Pronoms forts indépendants

De Arbres
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Les pronoms forts sont ceux qui peuvent se trouver en isolation et être coordonnés.

Ils peuvent être modifiés par des cardinaux ou des relatives, ou bien par des particules de focalisation (sauf nemet qui déclenche l'incorporation).


(1) Me ive am-eus he hanet dindan eñvor ... Léon, (Cléder) Seite (1998:21)
moi aussi R-1SG-a la2 chanté de mémoire
'Moi aussi, je l'ai chantée de mémoire...'


(2) Setu-me ruz penn-kil-ha-troad... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:22)
voici moi rouge tête-N-et-pied
'Me voila rouge de la tête aux pieds...'


En breton, les pronoms forts indépendants sont prototypiquement ceux que l'on peut trouver comme sujets préverbaux. Ce sont donc aussi toujours ces pronoms forts que l'on trouve devant la négation.

Ils reçoivent un cas direct, contrairement aux pronoms obliques (pronoms objet proclitiques, pronoms incorporés) Ils ne doivent pas être confondus avec les pronoms qui se placent toujours après l'élément tensé, comme les pronoms écho et pronoms d'incise contrastifs.

A la troisième personne du pluriel, un pronom fort indépendant peut apparaître après l'élément tensé (/hent).

Les pronoms démonstratifs sont des pronoms forts indépendants.


Paradigme des pronoms préverbaux

Avezard-Roger (2004a:289) fournit les paradigmes de trois points en KLT, La Forêt Fouesnant, Saint-Pol-de-Léon et Duault.


Duault La Forêt Fouesnant Saint-Pol-de-Léon
(1) 1SG mi, me me, mə, ma me
2SG te te te
3SGM he, ɛ, i hã, hɛ̃, hãn, hɔ̃ , h ẽ, he, ã e, i
3SGF hi hi, i i, ɛ
1PL mi, nim, mim, mem, ni ne ni
2PL Xwi, hwi ɥi, hɥi Xwi
3PL int, i zi, ejnt hɛnt, hɛn, ɛnt int
IMP nən, nan nə, ne, nen nan
Avezard-Roger (2004a:289)


1SG

(1) [ grǝdusort mi hɛlè do:nɛt ]
me 'gred ur sort m'e c'hellehe donet.
moi R1 pense quand.même que pourrait venir
‘Je pense quand même qu'il pourrait venir.’ Bas-vannetais, Nicolas (2005:32)


(2) Me zou milén mem bléu.
moi est jaune ma2 chevelure
'J'ai les cheveux blonds'.
Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


(3) Deus tiñ pa méñ hèy dit ! Goëlo
Deus din pe me az ay dit Standard
viens à.moi ou moi irai à.toi
‘litt: Viens à moi ou je viens à toi.’
(se dit à qq. de trop voyant), Koadig (2010:27)

2SG

Le pronom 2SG se trouve sous la forme [ téñ ] en Goelo (Koadig 2010:27).


3SGM

Le pronom 3SGM se trouve sous la forme éñ en standard, en Goëlo (Koadig 2010:27). Il se prononce [ jɔ̃ , jεm, je ] en bas-vannetais.

(1) [ jɔ̃ dɔʁ [VP mǝ hʁogɛ̃ɲ ] ]
oa o me c'hregiñ
lui était à me mordre
‘Il était en train de me mordre.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


(2) [ jεm ja kεn li:jεs εldɔχ ]
'ya ken lies èldoc'h
lui va aussi souvent comme.vous
'Il y va aussi souvent que vous.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:16)


(3) je golvras
Eñ 'zo gwall-vras
lui est intensifieur1-grand
'Il est très grand.' Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:14)


Les démonstratifs de troisième personne, hemañ, hennezh, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est caractéristique du français de Basse Bretagne.


(4) Hennezh 'oa graet e vragoù 'raok e revr.
celui.ci était fait son1 pantalons avant son1 cul
'Il est né riche.' (litt. 'Son pantalon était fait avant son derrière') Haut-cornouaillais, (Riec), Bouzeg (1986:II)


3SGF

Le pronom 3SGF se trouve sous la forme hi en Goëlo (Koadig 2010:27, citant l'ALBB).


