Diouzh

De Arbres
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La préposition diouzh, 'de', marque prototypiquement l'arrêt de la coïncidence entre la figure ou le fond. Elle a cependant des emplois sémantiquement très divers.


(1) Diwallit mat diouzh ar bilpouzed!
méfiez bien de le 1hypocrites
'Méfiez-vous des hypocrites!' (BUJK.:227), cité dans Le Gléau (1973:§78)


Morphologie

composition

La morphologie de la préposition diouzh en standard montre assez clairement un composé morphologique de la préposition ouzh et du préfixe privatif di-. Cette décomposition morphologique n'est cependant pas transparente dans tous les dialectes.


variation dialectale

dac'h

En Léon, on trouve la forme dac'h à Plougerneau.


(2) hag e veze troet dac'h ar roud-avel a veze!
et R était tourné selon le trace-vent R était
'Et on tournait (le tuyau) selon le lit du vent.' Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:10)


diouc'h

(3) hag evit he gas diouc'h ar vro-ma enn eur vro vad ha braz.
et pour la emmener de le 1pays-ci dans un 1pays 1bon et grand
'Et pour l'emmener de ce pays-ci à un grand et bon pays.' Herry (1861:10)


douz, diw-

En Goëlo, la préposition standard diouzh est prononcée douz ou duz, alors que l'équivalent de ouzh se prononce toujours ouz (Koadig 2010:49).

C'est aussi la forme en [duz] que reporte Le Dû (2012:§'diouzh') pour le trégorrois, ainsi que de rares occurrences de deus (dœzz). En préposition fléchie, on trouve la forme diwit à Bégard.


(2) [də vãm go’zea kə bre’zõ:nəg ’diwit gra]
Da vamm ne gaozea ket brezhoneg diouzhit, gra ?
ton1 mère ne1 parle pas breton à.toi fait
'Ta mère ne te parle pas breton, si ?'
Trégorrois (Bégard), locuteur né en 1920, Yekel (2016:'goulenn nac'h')

deuz, deus, dud-

Certains dialectes de l'aire centrale n'ont pas la distinction diouzh / ouzh du breton standard.

En trégorrois, les formes distinctes [uz] et [duz] peuvent être des "variantes courantes" l'une de l'autre (Le Dû 2012:§'ouzh'), indiquant que la distinction y est instable.

En cornouaillais comme dans le trégorrois de Gros, on trouve la forme opaque deus, qui subsume la distinction ouzh, diouzh et eus. Gros (1970:162) précise qu'il utilise diouzh, ouzh et eus dans ses exemples à la place de deus uniquement "en vue contribuer à l'unification de la langue écrite".


(1) ... Ha oa aretet deus kostez an ti du-se.
...et était arrêté lui de côté le maison chez.2
'... et il s'était arrêté du côté de cette maison.'
Cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:8)


On trouve la forme [dyd-] à Scaër.


(1) Hui ‘ra tammou dudoñ.
vous R fait morceaux de.lui
'Tu en fais des morceaux.' Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'dioutañ')


doc'h

On trouve aussi la forme doc'h en haut-cornouaillais, ainsi qu'en vannetais.


(1) Doc'h pep troad n'eo ket mat pep botez.
de chaque pied ne est pas bon chaque chaussure
'Toute chaussure n'est pas bonne à tout pied.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:II)


(2) An trouz ne barr ket doc'hin neoazh a gousket.
le bruit ne empêche pas à.moi cependant de1 dormir
'Le bruit, cependant, ne m'empêche pas de dormir.' Vannetais, Herrieu (1994:85)


Dans certains dialectes, et pour certains locuteurs, ce sont les prépositions eus et diouzh qui ne sont plus différenciées. En Goëlo, elles peuvent être fondues dans la même préposition duz (Koadig 2010:49).

Sémantique

Il existe des sens variés pour cette préposition (Gros 1970:chap.II en distingue neuf).


éloignement

(2) A-raog pellaad diouz Penmarh e karfen kleved ahanout o kana Gwerz Penmarh.
avant éloign.er P Penmarc'h R aimerais entendre P.toi P4 chanter chanson Penmarc'h
'Avant de quitter Penmarc'h, j'aimerai t'entendre chanter la chanson de Penmarc'h.'
Léon, (Cléder), Seite (1998:93)


(3) Pa'z eo gwir Job a veze poent lein bemdeiz a-benn ma save diouz e wele.
comme est vrai Job R1 était moment déjeuner chaque.jour quand que levait P son1 lit
'Comme il est vrai que Job se levait chaque jour à l'heure du déjeuner.'
Gorre Leon, Madeg (1990:10)


(4) An delioù melen en em zistag diouz ar gwez hag a darnij en aer.
le feuilles jaune se1 détache de le arbres et R1 volette dans.le air
'Les feuilles jaunes se détachent des arbres et voltigent dans l'air.'
Le Bozec (1933:28)


provenance

(5) Neuze unan1 gozh-kozh a ziflukas diouzh ur c'hogn...
alors une1 vieille-vieille R1 surgit de le coin
'Alors une très vieille femme surgit d'un coin.'
Trégorrois (Kaouenneg)/Standard, ar Barzhig (1976:69)


partitif

La préposition diouzh a aussi, plausiblement en lien avec sa lecture de provenance, une lecture partitive.

