Emañ

De Arbres
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La forme verbale emañ est la troisième personne du singulier du verbe bezañ, 'être'. Cette forme alterne avec les formes zo, eo, ez eus, et vez du même verbe.

Prototypiquement, en standard, le verbe emañ est le verbe de situation spatiale et temporelle (progressif).


(1) Emaint diouig eno o-unanou.
sont deux.hyp y leur2.un.hyp
'Elles sont deux pauvres filles là-bas toutes seules.' Trégorrois, Gros (1984:175)


Morphologie

paradigme du verbe

La forme emañ a un paradigme au présent, représenté par la forme 3SG emañ. Le paradigme du passé est représenté par la forme edo, vivante en dialecte du Léon. Il existe aussi des variantes dialectales en emedo et evedo.


(1) présent passé passé (forme complète) passé (forme complète mutée)
Léon Léon et proche Cornouaille Léon et proche Cornouaille
1SG emaon (ez) edon emedon evedon
2SG emaout (ez) edos emedos evedos
3SG emañ (ez) edo emedo evedo
1PL emaomp (ez) edomp emedom, emedomp evedom
2PL emaoc'h (ez) edoc'h emedoc'h evedoc'h
3PL emaint (ez) edont emedont evedont
IMP emeur, emaer (ez) edod emedod evedod
sources des formes: Standard, Kervella (1995:§206, §229), Merser (2011:93)


forme edo

Glanndour (1981:11) considère que la forme léonarde edon, edos, edo, edomp, edoc'h, edont provient de formes plus anciennes en ed-oan, ed-oas, etc.


nasalisation de emañ

La forme du paradigme au présent est uniformément ema- suivi d'un affixe porte-manteau de nombre et de personne. La nasalisation écrite standard de emañ est étonnante en ce qu'elle n'est ni étymologique ni reflétée dans les dialectes. Favereau (1997:§416) et Deshayes (2003:'ema') proposent de dériver emañ de ema-eñv (est-3SGM). Cette hypothèse est plausible si l'on considère que dans les parlers de l'Ouest, le verbe 3SG est ema (ema Mari), mais avec des pronoms post-verbaux de désambiguïsation genrée: emañ pour un sujet (vide) masculin et emei pour un sujet (vide) féminin (Merser 2011:93,fn2).


(1) [ ma hi 'lhenn o 'lheoə]
Ema hi ‘h lenn hoh leor Saint-Yvi, German (2007:164)
est elle à4 lire votre3 livre
'Elle est en train de lire ton/votre livre.'


(2) n hɥitʁik ma ɔ̃ La Forêt Fouesnant, Avezard-Roger (2004a:139)
un (patronyme) est lui
'C'est un Huitric.'


La langue standard aurait donc pris pour norme neutre la forme spécifiée masculine dans les parlers de l'Ouest. La forme emañ n'est par ailleurs pas (plus?) genrée en Trégor ou en Haute Cornouaille (Merser 2011:93,fn2).

emeur

La forme impersonnelle emeur est parfois remplacée par e oar, ce que Kervella (1995:§206) réprouve mais utilise lui-même (§ 231a: E oar oc'h hadañ an ed., 'On plantait du blé').

edi, emedi (présent)

Il existe aussi une forme vieillie en edon, edout, edi, ou bien emedon, emedout, emedi, qui est utilisée au présent.

Cette forme est largement rapportée (Hemon 2000:246, Kervella 1995:§206, Favereau 1997:§416, Kedez 2015a), mais dans la carte 63 de l'ALBB ('Je suis en train de manger', 'Nous sommes en train de manger'), les formes edon, edomp traduisant un temps présent ne sont relevées qu'à Sein. Ces formes existent cependant en corpus.

Hemon (2000) pensait cette forme restreinte au Léon. Cependant, Kedez (2015a) en relève des exemples en trégorrois dans Iannik Konan, une chanson que Jules Gros tient de sa grand-mère: Emedi ar ber a-us d'an tan, suivi plus loin de l'équivalent Eman ar ber a-us d'an tan. Pour le vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:40) donnent les formes mei, meint, meidi et meidint. Châtelier (2016:247) relève aussi en vannetais pré-moderne les formes de troisième personne mei et meint réalisant un temps présent chez Marion (Breton de 1838, EOVD.). Il considère que ces formes sont déjà des archaïsmes à cette date et note que leur usage déborde l'usage purement locatif. Kedez (2015a) rapporte pour le Bas-cornouaillais l'usage des formes en emed- pour les paradigme d'état, de lieu ou de temps, comme illustré par des relevés dans ar Gow (1955).

Glanndour (1981:12) considère que ces formes edon, edout, edi sont accentuées sur la syllabe finale.

Selon Kedez (2015a), la forme ema, emaint est la forme nouvelle, apparue en moyen breton, et qui a progressivement supplanté le forme originale edi, edint, que l'on retrouve dans de nombreux dialectes. Le Roux (1957:120) pensait au contraire que la forme emed- était une création dialectale procédant d'une régularisation de emañ sur le modèle de l'imparfait -e des verbes réguliers, entrainant en retour [sic] la création de la forme présent emedi. Cette forme se retrouve dans trop de dialectes pour que ce soit vrai.

emedon, emedomp (passé)

Les formes en emedon, emedomp apparaissent dans la carte 66 de l'ALBB au point 31 (Rumengol à Daoulas) et au point 38 (Lennon) pour la traduction de 'J'étais/Nous étions en train de manger'. Kervella (1995:§229), influencé par le dialecte de Dirinon, dit en effet préférer ces formes "complètes" en emedo pour le paradigme du passé.

