Ordres verbe-sujet dans le champ du milieu

De Arbres

En breton comme dans les autres langues celtiques, l'ordre canonique des mots place le sujet après le verbe tensé (si le sujet, bien sûr, n'est pas devant ce verbe). Cet article étudie le placement du sujet après le verbe tensé dans le champ du milieu.


(1) Met kerkent ec'h adkemere an tren e lañs hag ar veajourien o flasoù.
mais aussitôt R+C,4 re.prenait le train son1 élan et le 1voyag.eurs leur2 place.s
'Mais le train reprenait aussitôt son élan, et les voyageurs leurs places.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:09)


Cependant, contrairement aux autres langues celtiques, il est possible en breton pour le sujet de n'être pas directement après l'élément tensé. Il semble qu'il y ait une variation quant à ce qu'il est possible d'intercaler entre la tête tensée (verbe lexical ou auxiliaire) et son sujet. Cet article regroupe quelques exemples d'intervention entre l'élément tensé et le sujet, en essayant de dégager les facteurs de cette variation.


Intervenants entre le verbe et un sujet après lui (T-X(P)-S)

En breton moderne, il existe de nombreux exemples de séparation de l'élément tensé de son sujet postverbal. Ci-dessous, sont recensés les différents éléments qui peuvent séparer l'élément tensé de son sujet postverbal.


adverbe

Des adverbes peuvent apparaître entre l'élément tensé et un sujet réalisé (voir l'article sur la distribution des adverbes).

adverbes de temps

(1) Damverzout a ra bremañ ar c'housker furmoù all, maouezed peuzziwiskoc'h an eil re eget ar re all.
semi.remarquer R fait maintenant le 5dorm.eur forme.s autre femme.s presque.dés.habillé.plus le second ceux que le ceux autre
'Le rêveur commence à remarquer d'autres formes, des femmes presque plus dénudées les unes que les autres.'
Standard, Drezen (1990:12)


(2) Tevel a reas war-dro kreiz an deiz an avel gor a c'hwezhe diouzh an traoñ.
taire R1 fit autour milieu le jour le vent ardent R soufflait de le vallée
'Le vent ardent qui soufflait de la vallée se tût vers le milieu du jour.'
Standard, Drezen (1932:5)


(3) Red eo hiriv an deiz espern an dour.
obligé est aujourd'hui le jour économiser le eau
'Il faut aujourd'hui économiser l'eau.'
Vannetais (Le Scorff), Ar Borgn (2011:39)

adverbes aspectuels

(4) Harpet war barlenn ar prenestr, tennañ a ra hir ar c'hrennard war e anal.
appuyé sur1 rebord le fenêtre tirer R fait long le 5adolescent sur son1 haleine
'Appuyé sur le rebord de la fenêtre, l'adolescent respire profondément.'
Standard, Drezen (1990:14)

adverbes d'opposition

(5) Ne arsav ket neoazh ar Jermaned a fardiñ bemnoz er-maez ag o zoulloù.
ne1 arrête pas cependant le Allemands de1 charger chaque.nuit dehors de leur2 trou.s
'Mais les allemands n'arrêtent pas de charger chaque nuit en dehors de leurs trous.'
Vannetais, Herrieu (1994:100)

adverbes de négation

En ce qui concerne les adverbes de négation, la partie postverbale de la négation bipartite neket (mui), ils interviennent obligatoirement entre le verbe tensé et son sujet.


(6) 'Dait Marivonn, dait du-mañ, pandeogwir n'am doug ket mui man divhar betagoc'h-c'hwi.'
venez Maryvonne venez côté-ci puisque ne me porte pas plus mon deux.jambe jusqu'à.vous-vous
'Viens Maryvonne, viens ici puisque mes jambes ne me portent plus jusqu'à toi.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:113)

particule perfective bet

On trouve des ordres de mots où le sujet est directement après le verbe tensé, laissant la particule bet plus bas dans la structure.


(1) Ne deo Bendigeifran bet biskoazh dalc'het en un ti.
ne+C,1 est Bindegeifran été jamais gard.é en un maison
'Bindegeifran n'a jamais été tenu enfermé dans une maison.'
Léonard, Abeozen (1991:48)


On trouve aussi relativement facilement des ordres de mots où bet est un intervenant. Il peut aussi intervenir avec un objet, ou un participe passé.