Les démonstratifs de troisième personne, houmañ, hounnezh, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est aussi caractéristique du français de Basse Bretagne.


1PL

Le pronom 1PL se trouve sous la forme nim en Goelo (Koadig 2010:27).


(8) Blam ni ' ouiem kin brezoneg.
car nous ne savions seulement breton
'Parce qu'on ne connaissait que le breton.'
Cornouaillais (Saint-Yvi), German (2007:173)

2PL

Le pronom 2PL se trouve sous la forme hwi en Goelo (Koadig 2010:27).


(1) Ha c'hwi, ma flah bihan, ma 'ho pije gwelet an traou-ze...
et vous mon2 fille petit si '2PL aviez vu le choses-
'Et vous, ma petite fille, si vous aviez vu ces choses-là...'
Trégorrois, Gros (1984:23)


(2) hui e zou mal d'oh monet.
vous R est urgent à.vous aller
'Vous avez hâte d'y aller.'
Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


La seconde personne du pluriel peut être utilisée comme un impersonnel générique.


(2) [ hwi dape vul γla:S ]
C'hwi a dape ur voull c'hlas.
2PL R1 attrapait un1 boule bleu
'Tu/on prenait la boule bleue.'
Haut-cornouaillais, (Lanvénégen), Evenou (1987:580)

3PL

Le pronom 3PL se trouve sous la forme i en Goelo (Koadig 2010:27).


(1) [ hje nize be marsən tenəd a:nun ]
Int o dije bet marse tennet warnon.
eux 3PL aurait eu peut-être tiré sur.moi
'Eux, m'auraient peut-être tiré dessus.' Haut-cornouaillais, (Lanvenegen), Evenou (1987:575)


(2) [ he wije pig̈is wahô be daj c̈wiT ]
Int a ouie pegiz (e)c'h oa-eñ bet deuet kuit.
eux R savait comment R était-lui eu venu parti
'Eux savaient comment il était parti.' Haut-cornouaillais, (Lanvénégen), Evenou (1987:575)


(3) [ zo (i) [VP fɔ̃ n tǝn dɔ̃ :n ] ]
Int 'zo o vont d'an traoñ.
eux est à4 aller à le bas
‘Ils [les jours] vont en diminuant.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:212)


(4) [ Ɉi nø laburaɲ tʃǝt / nø laburaɲ tʃǝt anehɛ ]
gi ne labourint ket ne labourint ket anezhe
eux ne travailleront pas ne travailleront pas P.eux
'Eux, ils ne travailleront pas.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:33)


Les démonstratifs de troisième personne, ar re-mañ, ar re-se, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est caractéristique du français de Basse Bretagne.

3SG inanimé -se

Le groupe nominal an dra-se, 'cette chose-là', a grammaticalisé en un pronom fort indépendant inanimé: ze, se, 'ça'.


(1) Goudeze, setu mestrez an ti, eur plac'h koz, da lavarout...
après.ça voici maitresse le maison un femme vieux de dire
'Après ça, la maitresse de maison, une vieille femme, dit...'
Cornouaille (Pleyben), Ar Floc'h (1950:157)

pronoms démonstratifs grammaticalisés en pronoms forts

Dans la plupart des dialectes, en position préverbale, le pronom fort est remplacé par la forme du pronom démonstratif de type ar-re-se, hemañ. Le sens n'est plus démonstratif, et la forme peut être analysée comme un pronom fort.


(1) { Ar re-ze / Int-i } a deu alies.
le ceux-ci / 3PL-écho R1 vient souvent
'Eux, ils viennent souvent.' Léon, (Lesneven), (A.M. 02/2016)


En trégorrois, les pronoms démonstratifs hennezh, honnezh, ar re-se, etc. sont utilisés comme pronoms personnels en structure informationnelle plate. Hewitt (2001) considère que leurs compétiteurs de troisième personne heñv/eñv, hi, hiņt/iņt sont uniquement réservés à un effet contrastif.


pronom fort postverbal 3PL hè/hent

Il existe à Saint-Yvi un pronom fort indépendant qui peut être postverbal, mais il est restreint à la troisième personne du pluriel. En (1), on voit que est 3PL grâce à l'accord déclenché par la négation, et au résomptif du sujet.


