Ellipses

De Arbres
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Une ellipse est un élément qui a été élidé par une règle de transformation.

Cet élément a été présent lors de la dérivation syntaxique, mais ne sera pas prononcé: il n'apparaît pas en forme phonologique. L'élision est soumise à des conditions d'interprétabilité.

Il existe différents types d'ellipses en breton. Dans les gloses ci-dessous, elles sont signalées par le signe '_[ø]_'.


(1)a. Ar vlenierien hepken a ouie _[ø]_, dalc'het o doa soñj _[ø]_
le 1conduct.eurs seulement R1 savait <X> gardé 3PL avait souvenir <de X>
'Seuls les conducteurs savaient, ils se souvenaient.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:09)


b. Ha me ivez _[ø]_.
et moi aussi
'Et moi aussi.' Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:09)


Ellipse de verbe tensé

(1) Met kerkent ec'h adkemere an tren e lañs hag ar veajourien _[ø]_ o flasoù.
mais aussitôt R4X reprenait le train son élan et le voyag.eurs leur2 places
'Mais le train reprenait aussitôt son élan, et les voyageurs leurs places.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:09)


Ellipse de la copule

La copule eo, utilisée dans les clivées et dans les structures équatives, peut, au temps présent, ne pas être réalisée phonologiquement (Le Bayon 1878:26§IV).


(1) [hinɛrh _[ø]_ əɟɥɛlã tut me tawɛjt ]
hennezh eo ar gwellañ-tout 'meus tañvaet.
celui.là est le mieux-tout ai goûté
'C'est le meilleur que j'aie goûté.' Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:14)


(2) Berr _[ø]_ an traoù g'ur bochad tiadoù 'benn tosta fin ar miz.
court est le choses avec'un masse maisonnées quand approche fin le mois
'Beaucoup de familles manquent d'argent dès qu'approche la fin du mois.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:81)


(3) [WH Piou an diaoul ] _[ø]_ [DP al lakepod-man ] [...] ?
qui le diable est le énergumène-ci
'Qui diable est cet énergumène?' Léonard Kerrien (2000:12)


Pour mettre en évidence une structure copulative, il suffit de mettre la proposition au temps passé. La copule est alors forcée d'apparaître et porte les traits morphologiques du passé (oa). Cette stratégie n'est cependant pas possible lorsque l'ellipse est opérée sous identité avec une copule plus haute dans la structure.


(4) C’hwek eo ar garantez e-giz ar mel, ha taer _[ø]_ e-giz an tan-flamm.
délicieux est le 1amour comme le miel et violent comme le feu
'L'amour est délicieux comme le miel et violent comme le feu.' Standard, Drezen (1990:61)


La forme ez eus de la copule peut aussi être élidée, comme montré ci-dessous avec une copule existentielle et un sujet indéfini en breton du Léon:


(1) Bet _[ø]_ marvailhoù ganeomp !
été histoires avec.nous
‘On est resté causer !’ Madeg (2013:8)


Il existe aussi des cas d'ellipse de la forme d'habitude vez.

  • D'ar sul e vez leun an tavarnioù a dud. Leun _[ø]_ ivez ar griziennoù, tro-ha-tro d'ar vourc'h, get an dud é tebriñ o merenn àr ar geot.
Vannetais, Herrieu (1994:14)


Ellipse de l'auxiliaire

En (5), la forme du pronom me à l'initiale révèle un auxiliaire 'être' (oa) qui n'est pas prononcé en seconde position de phrase. Le temps de la proposition est interprétable au passé, ce qui montre qu'il ne s'agit pas d'une ellipse de copule. Dans la seconde partie de phrase, l'auxiliaire à rétablir est 'avoir' et non pas 'être'. Il est difficile de décider si son site était avant ou après le participe desket.


(5) Me _[ø]_ waet da Lanuon, (_[ø]_) desket (_[ø]_) aze oui ha non.
moi allé à1 Lannion appris oui et non
'Moi d'aller à Lannion et d'y apprendre oui et non.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:26)


Ellipse de modal

Le Gléau (1973:42) signale des structures particulières, où des infinitives apparaissent après l'emploi de la copule tensée eo. Il note que "ces tours traduisent une évidence, puis une nécessité". Il pourrait s'agir de cas d'ellipse du modal dav.


