Ordres à sujet préverbal

De Arbres
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Le sujet peut être en breton le premier élément de la phrase. Il peut alors avoir une lecture de focus, de topique, ou même une lecture neutre, dans une structure informationnelle plate ou en arrière-plan.


(1) Yann a aesay doc’h ar grip.
Yann R1 guérira de le grippe
'Yann guérira de la grippe.' Haut-vannetais, Louis (2015:198)


Distribution en matrices

Les ordres SVO supportent l'insertion d'un adverbe temporel comme alies. On voit en (1) que le rannig est sensible à la présence du sujet pré-tensé à travers l'adverbe.


(1) Ar gaozerien vrao alïez a vez kanaillez.
le1 parleurs1 beau souvent R est canaille
'Les beaux parleurs sont souvent des canailles.' Trégorrois, Gros (1984:531)


Un sujet préverbal peut apparaître alors même que l'espace prétensé est occupé par une négation de phrase et une particule Q intonative réalisant une question.


(2) C'hwi na reot ket gwelloh neuz evid evel-se goude beza seh?
vous ne.R ferez pas meilleur figure que comme-ça après être sec
'Est-ce que vous ne brûlerez pas mieux que cela, alors que vous serez sec?'
(en s'adressant au bois de chauffage)
Trégorrois, Gros (1970b:§'neuz')


sujet préverbal non-neutre

Un sujet qui n'est pas neutre dans la structure informationnelle peut être un topique, ou bien un focal.


sujet pronominal et focus contrastif

Sur la carte 073 de l'ALBB, pour la traduction du français Nous, nous avons été malades qui induit un focus contrastif, les réponses dans tous les dialectes montrent un sujet pronominal initial.


Le Gléau (1973:17) note que les sujets pronominaux préverbaux sont associés à une lecture contrastive:

 "cet emploi suppose une opposition de personne de type toi/moi."


Vallée note aussi des emplois de pronoms sujets antéposés avec une lecture de focus contrastif, mais en insistant sur les pronoms de troisième personne.

 Vallée (1926:12)
 "Dans la conversation la conjugaison impersonnelle est d'un emploi assez courant pour les deux premières personnes, celle qui parle et celle à qui l'on parle, parce qu'elles sont au premier plan et s'opposent l'une à l'autre:
 
 - Me a zesk mat, ha te, Yann?, 'Moi j'apprends bien, et toi, Jean?'
 - Me a zesk mat ivez, 'J'apprends bien aussi.'
 
 Mais pour la troisième personne on emploie rarement ainsi heñ, hi, i (int) avec le verbe impersonnel. Le faire seulement lorsqu'il y aura emphase réelle sur le pronom sujet et dans les oppositions: 
 
 'Il rit et elle pleure.', heñ a choarz ha hi a leñv.
 
 Ceci ne s'applique pas au vannetais dont la syntaxe sur ce point est très francisée.

sujet préverbal focalisé

Dans tous les dialectes, un groupe nominal sujet focalisé doit apparaître dans la position devant le verbe tensé.

 Gros (1984:106)
 "En principe, le sujet se met en tête de la phrase chaque fois que ce mot constitue la préoccupation principale du locuteur et il porte l'accent tonique plus ou moins fort."


La focalisation du sujet par mouvement est aussi possible à longue distance, à travers des domaines propositionnels différents, ce qui est la marque d'un mouvement A-barre.


(1) Toud ar rehier … a lavarfed ez int bet savet gwechall.
tout le pierres R1 dirait.IMP R4 sont été dressé autrefois
'Il a été dit que les pierres ont été dressées il y a longtemps.' Urien (1989:211)

sujet préverbal topique

Le sujet peut être antéposé au verbe tensé sans qu'il s'agisse de mouvement: en (2), le sujet Job co-réfère avec le site canonique sujet de save, mais il ne s'agit pas de mouvement car il n'est pas possible d'extraire un DP d'une proposition circonstancielle de temps. Jouitteau (2005/2010) considère ces sujets générés à gauche du verbe comme des topiques.