Glanndour (1981:12) signale les écrits de Ar Gow comme prototypiques de ces formes, et donne pour l'imparfait les formes emeden, emedes, emede. Favereau (1997:§416) localise ces formes en Léon et "jusqu'à la limite de la Cornouaille, vers Crozon, Hanvec, Pleyben (comme dans l’œuvre de Yeun ar Gow)."

Ar Gall (2013) relève effectivement des formes en emede, emedent chez Yeun ar Gow dans ses écrits édités chez Brud, formes "corrigées" parfois par d'autres éditeurs en edo.

  • Hag e voent techet da grediñ emede ar wirionez gant an Dich.
'Et ils étaient portés à croire que le Dich avait raison.', Pleyben, Ar Gow (1958:91)
  • Mignoned e oant d'an Dich ha gantañ emedent, war ar pont nevez, pa oa aet an aotrou kure e-biou.
'Ils étaient amis avec le Dich et étaient avec lui sur le nouveau pont quand était passé le nouveau curé.'
Pleyben, Ar Gow (1958:96)


On en trouve en 1958 jusqu'à l'Hôpital-Camfrout.


(1) En devez-se emedo he oll mohigou er gêr. L'Hôpital-Camfrout, Le Gall (1958:'mohigou')
dans.le jour-ci était son tous porc.elets dans.le foyer
'Ce jour-là, elle était de très bonne humeur.' (jeu de mots imor, he moc'h)


evedo (passé)

Les formes en evedo apparaissent dans la carte 66 de l'ALBB au point 30 (Plougastell-Daoulas à Daoulas). Favereau (1997:§416) signale une forme evedo à Landivisiau. Merser (2011:95) associe tout le paradigme au Léon et proche Cornouaille. On en relève à Plougerneau au XXI°. Ce paradigme semble illustrer l'interprétation de l'initiale e en rannig e provoquant une mutation mixte M>V, ou l'insertion d'une consonne V.


(1) Un' bennak zo bet o klask war da lerc'h, mes n'evedos ket er gêr. Gourmelon (2014:132)
un quelconque est été à chercher sur1 ton1 suite mais ne1 étais pas dans.le1 foyer
'Quelqu'un t'a cherché, mais tu n'étais pas chez toi/à la maison.'


(2) Ken presset evedo d'hon kuit, e(n) deus lesket tout e draoù.
tant pressé était à1'aller parti R.3SGM a laissé tout son1 choses
'Il était tellement pressé de partir qu'il a laissé toutes ses affaires.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)

A Sein, edo au présent, yade au passé

La forme edo pour le présent est relevée à Sein dans la carte 63 de l'ALBB où les formes edon, edomp traduisent un temps présent ('Je suis en train de manger', 'Nous sommes en train de manger'). Cette forme est toujours vivante sur l'île.


(1) Bea 'di atô e Paris?
être est toujours dans Paris
'Il est toujours à Paris?' Sein, Fagon & Riou (2015:44)


Le paradigme du passé dans la carte 66 de l'ALBB y donne les formes yaden, yademp. Ces formes sont toujours productives à Sein.


(2) Eoñ daoa lavaret yade (é) vont da vilout e gekenn...
lui avait dit était (à4) aller pour1 voir son1 fiancée
'Il avait dit qu'il allait voir sa fiancée.' Sein, Kersulec (2016:7)


(3) A:- Ne yade ket er gear? B:- Neo, er gear e yade.
ne était pas dans.le maison Si, dans.le maison R était
'A: Il n'était pas à la maison? / B: Si, il était à la maison.' Sein, Fagon & Riou (2015:44)


Les formes présent comme passé peuvent, comme souligné par Kedez (2015a) et Kersulec (2016:7), être précédées d'un rannig, et ce depuis au moins le moyen breton.

  • Un merch hag a edoa guerches, Moyen breton 1650, Nl. n.409, p.274.
  • Sant Ephren ha Sant Ian Chrisostom a yedo ivez er memes santimant., Breton (1718), RP. p.274.


accentuation

Kervella (1995:§206,fn2) note que l'accentuation de mot de emañ tombe sur /a/ (orthographié en standard) ou sur /ər/, eur, marque de l'impersonnel.

Dans le Sud-Ouest (Merser 2011:93,fn1), les formes sont contractées (/(e)mɔ̃n, (e)mut, (e)mɔ̃m, (e)mɔX/ ).


un verbe défectif

Le verbe emañ est un verbe défectif, ce qui veut dire que ses paradigmes ne sont complets dans aucun dialecte.

temps

Il n'a de paradigme du futur dans aucun dialecte, et c'est, le cas échéant, la forme eo de la copule qui le remplace.