(2) Abaoe, vad, e-neus bed amzer an Diaoul da goza en ivern.
depuis cependant a eu temps le diable de1 vieill.ir en.le enfer
litt.'Mais, depuis, le diable a eu le temps de vieillir en enfer.'
> Beaucoup d'eau a passé sous les ponts.
Le Berre & Le Dû (1999:28)


(3) Morse n'e-noa bet disklêriet an den-ze ar pezh a oa erruet ganin.
jamais ne1 R avait été d.it le personne- ar pezh R était arriv.é à.moi
'Jamais cet homme n'a raconté ce qui m'était arrivé.'
Cornouaillais (Uhelgoat), Skragn (2002:21)

postposition

(4) pa zegouez tre Pat.
quand1 arrive dedans Pat
'Quand Pat fait son entrée'
Cornouaillais de l'Est, Derrien (1980:26)

syntagme locatif

(5) War-dro dek eur, ar mintinvezh-se, e tegouezhas du-mañ va moereb Mai-Louj ar Rannoù.
vers dix heure le matin.ée- R4 arriva côté-ci mon2 tante Mai-Louj ar Rannoù
'Vers dix heures, ce matin-là, ma tante Mai-Louj ar Rannoù arriva chez moi.'
Cornouaillais (Pleyben), ar Gow (1999:15)


(6) Evelato e trois en ti ma oa deuet er-maez anezhañ ar plac'hig...
cependant R4 tourna en.le maison que4 était ven.u dehors P.lui le fille.DIM
'Mais la jeune fille retourna dans la maison de laquelle elle était sortie … '
Léonard (Bodilis), Ar Floc'h (1985:139)


(2) Ne chome er gêr nemet tadig ha me.
ne1 restait en.le maison seulement papa.petit et moi
'Il ne restait à la maison que papa et moi.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), Gaudart (2022:55)

objet (et adverbe)

On relève des exemples d'intervention de l'objet entre le verbe tensé et son sujet en corpus écrit. Dans l'exemple vannetais en (1), un adverbe de temps intervient aussi.


(1) Met perak troiñ e brezhoneg neuze pa gaoz galleg ivez hiriv an deiz razh ar vrezhonegerien ?
mais pourquoi traduire en breton alors quand1 parle français aussi aujourd'hui le jour tous le 1bretonn.ants
'Mais pourquoi alors traduire en breton alors que, de nos jours, tous les bretonnants parlent aussi français ?'
Vannetais, Ar Rouz (2013a:19)


Les exemples d'élicitation en Léon ont aussi un adverbe intervenant en plus de l'objet.


(2) Me a gred alato e planto patatez (Simone) er bloavezh-mañ (Simone) egist he amezog.
moi R1 crois pourtant R4 plantera patates Simone en.le ann.ée-ci Simone comme son2 voisin
'Je crois cependant que Simone plantera des patates cette année comme son voisin.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


(3) Bed en deus (ur servicher bennak) renket (ur servicher bennak) pep taol (ur servicher bennak).
eu 3SGM a un serv.eur quelconque rangé un serv.eur quelconque chaque table un serv.eur quelconque
'Un serveur a rangé chaque table/ toutes les tables.'
Léonard (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)


On relève des objets intervenants à Uhelgoat, en breton central et en vannetais dans des exemples de corpus qui impliquent le verbe lexical kaout 'avoir, posséder'.


(4) Me a wele a-walh lar e-noa mizer an hini ruz ...
moi R1 voyais assez que R avait misère le celui rouge
'Je voyais bien que le rouge avait de la peine.'
Cornouaillais (Uhelgoat), Skragn (2002:129)


(5) … hag e lâr d'ar vestrez a sell doc'hti get truez, en he deus naon he mamm.
et R dit à le 1patron.ne R regarde à.elle avec pitié R? R.3SGF a faim son2 mère
'... et elle dit à la patronne qui la regarde avec pitié que sa mère a faim.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:64)


(6) N'e ke' drol neus blew ru ho mab.
ne1 est pas étonnant a cheveux rouge votre3 fils
'Ce n'est pas étonnant que votre fils ait les cheveux roux.'
Breton central, Favereau (1984:351)


L'exemple trégorrois pourrait être une intervention d'adverbe:


(7) Ne dalvez mann ma haoz, peogwir n'on ket kap da lavared ervad.
ne1 vaut zéro mon conversation car ne1 suis pas capable de dire bien
'Ma conversation ne vaut rien, puisque je ne peux pas dire correctement ce que je voulais dire.'
Trégorrois, Gros (1989:'kaoz')

la question de la place du participe passé

La question de l'ordre respectif d'un sujet postverbal et de son participe passé est complexe. Il existe manifestement une variation dialectale conséquente qui comprend des zones d'optionalité, et tout aussi manifestement des zones où uniquement l'une des deux options est disponible (Jouitteau 2010:458, qui renvoie à une discussion dans le courrier des lecteurs de Tír na nÓg 2000, 321:79f., 322:97f.).


