Ordres verbe-sujet dans le champ du milieu

De Arbres
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En breton comme dans les autres langues celtiques, l'ordre canonique des mots place le sujet après le verbe tensé (si le sujet, bien sûr, n'est pas devant ce verbe). Cet article étudie le placement du sujet après le verbe tensé dans le champ du milieu.


(1) Met kerkent ec'h adkemere an tren e lañs hag ar veajourien o flasoù.
mais aussitôt R4, +C re.prenait le train son élan et le 1voyag.eurs leur2 place.s Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:09)
'Mais le train reprenait aussitôt son élan, et les voyageurs leurs places.'


Cependant, contrairement aux autres langues celtiques, il est possible en breton pour le sujet de n'être pas directement après l'élément tensé. Il semble qu'il y ait une variation quant à ce qu'il est possible d'intercaler entre la tête tensée (verbe lexical ou auxiliaire) et son sujet. Cet article regroupe quelques exemples d'intervention entre l'élément tensé et le sujet, en essayant de dégager les facteurs de cette variation.


Sujets obligatoirement juste après le verbe

Certaines structures ne permettent pas de séparer l'élément tensé de son sujet qui doit être prononcé directement après lui dans une phrase positive.


emañ, 'être'

Hewitt (1988a) note que la forme de situation emañ du verbe bezañ, 'être', (qu'il nomme 'structure double D') a ceci de particulier que son sujet la suit directement. Hewitt semble ici considérer que cette propriété syntaxique dessine un contraste avec les auxiliaires.


 Hewitt (1988a):
 "La structure double D ne peut pas être considérée comme auxiliaire d'un point de vue syntaxique puisque le sujet vient ordinairement rompre le constituant putatif auxiliaire-auxilié. Il vaut mieux alors parler d'une structure double avec un verbe syntaxique plein, suivi de son sujet et un prédicat lexical indépendant:
 
 Emañ an dud o labourat / e-kreis ar park/ du-hont.


Cette règle ne semble pas soumise à variation dialectale.


(2) Emañ ( ar paotr ) o tont (* ar paotr). Lanvénégen, Evenou
est le gars à4 venir
'L'homme vient (par là).'


Lorsque la partie postverbale ket est requise dans une phrase négative, cet adverbe intervient entre emañ et son sujet.

Intervenants entre le verbe et un sujet après lui (T-X(P)-S)

En breton moderne, il existe de nombreux exemples de séparation de l'élément tensé de son sujet postverbal. Ci-dessous, sont recensés les différents éléments qui peuvent séparer l'élément tensé de son sujet postverbal.


adverbe

Des adverbes peuvent apparaître entre l'élément tensé et un sujet réalisé (voir l'article sur la distribution des adverbes).

adverbes de temps

(1) Damverzout a ra bremañ ar c’housker furmoù all, maouezed peuzziwiskoc’h an eil re eget ar re all.
semi.remarquer R fait maintenant le dormeur formes autre femmes presque.déshabillé.plus le second que le ceux autre
'Le rêveur commence à remarquer d'autres formes, des femmes presque plus dénudées les unes que les autres.'
Standard, Drezen (1990:12)


(3) Red eo hiriv an deiz espern an dour.
obligé est aujourd'hui le jour économiser le eau
'Il faut aujourd'hui économiser l'eau.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:39)

adverbes aspectuels

(2) Harpet war barlenn ar prenestr, tennañ a ra hir ar c’hrennard war e anal.
appuyé sur rebord le fenêtre tirer R fait long le 5adolescent sur son1 haleine
'Appuyé sur le rebord de la fenêtre, l'adolescent respire profondément.’ Standard, Drezen (1990:14)

adverbes d'opposition

(3) Ne arsav ket neoazh ar Jermaned a fardiñ bemnoz er-maez ag o zoulloù.
ne arrête pas cependant le Allemands de charger chaque.nuit dehors de leur2 trous
'Mais les allemands n'arrêtent pas de charger chaque nuit en dehors de leurs trous.' Vannetais, Herrieu (1994:100)

adverbes de négation

En ce qui concerne les adverbes de négation, la partie postverbale de la négation bipartite ne... ket (mui), ils interviennent obligatoirement entre le verbe tensé et son sujet.


