Hypocoristique

De Arbres
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Un mot ou un morphème hypocoristique est un mot ou un morphème qui induit un rapport affectif entre le locuteur et le référent du mot.


Les suffixes hypocoristiques

le suffixe -où

Trépos (1982:39-40) différencie nettement un suffixe -ou hypocoristique du suffixe -ou pluriel. On retrouve assez souvent ces suffixes -ou hypocoristiques en corpus.


(1) gwazed- merc'h-ed-où
homme.s.sfx femme.s.sfx
'gigolos', 'femmes légères'
Menard (1995:§'gwaz')


(2) péjó tut
morceau.x gens
'des gens énormes'
(souvent des enfants, avec un sens hypocoristique)
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)


(3) Aih ! Gast ! Paket meus on taol deurn.
Aïe ! pute.hypocoristique attrap.é ai un coup châtaigne électrique
'Aie ! Nomdedla ! J'ai pris une châtaigne !'
Cornouaillais (Locronan), A-M. Louboutin (02/2022)


F.J. (c.p.) signale aussi le suffixe de tud (/gens-où/ > 'copains' au vocatif). Au vocatif, cette marque hypocoristique n'est pas productive en synchronie (* Katelloù > 'Katell que j'aime bien'), mais on trouve en corpus dessiné, sur le modèle de tudoù, un chien qui appelle d'autres chiens chasoù.


(4) Orê ! Chasoù ! Laoskit da dremen ur paotr eus an aerbost !
Oh aih ! chiens.hypocoristique laissez à1 passer un gars de le air1.poste
'Oh aih ! Les copains ! Laissez passer le gars de la postale !'
Standard, Bannoù-Heol (2000:15)

le suffixe -ig

Lorsque le suffixe -ig est un diminutif de sens 'petit', il peut avoir une nuance éventuellement affective, et il est plausible que la marque hypocoristique vienne diachroniquement du diminutif. Les deux valeurs sont cependant à dissocier. Il existe clairement des contextes où le morphème -ig suffixé est indissociable de sa valeur hypocoristique, et même où il n'a de valeur qu'hypocoristique et ne peut plus dénoter la 'petitesse'.

Le suffixe -ig est indissociable de sa valeur hypocoristique dans le nom bisig 'petit chat'. On le voit car cet item est supplanté partout par son concurrent lexical kazh 'chat' dans la carte 364 de l'ALBB. Ceci montre que la forme bisig n'est détachée nulle part de sa valeur hypocoristique.

L'exemple en (4) montre que -ig peut être uniquement hypocoristique, et ne plus être calculé comme un diminutif du tout. L'adjectif berr 'court' est intensifié par l'adjectif postposé -mat, or un diminutif n'est pas compatible avec un intensifieur.


(4) Peder eur kousked, d'un den skuizh, a zo berrik-mat.
quatre heure sommeil à un humain fatigué R est court.DIM-bien
'Quatre heures de sommeil sont bien courtes pour un homme fatigué.'
Vannetais, Herrieu (1994:215)


En (5), le suffixe -ig sur neizhig pourrait être interprété comme un suffixe diminutif prenant éventuellement une nuance affective. Cependant, le suffixe -ig sur o-daouig n'offre pas la lecture possible du diminutif: c'est clairement une marque uniquement hypocoristique.


(5) Bremañ e karahent o-daouig en em zastum evit sevel un neizhig arall.
maintenant R4 aimeraient leur2-deux.sfx se1 réunir pour monter un nid.DIM autre
'Ils aimeraient maintenant s'unir pour former un autre (petit) nid.'
Vannetais, Herrieu (1994:225)


Enfin, le suffixe -ig n'a aucun effet sémantique réductif dans les verbes tensés (deudik 'venez', tostadik 'approchez', de "nuance mignarde", Ernault 1879-1880:157).


le suffixe -igoù

Les deux suffixes hypocoristiques -ig et -où peuvent se combiner sur la même racine, obtenant des suffixes hypocoristiques en -igoù.

Lorsqu'ils apparaissent sur une base plurielle, ces suffixes en -igoù sont parfois confondus dans la littérature avec des doubles pluriels.


Grégoire de Rostrenen (1738:48,49) et Jean Hingant (1868:§20) proposaient une hypothèse un peu différente, car ils voyaient dans -igou un suffixe pluriel. Selon Rostrenen (1738:48,49), la marque hypocoristique plurielle -igou s'adjoint à une base nominale plurielle, de la même façon que le singulier icq ou icg s'adjoint à une base nominale au singulier.

Exception est faite du vannetais, où Rostrenen (1738:48,49) note que le pluriel est régulier (absence de 'double pluriel': au nom s'adjoint un diminutif sur lequel peut apparaître le pluriel du nom).


le suffixe -achoù

Les noms dérivés en -ach, -aj, au singulier, ont parfois un sens péjoratif. Les noms en finale -achoù ont cependant toujours un sens péjoratif (Kervella 1947:§840).

Il est donc plausible que le suffixe -achoù ne soit pas compositionnellement le résultat de dérivations consécutives en -ach, -aj et en -où (PL.). Cette hypothèse fait la prédiction correcte que certains noms en -achoù ne sont pas employés au singulier. Kervella (1947:§840) cite diankachoù, pellachoù, lostennachoù, malachoù, stokachoù, bruzhunachoù, kouezhachoù, et dislonkachoù.

Le nom traoùachoù (*traoùach), dans l'hypothèse où la finale en -où est un marqueur hypocoristique, n'est donc pas un double pluriel.


le suffixe -an, -anig

Le suffixe diminutif -an a une dimension hypocoristique.

Un chat peut être nommé Bibich, comme celui de la grand-mère de Jules gros, mais également, avec des diminutifs hypocoristiques, Bibichig ou Bibichanig (Gros 1966:15).

le suffixe -igan

Le suffixe diminutif -igan a une dimension hypocoristique.

trouble dans les mutations

Une lénition à un endroit syntaxique qui n'en requiert pas a un effet hypocoristique. En (1), Milou est un nom propre masculin, mais provoque une lénition K>G.


(1) Arsa ! Aze 'oas Milou gaezh !
Ah ! étais Milou 1cher
'Ah ! Te voilà enfin, mon vieux Milou !'
Standard, Biguet (2017:33)


(2) Se zo labour vrav 'vat !
ça est travail 1beau  !
'Ça, c'est du beau travail !'
Standard, Biguet (2017:52)


Le Dû (2012a:'ma') note l'effet hypocoristique de me gaz bien (cf. standard ma c'hazh bihan), pour traduire 'mon petit chat-chat'. Il l'analyse comme "une faute volontaire de mutation, par affection, comme avec un enfant".


 Abeozen (1942:371):
 HERVE: - Me n'on ket chalet gant warc'hoazh.
 KATELL: - Na me kennebeut, Herve vras.


Favereau (1997:§290) note cette lénition dans O ! Bemoc'h ! 'Oh, vilain cochon !' (Al Lay 1925).

Horizons comparatifs

Les marqueurs hypocoristiques sont typologiquement répandus.


Bibliographie

  • Vendryes, Joseph. 1937. 'Sur les hypocoristiques celtiques précédés de «Mo-» ou de «To- (Do-)»', Études Celtiques 2, 254-268.