Pronoms forts indépendants

De Arbres
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Les pronoms forts sont ceux qui peuvent se trouver en isolation et être coordonnés.

Ils peuvent être modifiés par des cardinaux ou des relatives, ou bien par des particules de focalisation (sauf nemet qui déclenche l'incorporation).


(1) Me ive am-eus he hanet dindan eñvor ...
moi aussi R-1SG-a la2 chanté de mémoire
'Moi aussi, je l'ai chantée de mémoire...' Léonard, (Cléder) Seite (1998:21)


(2) Setu me etre daouarn ar polis.
voici moi entre 2.main le police
'Me voici entre les mains de la police' Trégorrois, Kaledvourc'h (1914:35)


En breton, les pronoms forts indépendants sont prototypiquement ceux que l'on peut trouver comme sujet préverbal. Ce sont donc aussi toujours ces pronoms forts que l'on trouve devant la négation.

Ils reçoivent un cas direct, contrairement aux pronoms obliques (pronoms objet proclitiques, pronoms incorporés) Ils ne doivent pas être confondus avec les pronoms qui se placent toujours après l'élément tensé, comme les pronoms écho et pronoms d'incise contrastifs.

A la troisième personne du pluriel, un pronom fort indépendant peut apparaître après l'élément tensé (/hent).

Les pronoms démonstratifs sont des pronoms forts indépendants.


Paradigme des pronoms préverbaux

1SG

(1) [ grǝdusort mi hɛlè do:nɛt ]
me 'gred ur sort m'e c'hellehe donet.
moi R pense quand.même que pourrait venir
‘Je pense quand même qu'il pourrait venir.’ Bas-vannetais, Nicolas (2005:32)


(2) Me zou milén mem bléu.
moi est jaune ma2 chevelure
'J'ai les cheveux blonds'.
Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


(3) Deus tiñ pa méñ hèy dit ! Goëlo
Deus din pe me az ay dit Standard
viens à.moi ou moi irai à.toi
‘litt: Viens à moi ou je viens à toi.’
(se dit à qq. de trop voyant), Koadig (2010:27)

2SG

Le pronom 2SG se trouve sous la forme [ téñ ] en Goelo (Koadig 2010:27).


3SGM

Le pronom 3SGM se trouve sous la forme éñ en standard, en Goëlo (Koadig 2010:27). Il se prononce [ jɔ̃ , jεm, je ] en bas-vannetais.

(1) [ jɔ̃ dɔʁ [VP mǝ hʁogɛ̃ɲ ] ]
oa o me c'hregiñ
lui était à me mordre
‘Il était en train de me mordre.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


(2) [ jεm ja kεn li:jεs εldɔχ ]
'ya ken lies èldoc'h
lui va aussi souvent comme.vous
'Il y va aussi souvent que vous.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:16)


(3) je golvras
Eñ 'zo gwall-vras
lui est intensifieur1-grand
'Il est très grand.' Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:14)


Les démonstratifs de troisième personne, hemañ, hennezh, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est caractéristique du français de Basse Bretagne.


(4) Hennezh 'oa graet e vragoù 'raok e revr.
celui.ci était fait son1 pantalons avant son1 cul
'Il est né riche.' (litt. 'Son pantalon était fait avant son derrière') Haut-cornouaillais, (Riec), Bouzeg (1986:II)


3SGF

Le pronom 3SGF se trouve sous la forme hi en Goëlo (Koadig 2010:27, citant l'ALBB).


Les démonstratifs de troisième personne, houmañ, hounnezh, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est aussi caractéristique du français de Basse Bretagne.


1PL

Le pronom 1PL se trouve sous la forme nim en Goelo (Koadig 2010:27).


(8) Blam ni ' ouiem kin brezoneg.
car nous ne savions seulement breton
'Parce qu'on ne connaissait que le breton.'
Cornouaillais (Saint-Yvi), German (2007:173)

2PL

Le pronom 2PL se trouve sous la forme hwi en Goelo (Koadig 2010:27).