(1) Diouzh an oberoù eo barn an dud.
selon le actes est juger le 1gens
KAV. (1909:10), cité dans Le Gléau (1973:42)


(2) Neket er goañv eo mont da glask bleuñv.
ne.est.pas en.le hiver est aller à1 chercher fleurs
BAL. (1860:172), cité dans Le Gléau (1973:42)


Gros (1984:318) note que l'infinitif passé est parfois associé "à une obligation morale qui n'a pas été observée, donnant ainsi à la phrase le sens et l'intonation d'un reproche". Il pourrait s'agir d'une ellipse de modal conjugué de type dleout, 'devoir'.


(3) Bezañ lakeet honnez da labourat!
être mis celle.là à1 travailler
'L'avoir fait travailler (il fallait, on aurait dû la faire travailler).'
Trégorrois, Gros (1984:318)

Ellipse du prédicat

(x) Ar gloaneier a zo ker, hag an ober(ïans) anezo a zo _[ø]_ ive.
le laines R1 est cher et le faire.(sfx) de.eux R1 est <cher> aussi
'Les laines sont chères, et leur façon (fabrication, travail, ici: leur tricotage) l'est aussi.' Gros (1970b:§'ober-20')


Ellipse du nom

ellipse sous identité

Certaines structures permettent l'ellipse du nom lorsqu'il est identique à un nom cité.

(1) Aze a zo sardin? - Ya, ul livadenn _[ø]_.
R1 y.a sardine oui un coloration <sardine>
'Y-a-t-il de la sardine là? - Oui, une mince couche (très peu).' Gros (1970b:§'livadenn')


(2) Pet _[ø]_ eus merc'hed keizh an amzer-se a zo aet da anaon ...
combien <femmes> de femmes cher le temps- R est allé à1 trépas
'Combien des chères femmes de ce temps là sont mortes...'
c'est-à-dire : 'Combien de femmes parmi les chères femmes de ce temps là sont mortes...'
Brud Nevez (16:27), cité dans Menard (1995:150)


(3) Int a zeuy pe _[ø]_ a yay.
eux R1 viendra ou <eux> R1 ira
'Ils viendront ou s'en iront.' Press (1986:210)


ellipse de tête de relative

Les relatives dont la tête n'est pas prononcée sont appelées des relatives sans têtes. L'ellipse de la tête est une des analyses possibles.

En (1), manque la tête pronominale indéfinie unan de la relative.


(1) Setu aze hag a ra ardou.
voici un que R1 fait manières
'En voilà un qui en fait des manières.' Merser (2011:9)


En (2), c'est une expression temporelle qui est sémantiquement la tête de la relative.


(2) Bet a oa hag eh ee di.
été R1 était (un temps) que R allait y
'Il fut un temps où il y allait.' Trégorrois, Gros (1989:'bet')


Le pronom relatif de l'objet, ar pezh, peut aussi être élidé dans un emploi classique aujourd'hui daté.


ellipse conventionnée

après un cardinal

Les adjectifs numéraux cardinaux, lorsque non suivis d'un nom, réfèrent par défaut au nombre correspondant des personnes humaines (Gros 1984:182).


(2) En deiz-se e oa daou _[ø]_ amañ o leinañ.
en jour- R était 2 ici à4 déjeuner
'Ce jour-là, il y avait deux hommes ici en train de déjeuner.' Trégorrois, Gros (1984:182)


après un quantifieur

Certains quantifieurs, comme kalz ou e-leizh, fonctionnent comme s'ils comprenaient une ellipse conventionnalisée de tud ('gens').


(1) Bout a zo [DP _ e-leizh ] hag a rahe èltoñ a pa vehent lezet...
EXPL R est sujet beaucoup que R ferait comme.lui et quand seraient laissé
'Yen a beaucoup qui feraient comme lui si on leur laissait le choix.' Vannetais, Herrieu (1994:58)


(2) Er ru vrasañ ag ar gêr-mañ ne oa ket kalz _ nemet Jermaned é terc’hel stalioù.

'Dans la plus grande rue de cette ville, il n'y avait à peu près que des Allemands à tenir boutique.'
Vannetais, Herrieu (1994:280)


Chalm (2008:§R1.2.3) note que lorsque le quantifieur kalz apparaît seul, il est associé au rannig a, signe des éléments préverbaux nominaux, et il déclenche l'accord pluriel sur le verbe kaout, 'avoir'. Cet argument pointe vers la présence, au niveau syntaxique, d'un élément nominal avec lequel le verbe s'accorde.


