La négation

De Arbres
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La négation propositionnelle est un processus ou une construction par laquelle une proposition est dite fausse (¬ p).


Matériel morphologique

négation propositionnelle

ne... ket

Le breton, comme le français, a une négation bipartite, ce qui est assez rare typologiquement. Cette négation propositionnelle est dite discontinue ou bipartite car les éléments ne et ket entourent le verbe tensé: [ne VERB ket]. Les tournures les plus archaïsantes peuvent n'utiliser que ne, le standard utilise ne et ket, et certains dialectes montrent une utilisation possible de ket uniquement.


(1) ... med e hellent ked ober da doud an dud.
mais R4 pouvaient pas faire à1 tout le 1gens
'Mais ils (les cheveaux) ne pouvaient pas (le) faire pour tout le monde.' Ouessant, Gouedig (1982)

infinitives

Dans les propositions infinitives, on trouve les négations nompas ou pas.

Il existe aussi des stratégies alternatives qui utilisent la préposition privative hep, 'sans' (tremen hep ober, /passer sans faire/ ou chom hep ober, /rester sans faire/). Dans les propositions infinitives à l'impératif, on trouve une stratégie alternative en arabat, une construction modale.

autres négations

La négation implique des éléments autres que les éléments de négation propositionnels:

- la préposition privative hep, 'sans'
- les négations non-propositionnelles pas et nompas.
- les items de polarité négative
- les indéfinis sous la négation
- les mots négatifs: netra, neblec'h...

noms nus devenus mots négatifs

La phrase en (1) est une conditionnelle, avec une protase sans négation de proposition aucune, ni ne ni ket. Son interprétation est cependant clairement négative (s'il n'y avait pas eu d'ajonc, s'il n'y avait eu aucun ajonc). Le nom nu tamm lann est en standard un item de polarité négative. Il pourrait être autorisé par la protase de la conditionnelle, mais il aurait alors un sens positif (le moindre ajonc, quelque ajonc). Ce n'est pas le cas dans l'exemple en (1), dans le dialecte de Ouessant où le nom nu tamm a évolué en mot négatif, capable de porter seul la négation.


(1) ma viche bet tamm lann, viche ket bet gellet tomma ar forn
si4 serait été morceau ajonc serait pas été pu chauffer le four
'S'il n'y avait pas eu d'ajonc, le four n'aurait pas pu être chauffé.' Ouessant, Gouedig (1982)


Il est aussi possible que la négation puisse être la particule ne vidée de sa phonologie, car le verbe peut sembler être à l'initiale. La position devant lui serait remplie par la négation qui n'est pas prononcée. Ces phrases sans morphologie de la négation contiennent toujours un nom nu qui est autorisé par elles. En celà, elles sont comparables au français T'inquiète!, qui ne peut signifier que ne t'inquiète pas, avec la cliticisation de l'expérienceur qui est le signe syntaxique fort que la négation est présente (à l'affirmative, t'inquiète ne peut pas signifier inquiète-toi).


(2) med, ato ar memez kestion, oa tamm arhant, setu...
mais toujours le même question était morceau argent alors
'Mais, toujours la même question, il n’y avait pas d’argent, alors…' Ouessant, Gouedig (1982)

Syntaxe

ne complémenteur

En termes syntaxiques, la partie préverbale ne de la négation est un complémenteur (Tallerman 2005, Anderson 2005, Jouitteau 2005/2010), comme son équivalent en irlandais (Hendrick 1990:130).

Lorsque le sujet apparaît au-dessus du complémenteur ne, il déclenche un accord riche. Empiriquement, lorsque le sujet est devant la partie ne de la négation, ce sujet est doublé par un pronom de même traits qui s'incorpore sur le verbe et y déclenche un accord riche (voir l'article sur le sujet prénégation). Selon Jouitteau (2005:411), le pronom qui déclenche l'accord sur le verbe est un résomptif du sujet déclenché par un 'that-trace effect'.

incompatibilité avec bez '

Les phrases qui contiennent la particule bez' ne sont pas compatibles avec la négation (Press 1986:193).


incompatibilité avec la conjugaison en ober

Les structures de conjugaison analytique en ober ne sont pas compatibles avec la négation.

incompatibilité avec le pronom objet postverbal d'un impératif

La négation propositionnelle bipartite ne... ket est incompatible avec le pronom objet postverbal d'un impératif (Le Gléau 1973:19). C'est alors le proclitique objet qui est utilisé.


(1) hasǝ cǝt.
Na ma c'hasit ket
ne me envoyez pas
‘Ne m'emmenez pas.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)

Sémantique

On relève des cas d'absence superficielle de ne, où la négation est tout de même calculée sémantiquement. A l'inverse, il existe aussi des contextes où ne réalise une négation explétive, c'est-à-dire une négation qui n'est pas calculée sémantiquement.

Lorsque plusieurs éléments négatifs sont présents dans une même phrase, le breton suit pour le calcul de la négation le système de la concordance négative.

La présence dans une phrase d'une négation permet l'usage de certains éléments autrement agrammaticaux: les items de polarité négative.