(1) Ha c'hwi, ma flah bihan, ma 'ho pije gwelet an traou-ze...
et vous, mon2 fille petite, si 2PL aviez vu le choses-
'Et vous, ma petite fille, si vous aviez vu ces choses-là...'
Trégorrois, Gros (1984:23)


(2) hui e zou mal d'oh monet.
vous R est urgent à.vous aller
'Vous avez hâte d'y aller.'
Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:138)


La seconde personne du pluriel peut être utilisée comme un impersonnel générique.


(2) [ hwi dape vul γla:S ]
C'hwi a dape ur voull c'hlas
2PL R attrapait un boule bleu
'Tu/on prenait la boule bleue.'
Haut-cornouaillais, (Lanijen), Evenou (1987:580)

3PL

Le pronom 3PL se trouve sous la forme i en Goelo (Koadig 2010:27).


(1) [ hje nize be marsən tenəd a:nun ]
Int o dije bet marse tennet warnon.
eux 3PL aurait eu peut-être tiré sur.moi
'Eux, m'auraient peut-être tiré dessus.' Haut-cornouaillais, (Lanvenegen), Evenou (1987:575)


(2) [ he wije pig̈is wahô be daj c̈wiT ]
Int a ouie pegiz (e)c'h oa-eñ bet deuet kuit.
eux R savait comment R était-lui eu venu parti
'Eux savaient comment il était parti.' Haut-cornouaillais, (Lanijen), Evenou (1987:575)


(3) [ zo (i) [VP fɔ̃ n tǝn dɔ̃ :n ] ]
Int 'zo o vont d'an traoñ.
eux est à4 aller à le bas
‘Ils [les jours] vont en diminuant.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:212)


(4) [ Ɉi nø laburaɲ tʃǝt / nø laburaɲ tʃǝt anehɛ ]
gi ne labourint ket ne labourint ket anezhe
eux ne travailleront pas ne travailleront pas P.eux
'Eux, ils ne travailleront pas.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:33)


Les démonstratifs de troisième personne, ar re-mañ, ar re-se, sont aussi utilisés comme des pronoms forts indépendants, sans sens démonstratif particulier. Cet usage est caractéristique du français de Basse Bretagne.


3SG inanimé -se

Le groupe nominal an dra-se, 'cette chose-là', a grammaticalisé en un pronom fort indépendant inanimé: ze, se, 'ça'.


(1) Goudeze, setu mestrez an ti, eur plac'h koz, da lavarout...
après.ça voici maitresse le maison un femme vieux de dire
'Après ça, la maitresse de maison, une vieille femme, dit...'
Cornouaille (Pleyben), Ar Floc'h (1950:157)

pronoms démonstratifs grammaticalisés en pronoms forts

Dans la plupart des dialectes, en position préverbale, le pronom fort est remplacé par la forme du pronom démonstratif de type ar-re-se, hemañ. Le sens n'est plus démonstratif, et la forme peut être analysée comme un pronom fort.


(1) { Ar re-ze / Int-i } a deu alies.
le ceux-ci / 3PL-écho R1 vient souvent
'Eux, ils viennent souvent.' Léon, (Lesneven), (A.M. 02/2016)


pronom fort postverbal 3PL hè/hent

Il existe à Saint-Yvi un pronom fort indépendant qui peut être postverbal, mais il est restreint à la troisième personne du pluriel. En (1), on voit que est 3PL grâce à l'accord déclenché par la négation.


(1) bégur reent ket nintra e-bet kaer da zibi nè. Cornouaille (Saint-Yvi)
peogwir ne raent ket netra ebet kaer da zebriñ. Standard, German (2007:177)
puisque 3PL ne1 faisaient pas rien aucun beau à1 manger
'Puisqu'ils n'avaient absolument rien fait à manger.'


 German (2007:174):
 "Hè/hent est une forme réduite de hent [henn], aussi prononcé hint [hint] dans la plupart de la Cornouaille centrale et du Trégor (breton littéraire int; moyen gallois int; (h)wynt)."  