(2) Ne vin ket me mui amañ é kennig dour deoc'h.
ne1 serai pas moi plus ici à4 proposer eau à.vous
'Moi, je ne serai plus là à vous offrir de l'eau.' Vannetais, Ar Meliner (2009:107)


personne

Ce verbe est aussi défectif au temps présent dans l'Est du territoire parlant. Ce verbe est restreint à la troisième personne dans certains dialectes, comme en trégorrois, en Pélem et en vannetais (Favereau (1997:§416). Dans la carte 63 de l'ALBB qui traduit 'Je suis en train de manger', 'Nous sommes en train de manger', on voit le verbe emañ émerger dans la partie Ouest à la première personne. La partie Est, du Trégor au vannetais, utilise la forme eo.

La restriction à la personne 3 n'existe pas en Cornouaille, en Léon, en Poher. Elle n'est pas représentée en standard.

La restriction à la personne 3 existe aussi en gallois (Favereau (1997:§416) et en moyen breton (Hemon 2000:§139.4.fn1).


négation

Dans certains dialectes, comme en vannetais (Hewitt 1988a) ou en Pélem (Favereau 1997:§416), la forme emañ n'est pas compatible avec la négation.


(3) Ema ar bara àr an daol. vs N-ê ket ar bara àr an daol.
est le pain sur1 le table ne-est pas le pain sur le 1table
'Le pain (n') est (pas) sur la table.' Vannetais, Hewitt (1988a)


(4) N' e' ket é chom amen.
ne'est pas à4 rester ici
'Il n'habite pas ici.' Haut-vannetais, Favereau (1997:§416)

composition avec ou sans rannig

Tous les paradigmes commencent par la voyelle /e/, homophone du rannig e. Kervella (1995:§229) considère que les formes du présent type emañ et les formes du passé type emedo ont un rannig e intégré à la morphologie. La forme edo du passé serait, elle, dépourvue de rannig intégré, ce qui prédit que le rannig e peut (parfois) le précéder (D'ar mare-se ez edon dirazañ, 'J'étais alors devant lui.').

Cette hypothèse pose plusieurs problèmes.

  • Au niveau des mutations, un rannig e devrait provoquer une mutation mixte - il devrait ne jamais précéder de consonne /m/ (qui devrait muter en /v/). C'est le cas des formes en evedo du Léon et proche Cornouaille, mais pas des autres formes.
  • Syntaxiquement, si le rannig était intégré à la forme verbale, on devrait pouvoir observer une alternance a/e lorsque l'on fait précéder le verbe d'un nom, comme par exemple dans les constructions du faux sujet (2), ou dans une antéposition de l'objet (4). Or, ce n'est jamais le cas.


(2) An den emaon o komz outañ.
le personne1 suis à4 parler à.lui1 Standard, Kervella (1995:§230)
'La personne à qui je parle/ Je suis en train de parler à la personne.'


(3) Petra ema en e zoñj ober _ ?
quoi2 est dans son1 pensée faire <quoi>2
'Que pense-t-il faire?' Léon, Fave (1998:141)


Il est plus probable que la voyelle /e/ réalise une particule liée à la possibilité pour le verbe d'apparaître en position initiale de phrase, avec une hésitation dans le cas de la forme edo, qui peut apparaître avec un rannig e.

composition avec ou sans accord sujet

Les morphèmes de personne, de nombre et de genre à la fin du verbe sont-ils des morphèmes d'accord?

Ce ne sont pas des pronoms forts indépendants: il serait exceptionnel de voir ceux-ci apparaître en situation postverbale. Le breton de St Ivy a par ailleurs a des pronoms forts indépendants post-verbaux 3PL (et peut-être 3SG). Le pronom 3SG haoñ en (5) pourrait y être un pronom fort indépendant, mais c'est moins plausiblement le cas dans les autres dialectes.


(5) Ema haoñ riboter., 'C'est un pistard.'

Ema haoñ eun den mad., 'C'est un homme bon.'
Ema haoñ an hañi brasoñ., 'C'est le plus grand.'; Cornouaillais (St Ivy), cité par Hewitt (1988a)


Les pronoms eñv et hi de la spécification genrée ne sont pas des pronoms écho. Que la forme ema soit ou non un verbe conjugué, eñv et hi ajoutent de l'information genrée.

Les morphèmes du reste du paradigme ne peuvent pas être des pronoms écho car il serait exceptionnel qu'ils ne doublent pas un affixe déjà présent.


variation dialectale morphologique

La forme standard 3PL est emaint. En vallée du Scorff, on trouve la forme emaont.


(4) Emaont doc'h en em lipaat.
sont à se1 lécher
'Ils sont en train de se bécoter.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:56)


En vannetais, on trouve la forme emant (Merser 2011:93,fn3).

A la troisième personne du singulier, dans le Trégor et en Haute-cornouaille, on emploie emañ, en vannetais on emploie ema (Merser 2011:93,fn2).

Syntaxe

sujet défini

La généralisation standard est que le sujet du verbe emañ est obligatoirement défini, la forme du verbe bezañ, 'être', dédiée aux sujets postverbaux indéfinis étant la forme ez eus, ou, hors Léon, zo.


