Di-, dis-

De Arbres
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Le rôle sémantique du préfixe di-, ou dis- est similaire au préfixe dé- du français.

Sur les noms, ce préfixe applique un degré zéro comme dans dichañs 'malchance, manque de chance' (Ar Borgn 2011:80). Pour un prédicat, ce préfixe obtient un prédicat de sens inverse.


(1) Ar re-ze a vije dleet dihouzougañ anezo.
le ceux- R serait pfx1.cou.V P.eux
'Ceux-là, on devrait leur couper le cou (les capiter!).' Trégorrois, Gros (1984:29)


Trépos (2001:§121) donne digoll 'dédommagement', difiziañs 'défiance', digarantez 'aversion', dinerz 'faiblesse'


Morphologie

allomorphes

Gros (1984:374) note une prononciation en /diz-/ devant une voyelle, et une prononciation en /di-/ devant /X, d, g, ʒ, n, r, s/. Devant les autres sons, il observe une alternance di-/dis- qui semble aléatoire, avec parfois les deux possibilités représentant deux sens différents (voir sémantique du préfixe).


mutations

sous la forme di-

Sous la forme di-, le morphème déclenche la lénition sur sa racine.

(2) Didud ha morgousket e oa ar gompezenn.
pfx1-gens et en1.dormi R était le 1plaine
'La plaine était endormie et déserte.' Standard, Drezen (1990:36)


(3) Gwas pe diwas, an dra-s’ so memes mod !

'Costaud ou pas costaud c’est la même chose !', Poher, Favereau 1997:§193)


On trouve cependant des exceptions.

(4) Goude e vezont bloñset ha dibloñset tout evel-just.
après R sont tapé et -tapé tout bien.sur
'Après, ils sont meurtris bien sûr.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:152).


sous la forme dis-

Sous la forme dis-, il y a manifestement variation dans la mutation déclenchée par le préfixe.


Selon Gros (1984:374), dis- ne provoque de lénition qu'en breton trégorrois.

Selon Kervella (1947:§880), sous la forme dis-, seules les consonnes /b, m, gw/ seraient mutées (avec des exceptions). Selon Chalm (2008:w-217) la consonne /g/ serait aussi affectée.


On trouve disklavenn 'préau' (Léon, Seite & Stéphan 1957:15) mais disglavier 'parapluie'. Selon Helias (1986:14) dis- provoque une mutation durcissante. Il donne disklao, 'à l'abri de la pluie' (G>K donc sur le nom glav 'pluie').

accentuation

L’accentuation en KLT tombe sur l’avant-dernière syllabe et montre avec les bisyllabiques que le préfixe di- peut prendre l’accentuation de mot (DIdud, Kervella 1947:§887, Gros 1984:374).


exocentricité

Le morphème di- est exocentrique: il a un sens privatif devant un nom, qu'il transforme en adjectif (roched 'chemise' > diroched 'sans chemise') ou en adverbe (tro 'tour' > didro 'sans détour, franchement').

Cette propriété prédit l'observation de Kervella (1947:§880) qui note que les adjectifs préfixés en di- ont souvent un adjectif contraire qui, lui, apparaît avec un suffixe adjectival. Le préfixe di- a déjà recatégorisé le nom racine en adjectif et ne nécessite aucun suffixe adjectival.


(5) c'hoarzhus > dic'hoarzh plegus > dibleg
speredek > dispered roudennek > diroudenn
torret > didorr trugarezus > didrugar Standard, Kervella (1947:§880)


Des suffixes adjectivaux comme -us peuvent résister à la préfixation en di- (diwelus, 'invisible, que l'on ne peut absolument pas voir, invisible par nature', Vallée 1980:XXIII).

variation dialectale

La carte 303 de l'ALBB, 'habiller/déshabiller', montre une répartition large du préfixe di-.


productivité

Le préfixe di-, productif, est très vivant dans la langue et peut aisément créer de nouveaux items à volonté. En (4), di- est préfixé sur un verbe à base nominale.


(6) Hañ! Te eo Kristof? Gortoz, me a ya da zigristofi ahanout!
EXCL toi est Christophe attends moi R va pour1 1-Christopher P.toi
'Ah! C'est toi, Christophe? Attends, je vais te déchristopher (t'en fiche, du Christophe).' Trégorrois, Gros (1984:28)


Gros (1984:369) considère ce suffixe comme productif en breton trégorrois.


Certaines racines ne sont plus vivantes que préfixées, comme digarez 'excuse, prétexte', sur le moyen breton karez 'blâme, reproche' (Trépos 2001:§121).


Sémantique

di-/dis-, deux morphèmes différents ?

Kervella (1947:§880) semble hésiter parfois à classer dis et di comme allomorphes. Il cite en particulier des paires minimales avec un sens légèrement différent, et parfois une catégorie différente.


(1) glav 'pluie' dic'hlav 'sans pluie' disglav 'lieu où ne tombe pas la pluie'
gwel 'vue' diwel 'invisible' disgwel 'cachette'
par 'semblable' dibar 'qui a perdu son pareil' dispar 'sans pareil'
kred, 'croyance' digred, 'incrédule' diskred 'qui n'a pas à être cru' Standard, Kervella (1947:§880)


Gros (1984:374) distribue l'alternance di-/dis- selon des règles phonologiques associées à l'initiale de la racine, mais note que dans les zones d'optionalité laissées ouvertes par ces règles, on a parfois di- et dis- représentant deux sens différents, où dis- semble à Gros « plus énergique » :

  • dilavar, 'muet' et dislavar, 'dédit, rétraction'

Selon Deshayes (2003:36), le préfixe dis- a un sens "plus fort" que di-.


degré zéro sur un nom

Le préfixe di- impose la lecture 'degré zéro' des noms.