(3) Kalz _[ø]_ 'zo deuet gant o c'harr-tan.
beaucoup gens? R1 COP venu avec leur2 voiture
'Beaucoup sont venu.e.s en voiture.' Standard, Chalm (2008:R.1.2.3)


(4) Kalz _[ø]_ o deus kriet diwar o aon.
beaucoup gens? 3PL a crié de leur2 peur
'Beaucoup ont crié de peur.' Standard, Chalm (2008:R.1.2.3)

un amzer, 'un temps'

Il existe aussi des ellipses du nom associées à des structures gelées. En (5), seul le groupe nominal indéfini un amzer, 'un temps' peut être restitué.


(5) [ bødepət a mə yɛ bɛmdø a: mam belo dər labur ]
bout eh eus bet _[ø]_ ha me 'yae bemdez àr ma belo d'ar labour.
être R est été un temps que moi 'allait chaque.jour sur1 mon2 vélo à1 le travail
'Il fut un temps où j'allais tous les jours au travail à vélo.'
Bas-vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:51)


(6) Bet e bet _[ø]_ e reamp ar c'hourrie asamblez da gerc'hat ar ravitailhamant.
être est été un temps R faisions le5 courrier ensemble pour1 chercher le ravitaillement
'Il fut un temps où nous faisions ensemble le ravitaillement.'
Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:11)

groupes, paires et ensembles

Certaines paires, regroupements ou ensembles d'entités plurielles n'apparaissent pas dans la structure. L'article est clairement singulier (devant les noms indéfinis pluriels, l'article ne se prononce pas). Le nom qui est prononcé juste après est pluriel. L'interprétation révèle un classifieur élidé. Ces structures ne semblent autorisées qu'avec le pluriel -où.


 Gros (1984:177):
 eur botou, 'une paire de chaussures'
 eur bragou, 'une paire de culottes, un pantalon'
 eur godellou, 'une paire de poches'
 eur mañchou, 'une paire de manches'
 eur manegou, 'une paire de gants'
 eul loeroù, 'une paire de bas'
 eul lunedou, 'une paire de lunettes (des lunettes)'


L'ellipse la plus courante semble être l'ellipse de la tête nominale re, signifiant 'paire', mais il en existe d'autres (eur hartou, 'un (jeu de) cartes', Merser 2011:9)


(1) Eur marvailhou a ouie.
un contes R1 savait
'Il savait plein de contes.' Merser (2011:9)


A noter que dans eul loerou, 'une (paire de) bas', la consonne finale de l'article n'est pas réalisée suivant l'élément élidé re, comme dans eur re loerou, mais suivant la consonne initiale du nom loerou. L'hypothèse d'une élision implique donc ici que l'élision soit faite avant l'opération phonologique de la liaison. L'exemple en (3) montre aussi que l'ellipse n'est pas signalée par une mutation. L'hypothèse d'une élision implique donc ici que l'élision soit faite avant l'opération phonologique de la mutation.


(3) eur boutou eur re voutou
un chaussures un paire1 chaussures
'une (paire de) chaussures' Merser (2011:9)


Ellipse du sujet

L'ellipse d'un topique sujet existe (a zo gwir!!) mais est relativement peu productif en breton adulte, qui utilise des pronoms vides (gwir eo).


(1) A: - Simone a zo eat d'an ospital. B: - … a zo gwir!
Simone R est allé à'le hôpital .... R est vrai
- 'Simone est allée à l'hôpital.' - 'C'est vrai!'
Léon (Plougerneau), M-L. B. (01/2016)


On trouve en breton précoce, des ellipses du sujet relativement aisément en corpus spontané. Stephens (2000) montre que les phrases en (2) et (3) arrivent à un âge où les enfants respectent par ailleurs globalement l'ordre à verbe second du breton adulte.