(1) War an olifant ez eus (ur c’hazh / tri c'hazh). Léon, Kerrain (2001)
War an olifant zo (ur c’hazh / tri c'hazh). Standard hors Léon, Kerrain (2001)
* War an olifant emañ (ur c’hazh / tri c'hazh)
sur le éléphant est un chat / trois chat
'Il y a (un chat/trois chats) sur l'éléphant.'


Dans les tournures météorologiques comme Edo o nosaat (Menard & Kadored 2001:'emañ'), 'La nuit tombait', cette généralisation de la définitude du sujet associé à emañ/edo demande de considérer que le pronom météorologique vide est ici un pronom défini.


On peut trouver quelques rares contre-exemples, à l'actif comme au passif. Il ne s'agit pas de formes sémantiquement locatives ou progressives.

  • e pe seurt stad ema unan ac'hanoc'h., Breton (1879), BMN. 289
'Dans quel état est l'un d'entre vous.'
  • Met va c’halon c’houllo zo chomet pell toc’hor.
Ha remed ebet n’edo kavet evit va fareañ., Duval 'En koun eus va zad'

V1

Le verbe emañ est le seul verbe de la langue bretonne à pouvoir apparaître tensé en initiale de phrase dans tous les dialectes.

Le placement en initiale peut occasionnellement déteindre sur les stratégies de dernier ressort palliant à la défectivité du paradigme de emañ. En (1), le verbe est au passé. La forme edo du passé n'apparaît pas dans Le Bayon (1878), mais on peut noter un ordre à verbe tensé en initiale de phrase qui rappelle emañ.


(1) É oen é choñjal get-n-eign me unañ.
R étais à4 penser avec.moi mon2 un
'Je songeais en moi-même.' Vannetais, Le Bayon (1878)


Lorsqu'il n'est pas à l'initiale, emañ peut être précédé par n'importe quel constituant sauf son sujet.


(2) Klañv 'ma, gwall-glañv, ziken.
malade est très1-malade même
'Il est malade, très malade, même.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:III)


pas de sujet antéposé

Lorsque le sujet de la phrase apparaît devant l'élément tensé, la forme emañ n'est plus licite, et c'est la forme zo qui apparaît.

D'autres syntagmes nominaux peuvent être antéposés: la forme emañ apparaît en effet dans les constructions du faux sujet (Rezac 2008:26).


Rezac note qu'en dialecte du Léon, si un groupe nominal antéposé au temps par mouvement déclenche automatiquement la forme zo lorsqu'il est sujet (63b), c'est la forme emañ qui apparaît si le groupe nominal antéposé (Per) est un objet local (63a) ou résultant d'une extraction longue distance (63c).


 Rezac (2008:26):
 
 Les DPs préverbaux autres que le sujet sont différenciés par la copule selon qu'ils lient une lacune ou un résomptif, et la clef de leur différence n'est pas dans la particule, qui les neutralise.
 
 (63)a. Per EMAÑ / *A ZO Mona o klask __ er c'hoad.
 Per is R is Mona PRG seek in.the wood
 'Mona is looking for Per in the woods.'    (Hendrick 1988: 105-6 note 2)
 
 (63)b. Per A ZO o klask Mona er c'hoad.
 Per R is PRG seek Mona in.the wood
 'Per is looking for Mona in the woods.'    (Hendrick 1988: 105-6 note 2)
 
 (63)c. Petra EMA en e zoñj [ober __]?
 what is in his thought do.INF
 'What is he thinking of doing?'            (Fave 1998:141 [Léon])


place du sujet postposé

Hewitt (1988) note que la forme emañ de situation a ceci de particulier que son sujet la suit directement.

 Hewitt (1988a):
 "La structure double D ne peut pas être considérée comme auxiliaire d'un point de vue syntaxique puisque le sujet vient ordinairement rompre le constituant putatif auxiliaire-auxilié. Il vaut mieux alors parler d'une structure double avec un verbe syntaxique plein, suivi de son sujet et un prédicat lexical indépendant:
 
 Emañ an dud o labourat / e-kreis ar park/ du-hont.


La forme emañ ne peut pas être séparée de son sujet postposé, ce qui est une propriété de tous les verbes tensés dans les autres langues celtiques. En breton cependant, les autres verbes que emañ peuvent voir différents éléments intervenir entre la forme emañ et son sujet postposé.


auxiliaire

En cornouaillais, et jusqu'à Ouessant, le verbe emañ se trouve aussi comme auxiliaire 'être'.


(1) Ema deuet Yann.
est venu Yann
'Yann est venu.' Lanvénégen, Evenou (1989:54)


(2) Kit da wel ma 'ma digouet ho preur.
allez pour1 voir si4 est arrivé votre3 frère
'Allez voir si votre frère est venu (aujourd'hui).' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


Dans ces emplois en tant qu'auxiliaire, le verbe emañ peut alors être séparé de son sujet post-tensé par le participe.


(4) Ema deuet Yann d'ar gêr. vs. Deuet eo Yann d'ar gêr.
est venu Yann à le 1maison venu est Yann à le 1maison
'Yann est venu à la maison.'
Haut-cornouaillais (Lanvénégen), Evenou (1987:626-38), cité par Hewitt (1988a)


Dans le cas d'un participe passif, le complément d'agent peut aussi intervenir entre emañ et son sujet.


