-amant, -emant

De Arbres
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Le suffixe -amant, -emant, comme les autres suffixes en -ant, est un emprunt d'origine romane. Il forme des noms abstraits.


(1) Eno n'em-oa êzamant ebed.
ne'R.1SG-avait aise.sfx aucun
'Là je n'avais aucun confort.' Trégorrois, Gros (1970b:§'êzamant')


Kervella (1947:§840) donne gouarnamant, gwiskamant, aezamant, boazamant, interamant, paramant, parlamant.

Trépos (1968:§120) ajoute nehamant 'souci'.

Favereau (1997:§148) donne aezamant 'commodité', boazamant 'habitude', diduamant 'distraction', finisamant 'achèvement', jouisamant 'jouissance', nec'hamant 'inquiétude'...

Goyat (2012:317) ajoute: /asa'nãmãn/, asantamant 'fiançailles', /aʃy'ãmãn/, achuamant 'finition', /ʃã'ʃãmãn/, chañchamant 'changement', /diɛ'zãmãn/, diêzamant 'difficulté'.


Morphologie

exocentrique

Le suffixe apparaît sur des racines verbales ou nominales. Dans le cas de boazamant, l'apport sémantique semble nul.


genre

Kervella (1947:§840) considère que les noms en -amant sont féminins. Il note les usages non mutés de ar Gouarnamant ar Parlamant, qu'il désapprouve. Ces exemples pourraient découler d'usages où ce n'est pas -amant qui est interprété comme masculin, mais le nom entier de structure politique française qui serait emprunté en bloc nominal tel quel, non encore muté dans la langue d'adoption, ou adoptés avec leur genre en français (le Parlement, le gouvernement).

Il semble aussi y avoir une dimension dialectale. Favereau (1997:§148), pour gouarnamant, note une hésitation sur le genre précisément en Léon. Trépos (1968:§129) considère que le genre fluctue, avec parfois des noms masculins comme nehamant 'souci' ou gwiskamant 'vêtement' et parfois, en Léon, des noms féminins comme koumanant 'gages, abonnement'.

Favereau (1997:§148) donne comme féminins div interamant 'deux enterrements', ar gomansamant 'le commencement' et ur wiskamant 'un habillement'.


nombre

Kervella (1947:§840) relève des pluriels en -où (gwiskamantoù 'costumes'), et des formes en /ʃu/ dans la "langue populaire" (gwiskamañchoù, koumamañchoù).


(2) Ya, gwiskamantoù a bep seurt iskis-iskisoc'h an eil eget egile. Morlaix, Herri (1982:95)
oui costumes de1 chaque sorte étrange-étrange.plus le second que autre
'Oui, des costumes de toute sorte, plus étranges les uns que les autres.'


(3) Mond a ree zegen kargamañchou patatez er-mêz euz ar vro.
aller R1 faisait même chargements papates dehors de le 1pays
'On exportait même des chargements de patates.' Ouessant, Gouedig (1982)


variation dialectale

Pour Plozevet, Goyat (2012:317) donne une forme avec la première voyelle nasalisée: /-ãmãn/.


productivité

Ce suffixe nominal est soutenu en synchronie par l'existence des adverbes dérivés en -amant, emprunts transparents aux adverbes en -ement du français (maleuruzamant, 'malheureusement', Evid ar Brezhoneg 176:3-6).

On retrouve ce suffixe -amant dans la disjonction peotramant 'ou bien, sinon', dont les variations dialectales sont documentées dans la carte 526 de l'ALBB, pour la traduction de 'Fais cela, sinon'.


(4) An orjalenn-mañ a vo red disgwerañ anezi petramant e torro pa vo pleget.
le fer.SG-ci R1 sera obligé recuire P.elle sinon R4 cassera quand sera plié
'Il faudra recuire ce fil de fer-ci (de cuivre) sans quoi il cassera quand on le pliera.' Gros (1970b:§'orjal')

Sémantique

-añs vs. -amant

Favereau (1997:§150) donne deux paires minimales où les suffixes -añs vs. -amant semblent équivalents, ou laissés au choix d'un dialecte ou l'autre.


(1) diduañs et diduamant 'attraction', Pélem

(2) nec'hañs 'embarras', Vannetais

nec'hamant 'embarras', Standard


-amant vs. autres suffixes

Le suffixe -amant en breton apparaît en traduction de mots français qui n'ont pas de finale semblable. On trouve en breton le suffixe emprunté -amant en concurrence avec les suffixes -idigezh et -der.


(3) traduction dérivé en -amant forme concurrente
'difficulté' diezamant diêsder (Vallée)
'intempérie' direizamant direizder
'observance' miramant miridigez
propositions de corrections de Jaffrennou (1914) par Le Roux (1915:82)


Diachronie

Irslinger (2014:98) pointe que le suffixe est dans la langue moderne du même genre masculin que son emprunt français, malgré quelques exemples au féminin depuis les XVI° et XIX° siècles (Hemon 1975:27, Favereau 1997:75).


  • latin ‑amentum, n. > vieux français et français ‑emant, m.


Le genre masculin de ce suffixe finale pourrait être renforcée en breton moderne par des emprunts nouveaux de noms concrets: batimant 'bâtiment' (=/= emprunt plus ancien 'navire').