(2) A: - Ha da dad a oar un tammig? B: - _[ø]_ a oar c’hoari tout.
et ton1 père R sait un peu <sujet élidé> R1 sait jouer tout
- 'Et ton père sait (jouer) un peu?' - 'Il sait jouer à/de tout.'
production enfantine (4 ans, 11 mois), Stephens (2000:131)


(3) A: - Petra eo se? Diplo? B: - _[ø]_ zo traoù evit c’hoari.
quoi est ça Diplo <sujet élidé> (R1) est choses pour jouer
- 'C'est quoi? Diplo?' - '(C')'est des choses pour jouer.'
production enfantine (4 ans, 11 mois), Stephens (2000:141)

Ellipse de l'objet

L'objet est parfois élidé sous la condition d'identité avec un antécédent (1).


(1) Euz an traou koz am-bez soñj euz an traou nevez-dremenet n'am-bez ket _[ø]_ .
de le choses vieux R.1SG-a souvenir de le choses nouveau1-passé ne'R.1SG-a pas <souvenir>
'J'ai souvenir des choses anciennes, je n'en ai pas des choses récentes.' Trégorrois, Gros (1984:331)


On trouve aussi des contextes où l'objet est seulement saillant dans le discours (2).


(2) [ wèh h,ón l'a:r _[ø]_ tén ]
'oac'h o vont da lavar din
étiez à4 aller à1 dire _ à.moi
'Vous alliez me (le) dire.' Breton central, Humphreys (1995:393)


Cependant, les ellipses de l'objet excèdent largement ces environnements.


(3) Setu an dud zo bet komañset da daoler _[ø]_ war ar gwinizh [...].
donc le 1gens est été commencé de1 mettre sur1 le blé
'Donc les gens ont commencé à mettre (ø = de l'engrais) sur le blé .' Léon, Mellouet & Pennec (2004:92).


(4) Piou e-nevoa greet _[ø]_  ?
qui R.3SG-avait fait
'Qui l'a fait?' Trégorrois, Gros (1970:33)


(5) A-hont a zo (ez eus) eur chiminal hag a laosk _[ø]_ diwarni.

'Là-bas, il y a une cheminée qui lâche de sur elle (qui lâche, lance beaucoup de fumée), Trégorrois, Gros (1970:§'leuskel')


Le mécanisme de l'ellipse n'est pas un simple système de recopiage, car en (6), l'interprétation n'est pas #'Mon argent, en tout cas, ne perdra pas de sa valeur puisque je n'ai pas mon argent.'


(6) Ma arhant-me, bepred, n'aint ket da fall, pa n'em eus ket _[ø]_.
mon2 argent-moi toujours neiront pas à1 mauvais quand ne1'R.1SG a pas <argent>
'Mon argent, en tout cas, ne perdra pas de sa valeur puisque je n'en ai pas.'
Trégorrois, Gros (1989:'arhant')


ellipse de l'argument d'un existentiel

(1) Atav e vez _[ø]_ gant ar merc'hed divergont-se a zo falc'het o flourenn pell a zo.
toujours R4 y.a avec le femmes dévergondé- R1 est fauché leur2 fleurette long R1 y.a
'C'est toujours la même histoire avec les filles dépucelées de longue date.'
Basse-Cornouaille, Ar Floc'h (1950:77), cité dans Menard (1995:148)


ellipse du sujet d'un passif

En (1), si argument il y a jamais eu, l'argument interne sujet du passif a été élidé.


(1) /'saɛd zo 'e'tre:zu /
Savet zo etrezo.
monté est  ? entre.eux
'Ils se sont disputés.' Plozévet, Goyat (2012:262)


Ellipse d'argument indirect du verbe

(2) Bet out _[ø]_  ?
allé es
'Tu y es allé.e?' Trégorrois, Gros (1970:33)


(3) Med bez a zo darn hag en em laosk _[ø]_ ive!
mais expl R1 y.a certain que se1 lâcher aussi
'Mais il y en a aussi qui se laissent aller.'
(qui ne réagissent pas) Gros (1970b:§'leuskel')


Ellipse de l'auxiliaire ober + sujet

(1) efed muioc’h ne ra ket _ mes founnusoc’h _[ø]_ kwa.
effet plus ne fait pas mais vite.plus fait quoi
'Ça ne fait pas plus d’effet mais (ça fait) plus vite quoi.'
Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'founnusoc’h')


(2) Kouignal a rae ar boledoù, spiniñ _[ø]_ an divskouarn, tintal _[ø]_ ouzh an tokoù-houarn.
couiner R1 faisait le balles frôler le 2.oreille tinter à le chapeaux-fer
'Les balles couinaient, frôlaient les oreilles, tintaient sur les casques.'
corrigé CAPES 2005. traduction de Hanotte, X. 2000. Derrière la colline, Belfond.