(4) 'Dait Marivonn, dait du-mañ, pandeogwir n'am doug ket mui man divhar betagoc'h-c'hwi.'
venez Maryvonne, venez ici, puisque ne me porte pas plus mon 2.jambe jusqu'à.vous-vous
'Viens Maryvonne, viens ici puisque mes jambes ne me portent plus jusqu'à toi.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:113)

particule perfective bet

On trouve des ordres de mots où le sujet est directement après le verbe tensé, laissant la particule bet plus bas dans la structure.


(1) Ne deo Bendigeifran bet biskoazh dalc'het en un ti.
ne est Bindegeifran été jamais gardé dans un maison
'Bindegeifran n'a jamais été tenu enfermé dans une maison.' Léon, Abeozen (1991:48)


On trouve aussi relativement facilement des ordres de mots où bet est un intervenant. Il peut aussi intervenir avec un objet, ou un participe passé.


(5) Abaoe, vad, e-neus bed amzer an Diaoul da goza en ivern.
depuis cependant a eu temps le diable de1 vieillir en.le enfer
litt.'Mais, depuis, le diable a eu le temps de vieillir en enfer.'
> Beaucoup d'eau a passé sous les ponts. Le Berre & Le Dû (1999:28)


(5) Morse n'e-noa bet disklêriet an den-ze ar pezh a oa erruet ganin.
jamais ne R-avait été dit le homme- ar pezh R était arrivé à.moi
'Jamais cet homme n'a raconté ce qui m'était arrivé.'
Uhelgoat, Skragn (2002:21)


postposition

(2) pa zegouez tre Pat.
quand1 arrive dedans Pat
'Quand Pat fait son entrée' Haute-Cornouaille, Derrien (1980:26)

syntagme locatif

(3) War-dro dek eur, ar mintinvezh-se, e tegouezhas du-mañ va moereb Mai-Louj ar Rannoù.
vers dix heure le matinée- R arriva côté-ci ma2 tante Mai-Louj ar Rannoù
'Vers dix heures, ce matin-là, ma tante Mai-Louj ar Rannoù arriva chez moi.'
Cornouaille (Pleyben), ar Gow (1999:15)


objet

On relève des exemples d'intervention de l'objet, ici en Léon avec un adverbe intervenant en plus.


(1) Me a gred alato e planto patatez (Simone) er bloavezh-mañ (Simone) egist he amezog.
moi R1 crois pourtant R4 plantera patates Simone dans.le année-ci Simone comme son voisin
'Je crois cependant que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Lesneven/Kerlouan, A. M. (04/2016b)


(3) Bed en deus (ur servicher bennak) renket (ur servicher bennak) pep taol (ur servicher bennak).
eu 3SGM a un serveur quelconque rangé un serveur quelconque chaque table un serveur quelconque
'Un serveur a rangé chaque table/ toutes les tables.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)


On relève des objets intervenants à Uhelgoat et en vannetais dans deux exemples de corpus qui impliquent le verbe lexical kaout, 'avoir, posséder'.


(1) Me a wele a-walh lar e-noa mizer an hini ruz ...
moi R voyais assez que R-avait misère le celui rouge
'Je voyais bien que le rouge avait de la peine.'
Uhelgoat, Skragn (2002:129)


(2) ... hag e lâr d'ar vestrez a sell doc'hti get truez, en he deus naon he mamm.
et R dit à'le 1patronne R regarde à.elle avec pitié R? R3SGF a faim son2 mère
'...et elle dit à la patronne qui la regarde avec pitié que sa mère a faim.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:64)


L'exemple trégorrois pourrait être une intervention d'adverbe:


(3) Ne dalvez mann ma haoz, peogwir n'on ket kap da lavared ervad.
ne1 vaut zéro mon conversation car ne1'suis pas capable de dire bien
'Ma conversation ne vaut rien, puisque je ne peux pas dire correctement ce que je voulais dire.'
Trégorrois, Gros (1989:'kaoz')


la question de la place du participe passé

La question de l'ordre respectif d'un sujet postverbal et de son participe passé est complexe. Il existe manifestement une variation dialectale conséquente qui comprend des zones d'optionalité, et tout aussi manifestement des zones où uniquement l'une des deux options est disponible (Jouitteau 2010:458, qui renvoie à une discussion dans le courrier des lecteurs de Tír na nÓg 2000, 321:79f., 322:97f.).