(5) "Emañ lipet ganti he loa!" eme Brimel neuze.
est avalé avec.elle son cuillière dit Brimel alors
'Brimel dit alors "Elle est morte!"'
Pleyben, Ar Gow (1958:124)


Dans les dialectes qui n'utilisent jamais emañ comme auxiliaire, même la dimension spatiale ne force pas la présence de emañ.


(6) Daoust peleh eo abuzet ar falz-se ?
à.savoir est occupé le faucille-
'Je me demande où est retenue (restée) cette faucille-là ? ' Trégorrois, Gros (1989: 'abuzi')


La répartition dialectale a été plus étendue. Burel l'utilise en 1905 en Léon. On en relève à Ouessant fin XX°.


(7) héman anter lazet Yvon ganéoc'h
est moitié tué Yvon avec.vous
'Vous avez à moitié tué Yvon!'
Breton 1905 (Plouider), Burel (2012:192)


(8) Bremañ emaint ambarket er vapeur adarre o tond da Eusa.
maintenant sont ambarqués dans.le vapeur encore à4 venir à1 Ouessant
'Ils sont embarqués encore dans le vapeur qui vient à Ouessant.' Ouessant, Gouedig (1982)

en périphérie droite

C'est la forme emañ qui apparaît dans les tournures complexes de discours en eus + verbe qui apparaissent en périphérie droite de la phrase comme en (5).


(5) Ar bleizi 'zo er goadeg, eus emaint.
le loups R1 est dans.le 1bois.sfx P sont Menard & Kadored (2001):§'eus')
'(Le fait est que) les loups sont dans le bois (bien sur)'

Sémantique

La forme emañ a des sémantiques diverses.


verbe de situation

Prototypiquement, la sélection de la forme emañ au détriment de la forme eo est causée par la présence d'une dimension sémantique de location dans le temps ou dans l'espace.

On a ainsi emañ dans une tournure progressive en (1), ou dans une tournure prospective comme en (2).


(1) Emaint o tont d’ar gêr.
sont à4 venir à'le 1foyer
'Ils sont en train de rentrer.'


(2) Emaint dindan donet d’ar gêr.
sont sous venir à'le 1foyer
'Ils sont sur le point de rentrer.' Vannetais, Herrieu (1994:283)


Selon Hewitt (1988), l'utilisation de la forme emañ a pour effet de borner le cadre spacio-temporel.


 Hewitt (1988a):
 Quand on veut limiter le cadre spacio-temporel, un prédicat attributif peut devenir situatif 
 avec un changement structurel concomitant,
 
 ewn ê, ewn emañ;
 klañv ê, klañv emañ;
 tèir blac'h int, tèir blac'h emaint."


La généralisation qui propose qu'à chaque fois qu'on a sémantiquement un prédicat situatif, c'est le verbe emañ qui est utilisé semble solide, avec une seule exception régulièrement massive: lorsque le sujet est antéposé, il déclenche la forme (R) zo de la copule.


à ne pas confondre

En (3), on pourrait être troublé par l'hypothèse que eo aurait remplacé emañ dans un sens situatif, en obtenant le sens: 'Les lunettes de Cupidon ne se trouvent pas sur mon nez.' Cependant, il s'agit uniquement ici d'une ellipse de a zo, et la copule eo y a bien un sens contrastif: 'C'est pas les lunettes de Cupidon qui se trouvent sur mon nez!'.


(3) Gwir eo nend eo ket lunedoù Cupidon àr ma fri...
vrai est ne est pas lunettes Cupidon (qui est) sur1 mon2 nez
'C'est vrai que je n'ai pas les lunettes de Cupidon sur le nez.' Vannetais, Herrieu (1994:225)
(Je suis plus lucide qu'un amoureux)


copule prédicative

La forme emañ peut être utilisée comme copule prédicative. La carte 61 de l'ALBB montre des réponses en ima en vannetais pour la traduction de '(Souvent) il est malade', '(Souvent) ils sont malades').

Pour un même locuteur, la forme emañ semble pouvoir être utilisée optionnellement de façon équivalente à la forme zo de la copule.


(1) ... da lennerion a zo ar brezhoneg o lavar pemdeziek, èl m'ema hon hani-ni.
à1 lect.eurs R y.a le breton leur2 langue quotidien comme que est notre celui-nous
'... aux lecteurs dont la langue quotidienne est le breton comme c'est le cas chez nous.'
Vannetais, ar Meliner (2009:11)


La forme emañ semble aussi pouvoir être utilisée optionnellement de façon équivalente à la forme eo de la copule. Contrairement à la forme eo cependant, emañ peut apparaître en initiale de phrase (V1).


(2) / pehed e / / ma ma:T /
Pec'hed eo. Ema mat.
péché est proi Est bien/bon proi
'C'est (un) péché.', 'C'est bien/bon.' Haute-Cornouaille (Lanvenegen), Evenou (1987:571)


(2) C'hoazh un hanter dousenn mouded hag emañ echu.