(1) Pa'z eo gwir [ Job [ a veze poent lein bemdeiz [ a-benn ma save _ diouz e wele ]]].
comme est vrai Job R était moment déjeuner chaque.jour quand que levait de son1 lit
'Comme il est vrai que Job se levait chaque jour à l'heure du déjeuner.'
Gorre Leon, Madeg (1990:10)


Borsley & Stephens (1989:422) pointent les cas de coordination, où ils analysent le sujet en position de topique (across-the-board phenomenon).


(2) An dud a oa _ paour hag a c'houlenne _ an aluzenn. Trégorrois, Borsley & Stephens (1989:421)
le 1gens R1 était pauvre et R1 demandait le aumône
'Les gens ne étaient pauvres et demandaient l'aumône.'


(3) An dud ne lavarent _ netra met a chome _ sioul. Trégorrois, Borsley & Stephens (1989:422)
le 1gens ne1 disaient rien mais R1 restait tranquille
'Les gens ne disaient rien mais restaient tranquilles.'

sujet préverbal neutre

Dans toutes les variétés de breton, un sujet peut aussi être préverbal, mais neutre en terme de structure informationnelle. Ceci se vérifie dans différentes variétés de KLT.

 Gros (1984:108)
 "(...) dans la pratique actuelle, le sujet se met souvent en tête de phrase, sans aucune intention de mise en relief, lorsque la phrase constate un fait ou exprime une idée d'ordre logique ou intellectuelle, c-à-d. sans l'intervention du sentiment."
 Goyat (2012:339): 
 "[A Plozévet], "l’ordre de mots S + V + A (ou) O doit être considéré comme neutre ou non-emphatique. Pour insister particulièrement sur le sujet, on a recours à l’expression ’ni eo qui se place après lui, ou à une accentuation orale plus forte"


arrière-plan

En (1), l'usage du pronom impersonnel an den à l'initiale montre que le sujet peut être en arrière plan dans la structure informationnelle (un impersonnel est par définition en arrière-plan dans la structure informationnelle).

information déjà fournie en contexte

L'information portée par le sujet peut être déjà fournie par le contexte, ce qui montre qu'il ne s'agit pas d'un focus qui apporte une information nouvelle (comme une réponse à une question).


(1) Ma houezan e veho avel Nort, me a saro ar bouliji.
si4 sais R4 sera vent Nord moi R1 fermera le volets
'Si je sais qu'il y aura du vent du Nord, je fermerai les volets.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)

idiomatismes

Borsley & Stephens (1989:417) ont utilisé la propriété anti-focale des idiomatismes afin de montrer que le mouvement du sujet initial en breton peut ne pas résulter d'un focus.


(2) Ar bik a c'hellfe kregiñ en e skouarn Trégorrois, Borsley & Stephens (1989:417)
le 1pie R1 pourrait mordre dans son oreille
'Il pourrait décider de se marier.'

sujet préverbal à portée ambigüe

Jouitteau (2005/2010) montre qu'en breton standard, le sujet préverbal a une portée ambigüe (portée large ou portée restreinte), ce qui montre qu'il n'est pas forcément dans une position A-barre. L'argument est construit en contraste avec les faits du grec moderne.

 "Contrairement aux sujets préverbaux du grec, les sujets préverbaux du breton peuvent avoir une portée restreinte sur un quantifieur. [...] Selon Alexiadou et Anagnostopoulou (1998), le test de la lecture de portée des quantifieurs désigne la position préverbale d’un sujet grec comme A-barre. Cette conclusion vient du contraste de portée dans l’interprétation des sujet préverbaux et postverbaux. Dans l’exemple en (2), le sujet préverbal ne peut se lire qu’avec une portée large (Il existe un étudiant x tel que x a rangé tous les articles). Dans l’exemple en (1)b, cette lecture dite à portée large est possible, mais une lecture à portée étroite est également disponible (Pour chaque article x, il existe un étudiant y tel que y a rangé cet x)." 