Aux - participe - sujet

Dans les temps composés, le participe passé est clairement un intervenant possible, au moins dans certaines variétés de breton, entre le verbe tensé et son sujet.

Le participe passé d'un verbe à temps composé peut intervenir entre l'élément tensé et son sujet, en corpus oral douarneniste, en corpus écrit bigouden, à Uhelgoat, à Lanvénégen, en standard ou en trégorrois.

On trouve fréquemment des ordres Aux-Participe-S dans la presse.


(1) Droug ebet evito avat p’en deus servijet ar c’hampionad-se da brientiñ ar c’hoarioù olimpek dreist-holl.
mal aucun pour.eux mais car 3SGM a servi le championnat-ci à1 préparer le jeux olympique surtout
'Ceci ne les a pas desservis car ces championnats ont surtout servi à préparer les jeux olympiques.'
Standard, Bremaik 13 cité dans Jouitteau (2010:457)


(2) Evit al levr-mañ he deus Naig Rozmor eskemmet he c’hreion ouzh ur barr-livañ.
pour le livre-ci 3SGF a Naig Rozmor échangé son2 crayon contre un pinceau
'Naig Rozmor a pour ce livre échangé son crayon contre un pinceau.'
Standard, Bremañ 390:20


  • Ur wech dija he doa klasket Nathalie A., maerez Roazhon, skarzhañ anezho o kas CRSed warno.
'Nathalie A., maire de Rennes, avait déjà essayé de les expulser en leur envoyant les CRS.', Peuple Breton, 2016/05
  • Moarvat en doa klasket Kervarker reiñ brud d'ar brezhoneg o vravaat ar c'hanaouennoù.
'Kervarker avait sans doute cherché à publiciser le breton en embellissant les chansons.', H. Guevel, émission skeud an amzer, 25/06/03


bas cornouaillais
(1) N'ouzon ket pelec'h noe laeret ar re Treboull ar c'hilhog da lakaat war o iliz...
ne sais pas avait volé le ceux Tréboul le coq pour mettre sur leur2 église
'Je ne sais pas où les Tréboulistes avaient volé le coq à mettre sur leur église...'
Douarnenez, Mlle Griffon, Denez (1984:74)


(2) Gouvezet em-eus penaoz ober, heb m' en-deus diskouezet den ebet din.
su 1SG-a comment faire sans que 1SG-a montré personne aucun à.moi
'J'ai appris comment faire sans que personne ne me l'ait montré.'
Trépos (2001:§384)


(3) Hennez a oa chomet da echui tammou traou pa 'n-oa dilezet ar mestr ar jeu.
celui.ci R était resté à1 finir morceaux choses quand1/sup> avait laissé le maître le jeu
'Il était resté finir quelques tâches quand le maître était parti.'
litt. '...quand le maître avait laissé le jeu.' Uhelgoat, Skragn (2002:57)


(4) Pa 'n-oa sachet Job war ar skeul.

'Quand Job avait tiré sur l'échelle.', Uhelgoat, Skragn (2002:51)


Pour Chalm (2008:201) les deux ordres de mots (Aux-S-V et Aux-V-S) sont licites et dépendent de la structure informationnelle de la phrase, mais l'ordre neutre est pour lui celui avec le participe en haut, devant le sujet.

trégorrois
(1) Ne soñjen ket he-dije trompet eur zodez tud ken fin-mañ.
ne pensais pas 3SGF-aurait trompé un sotte gens si fin-ci
'Je ne pensais pas qu'une sotte aurait trompé des gens aussi malins que ceux-ci.'
Trégorrois, Gros (1996:115)


(2) Krediñ a ran en deus aret Yann e bark.
croire R fais 3SGM a labouré Yann son1 champ
'Je crois que Yann a labouré son champ.'
Trégorrois, Schafer (1995), citée dans Jouitteau (2010:457)


haut cornouaillais
(3) te tøs gɥɛl pezemɔ̃ ma dø hãn bʁas La Forêt Fouesnant, Avezard-Roger (2004a:142)
Te teus gwelet peseurt mod ema deuet bras
toi as vu quel mode est venu lui grand
'As-tu vu de quelle sorte il est devenu grand lui?'

