-aat

De Arbres
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Le morphème -aat obtient un verbe en s'affixant sur un adjectif. Ce suffixe est un verbe léger, dont le participe est -aet.


(1) Raktal, ar merc'hed da sevel o fenn, ar vugale da zigeriñ o genoù, ar baotred da dostaat...
de.suite le femmes de1 lever leur2 tête le 1enfants de1 ouvrir leur2 bouche le hommes de1 approcher
'De suite, les femmes levèrent la tête, les enfants ouvrirent la bouche, les hommes s'approchèrent.'
Standard, Kervella (1995:§279)


Morphologie

Ce suffixe se trouve dans certains systèmes orthographiques avec un accent circonflexe marquant la voyelle longue.


(6) Daoust piou hallfe iac'hât gouliou ar vuhe?
à.savoir qui R1 pourrait guérir blessures le 1vie
'Qui donc pourrait guérir les blessures de la vie?' Haute-Cornouaille (Kergrist-Moëlou), Le Garrec (1901:8)


base adjectivale

Le suffixe -aat sélectionne une base adjectivale, qu'il modifie phonologiquement:

un h initial remontant au moyen breton provoque toujours en synchronie un sandhi sur la base.
la dernière voyelle de la base devient brève.


accentuation

L'accentuation montre un phénomène de resyllabification: la consonne finale de la base crée une syllabe à partir de la voyelle longue du suffixe.

Goyat (2012:122) donne, pour Plozevet, /bra'sa:d/, braSAad, 'grandir'; /ko'sa:d/, koSAad, 'vieillir'; /ɡɥɛ'la:d/, gwelLAad, 'améliorer'; /rwɛ'a:d/, rouesAad, '(se) raréfier'.


exocentricité

Le suffixe -aat est exocentrique: il obtient toujours un verbe à partir d'une catégorie adjectivale. C'est un verbe léger.


variation dialectale

Un verbe léger peut être plus ou moins productif.

Selon Goyat (2012:206), -aat est à Plozévet "d’un emploi fréquent, mais seulement pour quelques verbes", dont les plus usités sont:

  • /var vɛ'la:d ˌja/, war wellaad e ya, 'son état s’améliore.'
/var wa'sa:d ˌjɛ/, war wasaad e yee, 'son état empirait.'
/var rwɛ'ja:d ˌjɛɲ/, war rouesaad e yeont, 'ils se raréfient.'

Goyat ne fournit que des formes inaccusatives.


catégorie

Contrairement aux différentes désinences verbales de l'infinitif que l'on trouve sur une base verbale, le suffixe -aat est lui-même un verbe.

Ce verbe est défectif: il ne se conjugue pas, son paradigme est restreint à l'infinitif et au participe.

Syntaxe

Vallée (1980:XXV) note que les verbes en -(h)aat sont alternativement transitifs ou intransitifs: klañvaat, 'devenir ou rendre plus malade'.


structure thématique

En (1), le verbe en -aat est un verbe transitif. Son sujet est un agent qui est la cause d'un changement d'état (>berr, 'court'). L'expérienceur du changement d'état apparaît comme objet direct.


(1) Berraad a raont o zennerezh.
court.sfx R1 font leur2 tir.activité
'Ils raccourcissent leurs tirs.' Vannetais, Herrieu (1994:35)


(2) 'Maon ' tont doc'h netaat an ti.
suis à4 venir de net.sfx le maison
'Je viens de nettoyer la maison.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:36)


En (3), le verbe en -aat est un verbe inaccusatif. Il ne sélectionne pas d'agent volontaire qui serait la cause du changement d'état. L'expérienceur apparaît comme objet de la préposition da.


(3) Gwellaad a ra dezañ.
amélior.er R1 fait à.lui
'Il va mieux.' Léon, Fave (1998:140)


Une phrase, hors contexte, peut être ambigüe entre les deux structures.


(4) Diaesaat a ra d’ar c’hirri kerzhet.
difficile.er R1 fait à'le voitures marcher
'Ça rend difficile le passage des voitures.' Vannetais, Herrieu (1994:236)
'Le passage des voitures devient difficile.'


Il est aussi possible de trouver l'expérienceur en position de sujet du verbe en -aat.


(1) [ betad ǝrǝt avǝzǝl mi frasǝt ]
Betaat a rit a-vuzul m'eh vrasait.
bête.devenir R faites à-mesure que R4 / +V grandissez
‘Vous devenez plus bête en grandissant.’ Bas-vannetais, Nicolas (2005:26)

Sémantique

Sémantiquement, -aat est équivalent à un verbe causatif amenant à un état:

  • X CAUSE Y ÊTRE adjectif:
melen > melenaat = X CAUSE Y ÊTRE melen
'jaune' > jaunir = X CAUSE Y ÊTRE 'jaune'
  • X CAUSE Y ÊTRE préposition:
a-raok > araokaat = X CAUSE Y être araok
'devant' > 'avancer' = X CAUSE Y être 'devant'


Diachronie

Deshayes (2003:39) dérive le suffixe -(h)aat du suffixe moyen breton -hat.


Horizons comparatifs

celtique

Deshayes (2003:39) met en correspondance le suffixe -aat breton, le cornique -hê et la gallois -hau (-au après c final).


autre

Radford (1997) propose un exemple similaire en anglais avec l'affixe -en:

sadden, /triste + -en/, 'rendre triste'

Un équivalent en français serait le verbe léger suffixal -ir: salir (X CAUSE Y être sale), jaunir (X CAUSE Y être jaune), vieillir (X CAUSE Y être vieux), etc.

La productivité de ce suffixe en français est restreinte: *orangir, *pirir, * meilleurir.


A ne pas confondre

Tous les verbes qui finissent en -aat ne comportent pas ce morphème, qui s'affixe uniquement sur base adjectivale (cf. lakaat, c'hoantaat, kasaat, etc.).