Interrogatives polaires

De Arbres

Les questions oui/non, aussi appelées interrogatives totales ou interrogatives polaires n'ont que deux réponses possibles ('oui' ou 'non'). L'interrogation porte sur toute la proposition (1).


(1) Ha dont a raio da ger ?
est-ce-que venir R fera à1 foyer
'Reviendra-t-il ?'
Trégorrois, Stephens (1990:163)


Les interrogatives ne sont pas toutes des questions (cf. les interrogatives indirectes introduites en français par si, Je t'affirme que je ne sais pas si je viendrai).


(2) Goulenn a reer ouzor an-unan ha n'eo ket an anv-ze eun distresadur […]
demander R fait.on à.on le-un si ne1 est pas le nom- un .dessin.ation
'On se demande si ce nom n'est pas une transformation.'
Léonard (Cléder), Seite (1998:88)


Inventaire

Une question oui/non ressemble à une phrase déclarative, à laquelle s'ajoute un marqueur interrogatif. La morphologie de ce marqueur peut être un morphème segmental ou une intonation montante imposée sur la phrase. Ces morphèmes ou l'intonation montante réalisent une particule interrogative. La particule interrogative est glosée 'Q' sur ce site.


en matrices

intonation montante

En (1), le seul marqueur interrogatif est l'intonation montante. L'intonation montante réalise alors une particule Q dans la structure syntaxique.


(1) Ar vro a zo kaer ive ?
le 1pays R est beau aussi
'L'intérieur est beau aussi ?'
Léonard (Cléder), Seite (1998:58)


En dialecte de Briec, on a la possibilité de commencer la phrase par le verbe tensé dans la question oui/non. La particule Q réalisée par l'intonation suffit à remplir l'espace initial préverbal.


(2) [ ɛj bɛt de ˈɛ᷉ tɛʁ?]
Eo-he bet da Inter ?
est-elle été à Intermarché
'Est-elle allée à Intermarché ?'
Cornouaillais (Briec), Noyer (2019:252)


L'intonation montante ne peut réaliser un marqueur interrogatif qu'en matrice.

L'intonation montante est disponible dans tous les dialectes. Ses alternatives morphémiques varient selon les dialectes, où on trouve devant le verbe fléchi une particule hag, hag-eñ, daoust hag-eñ… Ci-dessous en cornouaillais de l'Est, la locutrice rejette systématiquement daoust et hag-eñ. Que son choix soit l'intonation montante ou la particule ha(g), l'ordre des mots est équivalent à celui d'une matrice non-interrogative (donc Ha dont 'raio adarre, mais pas * hag e teuio adarre).


(3) (* Daoust) ha dont ' raio adarre ?
Q et/que venir R1 fera encore
'Reviendra-t-il ?'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b)


(4) * ((Daoust) hag (-eñ)) e teuio adarre ?
Q et/que expl R4 viendra encore
'Reviendra-t-il ?'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b)


(5) Kloñ (m)oc'h ? / * (hag (-eñ)) oc'h kloñ ?
malade êtes / et/que expl êtes malade
'Êtes-vous malade ?'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b)


ha(g)

La particule ha(g) peut seule introduire une question oui/non en matrice (ou en enchâssée).


(1) Ac'hanta, Sam, Ha sevenet eo bet ma urzhioù ?
Dis-donc ! Sam est-ce-que réalis.é est été mon2 ordre.s
'Dis-donc, Sam, mes ordres ont-ils été exécutés ?'
Standard, Biguet (2017:59)


(2) Ha klevet hoc'h eus a-wechoù displegañ an taolennoù e misionoù hor bro ?
Q entend.u 2PL a parfois expliquer le tableau.x en mission.s notre pays
'Avez-vous parfois entendu expliquer les tableaux dans les missions de notre pays ?'
Standard, Kervella (1933:39)


(3) Ha plijoud a ra deoh ar goañv ?
Q plaire R1 fait de.vous le hiver
'Est-ce que l'hiver vous plaît ?'
Léonard, Seite & Stéphan (1957:43)