(1) bégur reent ket nintra e-bet kaer da zibi . Cornouaille (Saint-Yvi)
peogwir ne raent ket netra ebet kaer da zebriñ. Standard, German (2007:177)
puisque 3PL ne1 faisaient pas rien aucun beau à1 manger
'Puisqu'ils n'avaient absolument rien fait à manger.'


 German (2007:174):
 "Hè/hent est une forme réduite de hent [henn], aussi prononcé hint [hint] dans la plupart de la Cornouaille centrale et du Trégor (breton littéraire int; moyen gallois int; (h)wynt)."  


Dans les exemples ci-dessous, le fait que le verbe est au singulier, à l'accord gelé, montre que le système d'accord identifie bien ce pronom comme un groupe nominal sujet non-incorporé classique.


(2) Blam ' torné. Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
car est.3SG 3PL à4 battre
'Car ils étaient à moissonner.'


(3) Benn eo kouet barz. Benn eo maro . Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
quand est tombé 3PL dedans quand est mort 3PL
'Quand ils sont tombés dedans.', 'Quand ils sont morts.'


(4) lare oa ket 'kas kaout an dra-se ‘nè. Saint-Yvi, German (2007:176)
eux disait était pas à4 vouloir avoir le chose-ci P.eux
'Ils disaient qu'ils ne cherchaient pas cela.'


(5) An dud teue ket da vakañs 'nè giz ra brem’. Saint-Yvi, German (2007:176)
le 1gens venait pas pour1 vacancer P.eux comme fait eux maintenant
'Les gens ne venaient pas en vacances comme maintenant.'


accord

German précise que la forme composée du verbe à la forme 3SG et du sujet postverbal /é/ + /hè/ est "nettement préférée à /ãnn/", la forme 3PL fléchie du verbe.


(1) / mãnn di’mét / vs. /ma di’mé /
Emaint dimezet Emañ dimezet int. "graphie peurunvan"
sont marié est marié ils
'Ils sont mariés.' Cornouaillais (Saint-Yvi), German (1984:131)


(2) / digwéd é /
Degouezhet eo int. graphie peurunvan
arrivé est ils
'Ils sont arrivés.' Cornouaillais (Saint-Yvi), German (1984:129)


Le sujet postverbal peut aussi redoubler les traits de l’accord, mais cela déclenche un effet d'emphase (focus?).


(3) / bènn wãnn digwe /
a-benn oant degouezhet int. graphie peurunvan
quand étaient arrivé ils
'Quand ils sont arrivés.' Cornouaillais (Saint-Yvi), German (1984:133)


Il pourrait s'agir alors d'un pronom écho, mais il peut cependant apparaître plus bas qu'un participe.


(4) / ve brèn rok vinn digwé ãm /
Vefe bet int brein araok vefent degouezhet int amañ. "graphie peurunvan"
serait été ils pourri avant seraient arrivé ils ici
'Ils seraient pourris avant qu’ils arrivent ici.' Cornouaillais (Saint-Yvi), German (1984:134)

3SG?

Dans les exemples de troisième personne du singulier, il est possible que localement ce pronom fort existe aussi mais il est alors malaisé de le distinguer du pronom post-verbal de désambiguïsation du genre.


(3) Ken buan vé bet maro haoñ. Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
si vite serait été mort il
'Aussi vite, il serait mort. (à peu de chose près)'

pronom fort postverbal 1PL

Le dialecte de Saint Yvi a aussi développé un pronom fort 1PL qui peut rester dans le champ du milieu.


(1) Ma mamm a breparé traou dom benn zigoue ahanom ba’n ger... Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:179)
mon mère R1 préparait choses à.nous quand1 arrivait P.nous dans'le foyer
'Ma mère nous préparait des choses quand nous rentrions...'


(2) [Setu, a-benn diou eur nemed kard bennag] e oa degouezet ahanom e-barz Kemper avad. Basse-cornouaille (Madeg (1993:20), cité dans Rezac (2013:appendix)
voici à deux heure moins quart R4 était arrivé P.nous dans Quimper cependant
'mais [donc, à peu près vers 13:45], nous étions à Quimper.'