(2) a. Kapios fititis stihiothetise kathe arthro (uniquement portée large)
b. Stihiothetise kapios fititis kathe arthro (portée ambigüe, large ou restreinte)
quelque étudiant rangea quelque étudiant chaque article
'Un étudiant a rangé chaque article.' grec moderne, Alexiadou et Anagnostopoulou (1998)


Si le sujet préverbal du grec montait dans une position A, il préserverait sa portée ambiguë. Au lieu de cela, la position A-barre préverbale le restreint à une lecture à portée large. En breton standard, les sujets préverbaux ont la même ambiguïté de lecture que leur site soit préverbal ou post-verbal. Le fait que la lecture à portée étroite (Pour chaque article x, il existe un étudiant y tel que y a rangé cet x) soit préservée avec un mouvement préverbal du sujet en (3) implique que le sujet n’est pas dans une position A-barre, mais dans une position A.


(3) a. Ur studier bennak neus renket pep pennad. (portée ambigüe, large ou restreinte)
b. Renket neus ur studier bennak pep pennad. (portée ambigüe, large ou restreinte)
un étudiant quelque a rangé un étudiant quelque chaque article
'Un étudiant a rangé chaque article.' Breton standard, Jouitteau (2005/2010:172,3)


La lecture à portée étroite est plausible en (4).


(4) Brom (ur banniel bennak) hich (ur banniel bennak) war pep ti-ker.
maintenant un drapeau quelconque flotte un drapeau quelconque sur chaque mairie
'Un drapeau quelconque flotte sur chaque mairie.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (05/2016)


En (5), le contexte imposait à la locutrice 17 tables et un serveur par table, montrant que le sujet ur servicher avait une portée restreinte. A noter cependant que la forme ur servicher bennak a rendu la phrase (5) agrammaticale pour la locutrice.


(5) Ar friko-mañ a zo deuet da ger. Ur servicher en deus renket pep taol. (17 servicher)
le dîner-ci est venu à1 cher un serveur 3SGM a rangé chaque table
'Ce mariage a occasionné des frais insensés. Il y avait un serveur par table pour ranger!'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)

Variation dialectale

Dans tous les dialectes, un sujet focalisé ou en position de topique est à l'initiale (sauf dans le cas des pronoms écho). Tous les dialectes semblent aussi avoir des ordres de mots avec sujet à l'initiale dans des structures informationnelles plates. Pourtant, les dialectes diffèrent dans leur tolérance des ordres à sujet initial, en particulier pour les pronoms.


SVO en vannetais

En vannetais, l'ordre à sujet en initiale semble plus répandu que dans les autres dialectes (Vallée 1926:12). Pour la traduction de J'ai été malade dans la carte 068 de l'ALBB, seule l'aire du vannetais donne des ordres à sujet prétensé.


 Ternes (1970:253):
 [l'accord pauvre dans un ordre sujet-verbe]... "dans le breton de l'Ile de Groix n'implique point une mise en évidence de la personne exprimée par le préfixe personnel. C'est la forme la plus courante, absolument neutre sur le plan sémantique".
 Cheveau (2007:210):
 [En bas-vannetais], "l’ordre le plus courant dans les principales et indépendantes est SVO, et dans les subordonnées, Conj V S O."
 Quéré (2010):
 "Les ordres de mots constatés à Plaudren en corpus oral spontané sont dans leur grande majorité à sujet préverbal."  


(...voir aussi les travaux de Schapansky 1996 pour une analyse de corpus littéraire du vannetais donnant les statistiques d'ordres SVO).


structure informationnelle

La première raison des ordres SVO plus fréquents vers le vannetais est qu'une structure informationnelle plate (all-focus) les tolère même lorsqu'il s'agit de pronoms (Jouitteau 2005/2010:446).

 Ternes (1970:253)
 "Contrairement à la forme correspondant au type 1° (préfixe personnel + thème verbal + suffixe de temps) dans d'autres dialectes bretons (p.ex. ceux de Léon: me a oar "moi je sais"), la première conjugaison (type 1°) dans le breton de l'île de Groix n'implique point une mise en évidence de la personne exprimée par le préfixe personnel. C'est la forme la plus courante, absolument neutre sur le plan sémantique."