(4) Hag anaout a rez Breizh-Izel ?
Q connaître R1 fais Bretagne-Basse
'Connais-tu la Basse-Bretagne ?'
Standard, Drezen (1932:9)


(5) Ha pell e chomimp amañ, Kapiten ?
Q long R4 resterons ici capitaine
'Allons-nous rester longtemps ici, capitaine ?'
Standard, An Here (1993:28)


Cette particule est-ce-que ha(g) du breton standard est absente dans certaines variétés de trégorrois comme celui de Gros (1966:25), et en breton central (mais pas pour Louis Le Clerc ou Janig Stephens). Dans les variétés sans ha(g), le marquage interrogatif résulte soit d'une intonation particulière, soit de la particule interrogative daoust hag eñ (Wmffre 1998:44, Gros 1970:25). L'interrogatif ha(g) (eñ) y existe en enchâssées.


(6) (* ha) c'hwi a zo sod ?
Q vous R1 est sot
'Êtes-vous fou ?'
Trégorrois parlé (Trédrez), Gros (1966:25)


(7) Ha da Bariz ec'h i ?
Q à1 Paris R+C iras
'Iras-tu à Paris ?'
Trégorrois (Tréguier), Le Clerc (1986:205)


(8) Hag ankouaet a-ratozh-kaer gant ar plac'h da brenañ peg ?
Q oubli.é exprès avec le fille de1 acheter colle
'Est-ce que la fillette a fait exprès d'oublier d'acheter de la colle ?'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), Gaudart (2022:23)


Favereau (1997:§529) considère, lui, que la particule interrogative ha(g) "est devenue rare, donc plus emphatique".

ha daoust ha(g)

le complexe ha daoust ha(g) est cité par le cornouaillais Trépos.


(2) Ha (daoust ha) klañv oc'h ?
est-ce-que malade êtes
'Est-ce que vous êtes malade ?'
Cornouaillais, Trépos (2001:§381)

daoust ha(g)

Daoust ha(g) est relevé en Léon, en Goëlo (Koadig 2010:101), en Cornouaille (Skragn 2002), en breton central (Wmffre 1998:44) et en breton standard (Kervella 1993, Menard & Kadored (2001...).


(2) Daoust hag afer den eo an dra-se ?
est-ce-que affaire quelqu'un est le 1chose-
'Est-ce que ça regarde quelqu'un ?'
Standard, Menard & Kadored (2001:'den')


(3) daoust hag alïes […] n'hon deus-ni ket e zouget war hent an ifern ?
Q souvent ne1 1PL a-nous pas le1 porté sur route le enfer
'Ne l'avons-nous pas souvent porté sur la route de l'enfer ?'
Léonard, Perrot (1912:842)

daoust hag eñ

Daoust hag eñ (da-c'houzout-hag-eñ/'Est-ce que … ') est relevé en Basse-cornouaille dans Menard (1995). La forme hag eñ est signalée en trégorrois par Le Dû (2012:99). Ces formes sont exogènes à Quimperlé.

Il ne semble pas y avoir de différence sémantique entre la forme hag simple et la forme hag eñ mais syntaxiquement, les forme en hag eñ sont obligatoirement suivies directement par le verbe tensé.


(3) Daoust hag eñ e ranke ar re yaouank gwechall chom da veskañ ar ribot hep ober amann ?
est-ce-que R4 devait le ceux jeune autrefois rester à1 battre le ribot sans faire beurre
'Est-ce que les jeunes autrefois devaient frotter sans conclure ?'
Bas-cornouaillais, Menard (1995:18)


(4) Daoust hag-en e vefe o vont gant an ankou ?
est-ce-que R4 serait à4 aller avec le ankou
'Est-ce qu'il perdrait la boule ?'
Cornouaillais / Léon, Croq (1908:11)

eske

La particule eske /eskø/, emprunt transparent à la particule Q des matrices du français, est relevé en bas-vannetais.


