Les onomatopées

De Arbres
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Une onomatopée, ou phonomime, dénote un son ou un elément associé à un son. C'est un mot d'une langue qui rappelle pour ses locuteurs un son qui existe en dehors du langage (Il te reste du pchitt pour la gorge?). Les onomatopées ne produisent pas le son lui-même, mais son interprétation par la langue. les onomatopées se traduisent donc.


(1) Pa glev ur c'hloc'hig o son: bin deridin bin baon ! Cornouaille, Crocq (1910:8)
quand1 entend un 5cloch.ette à4 sonner
'Quand il entend une clochette tinter: drelin drelin!'


Les onomatopées sont souvent mentionnées en breton dans la littérature descriptive. Gros (1974:395) remarque par exemple que strak 'craquement' "imite bien le bruit sec d'une chose qui se casse net, qui craque". Son exemple, dans eur strak-fouet 'un claquement de fouet', montre que ces noms peuvent entrer des dérivations morphologiques dans la langue (strakal, strakadenn, etc.).


(2) pa glevis ur strakadenn... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:33)
quand1 entendis un /stak/.ation
'quand j'entendis un bruit de verre...'


Définition(s) des onomatopées

Le breton, comme les autres langues, utilise des onomatopées comme source lexicale. Le problème du point de vue de l'analyse est qu'il y a un faisceau de propriétés typiques, mais il n'y a pas de test définitoire. Chaque subjectivité reconnaît, ou pas, un bruit du monde réel correspondant plus ou moins vaguement à un sens produit par le mot. Par exemple, Gros (1974:395) reconnaît une onomatopée dans le nom trouz 'bruit' ou savari 'faire du vacarme'. Comment défendre une telle hypothèse, à part s'en remettre entièrement à sa subjectivité ou la notre? Le nom qui dénote du 'bruit' fera toujours du bruit en étant prononçé, et si l'on prononce savari assez fort, l'iconicité devrait être assurée, mais ces raisonnements sont infalsifiables.

La diachronie fournit des indices, car une onomatopée résiste parfois aux changements phonologiques globaux d'une langue mais les hypothèses sur la nature ou non d'onomatopée sont compliquées par les emprunts d'une langue à l'autre.

 Ernault (1903:§88):
 "L'histoire des mots imitatifs de sons naturels est pleine d'obscurités : la phonétique n'a guère de prise sur eux ; ils sont exposés à une foule d'influences individuelles, et ils jouissent, à peu près seuls, du privilège de revivre naturellement après être morts, justifiant l'expression d'Horace : Multa renascentur quoe jam cecidere ..." [moultes mots tombés en désuétude revivront...]

Parfois, ce n'est pas la résistance à la variation diachronique qui est prise comme un indice d'onomatopée, mais au contraire la variation. Le Gonidec (1821) considère que l'alternance idiosyncratique des forems pint et tint 'pinson' révèlent une onomatopée.

Quelques exemples de mots analysés comme des onomatopées dans Henry (1900)... à moins que d'autres explications se présentent:

 Kloc'ha, vb., 'glousser' ; cf. gael. cloch 'petite toux' et cloch-ranaich 'respirer bruyamment', lat. 'clôcîre' 'glousser', fr. kloké 'glousser' (Bas-Maine Dn) et ag. io cluck. Onomatopées, et cf. sklôka.
 
 Grigoùsa, vb., 'grincer des dents'. Empr. fr. avec onomatopées et contaminations multiples : 'grigner (des dents), grincer, grignoter, gringoiter, fredonner', etc.   

Il y a cependant des régularités notables. On peut dégager des morphologies prototypiques et des classes sémantiques produites manifestement par des onomatopées.