L'exemple en (2) est une suite de phrases qui montre l'ordre prototypique du vannetais qui n'est pas heureux dans les autres dialectes. Le conte est l'histoire d'une jeune fille, dont nous venons d'accéder aux pensées stratégiques pendant 6 phrases. Le sujet hei 'elle' apporte donc de l'information déjà présente en contexte et non-contrastive. C'est un pronom fort indépendant prétensé alors qu'il est en arrière-plan dans la structure informationnelle. Ce pronom occupe la place à l'initiale alors même que l'information nouvelle un den o tont, reste en position post-tensée.


(2) An anderù e avansé. Hei e huilas un din i tunet.
le après.midi R avançait elle R1 vit un homme à4 venir
'L'après-midi avançait. Elle vit un homme venir.' Vannetais, An Diberder (2000:104)


En français, ce pronom serait un pronom faible (je, tu, il, etc.), et non un pronom fort (moi, toi, lui, etc.). Dans une langue pro-drop classique, le pronom sujet dans une telle structure informationnelle devrait être vide, récupérable uniquement par les marques d'accord sur le verbe.

Le texte poursuit directement avec la phrase en (3), qui réplique le même processus. Le pronom vide sujet de i ya dans le second coordonné vérifie par ailleurs que cette variété de breton est bien pro-drop, c'est-à-dire qu'il y existe bien des pronoms vides disponibles dans ce dialecte.


(3) Hei e zaùas doh i lih hag i ya betag-zon.
elle R1 leva de son lieu et R va jusqu'à.lui
'Elle se leva de sa cachette et alla vers lui.' Vannetais, An Diberder (2000:104)


La phrase en (4) est une phrase matrice. Elle assure que les pronoms vides sont disponibles dans cette variété en dehors des structures coordonnées (au moins pour la première personne).


(4) Ha gerzhan ket hoeh founab ehouolh.
et (ne1) marche.1SG pas encore vite assez
'Et je ne marche pas encore assez vite.' Vannetais, An Diberder (2000:100)

différences syntaxiques

Certains ordres de mots relevés en haut-vannetais par Quéré présentent des ordres SVO alors que l'espace prétensé est déjà rempli par une circonstancielle. Dans la mesure où ces ordres seraient forçables dans d'autres dialectes, ils obtiendraient probablement une lecture contrastive saillante sur le sujet.


(1) P'on klañ me chom e ma gulé.
quand suis malade moi reste dans mon lit
'Quand je suis malade, je reste au lit.'
Vannetais (Plaudren), Quéré (2011:117)


(2) Pa sonen rah en dud e grolle.
quand chantais tous le gens R1 dansait
'Quand je chantais, tout le monde dansait.'
Vannetais (Plaudren), Quéré (2011:118)


(3) Ha ma kargen ket mat me zad e skoé un taul ar er pen de mem bah.
et si chargeais pas bien mon2 père R tapait un coup sur le bout de mon bâton
'Et si je ne chargeais pas bien, mon père me donnait un coup sur le bout de mon bâton.'
Vannetais (Plaudren), Quéré (2011:118)

SVO non-marqué en Haut cornouaillais, peu en breton central ou Léon

Avezard-Roger (2004a:367), (2004b) relève, pour des tâches de traduction français > breton comme pour des réponses à choix multiples en breton, une différence dans la fréquence des usages d'ordres SVO entre La Forêt-Fouesnant, Duault en breton central, et Saint-Pol-de-Léon. Les ordres SVO sont préférés à La Forêt-Fouesnant, la conjugaison analytique en ober 'faire' à Duault, et les conjugaisons synthétiques à Saint-Pol-de-Léon.


(1) location tâche ordres SVO conjugaison synthétique conjugaison analytique en ober
La Forêt-Fouesnant traduction 92% 4% 4%
choix multiples 64% 13,50% 22,50%
corpus libre + - aucune
Duault traduction 20,50% 26,50% 53%
choix multiples 22,50% 18,50% 59%
corpus libre + +/- -
Saint-Pol-de-Léon traduction 18,50% 61% 20,50%
choix multiples 26% 32,50% 41,50%
corpus libre +/- + -


Pour les résultats de corpus libre, Avezard-Roger (2004a:367) note que les ordres SVO sont plus importants à Duault que pour les tâches déclenchant probablement des structures informationnelles plates, ce qui correspond au fait que les sujets, en discours, apparaîssent marqués d'un focus ou d'un topique en zone initiale (les résultats ne sont cependant pas assez précis pour comparer avec Saint-Pol-de-Léon où on ne sait pas ce qui apparaît en zone initiale).