(3) [eskø so ta:w ʁe be:w ]
est-ce-que est toujours ceux vivant
'Est-ce qu'il y (en) a encore des vivants ?'
Bas-vannetais, Cheveau (2007:213)


c'hwistim hag(-eñ)

La particule c'hwistim est utilisée en Petit Trégor et en Goëlo (Le Clerc 1986:205, Koadig 2010:101).

Son étymologie est transparente (c'hwi 'estim, /vous estimez/, 'vous pensez (que...)'), mais pas explicative car ha(g) n'est pas utilisé en tête des complétives.


(4) C'hwistim (hag / hag-eñ) ec'h i da Bariz?
Q Q R+C iras à1 Pariz
'Est-ce que tu iras à Paris ?'
Goëlo, Koadig (2010:101)


en enchâssées

Il n'existe pas, à travers les dialectes, de particule Q enchâssée phonologiquement vide, et l'intonation montante ne peut pas réaliser une question en enchâssée. En (1), il n'est pas possible de ne pas prononcer ha en initiale de proposition sans perdre la lecture de question oui/non enchâssée.


(1) Kontant e vichen bet ma meche gouezet (ha)* Yann a ganfe.
content R4 serais été si4 avais s.u si Yann R1 chanterait
'J'aurai été content de savoir si Yann chanterait.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


Certaines particules Q sont identiques morphologiquement en matrice et en enchâssées. Dans certains dialectes, des différences émergent comme c'est le cas dans d'autres langues. Le français distingue ainsi les particules des questions oui/non suivant que la proposition est une matrice (est-ce que P) ou une enchâssée (Je me demande si P).


ha(g), hann

La particule ha(g) se trouve aussi en enchâssées sous la même forme qu'en matrices en breton standard et dans la plupart des dialectes, mais une distinction matrice/enchâssée émerge en cornouaillais, où la particule enchâssée est différenciée par la présence d'une coda nasale. La forme an 'si' est relevée dans des gloses en vieux breton (Loth 1884).


(2) N'oun ket hann ema chomet haoñ ba'n ger.
ne1 sais pas si est rest.é lui dans le 1foyer
'Je ne sais pas s'il est resté à la maison.'
Cornouaillais (Saint-Yvi), German (2007:174)

ha(g) vs. hag-eñ

Le Clerc (1986:205) semble impliquer que lorsqu'il y a un mouvement de focus dans cette enchâssée, la forme est alors hag et non hag-eñ. La particule -eñ serait donc, au moins dans cette variété, en distribution complémentaire avec d'autres éléments entre ha(g) et le verbe fléchi. C'est aussi l'avis de Merser (2011:56), selon qui la forme ha(g) apparaît lorsqu'un constituant après lui occupe la place préverbale (ordres V2 en enchâssées). La forme hag eñ apparait lorsque le verbe de la subordonnée le suit directement, ou parfois devant la négation ne. Rivero (1999), travaillant avec les données de Stephens, et Bihan & Press (2003:187) pointent la même complémentarité. Il semble donc y avoir une unanimité sur le sujet, au mois pour ce qui concerne le trégorrois.


(3) N'ouzon ket ha lennet en deus al levr.
N'ouzon ket hag- en deus lennet al levr.
ne1 sais pas si 3SGM a l.u le livre
'Je ne sais pas s'il a lu le livre.'
Trégorrois, Rivero (1999:81-82)


(4) N' ouzon ket { ha dont a raio. / hag- e teuio }.
ne1 sais pas si venir R fera si-3SGM R4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.'
Standard, Merser (2011:56)


Avec une négation, hag comme hag-eñ sont possibles, ce qui montre que n'est pas uniquement une opération de dernier ressort pour préserver l'ordre des mots.


