Forzh

De Arbres

Forzh a une sémantique et une catégorie grammaticale dures à définir. Il semble cependant toujours attaché à un 'haut degré'.


(1) Dre forzh labourat, e tay da benn.
par force travailler R viendra à tête
'A force de travailler, il réussira.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:65)


adverbe

L'adverbe forzh sélectionne un verbe infinitif. Il équivaut au français 'à force de'.


(2) deut... forzh bale
venu marcher
'venu, à force de marcher.' Favereau (1997:§703)

quantifieur de degré

Forzh est aussi un quantifieur de degré. Il signifie 'beaucoup', 'très' lorsqu'il modifie le degré d'un adjectif:


(2) N'eo ket forzh fin anezhoñ.
ne est pas très fin P.lui
'Il n'est pas très fin.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:52)


(3) N'eo ket forzh amiapl anezhi.
ne est pas très gentil P.elle
'Elle n'est pas très gentille.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:56)


Forzh signifie 'beaucoup (de)' lorsqu'il modifie un nom, et 'beaucoup', 'pas mal' lorsqu'il modifie un verbe.


(4) Ha forzh boued n'o dez ket...
et beaucoup nourriture ne 3PL ont pas
'Et ils n'ont pas beaucoup de nourriture.' Vannetais, Herrieu (1994:90)


Forzh peut apparaître avec un diminutif:


(5) forzhig otoioù / Komz a ra forzhig
beaucoup.DIM voitures parler R fait beaucoup.DIM
'pas mal de voitures / Il parle pas mal (beaucoup).' Favereau (1997:§309)


Forzh sert aussi à former une structure exclamative (avec ellipse).


(5) Papa vie aet da zornañ forzh vie, ken evit kaout ur banne lambig.
papa serait allé pour battre tant serait juste pour avoir un verre lambig
'Papa aurait fait le battage tant et tant, juste pour un verre de lambig.'
Cornouaille (Le Juch), Bernard, Hor Yezh (1983:9)

item de polarité négative

Lorsque forzh est l'argument de ober, 'faire' ou de la copule existentielle eus, c'est un item de polarité négative.


'ne ra forzh'

Dans cette expression, le mot forzh est un item de polarité négative car sa version positive est agrammaticale: *ober a ra forzh


(3) Ne ran (ket) forzh .
ne fais.1SG pas
'Peu m'importe.' Sizun, Chalm (2008::87)


(4) Me na ran ket a forz, gand ma teuio dioustu.
moi ne.R fais pas de importance pourvu.que viendra tout.de.suite
'Cela m'est égal, pourvu qu'il vienne tout de suite.' Trégorrois, Gros (1970:30)


'n'eus forzh'

(5) -N’eus forzh ! eme an ozac’h; gwelet a rankan hag ez eo gwir.
ne y.a dit le mari voir R dois si R est vrai
'Qu'importe! dit l'homme; Je dois voir si c'est vrai.' Léon, Milin (1924)

'n'eus forzh pe'

En construction avec un interrogatif, forzh forme un indéfini de choix libre, de façon similaire au français n'importe qui, n'importe quoi.


(6) Lod all zo plijet gant an divyezhegezh kentoc’h, forzh peseurt yezh e vije an eil.
partie autre est séduit avec le bilinguisme plutôt, quelle.sorte langue R serait le seconde
'D'autres sont plutôt attirés par le bilinguisme, quelle que soit la langue seconde.'
Standard, Bremañ n°226-7, p.7


Etymologie

Ci-dessous, je rassemble les différents candidats étymologiques pour les différentes (?) occurrences de /ˈfɔrs/ forzh en breton moderne.


(1) forzh m., 'force'

< ancien français force, 'force'
< latin fortis, 'fort'
< peut-être sur une racine indo-européenne *bhergh- apparentée au breton bre, 'colline', comme les mots allemands Burg et Berg.

C'est clairement sur ce mot qu'est construit le breton dre forzh, 'à force de'. Le mot force en français a aussi donné un quantifieur, maintenant daté (Elle s'exprimait avec force gestes).

Par la traduction de forzh en 'cas' en français dans la plupart des sources, il est induit que l'indéfini de choix libre n'eus forzh dérive du sens en (1) 'force' (Je n'en fais pas cas).


(2) Forzh est traduit 'vulve', 'vagin' en 1902 (Le Menn 1999, ref. VI 16 selon Menard 1995).

forzh m., pl. ferzhier (Favereau 1993), 'vagin'
/ autres pl.: forzier, 'vulve' (Merser 2009), ou forzhioù

Le pluriel irrégulier ferzhier n'existe pas pour le sens en (1), ce qui montre que (1) et (2) sont distincts.

L'origine du mot pour 'vagin' est disputée.

Selon Deshayes (2003:§'forz'), "forz, s. m., 'vagin', 'vulve' est un emprunt, par déviation sémantique [?], à l'ancien français force, grand ciseau, cisaille, issu du latin *forfices, 'cisailles'". Le latin que Deshayes signale comme une reconstruction est attesté, ce qui donnerait:

(3) forz, m. 'vagin'

< ancien français force, 'grand ciseaux'
< latin forfex, forfices, forficis, 'grand ciseau, cisaille, cisailles'
< peut-être apparenté au grec pertho, 'saccager', cf. le surnom ptoliporthos, 'destructeur de villes' dans l'Odyssée (de Vaan 2008).


(4) An Here (2001) donne forzh, f. pl. ferzhier, 'voie, chemin à une voie', dont 'vagin', et au pluriel, 'voies respiratoires'.

Wikeriadur en français 14/10/2013: rapproche aussi 'vagin' et 'voie', avec le cornouaillais forth, le gallois ffordd, 'route', 'chemin', comme Menard (1995) proposait le lien avec le moyen breton fordd.

< ancien anglais/anglais ford, 'gue'
< indo-européen *por- 'traverser', comme dans le latin porta, 'door'

A noter que Wikeriadur et An Here (2001) ont en commun de proposer que forzh, 'voie, vagin' est un mot féminin. Dans Favereau (1993), Merser (2009) et Menard (1995), forzh pour 'vulve' ou 'vagin' est un nom masculin.