A !, Hañ !

De Arbres

L'interjection A ! est très utilisée mais son sens est furtif. On peut distinguer nettement un A ! qui a une affinité avec une focalisation sur la réalité d'un fait ou la véracité d'un énoncé (verum focus), et un Ah ! d'admiration, mais il reste d'autres usages.


(1) A ! Setu eñ…
Ah, alors ! voici lui
'Ah ! Le voilà… '
Standard, Monfort (2006:6)


Morphologie

réduplication

Cette interjection peut être intensifiée par réduplication, avec ou sans /h/. Le sens est différent dans les exemples ici rassemblés.


(2) Deuet tomm din ken a oa, HaHa !
ven.u chaud à.moi tant R1 était Ahlala !
'J'ai eu un coup de chaud, ahlala !' (tellement ! si tu savais !)
Trégorrois (Bulien), Bodiou-Stephens (12/2021)


Kerrain (2015b:112) note AAAA... ! l'expression de panique et de détresse profonde d'une femme avant d'abandonner son bébé alors qu'elle entend les sirènes d'un bombardement. Kerrain (2015b:177) note AAA... ! l'expression d'une fausse joie.


(3) Aaaa ! Me meus bet tomm ayayaylh ! Ma vouefes pegement.
Ahlala ! moi ai eu chaud aîeaïeaïe ! si4 savais combien
'J'ai eu un coup de chaud, ahlala !' (Tellement ! Si tu savais !)
Cornouaillais (Locronan), A-M. Louboutin (02/2022)

dérivation

L'usage de A ! avec la particule de discours de la particule de discours 'ta ! obtient l'interjection Ata ! qui exprime l'impatience.


Sémantique

La lecture d'admiration est la plus aisée à distinguer des autres.

admiration

En (3), le locuteur a les mains jointes.


(3) A, Paotred kalonek !
Ah gars.s cœur.eux
'Ah, les courageux garçons !'
Standard, Preder & Armor (1977:44)


verum focus

'Ça pour sûr !'

En (4), le locuteur vient de s'affirmer champion de boxe française.


(4) A ! Fent am bez-me pa glevan-me kaoz deus karate pe judo.
Ah ça ! envie.de.rire R.1SG a-moi quand1 entends-moi causerie de "karaté" ou "judo"
'Ah ça pour sûr ! Moi, je rigole quand j'entends parler de karaté ou de judo.'
Standard, An Here (2003:1)

en rapport avec l'observation d'un fait

Il existe un usage plus neutre que le très focalisé 'ça pour sûr !'. Il semble en rapport avec l'observation d'un fait.


(5) A ! Taol esae kentañ…
Ah, alors ! coup essai premier
'Ah, maintenant ! Premier essai… '
Standard, Monfort (2006:4)


La phrase en (6) est prononcée en début de rencontre.


(6) A ! Taji ! Ken koant ha biskoazh !
Ah ! Taji tant joli que jamais
'Ah ! Taji ! Aussi belle que toujours !'
Standard, Kerrain (2015b:51)

surprise, reconnaissance

L'interjection A ! de surprise et de reconnaissance existe sous une variante Ac'h ! et sous une variante de voyelle nasale Hañ !.


(6) A, arri ' oas, Michela.
Ah ! arriv.é R étais Michela
'Ah, tu es là, Michela.'
Trégorrois, Gros (1966:15)


Les occurrences de Ac'h ! sont devant une interjection (Ac'h Ya ? Pegoulz 'ta ? 'Ah oui ? Quand donc ?', Kerrain 2015b:88) et expriment la surprise. Contrairement à l'interjection de formes variable Ac'h !, Ec'h ! Fac'h !, Fec'h !, Oc'h !, elle n'exprime ni rejet ni dégoût, et est évaluativement neutre. Il s'agit probablement d'une variante de l'interjection A !, Hañ !.


(7) Hañ, O vond emaor ivez !
Ah ! à4 aller est.on aussi
'Bonjour, on se promène ?!'
Léonard (Cléder), Fave (1998:121)


Cet usage est probablement la source de la salutation ritualisée A ! qui signifie 'Bonjour !' (Ha deoc'h ! 'Bonjour à vous !').


(8) Ha, deoh, Fañch ! Ha, deoh, Gwenola !
Bonjour ! à.vous Fañch Bonjour ! à.vous Gwenola
'Bonjour Fañch !, Bonjour Gwenola !'
Léonard (Cléder), Fave (1998:121)