Zo

De Arbres
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La forme verbale zo est la troisième personne du singulier du verbe bezañ, 'être'. Cette forme alterne avec les formes emañ, eo, ez eus, et vez du même verbe. Zo peut avoir la même sémantique que toutes ces autres formes. La forme zo signale prototypiquement que le sujet de la phrase la précède. Le rannig sélectionné est toujours le rannig a1.


(1) / je zə golvras /
Eñ ' zo gwall-vras
lui est très1-grand
'Il est très grand.' Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:14)


La forme zo apparaît cependant aussi sans que son sujet le précède: les constructions du faux sujet (Eñ 'zo gwall-vras e veg), les constructions existentielles (amzer 'zo!), ou encore avec un sujet postverbal indéfini en Poher et en Trégor (en place du standard ez eus).


Sémantique

Zo est interprété différemment selon qu'il prend un ou deux arguments.


avec deux arguments

La forme zo est une copule prédicative lorsqu'elle a deux arguments, un argument référentiel et un prédicat.

En (1), zo prédique les propriétés du prédicat èl ar re 'rall sur son sujet référentiel c'hwi.


(1) C'hwi zo-c'hwi, morwalc'h, èl ar re 'rall ivez.
vous est-vous sans.doute comme le ceux autre aussi
'Et tu es sans doute comme les autres, toi aussi.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:178)


place du sujet

Le sujet, souligné dans ce qui suit, est normalement placé devant zo.

Il est possible d'utiliser zo avec un prédicat nominal (C'hwi 'zo un den a oar diouzh an doare., 'Vous êtes quelqu'un qui s'y connaît.'). Il est aussi possible d'utiliser zo avec un prédicat nominal défini (C'hwi 'zo an den meus gwelet dec'h., 'C'est vous la personne que j'ai vu hier.'). Le sujet à l'initiale porte alors de l'information nouvelle, typique du focus. Cette structure informationnelle rend possible une structure concurrente en eo, qui intervertit le sujet et le prédicat (C'hwi eo an den meus gwelet dec'h., 'C'est vous la personne que j'ai vu hier.'). Avec zo et un prédicat défini, on note un effet d'étrangeté lorsque le prédicat est prosodiquement assez léger (C'hwi 'zo un den mat, mais ??C'hwi 'zo an den mat.). La concurrence avec une structure utilisant la forme eo de la copule devient alors trop forte (C'hwi eo an den mat., 'Vous êtes/C'est vous la bonne personne.').

Il existe des structures typiques de la langue bretonne où zo n'est pas précédé de son sujet. On les appelle pour cette raison les constructions du faux sujet.


avec un seul argument

Lorsqu'elle n'a qu'un seul argument, la forme zo est interprétée comme une copule existentielle de type 'il y a'.


(2) Blaz vat 'zo gant ar zoubenn.
goût1 bon y.a avec le1 soupe
'La soupe a bon goût.' Léon, (Cléder), Fave (1998:60)
litt. 'Il y a bon goût avec la soupe.'


présent d'habitude

La forme verbale vez du verbe 'être', qui marque l'habitude, est concurrentielle avec la forme zo associée au présent simple. Ces deux formes peuvent s'employer avec un sujet préverbal et un rannig a.

C'est normalement la sémantique qui décide de l'une au l'autre forme: s'il s'agit d'un présent d'habitude, la forme attendue est vez. On trouve cependant des cas où un présent d'habitude est réalisé en zo, créant un effet de discours.


 Gros (1970:26):
 "Le présent ordinaire (me a zo, ez on) s'emploie parfois au lieu du présent d'habitude, pour donner plus de force à l'affirmation. 
 
 Hennez a zo bemdez mezo.
 'Il est saoul tous les jours.' est plus catégorique que:
 Hennez a vez bemdez mezo.
 
 Honnez, da bemp eur war ar beure, a zo war ar bale.
 'Celle-là est debout à cinq heures du matin' 
 (au lieu de a vez, plus courant, mais moins expressif)."


Distribution syntaxique

incises

Lorsqu'un sujet à l'initiale de phrase déclenche le forme zo, il n'y a pas de condition d'adjacence. Le syntagme nominal sujet peut être séparé de zo par une ou plusieurs incises.


