Le pluriel

De Arbres
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Morphologie

inventaire des suffixes

Il existe différents suffixes du pluriel:

-ed: loened, 'animaux'
-e(z): aelez, 'anges'
-i: kontell/kontilli, 'couteau(x)'
-iz: breistiz, 'breistois'
-ier: kazh/kizhier, 'chat(s)'
-ion: paour/peorien, 'pauvre(s)'
-on: laer(on), 'voleur(s)'
-où: poanioù, 'douleur(s)'
-ent: kar/kerent, 'proche, parent'.


Falc'hun & Fleuriot (1978-79:4B) citent comme pluriel vannetais le suffixe -ad, mais n'ajoutent pas d'évidence grammaticale. Ils citent ruskad, 'ruche', kerdad, 'corde (de bois)' et feskad, 'faisceau', qui semblent des noms de groupe.

Le suffixe -en marque des noms collectifs.

Une marque morphologique non-morphémique du pluriel existe aussi en breton, présente sur les noms et les adjectifs. Elle est présente par la biais du calcul des mutations consonantiques.

variations dialectales

La prononciation des morphèmes de marques de pluriel varie de dialecte en dialecte. On peut se reporter à l'ALBB pour:

  les pluriels en -où ('pantalon', carte 39; 'boyaux', carte 99, 'compliments' carte 259)
  les pluriels des noms de personne: (-ed, 'messieurs', carte 17, -ien 'évêque', carte 185)
  les pluriels en -er
  les pluriels internes (deñved, 'moutons', carte 111)...
  les pluriels irréguliers (breudeur, 'frères', carte 42; bugale, 'enfants' carte 44; 
     ejen, 'bœufs' carte 180; gedon, 'lièvres' carte 201; '3, 4 lièvres' carte 203), etc.

pluriels internes

Il existe un nombre restreint de pluriels internes qui se forment par modification des voyelles de la racine comme en (1) où on voit les pluriels de louarn, 'renard' et yar, 'poule'.


(1) Ur c'halz lern a oa deuet da zebriñ yer ar c'houer.
un tas renards R était venu pour manger poules le paysan
'Beaucoup de renards étaient venus manger les poules du paysan.' Chalm (2008:R.1.2.3)


Falc'hun & Fleuriot (1978-79:4B) citent dañvad/deñved, 'mouton(s)', askorn/eskern, 'os', kroc'hen/krec'hen, 'peau(x)', kastell/kestell, 'chateau(x)'.

(pour un inventaire trégorrois, se reporter à Le Dû 2012:41).


pluriels supplétifs

Falc'hun & Fleuriot (1978-79:4B) citent den/tud, 'personne(s)', marc'h/kezeg, 'chevau(x)', buoc'h/saout, 'vaches', ki/chas, 'chien(s)'.

doubles pluriels

Il est remarquable que les marques de pluriel puissent, en breton, être redoublées. Une marque de pluriel peut en effet apparaître deux fois sur le même nom. Ce sont des doubles pluriels, la plupart du temps formés avec une finale en -ennoù.


Ces doubles pluriels sont parfois juste signalés comme des pluriels formés sur des dérivés du singulier (Falc'hun & Fleuriot 1978-79:4B; kazeg/kezeg/kezekenned, 'jument(s)').

pluriels sur noms composés

Dans les noms composés, le pluriel est réalisé sur le nom-tête. On a ainsi karr, 'voiture', et son pluriel interne en kirri, 'voitures', et les composés équivalents karr-tan, 'voiture (à moteur)' et kirri-tan.

On a aussi la situation inverse où le suffixe pluriel s'applique sur l'ensemble (pod-houarn > podhouarnioù, 'marmite(s)' ou golvazh > golvazhioù/golvizhier, 'battoirs' Falc'hun & Fleuriot 1978-79:4B).

les mots qui n'existent qu'au pluriel : pluralia tantum

Les noms qui n'existent qu'au pluriel sont appelés des pluralia tantum.


(1) An nesañ na reont ket se da un den.
le près.le.plus ne1 font pas ça à un homme
'Le prochain ne vous fait (font) pas cela.' Trégorrois, Gros (1984:181)


Ternes (1970:187), à Groix, donne /ənãn/, 'âmes des morts, morts'.