Aux - participe - S - (*participe)

Haute-Cornouaille
(4) Dre he lost neus (tapet) Lucille (?tapet) ar c’hazh.
par son2 queue 3SFM.a attrappé Lucille attrappé le 5chat
'Lucille a attrappé le chat par la queue.' Scaër/Bannalec, H. Gaudart (03/2017)


(5) Gant un tokarn melen en deus graet perc’henn ar moto ruz ar redadeg.
avec un casque jaune 3SGM a fait propriétaire le moto rouge le course
'C'est avec un casque jaune que le propriétaire de la moto rouge a fait la course.'
Lanvénégen, Erwan Evenou, cité dans Jouitteau (2010:457)


L'alternative est agrammaticale selon Evenou.


(6) * Gant un tokarn melen en deus perc’henn ar moto ruz graet ar redadeg.
avec un casque jaune 3SGM a propriétaire le moto rouge fait le course
'C'est avec un casque jaune que le propriétaire de la moto rouge a fait la course.'
Lanvénégen, Erwan Evenou, cité dans Jouitteau (2010:457)


Aux - S - participe

vannetais

Guillevic & Le Goff (1986:139) notent que des ordres Aux-S-V sont attestés en vannetais.

 Guillevic & Le Goff (1986:139), IV, 3e:
 
 "Aux temps composés, le sujet qui doit suivre le verbe peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe.
 
 Amen en des hun tadeu fèhet en anemized., 
 /ici prt.3SG a nos pères défait nos ennemis/ 
 'Ici nos pères vainquirent les ennemis.'


On trouve des ordres Aux-S-V dans Meliner.


(1) Hag an holl o doa pellaet a-benn doc'h an oaled
et le tous 3PL avait éloigné aussitôt de le foyer
e'it m' en dehe an tan raet sklaerder dezhi da vonet en he gwele.
pour que'3SGM aurait le feu donné clarté à.elle pour1 aller dans son2 lit
'Et tout le monde s'écarta aussitôt du foyer pour que la clarté du feu
lui permette de se mettre au lit.' Vannetais, Ar Meliner (2009:138)


On trouve au XIX° en vannetais des ordres de mots sans intervention du participe.


(2) Ni ielo da vale pa en devezo Iouenn debret he walc'h.
nous ira pour1 marcher quand 3SGM aura Youenn mangé son1 satiété
'Nous irons nous promener quand Youenn aura mangé à satiété.'
Vannetais, Troude & Milin CBF.:7, cité dans Hemon (2000:§215)
Léon

On trouve des ordres Aux-S-V en Léon chez Seite, au début du XX° chez Burel, et dans la traduction littéraire archaïsante du Mabinogion par Abeozen (1991).


(1) Konta 'reer e-noa hemañ greet marhad gand an Aotrou Nin.
conter R fait.IMP avait celui.ci fait marché avec le monsieur Nin
'On raconte qu'il avait passé marché avec monsieur Nin.' Léon, (Cléder) Seite (1998:7)


(2) Epad tout an amser en devoa Yv tréménet é ti Félix... graphie d'origine
E-pad tout an amzer en devoa Yv tremenet e ti Felix... graphie standard
pendant tout le temps R.3SGM avait Yves passé dans maison Félix
'Durant toute la période que Yves avait passée chez Félix...' Léon, Burel (2012:108)


(3) A-benn henozh penn-bloazh, avat, e vezho ur banvez aozet el lez-mañ evidout-te.

'Mais cette nuit dans un an, cette cour te préparera un banquet.'
Léon, Abeozen (1991:26)


La zone du Léon n'est pas forcément uniforme. En 2016, un locuteur du Léon juge grammatical mais malheureux un sujet réalisé entre l'auxiliaire et le participe.


(5) Me a gred neus (#Simone) plantet (Simone) patatez (Simone) er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois a Simone planté Simone patates Simone dans.le année-ci comme son voisin
'Je crois que Simone a planté des patates cette année comme son voisin.' Lesneven/Kerlouan, A. M. (05/2016)

Aux - (*participe) - S - participe

Certains locuteurs ne tolèrent pas un participe passé intervenant, et considèrent l'ordre Aux-S-V comme un ordre de base de la langue.

 A. Dipode (kentel XXIII, c.p.):
 "Merkit e teu rener ar verb etre ar verb-skoazell hag an anv-gwan-verb." 
 

La traduction de Dipode de l'ouvrage de Tolkien An Hobbit offre de nombreux exemples de cet ordre de mots.


zones d'optionalité

Il y a manifestement une réelle dimension dialectale dans la possibilité des ordres AUX-V-S, mais elle croise une variation idiolectale. Chez certains auteurs, le sujet et le participe passé semblent occuper dans le champ du milieu des places interchangeables.


