Petra

De Arbres
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Petra est le pronom interrogatif portant sur un objet inanimé dans les questions ('quoi', 'qu'est-ce que').


(1) [ petra (ə) fa:lEx ga vil-sən ]
Petra e v-malec'h gant ar vilin-se?
quoi R4 moud.2PL avec le1 moulin-
'Qu'est-ce qu'on moud avec ce moulin?' Haut-cornouaillais (Lanvenegen), Evenou (1987:581)


Petra sert aussi à la formation d'un indéfini non-interrogatif, d'un indéfini de choix libre et d'un complémenteur d'opposition.


Morphologie

Petra est un composé morphologique transparent de pe, interrogatif 'quel' et de tra, 'chose' (Hemon 2000:§82).

Les variations dialectales de la morphologie de la traduction de l'interrogatif français 'quoi' sont documentées sur la carte 525 de l'ALBB.


étymologie

En moyen breton, le morphème pezh était concurrent avec le composé petra:

  • pez a leueret huy yuez?, B.n.771, breton 1557, cité dans Hemon (2000:§81)


de Rostrenen (1738:62 et 69) rapporte une forme, maintenant datée, qui permettait au XVIII° d'avoir le mot interrogatif pe en morphème séparé de tra ('evit petra.../rag petra...).


(2) Pe evit tra ne leveres-te qet an dra-man-dra?
QU pour chose ne dis-tu pas le chose-là-chose
'Que ne dis-tu telle chose?' de Rostrenen (1738:62)
(3) Pe rag tra ne res-te qet qemeñ-ze?
QU car chose ne fais-tu pas autant-ci
'Que ne fais-tu cela?' de Rostrenen (1738:62)

accentuation

Les mots bisyllabiques en pe- sont des composés transparents. Petra est généralement accentué sur la seconde syllabe.

Il semble y avoir quelques exceptions à cette généralisation, comme en pays bigouden avec les formes en pera, per, pere, pira , en pays glazik ou sur l'île de Sein, le sud du Léon (carte 525 de l'ALBB).

Le Dû (2012:99) donne aussi la forme pera en trégorrois.

Syntaxe

interrogatif de l'objet

Le mouvement de l'interrogatif objet petra peut être opéré sur une longue distance.


(1) Petra eman en e zoñj [ober __ ]?
est dans son1 pensée faire (quoi)
'Qu'est-ce qu'il pense faire?' Léon, Fave 1998:141)


pronom relatif

Petra est aussi utilisé comme un pronom relatif non-interrogatif (cf. ar pezh, 'ce que').

Il est alors introduit par le présentatif setu, 'voici', ou comme tête de relative sélectionnée comme argument interne d'un verbe de perception comme klevout, 'entendre', ou un verbe déclaratif comme gouzout, 'savoir'.


(2) Chetu petra en des laret hou mam. Vannetais, Guillevic & Le Goff (1986:90)
Setu petra an neus laret hoc'h mamm. Tréguier, Leclerc (1986:76)
voici quoi 3SG.M a dit votre3 mère
'Voici ce qu'a dit votre mère.'


(3) Pa glevas petra a oa...
quand1 entendit quoi R y.était
'Quand il entendit ce qui se passait...' Léon (Saint Pol de Léon), Milin (1922:403)


(4) Ha gouzout a rez, te, petra eo an dra-se, karout ?
et savoir R1 fais toi quoi est le chose-, aimer
'Et tu sais, toi, ce que c'est qu'aimer?' Standard, Drezen (1990:41)


(5) Gout' ouie en ur sevel, da betra e vefe kinniget an devezh.
savoir (R) savait en1 lever à1 quoi R1 serait employé le journée
'Elle savait (bien), en se levant, à quoi serait employée la journée.'
Standard, Ar Barzhig (1976:29)


(6) gouzout a reant magnifik, pétra â dlié erruout gant ô bugalé.
savoir R faisaient pertinemment quoi R1 devait arriver avec leur2 enfants
'Ils savaient pertinemment ce qui devait advenir de leurs enfants.' Léon (Lesneven), Burel (2012:38)


  • Ne ouiec’h ket nemeur petra a raec’h.
'Tu ne savais pas ce que tu faisais.', Standard, Drezen (1990:71)

indéfini

petra din-me

Wmffre (1998:32) signale un interrogatif pour demander le nom de quelque chose: petra din-me (/quoi à.moi-moi/).

Ce composé est utilisé comme interrogatif à Plounévézel, en breton central. Ailleurs, ce composé est uniquement utilisé comme nom générique indéfini ('truc', 'machin'...), comme en français nantais Alors j'ai pris le dis-moi-donc et puis je l'ai lavé après.


indéfini de choix libre petra bennak

Kervella (1995:§475) signale l'indéfini de choix libre petra bennak.

Petra bennak a c'hellfe en em gavout gantañ, ez eo sur d'en em dennañ.
'Quoi qui puisse lui arriver, il est sur de s'en tirer.'


complémenteur d'opposition

Petra bennak sert aussi à former une conjonction d'opposition (Kervella 1995:§475, cf. 'quoique')

(1) Petra bennak m'eo brav an amzer, e vo dister an eost er bloaz-mañ.


(2) Gallek mad a ouient tout ivé, pétra benac ma né ouient ket scriva na lenn.
français bon R1 savaient tous aussi quoi quelconque que ne1 savaient pas écrire ni lire
'Ils connaissaient tous bien le français bien qu'ils ne sussent ni lire ni écrire.' Léon (Lesneven), Burel (2012:40)


(3) Petra bennag ma oa skuiz, e kerze atao.
quoi quelconque que4 était fatigué R4 marchait toujours
'Bien qu'il fût fatigué il marchait toujours.' Trépos (2001:§385)

particule de discours

Petra, en périphérie droite, peut aussi être une particule de discours similaire à kwa, 'quoi'.


(2) [hi nə ʃə gɥɛl ˈhɛ̃j be nɛj tʁa]
Hi n’he deus ket gwelet hini ebet anezhi petra.
elle ne'3SGF a pas vu N aucun P.elle quoi
'Elle n'en a vu aucun quoi.'
Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'harz')


  • Etrenomp hon-daou, ni a rae an dra-se petra.
'Entre nous deux, on faisait ça quoi.'
Scaër, Cheveau & Kersulec (2012-évolutif:Scaër,'keuneudiri')


exclamatif

(3) O ! Petra plijadur !
oh quel plaisir
'Oh! Quel plaisir!' Ouessant, Gouedig (1982)


(4) O ! Petra mizer klask debarasi doh ar re-ze.
oh quel misère chercher débarasser de le ceux-ci
'Oh! Quellle misère pour se défaire de ceux-là!' Ouessant, Gouedig (1982)