Dans les exemples ci-dessous, le fait que le verbe est au singulier, à l'accord gelé, montre que le système d'accord identifie bien ce pronom comme un groupe nominal sujet non-incorporé classique.


(2) Blam ' torné. Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
car est.3SG 3PL à4 battre
'Car ils étaient à moissonner.'


(3) Benn eo kouet barz. Benn eo maro . Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
quand est tombé 3PL dedans quand est mort 3PL
'Quand ils sont tombés dedans.', 'Quand ils sont morts.'


(4) lare oa ket 'kas kaout an dra-se ‘nè. Saint-Yvi, German (2007:176)
eux disait était pas à4 envoyer avoir le chose-ci P.eux
'Ils disaient qu'ils ne cherchaient pas cela.'


(5) An dud teue ket da vakañs ‘nè giz ra brem’. Saint-Yvi, German (2007:176)
le 1gens venait pas pour1 vacancer P.eux comme fait eux maintenant
'Les gens ne venaient pas en vacances comme maintenant.'


Dans les exemples de troisième personne du singulier, il est possible que localement ce pronom fort existe aussi mais il est alors malaisé de le distinguer du pronom post-verbal de désambiguïsation du genre.


(5) Ken buan vé bet maro haoñ. Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:174)
si vite serait été mort il
'Aussi vite, il serait mort. (à peu de chose près)'


pronom fort postverbal 1PL

Le dialecte de Saint Yvi a aussi développé un pronom fort 1PL qui peut rester dans le champ du milieu.


(1) Ma mamm a breparé traou dom benn zigoue ahanom ba’n ger... Cornouaille (Saint-Yvi), German (2007:179)
mon mère R1 préparait choses à.nous quand1 arrivait P.nous dans'le foyer
'Ma mère nous préparait des choses quand nous rentrions...'


(2) [Setu, a-benn diou eur nemed kard bennag] e oa degouezet ahanom e-barz Kemper avad. Basse-cornouaille (Madeg (1993:20), cité dans Rezac (2013:appendix)
voici à deux heure moins quart R4 était arrivé P.nous dans Quimper cependant
'mais [donc, à peu près vers 13:45], nous étions à Quimper.'


On trouve aussi en Basse-cornouaille des pronoms 1PL relevés par Rezac (2013:appendix). Cependant, au vu du système d'accord, il est possible qu'il s'agisse d'un paradigme additionnel de pronoms écho.


(3) Med hi 'lavar: "gwelloh deom ni ahanom mond da Gemper da glask ahanom , ni mond da di Andre." Basse-cornouaille, Madeg (1993:19), cité dans Rezac (2013:appendix)
mais elle dit mieux à.nous nous P.nous aller à1 Quimper à1 chercher P.nous nous aller à1 maison André
'Mais elle dit: "Nous devrions aller chercher à Quimper, aller chez André.'


(4) Disadorn e oam bet ahanom e-barz Kemper c'hoaz. Basse-cornouaille, Madeg (1993:19), cité dans Rezac (2013:appendix)
samedi R4 étions allé P.nous dans Quimper encore
'Samedi nous sommes retournés à Quimper.'

Distribution

Les pronoms forts indépendants apparaissent prototypiquement en position préverbale de focus, de topique, ou de topique suspendu (de lecture 'quant à...'). On en trouve aussi dans toutes les autres structures où un pronom est focalisé, apportant de l'information nouvelle.


positions de focus

ken ...

(1) N'eo ken laer anezhañ.
ne1' est seulement lui voleur P.lui
'Avant qu'elle (ne) retourne à la maison.' Troadec, 105, Timm (1995:21)


... ivez

(2) ... o fedenn trema an hani he deus anavezet hi ivez an holl glac'har...
... leur2 prière vers le N 3SGF a connu elle aussi le tout chagrin
'...leur prière vers celle qui a connu, elle aussi, la grande affliction... Vannetais, Ar Meliner (2009:108)


en prédicat

Un pronom fort peut être le prédicat d'une copule.