Morphologie

La forme phonologique des onomatopées est adaptée au système phonologique de la langue, même si elle y déroge aussi souvent, en particulier avec des alternances apophoniques.


signes linguistiques imitant le réel

Les onomatopées ne sont pas des sons du monde réel, ce sont des éléments du langage avec une structure phonologique propre à la langue. Cependant, les onomatopées ont une morphologie très particulière, adaptant un son percu du monde réel à la phono-esthétique de la langue (Grammont 1901). Un même bruit produit par la même cloche fait, pour un locuteur bilingue, ding, dong, beling, belong ! dans son français et bedi, bedon, bedi, bedan ! dans son breton, là où un locuteur germanophone "entendrait" bim, bim!.

Les locuteurs des langues qui ont des voyelles nasales ont tendance à "entendre" des nasales dans les bruits du monde réel, ce qui est moins évident pour les locuteurs de langues qui n'en ont pas. Les locuteurs des langues tonales peuvent importer une mélodie dans un nouveau mot, quand cette réalisation ne sera qu'étrange dans une langue non-tonale comme le breton.


onomatopées "fraiches", grammaticalisation et variation diachronique

Pauvrement grammaticalisée, l'onomatopée "fraiche" est productive. Le Gonidec (1821) donne ainsi 'le hoquet' dénoté par an hik en KLT et hâk en vannetais. Henry (1900) rapproche hak 'hoquet' du gaélique agadh 'bégaiement' et hik 'hoquet' de l'anglais hiccough.


(1) An hik a zo ganin.
le hik R est avec.moi
'J'ai le hoquet.' Trégorrois, Gros (1984:395)


Les onomatopées fraiches ont une réalisation potentiellement flottante. Si la forme de cette onomatopée simple, pas ou pauvrement grammaticalisée, est modifiée, la phrase peut devenir pragmatiquement étrange mais pas vraiment agrammaticale. Cette réalisation potentiellement flottante disparaît lorsque l'élément est plus conventionalisé, voire ostensiblement grammaticalisé par une dérivation morphologique.

La diachronie peut modifier considérablement une onomatopée à travers le temps. Ainsi, il ne fait pas de doute pour Matasović (2009) que l'étymologie de yar 'poule', est, au moins au départ, onomatopéique. Mais cela n'implique pas que les poules ont jamais produit des sons de type /jar/. Les formes celtiques remontent au protoceltique yaros, associé au nom propre gaulois laros. Chacun de ces noms pourrait être apparenté au latin pīpio 'piauler comme un petit oiseau' ou au sanskrit píppakā- 'espèce d'oiseau', et dérivé de racines telles que * pipero- donnant le proto-celtique * fifero- (GPC II: 2000, LP 78, Delamarre 186, Falileyev 89, Campanile 1974:105, Deshayes 2003:760, Stokes 1894:223, Schrijver 1995:104f).


dérivations sur base d'onomatopée

/X/ dénote 'le bruit X'

La façon la plus simple pour dénoter un bruit du monde réel est de produire une approximation de ce bruit.

Les canards ont un appareil phonatoire qui leur permet d'articuler un son reconnaissable dans le monde réel. Les humains ont un appareil phonatoire plus complexe qui peut produire une approximation de la même geste articulatoire, ce qui donne gouek en breton, couac en français, tchèque ou anglais, coin(-coin) en français.

Les sons produits par des inanimés peuvent aussi être stylisés par des sons du language. La réduplication est souvent utilisée, ainsi que les alternances apophoniques.

  • Ur c'harr éh ober « kwik-kwik-kwik »
'Une voiture faisant « couic couic couic »', Haut-cornouaillais (La Feuillée), Lozac'h (2014)
  • daoñ-daoñ-daoñ! [dãwdãw'dãw], '(onomatopée pour le bruit des cloches) ding ding dong !', Cornillet (2020)
  • bimbalaon ! [bimba'laɔ̃n] 'ding-ding-don (carillon)', Cornillet (2020)


Au bord des idéophones, on a chourig /ʃurik/, où les consonnes /ʃ/ et /r/ sont non-plosives et potentiellement non-interrompues, ce qui leur permet d'évoquer un mouvement de glissement (/ik/ est un diminutif).