Dans les infinitives, on ne peut pas voir si le sujet est inclus dans l'ellipse, puisqu'il s'agirait de toute façon d'un sujet nul.


(3) Trabidellañ a rae ha gweañ _[ø]_ he daouarn.
flageoler R faisait et tordre son2 2.main
'Elle flageolait et se tordait les mains.'
Trégorrois (Kaouenneg)/Standard, ar Barzhig (1976:61)

Ellipse de IP

(1) A: - Petra raec'h ba Beauce? B: - Femelat betrav _[ø]_ .
quoi faisiez dans Beauce éclaircir betteraves (R faisais)
- 'Que faisais-tu en Beauce? - 'Femeller [Démarier], éclaircir les betteraves.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:38)


(3) Chom a sav a rankis ober, pennglinañ _[ø]_ .
rester à1 debout R1 dus faire _ agenouiller (R1 dus faire )
'Je dus m'arrêter, mettre un genou en terre.'
Breton standard, corrigé CAPES 2005. traduction de Hanotte, X. 2000. Derrière la colline, Belfond.


Le verbe tensé peut aussi être élidé sous identité avec un sujet différent.


(4) Kentoc'h e skuizh ar freilh eget _[ø]_ al leur.
plutôt R4 fatigue le fléau que (fatigue) le aire
'Le fléau se fatigue plus tôt que l'aire.'
Sauvé (1878:10), cité dans Menard (1995:157)


evel + sujet

(5) N'eus netra hag a gousi an douar evel an ed _[IP ø]_]_ .
ne1'y.a rien que R1 souille le terre comme le blé/céréale
'Rien ne souille la terre comme la céréale (ne souille la terre).'
Dihunamb (1909:315), cité dans Le Gléau (2000b:461)

avec l'auxiliaire anaphorique ober

Les cas de reprise anaphorique d'ellipses qui utilisent graet, participe de ober, 'faire' sont étranges, car il serait impossible de rétablir l'ellipse tout en gardant la forme en ober.


(6) Me 'zo kondaonet d'ar maro, ha c'hwi '(v)o graet ivez!
moi 'est condamné à1'le mort et vous sera fait aussi
'Je suis condamné à mort, et vous le serez également!' Favereau (1997:§374)


(7) /məmbez guləne kã li:w ̌jəti, me Xifoteče təXi gober den/
Me 'mbez goulennet kant lev geti met hi faote ket dezhi gober din.
moi.a demandé 100 franc avec.elle mais elle.fallait.pas à.elle faire à.moi
'Je lui ai demandé cent francs, mais elle ne voulait pas me (les) donner.' Groix, Ternes (1970:321)

Ellipse du VP

Les structures verbales peuvent ne pas être prononcées lorsqu'une structure similaire a été produite précédemment.


avec l'auxiliaire anaphorique ober

Dans les cas d'ellipse du syntagme verbal, les traits de temps et de mode et d'accord éventuel sont portés par l'auxiliaire ober, 'faire'. C'est alors plausiblement la forme non-tensée du verbe qui est élidée.


(1) Ma mamm a harme ha ma-unan a reen ivez.
mon mère R pleurait et [ mon-un R faisait _[VPø]_ aussi ]
'Ma mère pleurait et moi-même je le faisais aussi.' Trégorrois, Gros (1984:187)


Il est possible d'antéposer une sous-partie du groupe verbal par mouvement A-barre. Il est alors en dehors de l'ellipse. En (2), le verbe interprété dans l'ellipse est le verbe sentiñ, 'obéir'. Son argument ouzh ar garreg a été évacué du syntagme verbal par mouvement focal.


(2) An hini ne sent ket ouzh ar stur, ouzh ar garreg a raio sur.
le celui ne1 obéit pas à le gouvernail, à le rocher R1 fera _[VPø]_ sûrement
'Qui n'obéit pas à la barre obéira aux rochers.' proverbe


Le syntagme verbal élidé n'a pas à être en relation de c-commande avec l'ellipse. En (3), le sujet et sa relative sont séparés de leur verbe a ra par une proposition circonstancielle de temps. Le syntagme verbal de cette proposition circonstancielle de temps, degass un douzh o familh da labourad ba'r memes ti, est interprété comme objet élidé de l'auxiliaire ober, 'faire' de la proposition principale.