(1) Dont d'ar gêr divragoù ha divotoù
aller à1'le maison pfx1-pantalons et pfx1-chaussures
'Rentrer chez soi sans pantalon et sans chaussures.' Favereau (1993)


(2) En disklavenn, meur a hini a zo o c'hoari patati. Léon, Seite & Stéphan (1957:15)
dans.le dé.pluie.eur plus de1 un R1 est à4 jouer "patati"
'Sous le préau, quelques uns jouent à saute-mouton.'


Le nom préfixé peut être pluriel comme singulier.


(3) N'out ket diloer?
ne1'es pas pfx.bas
'Tu n'es pas sans bas?' Gros (1970b:§'loer')


Le préfixe di- est productif sur les noms.

  • an tachennoù rous dizour ha dic’heot
Standard, Drezen (1990:50)
  • didrouz, difazi, diboell, didud
Standard, An Here (1995)


contraires

Le préfixe di- peut donc s'utiliser pour exprimer des contraires (avec X ou sans X).

Pa vêr klañv, gwas pe diwas, an dra-se 'zo heñvel! (Poullaouenn, Favereau 1993)
glav pe dic'hlaw (Are, Favereau 1993)


degré zéro sur un prédicat

Le préfixe di- est aussi productif avec les prédicats, adjectivaux ou verbaux. Dans ces cas, on obtient sémantiquement un prédicat de sens contraire (degré zéro appliqué à la base).


adjectifs

(4) Ne vez ket alies divew anezhañ.
ne1 est pas souvent pfx1-saoul P.lui
'Il est ivre la plupart du temps.'(Il n'est pas souvent sobre) Cornouaillais de l'Est (Riec), Bouzeg (1986:I)


(5) Ne zeu ket sonjoù divodest da virout ouzhit da gousket, a-wechoù?

Standard, Drezen (1990:53)


verbes

Lorsqu'il apparaît sur les verbes, le préfixe di- correspond en gloses au préfixe dé- du français.


(6) A - C'hoarzhin a ra ! B - Dic'hoarzhin a ray!
rire R fait -rire R fera
'A - Il rit! .... B - Ça lui passera!!' Favereau (1993)


(7) Eman o tilasa e votou-lêr, o tiglochedi e vantel, hag o tinozelenna e chupenn...
est à4 -lacer son1 souliers-cuir à4 -agrafer son1 manteau et à4 -boutonner son1 veste
'Il délace ses souliers, dégrafe son manteau et déboutonne sa veste...' Le Bozec (1933:66)


(8) Ne zislavaran ket.
ne1 -dire pas
'Je ne me dédis pas (Je le maintiens).' Trégorrois, Gros (1984:162)


degré zéro dans les structures reduplicatives

La reduplication a-perfective X di-X est une opération morphologique de reduplication productive en breton.

Elle a l'effet sémantique de supprimer la borne de fin d'un prédicat verbal (reduplication a-perfective de type nijal-dinijal, 'voleter').


  • Kaer en deus treiñ ha distreiñ, ne zeu ket ar c’housked dezhañ.
Standard, Drezen (1990:45)


Pour un état, c'est le seuil qualitatif qui est supprimé avec un effet d'intensification.


(9) Goude e vezont bloñset ha dibloñset tout evel-just.
après R sont tapé et -tapé tout bien.sur
'Après, ils sont meurtris bien sûr.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:152).


Cet effet est similaire au français dé- dans 'tremper > détremper'.


retournement sémantique en intensifieur

L'effet sémantique de ces reduplications donne un effet de persévérance dans l'action ou d'intensité de l'état, tout en supprimant la borne de fin ou le seuil qualitatif définitif de l'état. Ces interprétations ont donné lieu à un autre type d'interprétation du suffixe di- ou dis, en se généralisant hors des structures de reduplication.

Tel que donné à L'Hôpital-Camfrout par Le Gall (1957), gori signifie 'chauffer un four', et dihori l'action de donner un tour de chauffe à un four neuf.


(1) Ne ouie den koulz hag eñ dihori eur forn nevez. L'Hôpital-Camfrout, Le Gall (1957:'dihori')
Ne1 savait personne tant que lui 1.chauffer un four neuf
'Personne ne savait faire une première chauffe de four neuf comme lui.'


Kervella (1947:§880) donne, avec le même renversement sémantique en intensifieur:

gwalc'hiñ > diswalc'hiñ 'se laver avec beaucoup d'eau'
trempañ > distrempañ 'bien tremper, avec beaucoup d'eau'
tammañ, rannañ > distammañ, disrannañ 'mettre en pièces'
treiñ > distreiñ 'mettre du côté opposé'
skrivañ, kanañ > diskrivañ, diskanañ 'répondre à une lettre ou un chant, écrire ou chanter sans cesse'


Horizons comparatifs

Selon Deshayes (2003:36), le préfixe di- correspond au cornique dy-, ainsi qu’au gallois et à l’irlandais di-.


A ne pas confondre

Le morphème di-, dis- ne doit pas être confondu avec le morphème de-, di-, dis-, qui est sémantiquement distinct et jamais privatif.

Un autre morphème di-/(deiz-) apparaît devant les jours de la semaine comme dilun, dimeurzh...

Terminologie

Le Bayon (1878:15) nomme le préfixe a-perfectif la particule fréquentative.


Bibliographie