 Henry (1900):
 Chourik (V., C), s. f., 'bruit de frottement'. Onomatopée ? 


La plupart du temps, ces sons produits par des inanimés sont associés avec une action humaine qu'ils évoquent. Au bord des interjections, on a klak, comparable à l'acte de langage en français Clac!.

  • Ale klak ! , 'Allez clac !', Haut-cornouaillais (Landeleau), Lozac'h (2014)
  • Daoñ !! Daoñ !! 'Toc !! Toc !!', Haut-cornouaillais (Landeleau), Lozac'h (2014)
  • Dign-ha-daon, [diɲa'dɑɑ̃wn], 'ding dong', Haut-cornouaillais, Lozac'h (2014)

suffixation verbale, 'faire le bruit X'

Ces verbes sont construits avec le nom dénotant le bruit X suffixé par un morphème infinitival. Gros (1974:396) traduit difuhal par 'souffler, faire fu, fuh en dormant'.


(1) Kouignal a rae ar boledoù, spiniñ an divskouarn, tintal ouzh an tokoù-houarn.
couiner R1 faisait le balles frôler le 2.oreille tinter à le chapeau.x-fer
'Les balles couinaient, frôlaient les oreilles, tintaient sur les casques.'
corrigé CAPES 2005. traduction de Hanotte, X. 2000. Derrière la colline, Belfond.


Ces onomatopées sont très productives pour réaliser des verbes d'expression animale. La plupart des verbes infinitifs signifiant 'hennir' sont construits sur une onomatopée, comme on peut le voir dans la carte 260 de l'ALBB.

 entrées lexicales signalées comme construites sur des onomatopées:
 Le Gonidec (1821):
 Hinnôa 'crier comme un âne', Hinnôd, 'le cri des ânes, l'action de braire'
 Gwac'ha, 'croasser'
 Henry (1900): 
 , s. m., 'bêlement'. Cf. bégia. Onomatopée.
 Koaga. vb., 'croasser'. Onomatopée.
 Graka, vb., 'racler, coasser, caqueter'. Onomatopée. 
 Gragaja vb., 'piailler'. Onomatopée à finale française. 
 Gros (1974:395):
 harzal 'aboyer (chien')'
 hatial 'japper (chien)'
 gwikal 'crier, japper (chien)'
 mignaoual 'miauler'
 c'hwirinal, c'hwirinad 'hennir'
 blejal 'beugler (vache, boeuf)'
 dohal 'grogner (cochon)'
 gwihal 'crier (animal)'
 begelad, beogal 'bêler (mouton chèvre)'
 kanañ 'chanter (coq)'
 sklokal 'glousser (poule)'
 tikal 'piauler (poussin)'
 richinad 'gazouiller (petits oiseaux)'
 piwikad 'pépier'
 gragaillad 'bavarder, jacasser (pie)'
 ragachad 'crier (pie)'
 fraoñval 'bourdonner'
 fihal 'siffler légèrement (palourde)'
 

Le suffixe verbal de l'infinitif -al est récurrent dans les verbalisations d'onomatopées animales (miniaoual 'miauler'). On trouve aussi -añ (koagañ, krozañ 'coasser, croasser').

L'équivalent de cette dérivation en français est -er dans bêler, ahanner, coasser, ou -ir dans hennir, barrir.

-adenn, pour dénoter l'évènement qui produit le bruit X

La dérivation des deux suffixes -ad et -enn obtient de façon productive une finale en -adenn qui dénote l'évènement soudain qui produit le son de l'onomatopée.


(2) E oan a-zevri krog gant ma labour, pa glevis ur strakadenn... Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:33)
R étais résolument commencé avec mon2 travail quand1 entendis un déflagr.ation
'J'avais commencé à travailler de bon coeur, quand j'entendis un bruit de verre...'

réduplication

Les bruits du monde réel peuvent venir de manière répétitive, et le langage peut reproduire cette cyclicité.