(1) Eur feunteun, a gredan, a zo ive evel m'he deus péb chapel e Breizh-Izel.
un fontaine, R1 crois, R1 y.a aussi comme que 3SGF a chaque chapelle en Bretagne-Basse
'Il y a aussi, je crois, une fontaine comme chaque chapelle en a en Basse-Bretagne.'
Léon, (Cléder), Seite (1998:23)


(2) Me 'vad, emon-me, a zo nehet ken ez on nehet.
moi cependant dis-moi R est inquiet autant R suis inquiet
'Moi, dis-je, je suis inquiet, je suis vraiment inquiet!' Trégorrois, Gros (1984:63)


déclencheurs initiaux autres que les sujets

La forme zo n'est pas restreinte aux sujets antéposés (contra, entre autres, Glanndour 1981:5).


construction du faux sujet

Dans la construction du faux sujet comme en (3), le sujet o sizhun apparaît après la forme zo.


(3) Da Sadorn, poent lein maread zo echu o sizhun ganto.
à samedi temps déjeuner beaucoup (R) est fini leur2 semaine avec.eux
'Le samedi, à midi, beaucoup ont fini leur semaine.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:182).


(4) Me zou milén mem bléu.
moi est jaune mon chevelure
'J'ai les cheveux blonds'. Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


existentielle bez/bout zo

L'explétif bez' sous ses différentes formes morphologiques peut être suivi de la forme zo de la copule dans différents dialectes.

Le Bozec (1933:6), un manuel scolaire de cours préparatoire en breton standard portant des traces de trégorrois, recommande "bez ez eus [qui] équivaut à beza 'zo, moins correct."

En vannetais, Guillevic et Le Goff (1986:56) notent une alternance entre Bout e zou avaleu et Bout es avaleu ('Il y a des pommes').

En Haute Cornouaille, à Scaër/Bannalec, H.G. utilise Bez' 'zo "mais jamais Bez' zeus", considéré comme exogène.

Dans les exemples, l'argument post-tensé de la copule est aussi un indéfini.


(1) Bout a zo a-barzh ul levraoueg ha gazetoù.
être R est dedans un bibliothèque et revues
'Il y a dedans une bibliothèque et des revues.' Vannetais, Herrieu (1994:165)


(2) Bet zo bet un amzer tremenet e karen o kariñ hag e vezen karet.
été R y.a été un temps passé R aimais à4 aimer et R étais aimé
'Il fut un temps, un temps passé, où j'aimais (à) aimer et où j'étais aimé.e.'
chanson traditionnelle, an teir seizenn, Kanomp Uhel, Coop Breizh.


(3) Bez’ zo ur wenodenn all?
être y.a un1 sentier autre
'Il y a un autre sentier?' Kavell ar Bodhisattva, Jonathan 4, p.33.


existentielle temporelle, ur mare 'zo

Dans les existentielles temporelles de type 'il y a X ans', la copule est toujours zo.


(1) Goud a ouien eur mare zo lar e oa teo ar vamm!
savoir R savais un temps (R) y.a (pronom vide) que R était grosse le1 mère
'Je savais depuis un moment que la mère était grosse!' Uhelgoat, Skragn (2002:89)


(2) …un den kozh hag en deus graet e amzer soudard en Oriant, bout 'zo 50 vlez ‘zo !
un homme vieux que R.3SGM a fait son1 temps soldat en Oriant expl R.y.a 50 an R.y.a
'... un vieil homme qui a fait son service militaire à Lorient, il y a 50 ans!'
Vannetais, Herrieu (1994:70)


déclencheur sujet postverbal indéfini

Comme ez eus dans les variétés standard, zo peut être associé à un sujet postverbal indéfini.


variation dialectale

Selon Favereau (1997:443) et Chalm (2008:C7144), il s'agit d'une aire d'usage qui s'étend de la Cornouaille au Trégor. On en trouve aussi cependant en vannetais chez Herrieu.


Poher, Trégor

En Poher et en Trégor, un sujet postverbal indéfini, qui en standard déclencherait la forme ez eus de la copule existentielle ou de l'auxiliaire d'un passif, peut se trouver avec zo.


(4) Aze a zo (ez eus) houl, n'eo ket un tammig bihan eo!
R est houle ne est pas un morceau.DIM petit est
'Il y a là de la houle, c'est pas un petit peu (donc il y en a beaucoup).'
Trégorrois, Gros (1984:161)


(5) ...pa 'zo neve' la'het ur pemoc'h.
puisque est nouveau tué un cochon
'Puisqu'on vient de tuer un cochon.' Poher, Favereau (1997:§443)


(6) Lazhet so kalz paotred yaouank du-hont.
tué est beaucoup hommes jeune côté-là.bas
'Il fut tué beaucoup de jeunes hommes là-bas.' Favereau (1997:§443)


(7) Sonet zo
sonné est (impersonnel)
'On a sonné.' Trégorrois, Académie bretonne (1922:291)


Cornouaillais

L'Académie bretonne (1922:291) et Kervella (1970:59) considèrent que l'usage de a zo avec un sujet indéfini est aussi répandu dans une bonne partie de la Cornouaille. Ceci est confirmé à Plozévet.