Aux - participe - sujet

Dans les temps composés, le participe passé est clairement un intervenant possible, au moins dans certaines variétés de breton, entre le verbe tensé et son sujet.

Le participe passé d'un verbe à temps composé peut intervenir entre l'élément tensé et son sujet, en corpus oral douarneniste, en corpus écrit bigouden, à Uhelgoat, à Lanvénégen, en standard ou en trégorrois.

On trouve fréquemment des ordres Aux-Participe-S dans la presse.


(1) Droug ebet evito avat p'en deus servijet ar c'hampionad-se da brientiñ ar c'hoarioù olimpek dreist-holl.
mal aucun pour.eux mais car 3SGM a serv.i le championnat- à1 préparer le jeu.x olympique surtout
'Ceci ne les a pas desservis car ces championnats ont surtout servi à préparer les jeux olympiques.'
Standard, Bremaik 13
cité dans Jouitteau (2010:457)


(2) Evit al levr-mañ he deus Naig Rozmor eskemmet he c'hreion ouzh ur barr-livañ.
pour le livre-ci 3SGF a Naig Rozmor échang.é son2 crayon contre un barre-peindre
'Naig Rozmor a pour ce livre échangé son crayon contre un pinceau.'
Standard, Bremañ 390:20


  • Ur wech dija he doa klasket Nathalie A., maerez Roazhon, skarzhañ anezho o kas CRSed warno.
'Nathalie A., maire de Rennes, avait déjà essayé de les expulser en leur envoyant les CRS.'
Peuple Breton, 2016/05
  • Moarvat en doa klasket Kervarker reiñ brud d'ar brezhoneg o vravaat ar c'hanaouennoù.
'Kervarker avait sans doute cherché à publiciser le breton en embellissant les chansons.'
H. Guevel, émission Skeud an amzer, 25/06/03


bas cornouaillais
(1) N'ouzon ket pelec'h noe laeret ar re Treboull ar c'hilhog da lakaat war o iliz...
ne1 sais pas avait vol.é le ceux Tréboul le 5coq pour mettre sur leur2 église
'Je ne sais pas où les Tréboulistes avaient volé le coq à mettre sur leur église … '
Cornouaillais (Douarnenez), Mlle Griffon, Denez (1984:74)


(2) Gouvezet em-eus penaoz ober, heb m' en-deus diskouezet den ebet din.
s.u R.1SG a comment faire sans que R.1SG a montr.é personne aucun à.moi
'J'ai appris comment faire sans que personne ne me l'ait montré.'
Cornouaillais, Trépos (2001:§384)


(3) Hennez a oa chomet da echui tammou traou pa 'n-oa dilezet ar mestr ar jeu.
celui-là R était rest.é à1 finir morceaux choses quand1 avait .laiss.é le maître le jeu
'Il était resté finir quelques tâches quand le maître était parti.'
Cornouaillais (Uhelgoat), Skragn (2002:57)


(4) Pa 'n-oa sachet Job war ar skeul.

'Quand Job avait tiré sur l'échelle.'
Cornouaillais (Uhelgoat), Skragn (2002:51)


Pour Chalm (2008:201) les deux ordres de mots (Aux-S-V et Aux-V-S) sont licites et dépendent de la structure informationnelle de la phrase, mais l'ordre neutre est pour lui celui avec le participe en haut, devant le sujet.


trégorrois
(1) Ne soñjen ket he-dije trompet eur zodez tud ken fin-mañ.
ne1 pensais pas 3SGF aurait trompé un 1sot.te gens si fin-ci
'Je ne pensais pas qu'une sotte aurait trompé des gens aussi malins que ceux-ci.'
Trégorrois, Gros (1996:115)


(2) Krediñ a ran en deus aret Yann e bark.
croire R1 fais 3SGM a labour.é Yann son1 champ
'Je crois que Yann a labouré son champ.'
Trégorrois, Schafer (1995)
cité dans Jouitteau (2010:457)


(3) … p'en deveze kavet rener ar gelaouenn arc'hant awalc'h evit lakaat he moulañ
quand1 3SGM avait trouv.é directeur le 1revue argent assez pour mettre la2 imprimer
'… quand le directeur de la revue avait trouvé assez d'argent pour l'imprimer'
Standard, Herri (1982:97)


(4) Gortoz eun tamm, ma faotr, eme e vamm, m'an-nevo debret Pipi e goan.
attends un morceau mon2 garçon dit son1 maman que4 3SG aura mang.é Pipi son1 dîner
'Attends un peu, mon garçon, dit la mère, que Pipi aie fini son dîner.'
Trégorrois (Tréguier), Ar Moal (1902:8)