Certains de ces mots n'existent qu'avec une morphologie du pluriel.


  • ['mi:zu], mizou, 'frais, dépenses', Plozévet, Goyat (2012:165)
  • [ko'vã:zu], koazezou, 'séant', Plozévet, Goyat (2012:165)
Le vannetais et le haut-cornouaillais ont même un pluriel double pour ce mot:
tudjentiled, 'gens du monde'; Haut-cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:28)
tudchentiled, 'touristes'; Vannetais, Favereau (1993:§tudchentil)
  • Les noms pluriels dérivés en -aj: /pri'aʃu/, priachou, 'faïence', /res'taʃu/, restachou, 'restes', et /sky'baʃu/, skubachou, 'balayures' (Plozévet, Goyat 2012:165)


noms collectifs

Les noms collectifs ne portent pas de marque morphologique du pluriel mais sont tous syntaxiquement pluriels.


  • arc'hant, 'argent'


(1) An arhant a zo berr o lost.
le argent R1 est court leur2 queue
'L'argent a la queue courte (on ne peut donc pas le retenir par la queue, il file vite)'.' Trégorrois, Gros (1984:527)

les mots qui n'existent pas au pluriel

Les mots suffixés en -ted/-ded n'ont pas de pluriel (Kervella (1947:§853).

Syntaxe

paires, jeux, ensembles

Certaines paires, regroupements ou ensembles d'entités plurielles n'apparaissent pas dans la structure. En (1), l'article est clairement singulier (devant les noms indéfinis pluriels, l'article ne se prononce pas). Le nom qui est prononcé juste après est pluriel. L'interprétation révèle un classifieur élidé.


(1) Eur marvailhou a ouie.
un contes R1 savait
'Il savait plein de contes.' Merser (2011:9)


Ces structures ne semblent autorisées qu'avec le pluriel -où.

Sémantique

sémantique contrastive des suffixes du pluriel

Vallée (1980:XV) pointe les différences sémantiques des suffixes du pluriel. Le suffixe -où est la marque des inanimés, alors que les suffixes -ed, et -ien marquent les noms d'êtres animés ou de personnes.


(1) trezer, 'entonnoir' et 'dissipateur'

trezeriou, 'entonnoirs' et trezerien, 'dissipateurs'

(2) mederez, 'moissonnage' et 'moissonneuse'

medereziou, 'moissonnages' et mederezed, 'moissonneuses', Vallée (1980:XV)


Le suffixe -où est aussi opposé aux suffixes -i et -er, qui forment avec la finale en -eier des "collectifs" ou "indéterminés" (botou, 'paire de chaussures', vs. boteier, 'des chaussures' Ternes 1970:199, Vallée 1980:XV).

lecture 'sorte de'

En breton comme en français, l’ajout de morphologie plurielle sur les noms massiques ou collectifs est possible, et obtient la lecture « différentes sortes/parties/classes de ».


(2) Ar gloaneier a zo ker, hag an ober(ïans) anezo a zo ive.
le laines R1 est cher et le faire.(sfx) de.eux R1 est aussi
'Les laines sont chères, et leur façon (fabrication, travail, ici: leur tricotage) l'est aussi.' Gros (1970b:§'ober-20')


Kervella (1947:§337) appelle cette forme le « pluriel général » (liester dre vras) .


Lecture du pluriel des noms massiques et collectifs

sens collectif massique racine + PL sens obtenu
(1) a. 'herbe' geot geot-où 'des herbes, différentes sortes d’herbes'
b. 'eau' dour dour-ioù 'des eaux, différentes sortes d'eau'


individuation

Le pluriel peut clairement contenir sémantiquement une individuation.


(1) yaouankiz, 'jeunesse'

yaouankiz-où, 'des jeunes gens', Léon, (Fave 1998:134)


sémantique plurielle sans pluriel morphologique

Un nom peut être interprété de façon plurielle sans qu'un pluriel morphologique apparaisse sur ce nom. Ce sont des pluriels dépendants.

En (3), il est peu plausible que les femmes de Tréboul aient partagé une seule coiffe, pourtant koef apparaît au singulier. C'est la lecture distributive qui obtient le pluriel sémantique.