La négation est un contexte monotone décroissant, ce qui veut dire qu'elle implique ses sous-ensembles.

  • Si L'ordinateur ne connait pas Michel et Zoé., ceci implique logiquement que L'ordinateur ne connait pas Zoé.
  • Si Je n'ai pas mangé de gâteau, ceci implique logiquement que Je n'ai pas mangé de gâteau aux pommes.
  • Si Il est sans chemise et sans pantalon., ceci implique logiquement que Il est sans chemise.


notation

En sémantique formelle, la négation est notée par le symbole ¬.


Diachronie

En moyen breton, la particule ne(nd) est restreinte aux phrases matrices et la particule na(c) aux enchâssées et aux impératives. La particule postverbale quet s'y rajoute progressivement en moyen breton. Pour une comparaison des systèmes de la négation dans la diachronie des langues brittoniques, se reporter à Willis (2013).

Terminologie

Le terme breton qui correspond à 'la négation' est an nac'hañ. Le terme de ger nac'h renvoie aux mots négatifs.


Bibliographie

description générale

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  • Kervella, F. 1995 [1947].Yezhadur bras ar brezhoneg, 1947 edition Skridoù Breizh, La Baule ; 1995 edition Al Liamm.
  • Hemon, R. 2000. Yezhadur Istorel ar Brezhoneg (traduction Hemon 1975 par A. Dipode), Hor Yezh.
  • Press, I. 1986. A Grammar of Modern Breton, Mouton, Berlin (p.110-114).

ouvrages théoriques sur la négation en breton

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  • Schafer, R. 1992. Negation and Verb Second in Breton. Santa Cruz, UCSC unpublished manuscript.
  • Le Pipec, Erwan. 2009. 'La phrase négative en breton : de la phonologie à la syntaxe', La Bretagne Linguistique 14, CRBC.
  • Schapansky, N. 2000. Negation, Referentiality and Boundedness in Gwenedeg Breton: A Case Study in Markedness and Asymmetry, Lincom Europa, Munich.
  • Schapansky, N. 1996. Negation, Referentiality and Boundedness in Breton, a case study in markedness and asymmetry, ms thesis.
  • Schapansky, N. 1994. 'Affixal negation in Breton', Proceedings of the 1994 Annual Conference of the Canadian Linguistic Association.
  • Schapansky, N. 1992b. ‘The Preverbal Position in Breton and Relational Visibility.’, Working papers in Linguistics 2, Burnaby SFU, 136-170. (MA thesis)
  • Schapansky, N. 1991. 'Negation in Celtic: A Preliminary Study of the Interactions Between Word Order and Scope of Negation', Proceedings of the Centre for System Science and Graduate Student Review, Simon Fraser University, Burnaby.
  • Willis, David. 2013. 'Negation in the history of the Brythonic Celtic languages', David Willis, Christopher Lucas & Anne Breitbarth (éds.), The History of Negation in the Languages of Europe and the Mediterranean, 239-298.


ouvrages théoriques autres

  • Breitbarth, Anne and Liliane Haegeman. 2008. Not continuity, but change: stable stage II in Jespersen’s cycle. Manuscript, University of Cambridge & STL Lille III.
  • De Zwart, Henriette. 2006. Expression and interpretation of negation. Book manuscript (submitted)
  • Haspelmath, Martin. 1997. Indefinite Pronouns. Oxford: Clarendon Press.
  • Slomanson, P, 2009. 'Morphological Finiteness as Increased Complexity in Negation Systems', Complex Processes in New Languages, E. Aboh & N. Smith (éds.), Amsterdam: John Benjamins Publishers.

description de la variation dialectale

  • Gros, Jules 1970. Le trésor du breton parlé I. Le langage figuré. Saint Brieuc: Les Presses Bretonnes.
  • Gros, Jules 1974 [1984]. Le trésor du breton parlé III. Le style populaire. Barr-Heol, Lannion: Giraudon, édition 1984 Brest: Emgleo Breiz - Brud Nevez.
  • Trépos, P. 2001 [1968, 1980, 1996], Grammaire bretonne, 1968 édition Simon, Rennes.- 1980 édition Ouest France, Rennes; 1996, 2001 édition Brud Nevez, Brest.
  • Wmffre, I. 1998. Central Breton. [= Languages of the World Materials 152] Unterschleißheim: Lincom Europa.
en particulier Wmffre (1998:19,20)
  • Plourin, J.Y. 1982. Description phonologique et morphologique comparée des parlers bretons de Langonnet (Morbihan) et de Saint-Servais (Côtes-du-Nord), thèse de doctorat, Université de Rennes II.

horizons comparatifs

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  • Brown, Sue. 2003. 'A minimalist approach to negation in Old Church Slavonic: A look at the Codex Marianus', Annual workshop on Formal Approaches to Slavic Linguistics: The Amherst meeting 2002, eds. Wayles Browne, Ji-Yung Kim, Barbara H. Partee and Robert A. Rothstein, 159–78. Ann Arbor, Mich.: Michigan Slavic Publications.
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