Favereau (1997:§248) propose que le basculement des formes proclitiques objets aux formes utilisant la préposition support a (ac'hanon, anezhi) aurait induit une lecture ambigüe partitive/non-partitive. Kemerit anezhi aurait glissé de 'Prenez-en' en 'Prenez-la', induisant une ambiguïté résolue par l'usage de la préposition diouzh, Kemerit diouti. Kemerit anezhi est effectivement en breton moderne une forme spécialisée sur la lecture non-partitive.

manière

(6) Boutañ ha chachañ a reent an eil war egile diouz o gwasañ.
pousser et tirer R faisaient le réciproque sur réciproque de leur2 pire
'Ils poussaient et tiraient l'un sur l'autre de toutes leurs forces.'
Trégorrois, (Gros 1984:78)


(7) Ar gwragez a veze heligentañ etreze evit bevañ ar vesaerien diouzh o gwellañ.
le femme R était qui.mieux-mieux entre.eux pour nourrir le 1bergers de leur2 mieux
'Les femmes étaient en compétition pour nourrir les bergers de leur mieux.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:33)

'pour', 'adapté à'

 Gros (1970:chap.II):
 diouzh, 'pour', indique un rapport de convenance, d'adaptation.


(8) Re vras e vezint diouzhit.
trop1 grand R sont P.toi
'Ils seront trop grands pour toi.'
Trégorrois, Gros (1970:chap.II)


(9) Ar podou gré n'int ket diouzh beza skôtet.
le pots grès ne sont pas P être échaudé
'Les pots de grès ne sont pas (faits) pour être échaudés.'
Trégorrois, Gros (1970:chap.II)


'd'après', 'selon', 'suivant'

(10) Diouzh an oberoù eo barn an dud.
selon le actes est juger le gens
KAV. (1909:10), cité dans Le Gléau (1973:42)


(11) Diouzh he forzh 'vez anat pegoulz 'vez pare ar vuoc'h da halañ.
selon son2 vagin est évident quand est prêt le 1vache à vêler
'On reconnaît quand la vache est sur le point de vêler à son vagin.'
Le Dû (1978:2.1/199), cité dans Menard (1995:153)


'par rapport à', 'comparé à'

 Gros (1970:chap.II):
 diouzh, 'en proportion de', 'par rapport à', 'comparé à', 'dans la mesure où'


  • Ma vez hañv diouz ma zo bet goañv e hellim termal.
'S'il y a un été aussi chaud que l'hiver a été froid, nous pourrons geindre.'
  • Deg gwech om bet amañ diouz ez oh bet du-mañ.
'Nous avons été dix fois ici pour une fois où vous avez été chez nous.'
  • Eun doubier am-eus, met berr eo diouz an daol.
'J'ai une nappe, mais elle est courte par rapport à la table.'
Trégorrois, Gros (1970:chap.II)


expressions de position corporelle

 Gros (1970:chap.II):
 diouzh est employé dans les expressions désignant certaines attitudes comme position de départ pour une action.


(1) Gwall fall on diouzh ma sav.
INT mauvais suis à mon2 debout
'Je suis bien faible (quand je suis) debout.' Trégorrois, Gros (1970:chap.II)


(2) Diouzh ma hoazez n'on kap da vann.
à mon2 assise ne suis capable de1 zéro
'(Quand je suis) assis je ne peux rien (faire).' Trégorrois, Gros (1970:chap.II)

devant les noms de temps, lieu, direction

 Gros (1970:chap.II):
 diouzh précède certains noms de temps, de lieu, de direction.


(3) Teir eur diouzh ar beure
trois heure de le matin
'Trois heures du matin.' Trégorrois, Gros (1970:chap.II)

'à la'

 Gros (1970:chap.II):
 à, devant un terme servant de base à un calcul, à un prix.


(4) Tri ahanom a oa chomet da labourad diouz an deiz.
trois de.nous R était resté à travailler de le jour
'Trois d'entre nous y étaient restés pour travailler à la journée.'
Trégorrois, Gros (1970:chap.II)

partie/tout

(1) [ˈlo zo ˈfiːʁ, n ˈtãm dyˈdɛːː]
Lod zo fier, un tamm dioute.
certains est fier un morceau de.eux
'Certains sont fiers, pour une bonne part.' Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'dioute')


'gouzout diouzh', 'ober diouzh'

 Gros (1970:chap.II):
 diouzh suit ober ('faire') et gouzout ('savoir') dans le sens de 
 's'occuper de', 'soigner', savoir soigner'


(5) Gouzout a ouie a-walc'h diouzh ar bageerezh evit feurmiñ ur c'hanod gant ur c'heflusker a-zoare.
savoir R savait assez de le canotage pour louer le canot avec un moteur de-qualité
'Il s'y connaissait assez en canotage pour louer un canot avec un moteur de qualité.'
Beyer (2009:16)


(6) Eno e vez oh ober diouz al loened.
R est à faire de le anima.ux
litt. 'C'est là qu'il fait des bêtes (qu'il soigne les bêtes).'
Trégorrois, Gros (1970:chap.II)

Bibliographie

  • Gros, Jules 1970. TBP.I Le trésor du breton parlé I. Le langage figuré, chapitre II.
  • Ledunois, J. P. 2002. La préposition conjuguée en breton, thèse, Skol-Veur Roazhon, Atelier National de Reproduction des Thèses. (p. 268-)