'Encore une demi-douzaine de mottes et c'est fini, Léon, Abeozen (1986:55)


L'usage en copule prédicative est répandu dans tous les dialectes et accepté en standard.


(3) N'emañ ket evit he zeod,

E-keñver studiañ emañ deskiñ,
Emañ an daou bried-se an eil diouzh egile., Standard, Menard & Kadored (2001:'emañ')


Les usages sémantiques attachés à la copule emañ' sont cependant plus étendus en vannetais.


bornage temporel

en KLT

Emañ peut induire en KLT un prédicat plus délimité dans le temps que la forme eo de la copule. Davalan (1999), repris dans Avezard-Roger (2007:38), oppose ainsi Klañv eo, 'Il est malade' avec Klañv emañ, 'Il se trouve malade (alors qu’il ne l’était pas il y a peu)'. C'est nettement la lecture dans un ensemble d'emplois. Des effets de contraste similaires sont signalés à Plozévet par Goyat (2012:297), et par Gourmelon (2014:32).


(1) /'ma:d ma ar ˌba:ra/ - /'ma:d ɛ ar ˌba:ra/
Mad ema ar bara. Mad eo ar bara.
bon est le pain bon est le pain
'Le pain en est à un bon degré de cuisson – Le pain est bon.' Plozévet, Goyat (2012:297)


(2) Pa reot meuleudi un all bennak dirazo, emaint raktal ankeniet.
quand ferez louange un autre quelconque devant.eux sont de.suite inquiet
'Ils sont tout de suite inquiets quand sont chantées devant eux les louanges de quelque autre.'
KAV. (1909:17), cité dans Le Gléau (1973:41)


(3) [ aɥɛdaɲ ima ]
Evidin ema.
pour.moi est Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:34)
'C'est pour moi.'


(4) Bremaik emañ yen da batatez.
maintenant est froid ton1 patates
'Maintenant tes patates sont froides.' Léon, Abeozen (1986:56)


(5) Emañ klouar da gafe, ev anezhañ buan 'ta!
est tiède ton1 café bois P.lui vite donc
'Ton café est tiède, bois le donc vite.' Gourmelon (2014:31)


(6) Etre veui ha neui ema.
entre1 noyer et nager est
litt. 'Il est entre noyer et nager.' > 'Il est entre la vie et la mort.'
proverbe, Le Berre & Le Dû (1999:80)


Dans les dialectes qui autorisent l'usage de emañ en auxiliaire, cet effet de bornage temporel additionné au perfectif du participe obtient un passé proche.


(7) Emañ degouezhet, an hini e oamp o c'hortoz!
est arrivé le celui R4 étions à4 attendre
'Il est arrivé, celui qu'on attendait!' Gourmelon (2014:31)


pas en vannetais

L'effet de bornage temporel semble absent de l'aire vannetaise. On trouve en effet dans l'aire vannetaise des emplois de la forme emañ de la copule où les propriété prédiquées ne sont pas bornées dans le temps.


(1) /xazo xi:rox ẃi-m-mand ledãn/
eux.est long.plus que que sont larges
'Ils sont plus longs qu'ils ne sont larges.' Groix, Ternes (1970:222)


(2) Brâs ê an ti vs. Neuse ema brâs an ti.
grand COP le maison alors est grand le maison
'La maison est grande (alors).' Vannetais, Hewitt (1988a)


Aucun bornage temporel non plus à Ouessant.


(3) 'Maout kontant dond da Uhelgoad d'ober eur honkour kostumou ? Ouessant, Gouedig (1982)
es content venir à1' Uhelgoat à1'faire un 5concours costumes
'Tu veux bien venir à Uhelgoat faire un concours de costumes?'


En (4), le proverbe induit une lecture générique sur la copule, qui n'est pas plausiblement bornée dans le temps.


(4) E-barzh an evezh, emañ an devezh.
dans le soin est le jour.née
'Travail bien fait, bonne journée.' Proverbe, Abalain (2001:33)


diachronie

L'usage de emañ en copule prédicative n'est pas récent.


(3) Hag e kri a-bouez penn "'Emaon pare"!
et R4] crie à-poids tête C.suis prêt
'Et il crie à tue-tête: "Je suis prêt"!' BSA. (1877:204), cité dans Le Gléau (1973:41)

copule existentielle

La forme emañ peut aussi être utilisée comme copule existentielle, lorsqu'elle ne sélectionne qu'un seul argument.


(7) An den a zo hirio; warc'hoazh n'ema mui!
le humain R1 y.a aujourd'hui demain ne y.a plus
'L'homme existe aujourd'hui, demain il ne sera plus!'
BSA. (1877:165), cité dans Le Gléau (1973:41)


copule équative

En Léon, la forme edo peut aussi être utilisée comme copule équative, là où le standard mettrait la copule oa. Le sujet reste cependant défini.


(8) An aotroù person edo an aotroù Doue
le monsieur recteur était le monsieur Dieu
'Le recteur était le bon Dieu.' Léon, Favereau (1997:§416)


(9) Ar rekor' edo 35000.
le record était 35000
'Le record était fixé à 35000.' Favereau (1997:§416)


(4) En amzer gos gueac'hal éguis ma eman ar guis da lavarèt...,

En amzer gozh gwechall e-giz m'emañ ar giz da lavaret
'Dans le vieux temps d'autrefois, comme on dit...', Léon [Lesneven], Burel (2012:34)


copule équative focalisatrice

Emañ peut aussi être employé uniquement comme particule focalisatrice.