(3) Ar re neus ur post tu bennag,
le ceux a.3 un poste côté quelconque
pa c'hallant [ degass un douzh o familh da labourad ba'r memes ti ] , a ra _[VPø]_
quand peuvent apporter un de leur2 famille à1 travailler dans le même maison R fait
'Ceux qui ont un emploi quelque part, lorsqu'ils peuvent faire venir quelqu'un
de leur famille pour travailler dans la même maison, ils le font.' Plourin (2000:42)


Il est intéressant de noter que le syntagme verbal élidé est alors plausiblement après l'auxiliaire tensé a ra, alors que cet ordre de mots serait illicite sans élision, car la tête verbale serait obligatoirement montée dans la tête tensée:

Ar re neus ur post tu bennak a zegas un douzh o familh da labourad ba'r memes ti.
et non pas
*Ar re neus ur post tu bennak a ra degas un douzh o familh da labourad ba'r memes ti.


Comme noté par Lasnik (2001), l'effacement phonologique d'un trait interprétable semble satisfaire à l'effacement de son trait ininterprétable correspondant.

Ellipse de proposition infinitive

(x) Honnez na oa ket eur plah vrao, na tost ivez _[ø]_ !
celle.là ne.R était pas un fille1 belle ni près aussi <de être un fille belle>
'Ce n'était pas une jolie fille, ni près de l'être (elle était laide).'
Trégorrois, Gros (1984:161)


Ellipse de prédicat introduite par ken

L'adverbe ken, ker, kel, 'tant, tellement' peut introduire une réitération du prédicat. Sémantiquement, cette tournure sert à insister sur le degré du prédicat adjectival.


(1) Me 'vad, emon-me, a zo nehet ken ez on nehet.
moi cependant dis-je-moi R1 est inquiet autant R4z suis inquiet
'Moi, dis-je, je suis inquiet, je suis vraiment inquiet!' Trégorrois, Gros (1984:63)


Sous identité, ce prédicat réitéré peut être partiellement élidé, qu'il soit adjectival ou verbal. Seule reste la copule ou l'auxiliaire ober, 'faire', servant de support morphologique au matériel temporel (Jouitteau 2011, 2012).


ellipse de prédicat adjectival

(2) Hennezh a zo gaouiad, ken ez eo _[ø]_
celui.là R1 est menteur autant R4z est
'Celui-là est menteur à l'extrême/ menteur comme un arracheur de dents' Trégorrois, Gros (1984:50)


(3) A-hervez e oa droug ken e oa _[ø]_
selon R4 était méchant autant R4 était
'Il paraît qu'il était terriblement méchant' Trégorrois, Gros (1984:50)


ellipse de prédicat verbal

(4) Ar bugel-ze a labour ken e ra _[VPø]_
le enfant- R1 travaille autant R4 fait
'Cet enfant travaille énormément.' Trégorrois, Gros (1984:50)


(5) Ar paotr all a c'hoarzhe ken e(/a) ree _[VPø]_ ; Trégorrois, Gros (1984:50)

'L'autre garçon riait autant qu'il pouvait.'


Objet élidé focalisé par ken

A Groix, un objet élidé peut être focalisé par l'adverbe ken, 'seulement'. Une analyse alternative est qu'il s'agit de la forme ancienne de ken, nom signifiant 'autre chose'.


(4) /fəše lake čein ar-əntãn /
as pas mis seulement sur-le feu
'Tu n'as mis que cela sur le feu?' Groix, Ternes (1970:292)


ellipse de l'article

Il existe quelques contextes où l'article n'est pas réalisé dans le groupe nominal. C'est par exemple le cas lorsqu'un adjectif au comparatif de supériorité est antéposé au nom.


(1) N'em-eus ket an'vet gwasoh lorgenn morse ! L'Hôpital-Camfrout, Le Gall (1957:'lorgenn')
ne1'1SG-a pas connu pire paresseux jamais
'Je n'ai jamais rencontré quelqu'un avec un tel poil dans la main!'


Bibliographie

horizons comparatifs

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autres études théoriques

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  • Baltin, Mark. 2012. 'Deletion vs. pro-forms: An overly simple dichotomy?', Natural Language and Linguistic Theory 30:381–423.
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