Les reduplications sont toujours suspectes d'être des onomatopées:

 Henry (1900)
 Barbaou, s. m., 'bête noire (dont on fait peur aux enfants)' : mot forgé par onomatopée, ou corrompu du ir. Barbebleue, ou plus simplement du fr. ancien baboue 'épouvantail', fr. baboue 'moue'. 
 
 Bourboulla, vb., 'fouir du groin'. Onomatopée, et cf. fr. bourbe, barboter, etc., et br. bourbouten. 
 
 Foutoula, vb., 'barboter'. Onomatopée. 


Anscombre (1985) considère que, en tout cas en français, "la réduplication d'un radical onomatopéique va toujours dans le sens d'une spécialisation sémantique".

 Anscombre (1985)
 "Blabla! ainsi que un blabla ont un usage péjoratif où ils désignent un discours trop abondant ou vide de sens. Remarquons qu'en revanche Blablabla! et blablater ne réfèrent qu'à un discours vide de sens (Tout ça, c'est du blablabla). Enfin, on ne dirait pas, avec un sens purement descriptif, // nous a préparé un court blablabla de présentation."

Quelques racines onomatopéïques en breton

noms

flak, saflik, chaflik

  • flak! ['flak] 'floc ! (onomatopée sur le bruit de l’eau, d’un liquide, etc.)', Cornillet (2020)

Ernault (1927:'chaflik') traduit 'rejaillissement, rebondissement, comme du pied dans un sabot trop grand et plein d'eau'. Menard (2016) donne saflik 'clapotement, clapotis'.

La fricative /f/ et la liquide /l/ en particulier, cherchent à reproduire le bruit de l'eau en mouvement, comme dans le français Flitch! Floutch!, également associé au bruit de l'eau. Le redoublement de fricative /ch-f/ ou /s-f/ obtient une itérativité.

flip

A Ouessant, Malgorn (1909) donne ar flip 'le martinet' "sans doute par onomatopée du bruit qu'il fait en tombant".


frep 'prout', bramm 'pet'

Gros (1974:395) donne bramm 'pet'. Favereau (1993) donne frep 'prout'.


kloc'h

Le nom kloc'h 'cloche' dérive d'une racine onomatopéique qui remonte au proto-celtique.


 Matasović (2009):
 PCelt: * klokko- 'bell' [Noun]
 GOID: OIr. clocc [o m]
 W: MW cloch [f]
 BRET: MBret. cloch, MoBret. kloc'h [m]
 CO: OCo. cloch glosed clocca
 ETYM: Fr. cloche 'bell' < MLat. clocca was probably borrowed from the language of the Celtic missionaries in the early Middle Ages (clocca is first attested in the work of Adomnán in the 7th century). It is improbable that it is from Gaulish, cf. also Germ. Glocke. The PCelt. word is clearly onomatopoetic.
 REF: LEIA C-122f., GPC I: 502, Campanile 1974: 27f., Deshayes 2003:399, Gamillscheg 237.


stlakañ, strakañ

Le Gonidec (1821) considère les formes /stlaka/ et /straka/ 'claquer, faire un certain bruit aigü et éclatant' comme des onomatopées. Gros (1974:395) reprend le m^me exemple strak' 'craquement'.


roc'h, roñkel

Le Gonidec (1821) considère roc'h et roñkel 'ronflement, bruit sourd qu'on fait en ronflant, râle ou ralement' comme des onomatopées.


tak

Le nom takenn est composé de façon transparente de l'onomatopée tak suivie du suffixe singulatif -enn. Ce suffixe exocentrique en fait un nom féminin (un dakenn 'une goutte').

La racine tak n'est pas cependant disponible pour d'autres dérivations. Le nom takad 'endroit', ne semble pas sémantiquement affilié.