On trouve aussi en Basse-cornouaille des pronoms 1PL relevés par Rezac (2013:appendix). Cependant, au vu du système d'accord, il est possible qu'il s'agisse d'un paradigme additionnel de pronoms écho.


(3) Med hi 'lavar: "gwelloh deom ni ahanom mond da Gemper da glask ahanom , ni mond da di Andre." Basse-cornouaille, Madeg (1993:19), cité dans Rezac (2013:appendix)
mais elle dit mieux à.nous nous P.nous aller à1 Quimper à1 chercher P.nous nous aller à1 maison André
'Mais elle dit: "Nous devrions aller chercher à Quimper, aller chez André.'


(4) Disadorn e oam bet ahanom e-barz Kemper c'hoaz. Basse-cornouaille, Madeg (1993:19), cité dans Rezac (2013:appendix)
samedi R4 étions allé P.nous dans Quimper encore
'Samedi nous sommes retournés à Quimper.'

Distribution

Les pronoms forts indépendants apparaissent prototypiquement en position préverbale de focus, de topique, ou de topique suspendu (de lecture 'quant à...'). On en trouve aussi dans toutes les autres structures où un pronom est focalisé, apportant de l'information nouvelle.


positions de focus

Les pronoms focalisés qui ont la distribution des groupes nominaux sont toujours sous la forme de pronoms forts indépendants. Ils peuvent être focalisés même si ils réfèrent à un inanimé.


(1) ... a roe an eur d'an oll.
lui R1 donnait le heure à1'le tous
'(Le tram passait toujours à la même heure, donc) c'est lui qui donnait l'heure à tout le monde.'
Léon (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:6)


ken ...

(2) N'eo ken laer anezhañ. Troadec, 105, Timm (1995:21)
ne1' est seulement lui voleur P.lui
'Ce n'est qu'un voleur.'


... ivez

(3) ... o fedenn trema an hani he deus anavezet hi ivez an holl glac'har...
... leur2 prière vers le N 3SGF a connu elle aussi le tout chagrin
'...leur prière vers celle qui a connu, elle aussi, la grande affliction... Vannetais, Ar Meliner (2009:108)


e-unan

(4) ... rak e-unan a 'n em gargas eus ar gefridi... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:17)
car lui son1-un R 'se1 chargea de le 1tâche
'...car il se chargea lui-même de la tâche...'


en prédicat

Un pronom fort peut être le prédicat d'une copule.


(5) (Ne) 'm eus ket klevet laret la’ oa hi !
(ne1) 1SG a pas entendu dire que était elle
'Je n’ai pas entendu dire que c’était elle!' Favereau (1997:§598)


en incise

Les pronoms forts indépendants sont aussi ceux qui apparaissent en incise.


(6) m' ha punissou, , pé n'ellein quet er gobér.
moi te punirai toi ou ne pourrai pas le.IN faire
'Je te punirai, toi, ou je ne le pourrai pas.' Vannetais, Guillome (1836:32)

en information donnée

Les pronoms forts indépendants, du moins dans certains dialectes, n'apparaissent pas uniquement en position de focus pour apporter de l'information nouvelle. En (2), le référent du pronom c'hwi a été auparavant introduit dans le discours par l'impératif qui le précède.


(5) Debrit bara louet ha c'hwi 'po 'n anal hir.
mangez pain moisi et vous aurez le haleine long
'Mangez du pain moisi et vous aurez du souffle.' Riec, Bouzeg (1986:I)


On en trouve aussi dans les infinitives narratives, mais il faut souligner qu'alors il n'y aurait de toute façon pas la possibilité de recourir à un sujet sous forme de pronom incorporé puisque le verbe n'est pas tensé.


(6) Kerkent a ma voa débret ho méren gant ar réman, ac hint en dro dar parck...
aussitôt que que était mangé leur goûter avec le ceux-ci et eux de.retour à.le parc
'Aussitôt le goûter avalé, ils retournèrent au champ.'
Breton 1905 (Plouider), Burel (2012:192)

ordre des pronoms forts en coordination

En structure de coordination, l'ordre respectif des arguments de la coordination n'est pas grammaticalement important. Cependant, lorsqu'il s'agit de pronoms, l'usage induit des préférences dans l'ordre des constituants (mon fils et moi, vs. ?/#moi et mon fils).