Léon du XIXe
(5) E-pad m'edo er c'hiz-ze pleget ar marc'h
pendant que était en.le 5guise- plié le cheval
'Pendant que le cheval était ainsi penché… '
Léonard pré-moderne (1878), Inisan (1930:8)


cornouaillais de l'Est
(6) te tøs gɥɛl pezemɔ̃ ma hãn bʁas
Te teus gwelet peseurt mod ema deuet bras
toi 2SG.a v.u quel mode est ven.u lui grand
'As-tu vu de quelle sorte il est devenu grand lui ?'
Cornouaillais (La Forêt Fouesnant), Avezard-Roger (2004a:142)

Aux - participe - S - (*participe)

cornouaillais de l'Est
(1) Dre he lost neus (tapet) Lucille (?tapet) ar c'hazh.
par son2 queue 3SFM.a attrap.é Lucille attrappé le 5chat
'Lucille a attrappé le chat par la queue.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (03/2017)


(2) Gant un tokarn melen en deus graet perc'henn ar moto ruz ar redadeg.
avec un casque jaune 3SGM a fa.it propriétaire le moto rouge le cours.ée
'C'est avec un casque jaune que le propriétaire de la moto rouge a fait la course.'
Cornouaillais (Lanvénégen), Erwan Evenou
cité dans Jouitteau (2010:457)


L'alternative est agrammaticale selon Evenou.


(3) * Gant un tokarn melen en deus perc'henn ar moto ruz graet ar redadeg.
avec un casque jaune 3SGM a propriétaire le moto rouge fa.it le cours.ée
'C'est avec un casque jaune que le propriétaire de la moto rouge a fait la course.'
Cornouaillais (Lanvénégen), Erwan Evenou
cité dans Jouitteau (2010:457)


Aux - S - participe

vannetais

Guillevic & Le Goff (1986:139) notent que des ordres Aux-S-V sont attestés en vannetais.

 Guillevic & Le Goff (1986:139), IV, 3e:
 
 "Aux temps composés, le sujet qui doit suivre le verbe peut se mettre entre l'auxiliaire et le participe.
 
 Amen en des hun tadeu fèhet en anemized., 
 /ici prt.3SG a nos pères défait nos ennemis/ 
 'Ici nos pères vainquirent les ennemis.'


On trouve des ordres Aux-S-V dans Meliner.


(1) Hag an holl o doa pellaet a-benn doc'h an oaled
et le tous 3PL avait é.loign aussitôt de le foyer
e'it m' en dehe an tan raet sklaerder dezhi da vonet en he gwele.
pour que 3SGM aurait le feu donn.é clart.é à.elle pour1 aller en son2 lit
'Et tout le monde s'écarta aussitôt du foyer pour que la clarté du feu
lui permette de se mettre au lit.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:138)


On trouve au XIXe en vannetais des ordres de mots sans intervention du participe.


(2) Ni ielo da vale pa en devezo Iouenn debret he walc'h.
nous ira pour1 marcher quand1 3SGM aura Youenn mang.é son1 satiété
'Nous irons nous promener quand Youenn aura mangé à satiété.'
Vannetais, Troude & Milin CBF.:7
cité dans Hemon (2000:§215)


Léon

On trouve des ordres Aux-S-V en Léon au début du XXe chez Burel, et dans la traduction littéraire archaïsante du Mabinogion par Abeozen (1991).


(1) Epad tout an amser en devoa Yv tréménet é ti Félix...
E-pad tout an amzer en devoa Yv tremenet e ti Felix Graphie standard
pendant tout le temps R.3SGM avait Yves pass.é en maison Félix
'Durant toute la période que Yves avait passée chez Félix… '
Léonard, Burel (2012:108)


(2) A-benn henozh penn-bloaz, avat, e vezho ur banvez aozet el lez-mañ evidout-te.

'Mais cette nuit dans un an, cette cour te préparera un banquet.'
Léonard, Abeozen (1991:26)


La zone du Léon n'est pas forcément uniforme. Seite montre l'un et l'autre ordre.


(3) Konta ' reer e-noa hemañ greet marhad gand an Aotrou Nin.
conter R fa.it.on avait celui-ci fa.it marché avec le monsieur Nin
'On raconte qu'il avait passé marché avec monsieur Nin.'
Léonard, (Cléder), Seite (1998:7)


(4) An tad-koz […] a zo bodet e vugale vïan tostig dezañ.
le père-vieux R1 est rassemblé son1 enfant.s 1petit près.DIM à.lui
'Les petits enfants sont rassemblés autour de leur grand-père.'
Léonard, Seite & Stéphan (1957:39)


En 2016, un locuteur du Léon juge grammatical mais malheureux (noté #) un sujet réalisé entre l'auxiliaire et le participe.