(3) (Ne) ‘m eus ket klevet laret la’ oa hi !
(ne)1SG a pas entendu dire que était elle
'Je n’ai pas entendu dire que c’était elle!' Favereau (1997:§598)


en incise

Les pronoms forts indépendants sont aussi ceux qui apparaissent en incise.


(4) m' ha punissou, , pé n'ellein quet er gobér.
moi te punirai toi ou ne pourrai pas le.IN faire
'Je te punirai, toi, ou je ne le pourrai pas.' Vannetais, Guillome (1836:32)

en information donnée

Les pronoms forts indépendants, du moins dans certains dialectes, n'apparaissent pas uniquement en position de focus pour apporter de l'information nouvelle. En (2), le référent du pronom c'hwi a été auparavant introduit dans le discours par l'impératif qui le précède.


(5) Debrit bara louet ha c'hwi 'po 'n anal hir.
mangez pain moisi et vous aurez le haleine long
'Mangez du pain moisi et vous aurez du souffle.' Riec, Bouzeg (1986:I)


ordre des pronoms forts en coordination

En structure de coordination, l'ordre respectif des arguments de la coordination n'est pas grammaticalement important. Cependant, lorsqu'il s'agit de pronoms, l'usage induit des préférences dans l'ordre des constituants (mon fils et moi, vs. ?/#moi et mon fils).

En (1), en breton et en français de Plozévet, la structure ni... ni privilégie un ordre des mots avec le pronom fort indépendant en fin de message. C'est l'ordre opposé qui est favorisé en français standard.


(1) /nãn'veõ naɡ i 'xwa:r naɡ 'i/ Breton Plozévet
N’anavezan nag he c’hoar nag hi
ne connais ni son2 sœur ni elle
'Je ne connais ni sa sœur, ni elle.' Français Plozévet, Goyat (2012:246)
'Je ne connais ni elle, ni sa sœur.' Français standard


évidentiels

En (2), le pronom fort est l'argument de la préposition evit qui est ici un marqueur d'évidentialité. On trouve aussi cette structure avec des pronoms incorporés.


(2) Evit te, ne gani ket.
pour toi ne1 chanteras pas
'Pour toi, tu ne chanteras pas.' Tréguier, Leclerc (1986:§76)

Accord

Les pronoms forts indépendants devant le verbe, en zone de focus par exemple, sont suivis d'un accord pauvre sur le verbe.

Lorsque, tout-à-fait exceptionnellement, on trouve des sujets pronominaux forts dans le champ du milieu, ceux-ci déclenchent aussi un accord pauvre comme le ferait un sujet lexical. Dans l'exemple exceptionnel en (3), le pronom fort 2PL c'hwi semble être le sujet postposé à sa copule 3SG.


(3) Ar penneka dén eo c'hwi.
le têtu.le.plus homme est vous
'Le plus têtu c'est vous.' Léon, Seite (1975:90)


(4) Penoz vez te ar mab am boa ganet.
comment est toi le fils R.1SG avait
'Comment es-tu le fils dont j'ai accouché?' Trégorrois (Plouguiel), Laurent (1971:48)

Diachronie

Fleuriot (2002:17) donne comme formes:

en vieux breton: mi, me; ti, te; em: hi; ni; hui; i
en moyen breton: me; te; eff; hi; ni; huy; i, int
en breton moderne: me; te; eñ; hi; ni; c'hwi; i, int

Il note qu'en vannetais, les formes anciennes ti et hui persistent.


Horizons comparatifs

cornouaillais moyen et moderne: my, me; ty, te; eff; hy; ny; why; i
moyen gallois: mi; ti; ef; hi; ni; chwi; wy; wynt


Terminologie

Les pronoms forts indépendants sont appelés en breton: raganvioù-gour dizalc'h (Fleuriot 2002, KAG 2016).


Bibliographie

  • Fleuriot, L. 2002. ‘Ar raganvioù gour er yezhoù predenek’, Hor Yezh 229, 17-26.