Plougerneau, Plouzane

En (1) à Plougerneau, la locutrice accepte les deux ordres, avec une préférence pour le sujet haut.


(1) Pa neus (Anna<<) kroget (Anna) el loa em eus komprenet edo o vont da benturiñ tout ar guzun.
quand1 a Anna croché Anna dans.le cuillière R4 ai compris était à4 aller pour1 peindre tout le cuisine
'Quand Anna a brandi la cuillière, j'ai compris qu'elle allait me repeindre toute la cuisine.'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)


A Plouzane, les deux ordres sont trouvés dans le même corpus avec le même prédicat et tous deux un sujet indéfini, ce qui les rend comparables (l'interprétation de l'impersonnel pour un den n'est pas disponible en Léon et il ne s'agit donc pas d'un pronom).


(2) Pa veze eun den klañv… Pa veze klañv eur bugel
quand1 était un homme malade quand1 était malade un enfant
'Quand un homme/un enfant était malade…' Léon (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:23, 24)
variation idiolectale chez Bijer

Les phrases (3) et (4) proviennent du même ouvrage de Yann Bijer.


(3) Biskoazh n'he doa gwelet Naig kement a gaoterioù o virviñ […]
jamais ne 3SGF avait vu Naig autant chaudrons à bouillir
'Naig n'avait jamais vu bouillir autant de chaudrons.' Bigouden, Bijer (2007:388), cité dans Rezac (2009)


(4) Biskoazh n'he doa Naig gwelet ken bras bag.
jamais ne 3SGF avait Naig vu tellement grand bateau
'Naig n'avait jamais vu d'aussi grand bateau.' Bigouden, Bijer (2007:392), cité dans Rezac (2009)


(5) N' e-noa ket kollet Kaou eur hriñsenn euz ar gaoz.

'Kaou n'avait pas perdu une goutte de la conversation.', Cornouaille, (bigouden), Bijer (2003:14)
en standard

On trouve en standard des ordres Aux-V-S comme Aux-S-V. Kervella utilise alternativement les deux ordres respectifs.


(1) Gwir eo o deus klasket renerien ar vro gwelaat tra pe dra.
vrai est 3PL a cherché dirigeants le 1pays améliorer chose ou1 chose
'Il est vrai que les dirigeants du pays ont cherché à améliorer quelques choses.'
Standard, Kervella (1933:79)


(2) Dec'h da noz, goude koan, en deus Yann kaset din va levrioù en-dro betek ar gêr. Standard (Dirinon), Kervella (1947:§706)
hier de1 nuit après souper 3SGM a Yann envoyé à.moi mon2 livres de.retour jusqu'à le foyer
'Hier après souper, Yann est passé me ramener mes livres.'


Lorsqu'il s'interroge consciemment sur l'ordre des mots, Kervella note une optionalité qu'il n'attache pas à une sémantique particulière. Il note que si les deux possibilités existent, on met "le plus souvent" le sujet devant le participe.


(3) Dec'h en devoa (ar merour) gwerzhet (ar merour) leue e vuoc'h ruz.
hier 3SGM avait le métayer vendu le métayer veau son vache rouge
'Hier, le métayer a vendu le veau de sa vache rouge.'
Standard, Kervella (1947:373) cité dans Jouitteau (2010:457)
différences de structure informationnelle?

Pour Chalm (2008:201), l'alternance entre ces deux ordres de mots (Aux-S-V et Aux-V-S) dépend de la structure informationnelle de la phrase. Pour lui, les ordres T-S-V forcent une lecture de focus contrastif:

 Chalm (2008:201):
 Le participe passé - étant attribut - reste normalement solidaire de l'auxiliaire:
 
   N'en doa ket digoret Yann al lizher, 
   /ne 3SGM [(kaout|avait]] pas ouvert Yann le lettre/, 
   'Yann n'avait pas ouvert la lettre.'
 