(5) Me a gred neus (#Simone) plantet (Simone) patatez (Simone) er bloavezh-mañ egist he amezog.
moi R1 crois a Simone plant.é Simone patates Simone en.le ann.ée-ci comme son2 voisin
'Je crois que Simone a planté des patates cette année comme son voisin.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (05/2016)

Aux - (*participe) - S - participe

Certains locuteurs ne tolèrent pas un participe passé intervenant, et considèrent l'ordre Aux-S-V comme l'ordre unique autorisé dans la langue.

 A. Dipode (kentel XXIII, c.p.):
 "Merkit e teu rener ar verb etre ar verb-skoazell hag an anv-gwan-verb." 
 

La traduction de Dipode de l'ouvrage de Tolkien An Hobbit offre de nombreux exemples de cet ordre de mots.


zones d'optionalité

Il y a manifestement une réelle dimension dialectale dans la possibilité des ordres AUX-V-S, mais elle croise une variation idiolectale. Chez certains auteurs, le sujet et le participe passé semblent occuper dans le champ du milieu des places interchangeables.


Plougerneau, Plouzane

En (1) à Plougerneau, la locutrice accepte les deux ordres, avec une préférence pour le sujet haut.


(1) Pa neus (Anna<<) kroget (Anna) el loa em eus komprenet edo o vont da benturiñ tout ar guzun.
quand1 a Anna croché Anna en.le cuillière R4.1SG a compr.is était à4 aller pour1 peindre tout le cuisine
'Quand Anna a brandi la cuillère, j'ai compris qu'elle allait me repeindre toute la cuisine.'
Léonard (Plougerneau), M-L. B. (05/2016)


(2) Me chouj d'ar poent-se e houie [ e noa Julie kemeret va auto ].
moi R1 pense à le moment. R4 savait 3SG avait Julie pr.is mon2 auto
'Je pense que dès ce moment-là, il savait que Julie avait pris ma voiture.'
Léonard (Plougerneau), M-L. B. (05/2018)


(3) Ma neo an amezog renket e wele, ne hellan ket lavaret dit !
si aura le voisin rangé son1 lit ne1 peux pas dire à.toi
'Si le voisin aura fait son lit, je ne peux pas te dire !'
Léonard (Plougerneau), M-L. B. (05/2018)


À Plouzane, les deux ordres sont trouvés dans le même corpus avec le même prédicat et tous deux un sujet indéfini, ce qui les rend comparables (l'interprétation de l'impersonnel pour un den n'est pas disponible en Léon et il ne s'agit donc pas d'un pronom).


(4) Pa veze eun den klañv… Pa veze klañv eur bugel
quand1 était un personne malade quand1 était malade un enfant
'Quand un homme/un enfant était malade … '
Léonard (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:23, 24)
variation idiolectale chez Bijer

Les phrases (5) et (6) proviennent du même ouvrage de Yann Bijer.


(5) Biskoazh n'he doa gwelet Naig kement a gaoterioù o virviñ […]
jamais ne 3SGF avait v.u Naig autant de1 chaudron.s à4 bouillir
'Naig n'avait jamais vu bouillir autant de chaudrons.'
Cornouaillais (Bigouden), Bijer (2007:388)
cité dans Rezac (2009)


(6) Biskoazh n'he doa Naig gwelet ken bras bag.
jamais ne 3SGF avait Naig v.u tellement grand bateau
'Naig n'avait jamais vu d'aussi grand bateau.'
Cornouaillais (Bigouden), Bijer (2007:392)
cité dans Rezac (2009)


(7) N' e-noa ket kollet Kaou eur hriñsenn euz ar gaoz.

'Kaou n'avait pas perdu une goutte de la conversation.'
Cornouaillais (bigouden), Bijer (2003:14)
en standard

On trouve en standard des ordres Aux-V-S comme Aux-S-V. Kervella utilise alternativement les deux ordres respectifs.