(5) Goulennet em boa diganti hag-() ne felle ket dezhi dont.
demand.é 1SG avait à.elle si ne1 plaisait pas à.elle venir
'Je lui avais demandé si elle (ne) voulait (pas) venir.'
Bihan & Press (2003:187)

daoust ha(g) vs. hag-eñ

L'interrogatif hag-eñ est suivi directement par le rannig et le verbe tensé. Daoust ha(g) est aussi utilisé, des fois par le même locuteur, mais daoust ha(g) peut être séparé du verbe tensé.


(6) Goulenn a reas outañ hag-eñ e lenne ha daoust ha dont a rae tud d'e welout.
demander R1 fit à.lui si R4 lisait et si que venir R1 faisait gens à le1 voir
'Il lui demanda si il lisait, et si on lui rendait visite.'
Standard, Herri (1982:66)


(7) Me meus ket soñj vie puniset ar vugale.
moi 1SG.a pas souvenir Q était pun.i le 1enfant.s
'Je ne me rappelle pas si les enfants étaient punis.'
Cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:21)

ma

Merser note que l'usage de ma est "rejeté par les puristes". Effectivement, au début du XXe, l'Académie bretonne (1922:153) recommande de distinguer ma, mar, 'si' conditionnel; mar bez brao an amzer, 'si le temps est beau', de ha, 'si' "dubitatif": n'ouzon ket ha brao e vezo an amzer, 'Je ne sais si le temps sera beau'. Par cette recommandation prescriptiviste, elle signale donc déjà l'existence d'une variation. Selon Bihan & Press (2003:187), l'utilisation de mar(d) en questions polaires est un trait des plus jeunes locuteurs, qui reprennent un usage autrefois typique du breton central.


(1) N'ouzon ket { mard / hag-eñ } eo aet ma gwreg d'ar gêr.
ne1 sais pas si si-3SGM est all.é mon2 femme à le 1foyer
'Je ne sais pas si ma femme est rentrée.'
Bihan & Press (2003:187)


(2) N'ouzon ket { ma / hag-eñ } e teuio.
ne1 sais pas si si-3SGM R4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.'
Standard, Merser (2011:57)


Selon Merser (2011:57), le 'si' interrogatif se rend de plus en plus par le complémenteur ma en Haute-Cornouaille. En fait, la forme ha(g) ou hag-eñ peut même y être agrammaticale.


(3) N'uion ket { ma / * hag(-eñ) } neus lennet al levr.
ne1 sais ket si si-3SG a l.u le livre
'Je ne sais pas si il a lu le livre.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b)


On relève effectivement des particules Q en enchâssées réalisées en ma chez Guilloux en vannetais.


(4) Hañni en des gouiet a-oudé ma ou doé kavet mad en tri deloh.
N R.3SGM a s.u depuis si 3PL avait trouv.é bon le trois truite
'Personne depuis n'a su s'ils avaient aimé les trois truites.'
Vannetais, Guilloux (1992:94)
cité dans Schapansky (1996:184)

la ma

En cornouaillais de l'Est, le complémenteur déclaratif la(r) peut précéder la particule Q enchâssée ma.


(5) N'uion ket (la) ma teuio.
ne1 sais ket que si4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (04/2016b, 05/2016)


(6) Goul ' ra er c'huizin la ma zo bet fichet pep gato.
demander R fait en.le 5cuisine que si est été décor.é chaque gâteau
'Il demande en cuisine si chaque gâteau a été décoré.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (05/2016)

la(r)

La(r) peut être le seul marqueur Q (ou précéder une particule Q vide ?).


(6) N'uion ket la(r) teuio.
ne1 sais ket que/si4 viendra
'Je ne sais pas s'il viendra.'
Cornouaillais (Scaër/Bannalec), H. Gaudart (05/2016)

bea

(7) Mendare be(a) eo gwir pe n'e ket ar pez e lavar.
je.me.demande si est vrai ou ne1 est pas le morceau R dit
'Je me demande si c'est vrai ou pas ce qu'il dit.'
Cornouaillais (Sein), Fagon & Riou (2015:44)

Syntaxe

site d'apparition en matrices

Les particules Q des questions oui/non peuvent apparaître précédées d'un topique suspendu (1).


