si4 seriez courageux
'Tu n'y resterais pas, même si tu étais courageux.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


(3) Gallet en doa arboellañ rak ma c'houneze mat.
pu 3SGM-avait économiser car que4 gagnait bien
'Il avait pu économiser car il gagnait bien.' Standard, Menard & Kadored (2001:'rak')


Dans certains cas, ce qui semble être deux complémenteurs distincts n'en forment qu'un seul, comme dans les cas des concessives en ha pa, ou de temporelles en vannetais, qui n'ont pas la lecture compositionnelle qu'auraient les deux complémenteurs distincts ha(g) et pa.


(2) Ne chomfes ket eno ha pa vefes kaloneg.
ne1 resterais pas y et quand serais courageux
'Tu n'y resterais pas, même si tu étais courageux.' Trépos (2001:§385)


(3) Ma zud a zo noz a pa zegouezhont.
mon gens R est nuit quand1 arrivent
'Il fait nuit quand mes hommes arrivent.' Vannetais, Herrieu (1974:112)

C-C-Neg-T

(2) Gwelet e-meum abaoe lar penaoz ne oa ket gwir.
vu R-avons depuis que que ne était pas vrai
'Nous avons vu depuis que ce n'était pas vrai.' Uhelgoat, Skragn (2002:100)


C-XP-Neg-T

Les éléments au dessus de la négation sont obligatoirement en saillance dans la structure informationnelle.


(3) Evel-se am-eus soñjet abaoe lar keit ha 'vez bihan an dud ne welent nemed traou braz en-dro dezo.

'Comme ça j'ai pensé depuis que tant que les gens sont petits, ils ne voient autour d'eux que des choses grandes.'
Uhelgoat, Skragn (2002:23)


Horizons comparatifs

langues germaniques

C-V2 allemand après weil, 'parce que'

En allemand, da introduit toujours une enchâssées à verbe final, et denn une phrase à temps second (Kempen & Harbusch 2016:6).

Après weil, 'parce que', l'ordre varie. L'allemand écrit standard montre, comme toutes les enchâssées en allemand, un ordre à verbe final. En allemand oral cependant, l'ordre des mots peut aussi être weil-T2 (Kempen & Harbusch 2016 et leurs références). Les ordres weil-T2 sont marqués par un manque d'intégration prosodique et syntaxique et ne sont jamais rattachés à une autre enchâssée (Reiss 2013:213). Ils réalisent une causalité épistémique ou une justifications d'actes de discours. Les ordres à verbe final ont aussi ces lectures mais n'y sont pas restreints.


(1) Das ist schlecht, weil da hab’ ich einiges vor.
ce est mauvais car alors ai je quelque.chose préposition
'Ce n'est pas bien, car j'ai prévu quelque chose à ce moment là.' Allemand, Kempen & Harbusch (2016:9)


C-V2 en néerlandais

Le néerlandais, comme l'allemand, est une langue où l'ordre V2 est régulier en matrices, mais où les enchâssées sont normalement à verbe final. Dans les dialectes du nord comme en frison, on relève cependant des ordres V2 en enchâssées. Selon De Haan (2001), ces ordres à verbe second sont liés à un ensemble de verbes déclaratifs ou d'attitude dans la matrice.


(1) ... dat je moete zulke dingen niet geloaven. Urk Dutch, Atheme report 2015
que tu dois telles choses pas croire
'... que tu ne devrais pas croire des choses pareilles.'
(1) He leaude dat it skip wie juster fergien. Frisian , Atheme report 2015
il crût que le bateau était hier détruit
'Il a cru que le bateau avait été détruit hier.'

C-V2 en cimbre

Le cimbre, une langue germanique parlée dans le Nord de l'Italie, présente deux complémenteurs qui induisent chacun des ordres de mots différents (Grewendorf & Poletto 2009, 2015; Bidese, Padovan & Tomaselli 2014). Le positionnement du verbe dans la structure est décelable à partir du placement de l'adverbe de négation et du site de cliticisation. Le complémenteur le plus haut, che, emprunté à l'italien, permet au verbe de remonter assez haut, alors que le complémenteur az restreint le verbe à une position basse, typique des enchâssées germaniques.


(1) I boaz ke du (geast) nèt (* geast) ka Tria.
je sais que tu (vas) pas (*vas) à Trente
'Je sais que tu ne vas pas à Trente.' Cimbre, Bidese, Padovan & Tomaselli (2014:490)


(2) I bill az-to (* geast) nèt (geast) ka Tria.
je veux que-tu (* vas) pas (vas) à Trente
'Je ne veux pas que tu ailles à Trente.' Cimbre, Bidese, Padovan & Tomaselli (2014:491)

langues slaves

C-V: les complémenteurs du bulgare

En bulgare, l'antéposition stylistique est autorisée avec le complémenteur ako, 'si' (Ako chel knigata, 'si il a lu le livre'), mais ce mouvement n'apparait pas avec le complémenteur déclaratif che, 'que'.


(1) Znam che e chel knigata.
sais que a lu le.livre
'Je sais qu'il a lu le livre.' Bulgare, Rivero (1999:73)


Bibliographie


horizons comparatifs

  • Bidese, Ermenegildo Andrea Padovan & Alessandra Tomaselli. 2014. 'The syntax of subordination in Cimbrian and the rationale behind language contact', Language Typology and Universals 67:4, 489–510.
  • de Haan, G. J. 2001. 'More is going on upstairs than downstairs: Embedded root phenomena in West Frisian', The Journal of Comparative Germanic Linguistics, 4 (1), 3-38.
  • Grewendorf, Günther & Cecilia Poletto. 2015. 'Relative clauses in Cimbrian', Elisa Di Domenico, Cornelia Hamann and Simona Matteini (éds.), Structures, Strategies and Beyond: Studies in honour of Adriana Belletti, 393-416.
  • Grewendorf, Günther & Cecilia Poletto, 2011. 'Hidden verb second: the case of Cimbrian', Michael Putnam (éd.), German-language Speech Islands: Generative and Structural Approaches, Studies in Language Companion Series 123, Cascadilla Press, 301-346.
  • Grewendorf, Günther & Cecilia Poletto. 2009. 'The hybrid complementizer system of Cimbrian', Proceedings of the Incontro die Grammatica Generativa, STIL, Siena.
  • Hrafnbjargarson, Gunnar Hrafn & Anna-LenaWiklund. 2009. 'General Embedded V2: Icelandic A, B, C, etc.', Working Papers in Scandinavian Syntax 84: 21-51.
  • Kempen, Gerard and Karin Harbusch. 2016. 'Verb-second word order after German weil 'because': Psycholinguistic theory from corpus-linguistic data', Glossa: a journal of general linguistics 1(1): 3. 1–32.
  • Maling, Joan. 1980/1990. 'Inversion in Embedded Clauses in Modern Icelandic', Joan Maling & Annie Zaenen (éds.), Modern Icelandic Syntax, 71-91. San Diego: Academic Press. [Réédition de Íslenskt mál, 1980 2: 175–193.]
  • Reis, Marga. 2013. '“Weil-V2”-Sätze und (k)ein Ende? Anmerkungen zur Analyse von Antomo & Steinbach (2010)', Zeitschrift für Sprachwissenschaft 32. 221–262.
  • Wood, Jim. 2011. 'Stylistic Fronting in spoken Icelandic relatives', Nordic Journal of Linguistics 34:29–60.