(1) Gwir eo o deus klasket renerien ar vro gwelaat tra pe dra.
vrai est 3PL a cherch.é dirigeants le 1pays améliorer chose ou1 chose
'Il est vrai que les dirigeants du pays ont cherché à améliorer quelques choses.'
Standard, Kervella (1933:79)


(2) Dec'h da noz, goude koan, en deus Yann kaset din va levrioù en-dro betek ar gêr.
hier de1 nuit après souper 3SGM a Yann envoy.é à.moi mon2 livre.s de.retour jusqu'à le 1foyer
'Hier après souper, Yann est passé me ramener mes livres.'
Standard (Dirinon), Kervella (1947:§706)


Lorsqu'il s'interroge consciemment sur l'ordre des mots, Kervella note une optionalité qu'il n'attache pas à une sémantique particulière. Il note que si les deux possibilités existent, on trouve "le plus souvent" le sujet devant le participe.


(3) Dec'h en devoa (ar merour) gwerzhet (ar merour) leue e vuoc'h ruz.
hier 3SGM avait le métayer vend.u le métayer veau son1 vache rouge
'Hier, le métayer a vendu le veau de sa vache rouge.'
Standard, Kervella (1947:373)
cité dans Jouitteau (2010:457)
différences de structure informationnelle ?

Pour Chalm (2008:201), l'alternance entre ces deux ordres de mots (Aux-S-V et Aux-V-S) dépend de la structure informationnelle de la phrase. Pour lui, les ordres T-S-V forcent une lecture de focus contrastif:

 Chalm (2008:201):
 Le participe passé - étant attribut - reste normalement solidaire de l'auxiliaire:
 
   N'en doa ket digoret Yann al lizher, 
   /ne 3SGM [(kaout|avait]] pas ouvert Yann le lettre/, 
   'Yann n'avait pas ouvert la lettre.'
 
 Sauf dans les formes d'insistance:
 
   P'he doa Yulizh torret he brec'h, 
   /quand1 3SGF avait Yulizh cassé son2 bras/, 
   'Quand Yulizh, elle, s'était cassé le bras'
 
 à comparer avec la forme ordinaire:
 
   P'he doa torret Yulizh he brec'h, 
   /quand 3SGF avait cassé Yulizh son2 bras/, 
   'Quand Yulizh s'était cassé le bras'


niveau de langue ?

Favereau (1997:326-7) renvoie l'optionalité à un niveau de langue. Cependant, les auteurs comme Briant-Cadiou ou Bijer qui utilisent les deux ordres ne semblent pas jouer de ruptures de niveaux de langues dans leur texte.

la question de la place du participe passif

On a vu une variation quant à la possibilité pour un participe passé d'intervenir entre le verbe tensé et son sujet. Dans le cas du participe passif comme en (1), le participe intervient de façon obligatoire. Le sujet est l'objet dérivé du passif, le patient d'un verbe transitif. Comme tel, il semble devoir rester plus bas dans la structure. Cependant, ici encore on trouve une variation dialectale.


sujet bas

(1) Al labourer douar, a-benn ma vez hanter-kant vloaz, a vez friket e gorf gand al labour.
le travaill.eur terre quand que4 est moitié-cent1 an R4 est brisé son1 corps avec le travail
'Le cultivateur, quand il arrive à cinquante ans, a le corps brisé par le travail.'
Trégorrois, Gros (1984:53).


Comme noté par Roberts (2005:16), dans le cas des tournures passives, le sujet doit être séparé de l'auxiliaire tensé par le participe passif.


(2) Gwechall e oa (* ar mogerioù) savet *(ar mogerioù) gant ar vasonnerien.
jadis R était le mur.s mont.é le mur.s par le1 maçons
'Autrefois, les murs étaient montés par les maçons.'
Trégorrois, Roberts (2005:16)


(3) Panese he breur, 'vefe bet dimezet Chan gant Jos.
quand.ce.n'est son2 frère serait été mari.é Chan avec Jos
'S'il n'y avait pas eu son frère, Jeanne se serait mariée avec Jos.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:30)


(4) /ag e bɛt 'kiñɛt i'guk/
hag eo bet kignet e gouk
et est été écorché son1 cou
'et son cou a été écorché'
Cornouaillais (Carhaix), Timm (1987a:265)


Les sujets indéfinis sont aussi des sujets bas.


(5) /'de:R wa 'tapɛt 'tejɛRhat 'ganῖ/
Dec'h oa tapet teir c'had ganin.
hier était attrap.é trois1 lapin avec.moi
'Hier j'ai attrapé trois lapins.'
Cornouaillais (Carhaix), Timm (1987a:265)

quelques sujets hauts

En cornouaillais de l'Est maritime cependant, même si l'ordre préféré est nettement avec le sujet après le participe passif, l'ordre inverse est aussi possible, sous des conditions prosodiques et de contexte à préciser.

En (6), on pourrait pousser une analyse pronominale de an dud qui a une lecture impersonnelle pour expliquer l'optionalité, mais cela demanderait d'accepter qu'une forme plurielle puisse grammaticaliser.