(1) Tostennoù Kistinid ha glannoù ar Blaouezh ha bout am bo ar joa d'ho kwelet c'hoazh ur wezh ?
butte.s Kistinid et rive.s le Blavet Q être R.1SG 1.aura le joie de vous3 voir encore un 1fois
'Buttes de Kistinid et rives du Blavet, est-ce que j'aurai encore une fois la joie de vous voir ?'
Vannetais, Herrieu (1994:215)


Pour Thibault (1914:189) en haut-vannetais, le topique devant ha est même obligatoire, ha n'est pas licite à l'initiale. Il donne l'interrogative Pier e đey ? 'Pierre viendra-t-il ?' ou, avec la particule Q et le pronom résomptif Pier ha gye đey ?.


Une particule Q de questions oui/non peut être à l'initiale si elle est suivie d'un explétif. Dans la phrase de Herrieu ha bout am bo ar joa… l'explétif bout suit la particule interrogative ha. En (2), c'est l'explétif bet.


(2) Ha bet oc'h bet ec'h ober un droig...?
est-ce-que expl êtes été à+C,4 faire un 1tour.DIM
'Es-tu allé faire un petit tour...?'
Vannetais, Ar Meliner (2009:178)


analyse

(3) [ForceP Force° [QP [ModeP NEG [FinP Fin
topique suspendu adjoints scéniques Q négation ne explétif rannig-verbe
Structure de la périphérie gauche en interrogatives

ordre des mots en enchâssée

Q-V2

L'intervenant entre ha(g) et le verbe peut être un adverbe comme alies 'souvent', ou un explétif comme bez'.


(1) N'ouzon ket hag { alies / bez } a noa choa da ganañ.
ne1 sais pas si souvent / expl avait joie de1 chanter
'Je ne sais pas si il avait souvent du plaisir à chanter.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


Ha(g) peut aussi tolérer les ordres de mots SVO (à sujet initial) ou OVS, à objet initial.


(2) Kontant e vichen bet ma meche gouezet ha Yann a ganfe.
content R4 serais été si4 avais s.u si Yann R1 chanterait
'J'aurai été content de savoir si Yann chanterait.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


(3) N'ouzon ket hag (soñj) em eus (soñj) dac'h tout.
ne1 sais pas si souvenir R.1SG a souvenir de tout
'Je ne sais pas si je me souviens de tout.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


(4) Gwelomp hag eur mored all a c'hellimp ober.
voyons si un somme autre R1 pourrons faire
'Voyons si nous pourrons nous rendormir.'
Léonard, Perrot (1907:27)


L'antéposition d'un objet prosodiquement lourd requiert une prosodie particulière, mais reste grammaticale.


(5) N'ouzon ket hag // sonj dac'h tout // em eus.
ne1 sais pas si souvenir de tout R.1SG a
'Je ne sais pas si je me souviens de tout.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)


focus ?

Selon l'Académie bretonne (1922:294), en léonard, le terme directement après ha(g) semble porter une lecture de focus. N'ouzon ket ha dont a ri feteiz est traduit par 'Je ne sais si « venir tu feras ».', … ha te a zeuio feteiz, '...si « c'est toi qui viendras ».' et ...ha feteiz et teuï par '...si « c'est demain » que tu viendras.' Le système vannetais avec ma(r), en contraste, est vu comme une perte en expressivité.

*Q-V3

Deux adverbes peuvent par contre être agrammaticaux en intervenants.

(6) N'ouzon ket hag (* alies) abred (* alies) ez a (alies) da gousket.
ne1 sais pas si souvent tôt souvent R va souvent pour1 dormir
'Je ne sais pas si il allait (souvent) se coucher tôt.'
Léonard (Lesneven/Kerlouan), A. M. (04/2016b)

réponses à une question oui/non

Répondre à une "question oui/non" par l'affirmative en français implique de prendre en compte si cette question est négative ou positive (oui vs. si).