(3) Ha merc'hed Treboull noe ket tre ar memes taol dorn da lakaat o c'hoef.
et femmes Tréboul avait pas tout.à.fait le même coup main pour1 mettre leur2 coiffe
'Et les filles de Tréboul n'avaient pas la même façon de mettre leur coiffe'.
Douarnenez, Melle Griffon, Denez (1984:73)


(4) Kalz 'zo deuet gant o c'harr-tan.
beaucoup R1 est venu avec leur2 voiture
'Beaucoup sont venu.e.s en voiture.' Standard, Chalm (2008:R.1.2.3)


Cela n'est pas propre au breton:

  • A lot of people raised their notebook(s)
  • Beaucoup agitèrent leur(s) drapeau(x), Riri, Fifi et Loulou ont atteint leur(s) cible(s)

Distribution

après un nombre cardinal

Le pluriel est illicite après un nombre cardinal, et ce, dans tous les dialectes (cartes 115 ou 203 de l'ALBB)

daou zen (/2 personne/), mais *daou tud (/2 personnes/)


après un quantifieur

Les quantifieurs diffèrent selon qu'ils imposent le singulier ou le pluriel sur leur argument interne. Le singulier est utilisé après meur et lies, et le pluriel après kalz.


(4) meur a hini / meur a baotrig / meur a wech / lies gwech
plus de1 N plus de1 garçon.DIM plus de1 fois plusieurs fois
'plus d'un, plus d'un garçon, plus d'une fois, plusieurs fois.' Léon, Fave (1998:134)


(5) kalz tud (*den) kalz a dud (*zen)
beaucoup gens (*gens.SG) beaucoup de1 gens (*gens.SG)
'beaucoup de gens.' Léon, Fave (1998:134)

A ne pas confondre: faux pluriels

Il existe des mots qui terminent en -où qui ne sont pas pluriels. C'est le cas des hypocoristiques en -igoù. Ces morphèmes en -igoù sont transparents pour le calcul sémantique.


(3) Dait aman-ig-.
venez ici-hypocoristique
'Viens tout près.' (affectif) Le Scorff, Ar Borgn (2011:8)


Bibliographie

  • Anderson, S. R. 1986. 'Disjunctive Ordering in Disjunctive Morphology', Natural Language and Linguistic Theory 4 :1-31.
  • Anderson, S. 1982. 'Where’s morphology?', Linguistic Inquiry, 13:571-612. Preview
  • Ar Porzh, R. 'An dibenn "ioù" el liesteriou hag en anviou divoutin', , Hor Yezh 171-172: 103.
  • Hemon, R. 1975b [1984]. A Historical Morphology and Syntax of Breton, Dublin Institute for Advanced Studies. (p.29–45)
  • Humphreys, H.L. 1995. Phonologie et morphosyntaxe du parler breton de Bothoa, Brest, Emglev Breizh.
  • Kervella, F. 1995 [1947]. Yezhadur bras ar brezhoneg, 1947 edition Skridoù Breizh, La Baule ; 1995 edition Al Liamm.
  • Stump, G. T. 1990a. 'Breton inflection and the split morphology hypothesis', Hendrick (éd.), The Syntax of the Modern Celtic Languages, 97-119.
  • Stump, G. T. 1990b. 'La morphologie bretonne et la frontière entre la flexion et la dérivation', La Bretagne Linguistique, 6:185-237.
  • Stump, G. T. 1989. 'A note on Breton pluralization and the Elsewhere Condition', Natural Language and Linguistic Theory, 7:261-273.
  • Ternes, E. 1992. 'The Breton language', MacAulay, The Celtic Languages, Donald Ed., Cambridge Engand, Cambridge University Press, 371-452.
  • Trépos, P. 2001 [1968, 1980, 1996], Grammaire bretonne, 1968 edition Simon, Rennes.- 1980 edition Ouest France, Rennes; 1996, 2001 edition Brud Nevez, Brest. (p.68–77)
  • Trépos, P. 1982 [1957]. Le pluriel breton, édition Brest: Emgleo Breiz.
  • Trépos, P. 1956. 'Le Pluriel breton', Les annales de Bretagne 63, 2, 181-304.
  • Wmffre, I. 1998. Central Breton. [= Languages of the World Materials 152] Unterschleißheim: Lincom Europa.


horizons comparatifs