CONTEXTE: 'La mobilisation générale est déclarée'.

(6) Chiou 'zo bet (an dud) galvet (an dud) c'hwec'h gwech gant 'n arme.
aujourd'hui est été le 1gens appel.é le 1gens six fois avec le armée
'Aujourd'hui, on a été appelé six fois par l'armée.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b)


On relève aussi cet ordre de mots en Léon.


(7) Ne deo Bendigeifran bet biskoazh dalc'het en un ti.
ne+C,1 est Bindegeifran été jamais gardé en un maison
'Bindegeifran n'a jamais été tenu enfermé dans une maison.'
Léonard, Abeozen (1991:48)


Sujets obligatoirement séparés du verbe

propositions infinitives sujet avec un expérienceur intervenant

En (2), le sujet est la proposition infinitive bouetañ ar c'hezeg 'nourrir les chevaux'. Elle est séparée du verbe tensé qui la sélectionne par le groupe prépositionnel expérienceur d'al labourerien douar.


(2) Amañ e plij d'al labourerien-douar boueta ar c'hezeg.
ici R4 plait à1 le travaill.eurs-terrei [ PROi nourr.ir le 5chevaux ]
'Ici, les paysans aiment à nourrir les chevaux.'
Trégorrois (Kaouenneg), ar Barzhig (1976:35)


(3) Ret-holl eo din e gavout.
obligé-tout est à.moi le1 trouver
'Il faut absolument que je le trouve.'
Standard, Kervella (2001:21)


sujets d'une copule

attribut-sujet

La place d'un syntagme nominal sujet, est après l'attribut, ce qui place cet attribut entre l'élément tensé et le sujet (Kervella 1947:§711).


(4) Arru eo kozh chaoser ar velin.
venu est vieux chaussée le 1moulin
'La chaussée du moulin a pris de l'âge.'
Vannetais (Le Scorff), Ar Borgn (2011:69)


(5) Doc'h pep troad n'eo ket mat pep botez.
de chaque pied ne1 est pas bon chaque chaussure
'Toute chaussure n'est pas bonne à tout pied.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:II)


En (6), le groupe nominal sujet an niveradurioù est séparé de la copule eo par l'attribut, puis le locatif.


(6) Piv a lavaro biken niver an dud dilabour en ur vro
m'eo [ ken rouez ha graet ken fall ] [ enni ] an niveradurioù.
Cornouaillais (Dirinon), 1930, Kervella (1993:78)


Cet ordre de mots est fixe à travers les dialectes, et est documenté depuis le moyen breton et le breton pré-moderne(ci-dessous en léonard possiblement teinté de trégorrois).


(7) pa vezo digor ar foar e tistroimp d'ar bourk.
quand1 sera ouvert le foire R4 rentrerons à le bourg
'Nous rentrerons au bourg quand la foire sera ouverte.'
Breton pré-moderne, Inisan (1878), TLK.:18,
cité dans Hemon (2000:§215)

sujet-attribut

On trouve cependant des contre-exemples:


(8) /čen mə-Xa:ryjimp, fo rmour izeil /
Ken m'arruimp 'vo ar mor izel.
d'ici que4 arriverons sera le mer bas
'D'ici à ce que nous arrivions la mer sera basse.'
Vannetais (Groix), Ternes (1970:323)

Sujets pronominaux vs. sujets lexicaux

Dans le champ postverbal (IP), il n'existe pas en standard ni dans la plupart des dialectes de pronoms forts indépendants pour le sujet et la seule place pour un pronom sujet après le verbe tensé est en répétition de l'accord verbal, un pronom écho. Ces pronoms sont situés directement après le verbe tensé ou juste sous la négation ket.


(1) Ben 'vez (* pep den / eon) klañv (pep den / * eon ), e vezomp trapet fall !
quand R est chaque personne / lui malade chaque homme / lui R sommes attrapé mauvaisement
'Quand chaque homme est malade, on est salement attrapés !'
Cornouaillais (Riec), Mona Bouzeg c.p. (01/2009)


Les résomptifs du sujet comme en (2) ne sont pas à prendre en compte. Ils apparaissent incorporés dans une préposition et ont une distribution complètement différente.


(2) Ne hello ket sevel ken anezi.
ne1 pourra pas lever plus P.elle
'Elle ne pourra plus se lever.'
Cornouaillais, Trépos (2001:444)


Les deux seuls candidats pour un pronom fort indépendant dans le champ postverbal à travers les dialectes sont le pronom 3PL signalé par Gary German en breton de Saint Yvi et le pronom impersonnel an den. La distribution du pronom à Saint Yvi ne semble pas différente de celle des sujets lexicaux.