(1) Ka kred start ' ra din 'brom emañ-eoñ a sell ouzh ma c'hoenn.
car croire ferme (R) fait à.moi maintenant est-lui R1 regarde à mon2 crème
'Car je crois fermement maintenant que c'est lui qui en a après ma crème.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)

Variation dialectale

Ci-dessous, je résume la variation dialectale dans ses dimensions syntaxiques et sémantiques.

léonard

Le dialecte léonard a un paradigme au passé, edo, plus la forme emedo qui irradie jusqu'en proche Cornouaille avec sa forme alternative mutée evedo. En Léon, la forme edo du passé est parfois utilisée en lieu et place de la copule eo au passé (oa) tant que le sujet reste défini (Merser 2011:95).

cornouaillais

En Haute-cornouaille intérieure, Naoned (1952:61) note que emañ n'est pas un verbe de situation en ce sens qu'il est la forme unilatérale du verbe 'être' à Scaër/Guiscriff (mais il oublie sans doute zo).

Gary German et Mona Bouzeg reportent pour St Ivy et Riec des formes emañ en usage de copule et d'auxiliaire, indépendamment de la présence de la négation.


(1) Ema ket riboter anaoñ. vs. N-e ket riboter anaoñ.
est pas pistard P.lui ne-est pas pistard P.lui
'C'est pas un pistard.' Cornouaillais (St Ivy), cité par Hewitt (1988a)


L'usage de emañ avec un participe passé, en particulier, est remarquable. On le trouve aussi à Scaër.


(2) Re gozh emañ-hi degouezhet.
trop1 vieux est-elle arrivé
'elle est devenue trop vieille.'
Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'amzer')


(3) 'Ma ket degouezhet.
est pas arrivé
'Il n'est pas arrivé' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:35)


(4) Ema debet koan. vs. Debet e koan.
est mangé souper mangé est souper
'Le dîner est fini.' Cornouaillais (St Ivy), cité par Hewitt (1988a)


(5) Pelec'h emaoc'h bet?
êtes allé
'Où êtes-vous allé?' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:35)


Le sujet de emañ peut alors être séparé de son verbe par le participe passé.


(3) Ema aet an dud kuit. vs. Aet e an dud kuit.
est allé le gens parti Allé est le gens parti
'Les gens sont partis.'
Cornouaillais (St Ivy), cité par Hewitt (1988a)


Hewitt (1988a) note que dans plusieurs cas, tout du moins à St-Yvi, l'alternance avec emañ/eo n'est pas possible. Ce qui permet ou pas l'alternance n'est pas clair.

Aesoc'h e din.
Kouet e 'zailh ba'n puz.
Benn fin 'n dro e maro haoñ.

trégorrois

Ce verbe n'existe en Trégor qu'à la personne trois de l'indicatif présent (carte 65 de l'ALBB, Gros 1970:26). Aux autres personnes, et aux autres temps, c'est le paradigme de eo qui le remplace (carte 63, 64 de l'ALBB).


vannetais

Ce verbe n'existe en vannetais qu'à la personne trois de l'indicatif présent (carte 65 de l'ALBB). Aux autres personnes, et aux autres temps, c'est le paradigme de eo qui le remplace (carte 63, 64 de l'ALBB).

En vannetais, les formes emañ de location sont incompatibles avec la négation (Hewitt 1988a, Merser 2011:94).


(2) Ema ar bara àr an daol. vs N-ê ket ar bara àr an daol.
est le pain sur le table ne-est pas le pain sur le 1table
'Le pain (n') est (pas) sur la table.' Vannetais, Hewitt (1988a)


Tous les dialectes utilisent emañ comme copule prédicative, mais seul le vannetais semble l'utiliser pour des usages non-bornés dans le temps. Cet usage était possiblement plus répandu anciennement car on trouve des exemples de copule emañ dans les proverbes sous une lecture générique.

Horizons comparatifs

Selon Deshayes (2003:'ema'), ema correspond au cornique yma et au gallois y mae, avec une composition en une particule verbale (e, y) suivie du verbe ma(e), issu du celtique *mages-est. La graphie bretonne en emañ apparaît selon lui en contraction de ema-eñv, /est-lui/, 'il est'.


Diachronie

En 1499, le voyageur allemand Arnold von Harff récolte le verbe être de situation à Nantes sous la forme -ed.


(1) madin nent (d)a Renis.
où est route pour Rennes
'Où est la route pour Rennes?' Moyen breton vannetais, Gl.AvH, cité dans Guyonvarc'h (1984:42)


Selon Hemon (2000:§139.4.fn2), l'origine de ema n'est pas clairement établie. Hemon mentionne une explication de Morris Jones (1913) concernant y mae en moyen breton. Il ne l'explicite pas et dit n'être pas convaincu.


nasale finale

Whalley (2008-2014:'to be') propose que la finale nasale bretonne viendrait d'une association avec amañ, 'ici' ou -mañ, le clitique démonstratif.