En (1), en breton et en français de Plozévet, la structure ni... ni privilégie un ordre des mots avec le pronom fort indépendant en fin de message. C'est l'ordre opposé qui est favorisé en français standard.


(1) /nãn'veõ naɡ i 'xwa:r naɡ 'i/ Breton Plozévet
N’anavezan nag he c’hoar nag hi
ne connais ni son2 sœur ni elle
'Je ne connais ni sa sœur, ni elle.' Français Plozévet, Goyat (2012:246)
'Je ne connais ni elle, ni sa sœur.' Français standard


évidentiels

En (2), le pronom fort est l'argument de la préposition evit qui est ici un marqueur d'évidentialité. On trouve aussi cette structure avec des pronoms incorporés.


(2) Evit te, ne gani ket.
pour toi ne1 chanteras pas
'Pour toi, tu ne chanteras pas.' Tréguier, Leclerc (1986:§76)

Accord

Les pronoms forts indépendants devant le verbe, en zone de focus par exemple, sont suivis d'un accord pauvre sur le verbe.

Lorsque, tout-à-fait exceptionnellement, on trouve des sujets pronominaux forts dans le champ du milieu, ceux-ci déclenchent aussi un accord pauvre comme le ferait un sujet lexical. Dans l'exemple exceptionnel en (3), le pronom fort 2PL c'hwi semble être le sujet postposé à sa copule 3SG.


(3) Ar penneka dén eo c'hwi.
le têtu.le.plus homme est vous
'Le plus têtu c'est vous.' Léon, Seite (1975:90)


(4) Penoz vez te ar mab am boa ganet.
comment est toi le fils R.1SG avait
'Comment es-tu le fils dont j'ai accouché?' Trégorrois (Plouguiel), Laurent (1971:48)

Sémantique

D'habitude, les pronoms forts indépendants du breton supportent mal les lectures de variables liées, où on trouve plutôt la tête nominale (an) hini ou son pluriel (ar) re.


(1) sud ma ɔ̃ a gɔ̃ pʁɛn ket n dʁa s La Forêt Fouesnant, Avezard-Roger (2004a:139)
Sot ema ha (ne) gompren ket an dra-se.
sot est lui que 1comprend pas le chose ci
'Il est fou celui qui ne comprend pas cette chose.'


Diachronie

Fleuriot (2002:17) donne les formes suivantes:

en vieux breton: mi, me; ti, te; em: hi; ni; hui; i
en moyen breton: me; te; eff; hi; ni; huy; i, int
en breton moderne: me; te; eñ; hi; ni; c'hwi; i, int

Il note qu'en vannetais, les formes anciennes ti et hui persistent.

Les première et seconde personnes plurielles ni et c'hwi posent un problème particulier de reconstruction. Lewis & Pedersen (1961:215) proposent des pronoms obliques en *snēs et *swēs en proto-celtique. Katz (1998:80-84) propose, lui, des pronoms sne et swe, avec une longueur de voyelle dérivant de l'accent. Sur la base de l'équivalent gaulois sní 'nous', il pointe que le -s nominatif n'a pas à être postulé pour obtenir la voyelle. Pour une discussion de l'étymologie de ni et c'hwi en indo-européen, se reporter à Shields (2003).


Horizons comparatifs

cornouaillais moyen et moderne: my, me; ty, te; eff; hy; ny; why; i
moyen gallois: mi; ti; ef; hi; ni; chwi; wy; wynt


Terminologie

Les pronoms forts indépendants sont appelés en breton: raganvioù-gour dizalc'h (Fleuriot 2002, KAG 2016).


Bibliographie

  • Fleuriot, Leon. 2002. ‘Ar raganvioù gour er yezhoù predenek’, Hor Yezh 229, 17-26.
  • Katz, Joshua. 1998. Topics in Indo-European Personal Pronouns, thèse de l'université de Harvard.
  • Hamp, Eric P. 1959. 'Middle Welsh, Cornish and Breton Personal Pronominal Forms', Etudes Celtiques VIII:2, 394-401.
  • Shields, Kenneth. 2003. 'On the origin of Celtic first and second person plural personal pronouns in *-s', Zeitschrift für celtische Philologie 53:1, 168-180.