Selon Kennard (2013:117), les locuteurs traditionnels et les jeunes locuteurs des systèmes d'immersion aux alentours de Quimper ont une tendance nette à utiliser les sujets lexicaux devant le verbe tensé, ce qu'ils ne font que très rarement avec des sujets pronominaux. Cette distinction revient à une différence de structure informationnelle car les co-référents des pronoms sont donnés dans le contexte de l'énoncé, alors que les sujets lexicaux apportent plutôt de l'information nouvelle. Le paramètre semble donc être que l'information nouvelle tendrait à être placée à l'initiale, sans qu'il s'agisse d'un focus.

Kennard (2013:311) mentionne que les locuteurs traditionnels comme les jeunes adultes montrent des ordres de mots avec un sujet lexical à l'initiale devant une négation, sans lecture de focus sur le sujet.

Dans un même paradigme pronominal, les pronoms ne sont pas uniformes dans leur placement dans la phrase. Kennard (2013:140) note que les pronoms initiaux produits par les locuteurs traditionnels autour de Quimper sont surtout des pronoms de première personne. Cette tendance est même plus marquée chez les jeunes adultes pour qui les ordres à sujet pronominal initial relèvent exclusivement d'un pronom à la première personne suivi d'un verbe déclaratif (Me (a) soñj... 'Je pense que...'). Cet effet pourrait s'étendre à la seconde personne, car la méthodologie d'élicitation de Kennard (2013) induisait surtout des personnes 1 et 3. L'incise orale répandue te oar n'est par exemple pas focalisée sur le pronom. Avezard-Roger (2004a:142) obtient à La Forêt Fouesnant un pronom sujet préverbal te en traduction du défocalisé As-tu vu comme il a grandi?.


(1) te tøs gɥɛl pezemɔ̃ ma dø hãn bʁas La Forêt Fouesnant, Avezard-Roger (2004a:142)
toi as vu quel mode est venu lui grand
'As-tu vu de quelle sorte il est devenu grand lui?'


diachronie

En breton pré-moderne dans les manuscrits de Madame de Saint Prix (1820-1840, Trégor/Breton central), Le Rol (2013:170) relève 24 phrases SVO dont 10 commencent par le pronom personnel me sur le 56 vers de gwerz Ar sorcères, et 21 sur 100 dans Penanguer. Il considère qu'une bonne partie sont des tournures fossilisées dans la langue des gwerzioù (ub. a lavare, ub. a c’houlenne, etc. Le Rol (2013:170) cite aussi une estimation de Le Berre (2013:144) selon laquelle 20% des "accidents recensés" sont à sujet initial.

Ouessant

En (2), Le locuteur répond à un interviewer qui lui demande si la vie était plus dure autrefois à Ouessant. Il répond Ya. Kaletoh oa evid meur a dra hag..., 'Oui, c'était plus dur pour plusieurs raisons et...', puis la proposition commençant par le sujet en arrière-plan, séparé du rannig par memestra 'tout de même'.


(2) An dud memestra a en em blije en Eusa.
le 1gens tout.de.même R1 se1 plaisait dans Ouessant
'On se plaisait à Ouessant.' Ouessant, Gouedig (1982)

Analyse

SVO de même structure que T2

SVO est un des ordres à temps second. Les deux sont de même structure et peuvent être coordonnés.


(1) Ma fenn a zo pounner ha gwan eo man divhar.
mon2 tête R est lourd et faible est mon deux.jambe
'Ma tête est lourde et faibles sont mes jambes.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:17)

Structure des ordres SVO

Jouitteau (2005/2010:chap 2) propose une structure de la périphérie gauche de la phrase bretonne comme suit, qui prédit les faits du breton standard:


(1) [ForceP Force° [TopP [FocP [ModeP NEG [FinP Fin
topique suspendu adjoints scéniques topique focus négation ne explétif rannig-verbe
structure du domaine CP en breton standard, Jouitteau (2005/2010:126)


Adapter ce modèle aux dialectes qui ont des pronoms préverbaux dans les lectures neutres est épineux. Kennard (2013:201) propose que dans les dialectes où les pronoms sujets peuvent avoir une lecture neutre, ils peuvent être aussi accueillis en SpecFinP. Cela signifie que ces dialectes ont développé des pronoms forts indépendants en dehors des contextes de saillance informationnelle.