 Sauf dans les formes d'insistance:
 
   P'he doa Yulizh torret he brec'h, 
   /quand 3SGF avait Yulizh cassé son2 bras/, 
   'Quand Yulizh, elle, s'était cassé le bras'
 
 à comparer avec la forme ordinaire:
 
   P'he doa torret Yulizh he brec'h, 
   /quand 3SGF avait cassé Yulizh son2 bras/, 
   'Quand Yulizh s'était cassé le bras'


niveau de langue?

Favereau (1997:326-7) renvoie l'optionalité à un niveau de langue. Cependant, les auteurs comme Briant-Cadiou ou Bijer qui utilisent les deux ordres ne semblent pas jouer de ruptures de niveaux de langues dans leur texte.

la question de la place du participe passif

On a vu une variation quant à la possibilité pour un participe passé d'intervenir entre le verbe tensé et son sujet. Dans le cas du participe passif comme en (1), le participe intervient de façon obligatoire. Le sujet est l'objet dérivé du passif, le patient d'un verbe transitif. Comme tel, il semble devoir rester plus bas dans la structure. Ceendant, ici encore on trouve une variation dialectale.


(1) Al labourer douar, a-benn ma vez hanter-kant vloaz, a vez friket e gorf gand al labour.
le travailleur terre, quand que est moitié-cent année R est brisé son1 corps avec le travail
'Le cultivateur, quand il arrive à cinquante ans, a le corps brisé par le travail.' Trégorrois, Gros (1984:53).


Comme noté par Roberts (2005:16), dans le cas des tournures passives, le sujet doit être séparé de l'auxiliaire tensé par le participe passif.


(2) Gwechall e oa (* ar mogerioù) savet *(ar mogerioù) gant ar vasonnerien. Trégorrois, Roberts (2005:16)
jadis R était le murs monté le murs par le1 maçons
'Autrefois, les murs étaient montés par les maçons.'


(3) Panese he breur, 'vefe bet dimezet Chan gant Jos.
quand.ce.n'est son2 frère serait été marié Chan avec Jos
'S'il n'y avait pas eu son frère, Jeanne se serait mariée avec Jos.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:30)


En Haut cornouaillais cependant, même si l'ordre préféré est nettement avec le sujet après le participe passif, l'ordre inverse est aussi possible, sous des conditions prosodiques et de contexte à préciser.


CONTEXTE: 'La mobilisation générale est déclarée'.

(3) Chiou 'zo bet (an dud) galvet (an dud) c'hwec'h gwech gant 'n arme.
aujourd'hui est été le 1gens appelé le gens six fois avec le armée
'Aujourd'hui, on a été appelé six fois par l'armée.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016b)


On trouve cet ordre de mots en Léon.


(4) Ne deo Bendigeifran bet biskoazh dalc'het en un ti.
ne est Bindegeifran été jamais gardé dans.un maison
'Bindegeifran n'a jamais été tenu enfermé dans une maison.' Léon, Abeozen (1991:48)

Sujets obligatoirement séparés du verbe

propositions infinitives sujet avec un expérienceur intervenant

En (2), la proposition infinitive sujet est séparée du verbe tensé qui la sélectionne par le groupe prépositionnel expérienceur d'al labourerien douar.


(2) Amañ e plij d'al labourerien-douar i [ PROi boueta ar c'hezeg ].
ici R4 plait à1 le travailleurs-terre nourrir le chevaux
'Ici, les paysans aiment (à) nourrir les chevaux.' Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:35)


(3) Ret-holl eo din e gavout.
obligé-tout est à.moi le1 trouver
'Il faut absolument que je le trouve.' Standard, Kervella (2001:21)

sujets d'une copule

attribut-sujet

La place d'un syntagme nominal sujet, est après l'attribut, ce qui place cet attribut entre l'élément tensé et le sujet (Kervella 1947:§711).


(2) Arru eo kozh chaoser ar velin.
venu est vieux chaussée le 1moulin
'La chaussée du moulin a pris de l'âge.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:69)


(3) Doc'h pep troad n'eo ket mat pep botez.
de chaque pied ne est pas bon chaque chaussure
'Toute chaussure n'est pas bonne à tout pied.' Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:II)


En (4), le groupe nominal sujet an niveradurioù est séparé de la copule eo par l'attribut, puis le locatif.


(4) Piv a lavaro biken niver an dud dilabour en ur vro
m'eo [ ken rouez ha graet ken fall ] [ enni ] an niveradurioù.
Cornouaille (Dirinon), 1930, Kervella (1993:78)


Cet ordre de mots est fixe à travers les dialectes, et est documenté depuis le moyen breton et le breton pré-moderne(ci-dessous en léonard possiblement teinté de trégorrois).