En breton, cette prise en compte s'étend aux réponses négatives, où le verbe fléchi est répété.


(7) Plijout a ra dit ? - (Në) ra kët !
plaire R fait à.toi - ne1 fa.it pas
'Ça te plait ? - Non !'
Goëlo, Koadig (2010:42)


Pour en savoir plus, se reporter à la fiche sur les réponses aux questions.

Sémantique

Certains adverbes ont besoin du contexte de l'interrogation pour être autorisés dans la phrase. Par exemple, biskoazh en (3) est autorisé par la présence de ha qui marque l'interrogation. La phrase déclarative correspondante serait agrammaticale ou interprétée comme négative (*Klevet ac'h eus en deus biskoazh bet aon.)


(8) Ha klevet ec'h eus en defe biskoazh bet aon ?
est-ce-que entend.u R.2SG a R.3SGM aurait jamais eu peur
'As-tu entendu qu'il aurait jamais (la moindre fois) eu peur ?'
Standard, Menard & Kadored (2001:'biskoazh')

Diachronie et horizons comparatifs

En breton moderne, la morphologie de la particule Q ha(g) 'si' est identique à celle du marqueur de coordination et à celle du complémenteur ha(g) qui apparaît comme tête C des subordonnées.

En vieux breton, on relève án 'si' dans une glose (án nibóth án bódláún /si sans.volonté/gain si content/, traduit 's'il doit accepter ou ne pas accepter', 'avec gain ou sans gain', 'consentant ou non', Loth 1884). Zeuss analyse la forme án avec l'interrogatif a suivi d'un marqueur de négation. Loth (1884) le rapproche plutôt de l'irlandais in qui correspond au latin an.

En moyen breton précoce, la particule était juste a. Elle a évolué en se rapprochant de la morphologie de la coordination. En moyen vannetais dans les Noueloù Gwened fin XVI°, début XVII°, Hemon (1956:xlix) note que la particule commence à être orthographiée avec un h- initial, et à montrer une consonne épenthétique -k en finale.

Favereau (1997:§529) rapproche ha, anciennement a, du a gallois, de même sens.


En occitan du Couserans, la particule Q des questions polaires peut être que, un homophone (entre autres) du complémenteur introduisant les complétives.


(1) Que cau hèr caudà'u ?
Q faut faire chauffer-le
'Il faut le faire chauffer ?'
Occitan du Couserans, Ensergueix (2012:55)


(2) Que credi qu 'i hossa.
EXPL?/C crois C y est
'Je crois qu'il y est.'
Occitan du Couserans, Ensergueix (2012:86)

Stylistique

Dans les questions polaires où le locuteur attend une réponse positive, l'usage de la négation est préféré en cornouaillais de l'est maritime (Bouzeg 1986:37).


(1) 'Ma ket distanet al laezh ?
est pas refroid.i le lait
'Le lait est-il refroidi ?'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:37)


(2) 'Peus ket anavezet Soaz ?
3.a pas conn.u Soaz
'Avez-vous connu Soaz?'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:37)


Bibliographie

breton

  • Hemon, R. 1969. 'Hag-eñ', Ar Bed Keltiek 126 : 155-156.
  • Rivero, Marı́a Luisa. 1999. 'Stylistic verb-movement in yes-no Questions in Bulgarian and Breton', Crossing Boundaries, advances in the theory of Central and Eastern European languages, Kenesei, Istvan (éd.), Amsterdam, John Benjamins, 67-90.

horizons comparatifs

  • Cable, Seth. 2010. The Grammar of Q: Q-Particles, Wh-Movement and Pied-Piping, Oxford University Press.
  • Cable, Seth. 2008. 'Q-Particles and the Nature of Wh-Fronting', Matthewson, Lisa (éd.), Quantification: Universals and Variation, North Holland Linguistics Series. Emerald.
  • Hagstrom, P. 1998. Decomposing questions, MIT dissertation.