Pikol

De Arbres

Pikol, comme kalz, dénote toujours une 'grandeur', une 'abondance', mais existe dans plusieurs catégories syntaxiques différentes. En (1), c'est un nom quantifieur de degré dont le sens est 'un grand, immense (de)', en (2) un quantifieur signifiant '(pas) beaucoup', en (3) un adjectif signifiant 'conséquent, élevé' et en (4) un adverbe signifiant 'beaucoup'.


(1) piķol penn.
une énorme tête
'une énorme tête.'
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)


(2) 'vo ket pikol glav.
y.aura pas beaucoup pluie
'Il ne pleuvra pas beaucoup.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:27)


(3) ' Oa ket pikol ar gopr ba eno!
(ne) était pas élevé le gage dans y
'Le salaire n'était pas élevé là.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:54)


(4) 'mant ket pàét pikolik nè.
N'emaint ket paiet pikolik anezhe. Équivalent standard
ne1 est pas payés beaucoup.DIM P.eux
'Ils sont mal payés.'
Cornouaillais (Riec), Bouzec & al. (2017:103)


Nom intensifieur

(1) ur pikol puñs er park
un grand puits en.le champ
'un grand cratère dans le champ'
Standard/Cornouaillais, Drezen (1943)


variation dialectale

(2) eur pukol torz.
un grand miche
'une grande miche de pain'
Cornouaillais (Moëlan), Bouzec & al. (2017:88)


répartition dialectale

En Cornouaille à Locronan, pikol est inconnu de A-M. Louboutin (10/2021), qui par ailleurs a les intensifieurs pezh et mell.

catégorie nominale

Pikol, comme mell et pezh 'énorme' et leurs dérivés mellad et pezhiad 'contenu d'un gros morceau' sont souvent cités comme des exemples d'adjectifs prénominaux, car ils précèdent un nom dans le groupe nominal. Cependant, ce ne sont pas des adjectifs mais des noms.

Comme souligné par de nombreux auteurs, Kervella (1995:§512) repris par Trépos (2001:§228), leurs marques de pluriel sont typiquement nominales:

pezhioù, mell, pikolioù, pezhiad, mellad

Pikol se met effectivement au pluriel devant des noms au pluriel (Le Dû 2012:45).

  • piķolo béchadó bara,
'd'énormes morceaux de pain'
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
  • piķolo malestouéó pésked,
'de gigantesques poissons'
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)


Ernault (1876-1878:58) l'appelait une "sorte de nom adjectif qui précède toujours son substantif". Il cite dans le dialecte vannetais de Sarzeau des formes plurielles optionnelles (pekoliet tud 'grands hommes' est "plus souvent pekol tud", pekol tiyir 'grandes maisons'). Il récolte aussi la formepekolienn, résolument nominale, où le suffixe semble obligatoire (pekolienn voes 'grande femme', pekolienn vioc'h 'grande vache', Ah pekolienn sodiall! 'Ah grande sotte !').

  • ur bikolenn maouez
'une très grande femme'
Menard & Cornillet (2020)


Ernault (1876-1878:58) suggère que le suffixe -enn de la finale -ienn pourrait avoir servi à la nominalisation de ce qui était un adjectif. En effet, le suffixe -enn n'est pas ici sémantiquement un singulatif puisqu'il apparaît sur nom comptable singulier. La finale -enn serait ensuite tombée en retenant la catégorie nominale de pekol.

distribution

Le nom intensifieur pezh peut se trouver devant pikol ou après. le nom tanfoeltr peut se placer avant.

  • e pés piķol lwę̃nn,
'une énorme bête'
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
  • un tanfoeltr pikol pezh boul
'une énorme boule'
Menard & Cornillet (2020:'pezh')


Le nom malestoue peut se placer après pikol.

  • e pés piķol malestoué moriļõn,
'un nègre gigantesque'
Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)

Quantifieur

Lorsque pikol est un quantifieur, celui-ci signifie 'beaucoup' mais ne peut se rencontrer que dans des phrases négatives. C'est un item de polarité négative qui signifie '(pas) beaucoup de'.


item de polarité négative

Le quantifieur pikol 'beaucoup' est un item de polarité négative: il n'apparaît que dans les contextes syntaxiques négatifs.


(3) 'neus ket pikol tra da c'hober.
(ne1) est pas beaucoup chose à1 faire
'Il n'y a pas grand chose à faire.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:27)


(4) Neuche mi pikol forniou a labour.
N'eus ket mui pikol forniou hag a labour. Équivalent standard
ne1.est.pas plus beaucoup four.s (que) R travaille
'Il n'y a plus beaucoup de fours en activité.'
Cornouaillais (Riec), Bouzec & al. (2017:102)


Cette distribution le rend comparable au français bézef, ou des masses.

(5) Il n'y a pas bézef de choses à faire, vs. * Il y a bézef de choses à faire.

(6) Il n'y a pas des masses de choses à faire, vs. */? Il y a des masses de choses à faire.

avec singulier et pluriel

L'élément que pikol quantifie peut être au singulier ou au pluriel.


(7) ' oa ket pikol avaloù.
ne1 y.avait pas beaucoup pomme.s
'Il n'y avait pas beaucoup de pommes.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:27)