(1) /var ˌblasɛn zo 'ty:d/
War ar blasenn zo tud.
sur le1 place y.a gens
'Il y a des gens sur la place.' Plozévet, Goyat (2012:297)


(2) War an daol zo paper.
sur le 1table est papier
'Il y a du papier sur la table.' Trégor et Cornouaille, Académie bretonne (1922:291)
Vannetais

On trouve aussi ces faits en vannetais.


(7) Kavet a zo doc'htu ur moranv dezhoñ: Fil-de-fer!
trouvé R est immédiatement un sur.nom à.lui
'On lui trouve de suite un surnom: Fil-de-fer!' Vannetais, Herrieu (1994:104)
Léon
refus de zo

A Plougerneau, la forme zo est rejetée en (1) au profit de ez eus.


(1) E ti an amezeien ez eus (/* zo) barbecue.
dans maison le voisins R est (/* est) barbecue
'Ils font un barbecue à côté.' Plougerneau, M-L. B. (04/2016)


zo et la négation

La forme zo est réputée ne pas être compatible avec la négation (entre autres, Glanndour 1981:7). C'est vrai pour la plupart des dialectes, mais faux en trégorrois, où la forme na zo ket est vivante et signalée de longue date, même par des prescriptivistes (Académie bretonne 1922:291).

La devinette en (1) réfère à un berceau ("Une femme vient emprunter un berceau s'il n'y a pas d'enfants dans la maison où elle s'adresse").


(1) Ari on da glask mar na zo ket, Ha mar zo na c'houlan ket.
arrivé suis pour1 chercher si ne1 est pas et si est ne1 demande pas
'Je viens chercher s'il n'y a pas, Et, s'il y a, je ne demande pas.'
'devinette collectée par E. Ernault en Tréguier et Goëlo', citée par Sauvé (1880)


Diachronie

La copule zo n'est apparue de façon consistante après le rannig a qu'en moyen breton classique (Widmer 2012). Dans les textes antérieurs, la copule apparaît seule, orthographiée so, en matrice comme en subordonnée.

  • an re so en dout
'Ceux qui sont dans le doute', breton 1576, Cathech.:20, cité dans Widmer (2012:31).
  • me so bihan
'Je suis petit', breton 1625, Bell.:2, cité dans Widmer (2012:31).


Bibliographie

  • Fave, Visant. 1988. 'Ar verb beza', Brud Nevez 111 : 18-31. (& 166 :63-69).
  • Glandour, Maodez. 1981. 'Furmioù ar verb bezañ', Al Liamm 207:254-68.
  • Hewitt, Steve, 1988b. 'Being in Breton: the auxiliary of beza/bout', Poitiers: Cerlico.
  • Hewitt, Steve, 1988a. 'Ur framm ewid diskriva syntax ar verb brezoneg / Un cadre pour la description de la syntaxe verbale du breton', La Bretagne Linguistique, 4:203-11.
  • Kersulec, P-Y. 2016. 'Un evezhiadenn bennak diwar-benn ar stumm-lec'hiañ ha stummoù all ar verb bezañ e brezhoneg an Enez-Sun [Quelques remarques relatives aux formes situatives et aux autres formes du verbe être dans le breton de l'île de Sein]', Hor Yezh 285, 5-65.
    Kervella, F. 1970. 'Ur gudenn gasaus : implij A ZO hag EZ EUS, A ZO hag EO, EO hag EUS', Hor Yezh 63 :53-60.
  • Merser (ar), A. 1993. 'EO-ZO', Brud Nevez 170 :57-59.
  • Plourin, J.-Y. 1998. 'La phrase bretonne comprenant le verbe ETRE au présent de l’indicatif. Conflits de topicalisation', La Bretagne Linguistique 11:281-300.
  • Urien, J.-Y. 2005. 'Cohabitation et conflit syntaxique autour du verbe « être » en breton', La syntaxe au cœur de la grammaire, (éds. Frédéric Lambert & Henning Nølke), 323-330, PUR.
  • Urien, J.Y. 1989. 'Le syntagme existentiel en breton. Définition syntaxique et sémantique {X + zo / n’eus ket + X, « Il y a X / il n’y a pas X »}', La Bretagne Linguistique 5: 179-195.
  • Urien, J.Y. 1989. 'Le verbe bezañ et la relation médiate', Roazhon 2 : Klask 1 :101-128.