(1) un takad lerc'h 'oa ket 'mè' boull'nn. Cornouaillais de l'est maritime
un endroit était pas mais boue
'un endroit où il n'y avait que de la boue.' Bouzec & al. (2017:205)

adjectifs

krak

Krak est une onomatopée grammaticalisée en un adjectif signifiant 'net, sec, cassant, catégorique' (Gros 1970b). Cet adjectif a aussi un usage adverbial (krak-ha-krenn 'catégoriquement', Merser 2009).


(1) Sèz a gaoze krak.
Françoise R1 causait cassant
'Françoise parlait d'un ton cassant.' Trégorrois, Gros (1974:397)


L'adjectif a probablement grammaticalisé pour donner le préfixe atténuateur krak-, mais le passage sémantique de l'un à l'autre n'est pas transparent.

adverbes de manière

vrrip

Une onomatopée reproduisant le bruit d'un mouvement produit, sans grammaticalisation particulière, un adverbe de manière (cf., 'de façon vrrip').


(1) ha vrrip, Yann 'hont roud nor gass ar liñsen... Poullaouen, locuteur né vers 1910, Favereau (1984:441)
et vrrip Yann à4 aller route en1 envoyer le drap
'...et vrrip, Yann s'en fût en prenant le drap.'


interjections

Si une onomatopée peut réaliser seule un acte de langage, c'est alors une interjection. Ces onomatopées apparaissent typiquement en incise, ou après la coordination ha(g).

En (2), l'onomatopée pouaf! pouaf! a un statut d'indépendance grammaticale qui en fait une interjection dans une structure infinitive narrative.


(2) Ha tan d'ar c'horn, pouaf! pouaf! Crocq (1924:208)
et feu à'le 5pipe pouf pouf
'Et il alluma sa pipe, pouf! pouf!'


Classes sémantiques

Des classes sémantiques se dégagent, et certaines sont particulièrement productives.


un animal dénoté par le bruit qu'il produit

L'exemple typique serait koukoug 'coucou'. Le Gonidec (1821) considère filip, chilip 'passereau, moineau' comme des onomatopées.

 Henry (1900): 
 Alc'houéder, alc'houédez, s. m., 'alouette', mbr. ehuedez, huedez, qui subsistent encore actuellement dans (T.) echoueder et (V.) huide ; corn. ewidit, cymr. ehedydd, hedydd, uchedydd ; ir. uiseôg, fuiseôg, gael. uiseag. Ces formes difficiles ne se superposent à aucune primitive connue, ni même entre elles : plusieurs laissent entrevoir une onomatopée du chant et de l’essor de l’alouette, modifiée peut-être en breton, soit par l’influence du gaulois-latin alauda (d’où fr. aloue et alouette), soit encore par celle d'un mot conjectural * alc'houered, venu par métathèse de * aouc'helred, qui serait le lat. avis galeritus 'alouette huppée'. Cf. kabellek et kogennek. 
 
 Boku (C), s. m., sorte de cormoran. Onomatopée (?). 
 
 Boùgors, s. f., 'butor', cf. cymr. bwmp y yors 'butor de roseaux' (oiseau de marais). V. sous kors, et onomatopée. Le cymr. aderyn y bwm signifie 'oiseau qui fait boum'.
 
 Breûgi, vb., 'braire' : d’un radical * brâk-, cf. gaul. latinisé bracillâre et bragiltàre (d’où fr. brailler). Onomatopée. 
 
 Bruc'hiellein ( V.), vb., 'rugir, mugir'. Onomatopée. 
 
 Busella, vb., 'mugir'. Onomatopée, et cf. buc'h. 
 
 Kioc'h, s. f., bécassine, cymr. giach. Onomatopée. 
 
 Kraost, s. m., 'pituite'. Onomatopée. 
 
 Grougousa, vb., 'roucouler'. Onomatopée.


Typiquement, la reconstruction étymologique de ces noms d'animaux sont troublés par diverses réactivations de l'onomatopées au cours de l'histoire des langues.