(2) pa vezo digor ar foar e tistroimp d'ar bourk.
quand sera ouvert le foire R rentrerons à le bourg
'Nous rentrerons au bourg quand la foire sera ouverte.'
Inisan (1878), TLK.:18, cité dans Hemon (2000:§215)

sujet-attribut

On trouve cependant des contre-exemples:


(3) /čen mə-Xa:ryjimp, fo rmour izeil /
Ken m'arruimp 'vo ar mor izel.
d'ici que'arriverons sera le mer haut
'D'ici à ce que nous arrivions la mer sera basse.' Groix, Ternes (1970:323)


Sujets pronominaux vs. sujets lexicaux

Dans la zone postverbale (IP), il n'existe pas en standard ni dans la plupart des dialectes de pronoms forts indépendants pour le sujet. La seule place pour un pronom sujet après le verbe tensé est en répétition de l'accord verbal, un pronom écho. Ces pronoms sont directement après le verbe tensé ou juste sous la négation.


(1) Ben 'vez (* pep den/ eon) klañv (pep den / * eon ), e vezomp trapet fall!
quand R est chaque homme / lui malade chaque homme / lui R sommes attrapés mauvaisement
‘Quand chaque homme est malade, on est salement attrapés!’
Riec, Mona Bouzeg c.p. (01/2009)


Les résomptifs du sujet comme en (2) ne sont pas à prendre en compte. Ils apparaissent incorporés dans une préposition et ont une distribution complètement différente.


(2) Ne hello ket sevel ken anezi.
ne1 pourra pas lever plus P.elle
'Elle ne pourra plus se lever.' Cornouaillais, Trépos (2001:444)


Les deux seuls candidats pour un pronom fort indépendant dans le champ postverbal à travers les dialectes sont le pronom 3PL signalé par Gary German en breton de Saint Yvi et le pronom impersonnel an den. La distribution du pronom à Saint Yvi ne semble pas différente de celle des sujets lexicaux.


(2) Benn eo kouet barz.
quand est tombé 3PL dedans
'Quand ils sont tombés dedans.' Breton de Saint Yvi, German (2007:174)


pronom impersonnel postverbal

Le pronom impersonnel et les sujets lexicaux ont une distribution contrastée.


(3) Ben 'vez (an nen) klañv (* an nen ), e vezomp trapet fall!
quand R est IMP malade (IMP) R sommes attrapés mauvaisement
‘Quand chaque homme est malade, on est salement attrapés!’
Riec, Mona Bouzeg c.p. (01/2009)


Dans le cas des objets dérivés dans une structure passive, le pronom impersonnel an den est comme un sujet lexical plus bas que le verbe lexical.


(4) Ba'n amzer oan yaouank vi ket kas 'nenn kalz d'ar skol.
dans le temps étais jeune était pas envoyé IMP beaucoup à le école
'Du temps de ma jeunesse, on n'était pas souvent envoyé à l'école.'
Breton de Saint Yvi, German (2007:174)


(5) Amañ e vez bouzaret an den gand ar mekanikou.
ici R est sourd.i IMP avec le machines
'Ici, on est assourdi par les machines.' Trégorrois, Gros (1984:394)

Horizons comparatifs

Le breton semble être la seule langue celtique où le sujet peut aussi facilement apparaître séparé de l'élément tensé par un intervenant. Ces ordres sont plus restreints dans les autres langues celtiques en irlandais, en écossais, ou en gallois.

Enjeu théorique

Comprendre la différence ici entre le breton et les autres langues celtiques est un enjeu théorique fort.

Il est aussi frappant que le seul verbe qui ne tolère pas l'intervention entre lui et son sujet soit le verbe emañ, 'être', qui est aussi le seul verbe à montrer de façon consistante la possibilité d'être tensé en initiale de phrase, comme les verbes des autres langues celtiques. Il serait intéressant de comprendre s'il existe un lien entre ces deux propriétés.

De façon interne au breton, le mécanisme d'assignation casuelle au sujet d'une proposition tensée reste mystérieux. Tallerman (1997:219) propose que les sujets des propositions finies montent en forme logique afin de recevoir un cas abstrait.