 Whalley (2008-2014:'to be'): 
 One suggestion is Proto-Celtic *esmi est 'here is' > *emmijest > *ymoedd > ymae, but *emmijest ought to yield Welsh *ymydd as *dijen (Acc.) yields dydd. 
 Breton emañ points to a nasal ending and a possible connection with amañ 'there', -mañ 'this' (Welsh yma, Middle-Welsh yman, Cornique omma), which may be Proto-Celtic. *esmi anda (cf. Irish Gaelic ann 'there'). It is possible that more than one ending is at work here, or that Breton was altered by association with amañ. 
 Welsh could be from Proto-Celtic *esmi esV- (where esV- represents some form of the verb) > *ehmi ehV- > *emme ɛ̅ - > *ym-oe > ymae (cf. Proto-Celtic *swesūr > *hwehīr > *hwɛ̄īr > *hwɛ̄r > *hwoer > Welsh chwaer, Cornique hwor, Breton c'hoar, 'sister').


Une hypothèse concurrente est que cette nasale viennent d'un pronom post-verbal désambiguïsateur de genre masculin en eñv, comme dans les dialectes actuels de l'Ouest, qui aurait par la suite été adoptée en forme non-marquée pour le genre, comme dans les dialectes centraux actuels.


rannig ?

Whalley (2008-2014:'to be') évoque la possibilité que la forme edo du passé dérive d'une forme de eo conjugué, précédé d'une particule *'ed (*ed oan, 'J'étais (là)' > edon). Si c'est le cas, cette forme a été ensuite réinterprétée comme ne contenant pas le rannig (cf. ez edo, emedo, evedo').


défectivité de personne

Selon Hemon (2000:§139.4.fn1), le verbe moyen breton ema est défectif en personne: les personnes 3SG et 3PL se rencontrent aisément, mais les autres personnes n'apparaissent qu'au XVII° et surtout en Léon. Hemon signale ne pas avoir trouvé ces formes établies dans des textes avant 1680 (Dnal.).

Le paradigme de emañ aurait donc été construit diachroniquement par généralisation à partir de la personne 3.

Terminologie

Kervella (1947) utilise le terme amzer lec'hiañ, ou stumm lec'hiañ, parfois même lorsque emañ est au progressif. Chalm (2008) traduit présent de situation par amzer vremañ lec'hiañ.

Press (1986:229) traduit amzer-lec'hiañ par 'locational tense'.

Press (1986:226) traduit amzer-dremenet-lec'hiañ par le terme anglais imperfect locational tense (à propos des formes en edo).

Bibliographie

breton

  • Fave, V. 1988. 'Ar verb beza', Brud Nevez 111 : 18-31. (& 166 :63-69).
  • Yann Gerven. 2014. ' emañ e penn ur frasenn, evit un dra a zo o paouez tremen', Yezhadur!, Alioù fur evit ar vrezhonegerien diasur, Keit Vimp Bev, 31-32.
  • Hewitt, Steve, 1988b. 'Being in Breton: the auxiliary of beza/bout', Poitiers: Cerlico.
  • Hewitt, Steve, 1988a. 'Ur framm ewid diskriva syntax ar verb brezoneg / Un cadre pour la description de la syntaxe verbale du breton', La Bretagne Linguistique, 4:203-11.
  • Koulizh Kedez. 2015. 'Notennoù yezh war implij emeden, emede, emedemp..., arveziadennoù war eil furm an eilgevor leel', Hor Yezh 283, 3-9.
  • Kervella, F. 1970. 'Ur gudenn gasaus : implij A ZO hag EZ EUS, A ZO hag EO, EO hag EUS', Hor Yezh 63, 53-60.
  • Kersulec, P-Y. 2016. 'Un evezhiadenn bennak diwar-benn ar stumm-lec'hiañ ha stummoù all ar verb bezañ e brezhoneg an Enez-Sun [Quelques remarques relatives aux formes situatives et aux autres formes du verbe être dans le breton de l'île de Sein]', Hor Yezh 285, 5-65.
  • Merser (ar), A. 1993. 'EO-ZO', Brud Nevez 170 :57-59.
  • Plourin, J.-Y. 1998. 'La phrase bretonne comprenant le verbe ETRE au présent de l’indicatif. Conflits de topicalisation', La Bretagne Linguistique 11:281-300.
  • Urien, J.-Y. 2005. 'Cohabitation et conflit syntaxique autour du verbe « être » en breton', La syntaxe au cœur de la grammaire, (éds. Frédéric Lambert & Henning Nølke), 323-330, PUR.
  • Urien, J.Y. 1989. 'Le syntagme existentiel en breton. Définition syntaxique et sémantique {X + zo / n’eus ket + X, « Il y a X / il n’y a pas X »}', La Bretagne Linguistique 5: 179-195.
  • Urien, J.Y. 1989. 'Le verbe bezañ et la relation médiate', Roazhon 2 : Klask 1 :101-128.


horizons comparatifs

  • Whalley Neil. 2008-2014. 'to be', www.cumbraek.co.uk, texte.