(3) Benn eo kouet barz.
quand est tomb.é 3PL dedans
'Quand ils sont tombés dedans.'
Breton de Saint Yvi, German (2007:174)


pronom impersonnel postverbal

Le pronom impersonnel et les sujets lexicaux ont une distribution contrastée.


(4) Ben ' vez (an nen) klañv (* an nen ), e vezomp trapet fall !
quand R est on malade (on) R sommes attrapé mauvaisement
'Quand chaque homme est malade, on est salement attrapés !'
Cornouaillais (Riec), Mona Bouzeg c.p. (01/2009)


Dans le cas des objets dérivés dans une structure passive, le pronom impersonnel an den est comme un sujet lexical plus bas que le verbe lexical.


(5) Ba'n amzer oan yaouank vi ket kas 'nenn kalz d'ar skol.
en le temps étais jeune était pas envoy.é on beaucoup à le école
'Du temps de ma jeunesse, on n'était pas souvent envoyé à l'école.'
Breton de Saint Yvi, German (2007:174)


(6) Amañ e vez bouzaret an den gand ar mekanikou.
ici R est sourd.i on avec le machine.s
'Ici, on est assourdi par les machines.'
Trégorrois, Gros (1984:394)


Sujets obligatoirement juste après le verbe

Certaines structures ne permettent pas de prédicat intervenant entre l'élément tensé et son sujet.

emañ, 'être'

Hewitt (1988a) note que la forme de situation emañ du verbe bezañ, 'être', (qu'il nomme 'structure double D') a ceci de particulier que son sujet la suit directement. Hewitt semble ici considérer que cette propriété syntaxique dessine un contraste avec les auxiliaires.


 Hewitt (1988a):
 "La structure double D ne peut pas être considérée comme auxiliaire d'un point de vue syntaxique puisque le sujet vient ordinairement rompre le constituant putatif auxiliaire-auxilié. Il vaut mieux alors parler d'une structure double avec un verbe syntaxique plein, suivi de son sujet et un prédicat lexical indépendant:
 
 Emañ an dud o labourat / e-kreis ar park/ du-hont.


Cette règle ne semble pas soumise à variation dialectale.


(2) Emañ ( ar paotr ) o tont (* ar paotr).
est le gars à4 venir le gars
'L'homme vient par là.'
Cornouaillais (Lanvénégen), Evenou


Cela ne veut pas dire qu'aucun intervenant n'est possible dans ces structures. Lorsque la partie postverbale ket est requise dans une phrase négative, cet adverbe intervient entre emañ et son sujet. C'est aussi le cas d'un adverbe comme bremañ 'maintenant'.


  • Emañ bremañ an oferenner war bazenn uhelañ an aoter-veur.
'L'officiant est maintenant sur la plus haute marche du maitre-autel.'
Standard, Priel (1964:101)
  • [...], emañ bremañ ar plomered-kuchenn en o dilhad kaerañ evit kavout o fried.
'[...], les grèbes huppés sont maintenant sur leur trente-et-un pour trouver leur conjoint.'
Standard, Péridy (1995:10)
  • Er c'hastell renevezet emañ bremañ Mirdi istor Naoned, nevez-staliet e-barzh 32 sal.
'L'édifice restauré accueille aujourd'hui le nouveau Musée d'histoire de Nantes installé dans 32 salles.'
Standard, OPAB
  • Emañ bremañ Kreizenn stummañ KELENN dindan al label KAMPUS KEMPER.
'Le centre de formation Kelenn est maintenant sous label du campus de Quimper.'
Standard, page facebook de Kelenn (2024)


Horizons comparatifs

Le breton semble être la seule langue celtique où le sujet peut aussi facilement apparaître séparé de l'élément tensé par un intervenant. Ces ordres sont plus restreints dans les autres langues celtiques en irlandais, en écossais, ou en gallois.

Enjeu théorique

Comprendre la différence ici entre le breton et les autres langues celtiques est un enjeu théorique fort.

Il est aussi frappant que le seul verbe qui ne tolère pas l'intervention entre lui et son sujet soit le verbe emañ, 'être', qui est aussi le seul verbe à montrer de façon consistante la possibilité d'être tensé en initiale de phrase, comme les verbes des autres langues celtiques. Il serait intéressant de comprendre s'il existe un lien entre ces deux propriétés.

De façon interne au breton, le mécanisme d'assignation casuelle au sujet d'une proposition tensée reste mystérieux. Tallerman (1997:219) propose que les sujets des propositions finies montent en forme logique afin de recevoir un cas abstrait.