Dans les dialectes où seuls les pronoms de première et seconde personne peuvent ne pas provoquer d'effet de topique ou de focus, il faut stipuler que les pronoms de troisième personne ne sont pas autorisés en SpecFinP.

Enfin, la négation doit être prise en compte. La possibilité d'ordres à lecture neutre d'un impersonnel de troisème personne au dessus de la négation à Riec (1) suggère que ne, première partie de la négation, est plus bas dans ce dialecte qu'en standard. Il est intéressant de noter que les dialectes du Sud qui semblent pouvoir avoir un sujet non-focalisé devant la négation sont aussi ceux qui montrent une optionalité de l'accord avec ce sujet dans les phrases négatives (2).


(1) An nen ne oar ket bepred.
IMP ne sait pas toujours
'On ne sait pas toujours.' Riec, Mona Bouzeg, c.p. (01/2009)


(2) Ma zud-kozh ne ouie poz galleg ebet.
mon2 parents-vieux ne savait parole français aucun
'Mes grand-parents ne parlaient pas un mot de français.' Riec, Mona Bouzeg

Distribution en enchâssées

Dans tous les dialectes, certains complémenteurs permettent optionnellement des ordres V2 en enchâssées, qui concernent aussi les ordres à sujet prétensé.

La distribution des sujets prétensés en enchâssées classe cependant très nettement le dialecte vannetais à part des autres dialectes du breton. On note en effet à travers les dialectes des ordres SVO qui seraient agrammaticaux dans d'autres variétés.

En vannetais de Plaudren (Quéré 2010) et en breton de Guérande (Brenn 2002), ainsi qu'à Plougerneau (M-L. B. 04/2016), on trouve des ordres à sujet préverbal aussi en propositions enchâssées après le complémenteur pa ('quand').


(1) Pa an dud o deus ur friad, eo mat evañ ur banne gwin tomm.
quand le gens 3PL ont un rhume est bon (PRO) boire un verrée vin chaud
'Quand on a un rhume, on doit boire un verre de vin chaud.' Plougerneau, M-L. B. (04/2016)


Dans les autres dialectes, la présence du complémenteur imposerait strictement un sujet postverbal après le complémenteur pa. La présence forte d'ordres SVO dans certaines variétés du breton de l'Est n'est donc pas entièrement réductible à un encodage différent de la structure informationnelle entre les dialectes. La structure syntaxique des enchâssées y est aussi plausiblement différente.

Horizons comparatifs

Quelques dialectes du Sud-Est du gallois montrent une asymétrie entre les sujets pronominaux et lexicaux. Les sujets lexicaux doivent y suivre le verbe tensé comme en gallois standard, mais les pronoms, eux, peuvent le précéder.


(1) [ ti [ 'gwe.läsd i: ]
you see.PAST.2S her
'You saw her.'
Gallois du Sud Est, Phillips (1955:298), cité dans Willis (2011:14)


Willis (2007) propose qu'il ne s'agit pas réellement d'un pronom sujet dans ces phrases, mais d'un complémenteur affirmatif qui montrerait un accord avec le sujet. Cette analyse s'appuie sur un aprallèle avec les complémenteurs gallois mi/fe qui n'ont pas d'équivalent en breton.

Bibliographie

  • Quéré, A. 2010. 'Remarques sur le breton parlé à Plaudren', présentation au séminaire de La Bretagne Linguistique, 11 juin 2010, Brest.


horizons comparatifs

  • Phillips, Vincent Howell. 1955. Astudiaeth o Gymraeg llafar Dyffryn Ela ́i a’r cyffiniau [A study of the spoken Welsh of the Ely Valley and surrounding areas], MA dissertation, University of Wales Cardiff.