 Matasović (2009):
 PCelt: * gexdo/ ă- 'goose' [Noun]
 GOlD: Mlr. géd [o m]
 W:MW guit (GPC gwydd) [f]
 BRET: MBret. gwaz [f]
 CO: OCo. guit glosed auca, Co. goth 
 ETYM: Presumably an onomatopoetic word, there is probably no connection to PIE * ǵheh2-ns 'goose' (cf. PCelt. * gansi- 'swan').
 REF: GPC II: 1753, Deshayes 2003: 301, Lockwood 1981.


animal adressé par le bruit qu'il produit

Certains des huchements aux animaux sont des onomatopées en ce qu'ils essayent d'évoquer un son produit par l'animal lui-même. Ce sont typiquement les interjections qui les incitent à s'approcher.


Typologie

Les onomatopées sont conventionnalisées, et ne sont pas les mêmes à travers les langues. Pour un désigner un son explosif, l'anglais utilise pop alors que le lithuanien utilise pokšt. Les deux imitent un son du monde réel, mais l'adaptent différemment à la phono-esthétique interne à la langue.

En (3), le son du miaulement d'un chat est utilisé pour grammaticaliser un verbe. Ce verbe fait alors partie du lexique et peut recevoir les dérivations propres à la langue, comme ici une finale nominalisante en -adenn. On peut voir dans sa glose en français le même type de dérivation, à partir d'un son interprété différemment par la phonologie du français.


(3) Ar gazez he-devoa greet eur pez mignaouadenn.
le 1chat.te 3SGF-avait fait un morceau miaul.ement
'La chatte avait poussé un grand miaulement.' Trégorrois, Gros (1970b:'ober')


Terminologie

Le terme français onomatopée provient du grec ὀνοματοποιία, littéralement /mot-fabrication/, 'création de mot'. Ce terme convient à la dénotation d'une classe de mots créés dans la langue à partir d'un processus particulier. Akita (2009) utilise, dans son étude sur le japonais, le terme de phonomime. Ce terme dénote bien un 'son langagier qui mime ou reproduit un son externe au langage'.

Dans la littérature francophone pré-moderne, le terme d'onomatopée a largement couvert un spectre plus large de mots pour qui l'arbitraire du signe était interrogeable, les mots expressifs qui comprennent aussi les idéophones, interjections, les huchements aux animaux et les mimologismes. Sur ce site et en français contemporain, le terme d'onomatopée ne dénote plus que, précisément, les mots formés sur l'imitation d'un son externe au langage humain. Les onomatopées forment une sous-classe de mots expressifs.


A ne pas confondre

Les expressions idéophoniques attachent une sorte de proto-sémantique à un son particulier de la langue. Elles ressemblent aux onomatopées car elles ont une forme d'iconicité mais elles n'imitent pas un son. Les reduplications sont souvent discutées en terme idéophoniques, par exemple lorsqu'elles servent la formation des pluriels ou l'itérativité.

Toutes les interjections ne sont pas des onomatopées. Les interjections de type Oh!, A!, Aie! n'empruntent aucunement un son du monde en dehors du langage. Ce ne sont pas des onomatopées.

Enfin, les mimologismes consistent à reconnaître un élément de langage dans un son du monde naturel, du bruit de voiture au chant d'un oiseau. Par exemple, Ernault (1903) donne le mimologisme trégorrois pour le roucoulement amoureux du pigeon N'eus ked a gour? 'On ne vous fait pas la cour?'.


Bibliographie

  • Akita, K. 2009. A Grammar of Sound-Symbolic Words in Japanese: Theoretical Approaches to Iconic and Lexical Properties of Japanese Mimetics (PhD dissertation), Kobe University, Kobe. texte.
  • Alloush, Mustafa. 2016. L'onomatopée dans le lexique de l'arabe, thèse de phonologie de l'université de Lyon.
  • Grammont, Maurice. 1901. 'Onomatopées et mots expressifs', Revue des langues romanes 44:4.
  • Guiraud, Pierre. 1967. 'Structures onomatopéiques', chapitre III de Structures étymologiques du lexique français, Paris, Larousse.