Gour-, gor-, gou-

De Arbres
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Gour-, gor- ou gou- 'sur-, super-, archi-' est un préfixe intensifieur de sens augmentatif (Trépos 2001:§121).


(1) Ar gourlan a ziskenn divreoc'h eget ma pign, sañset.
le haut.flux R1 descend vite.plus que que4 monte censé
'A l'étale de haute mer, la mer descend plus vite qu'ele n'a monté, censément.'
Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:22)


Ce préfixe est productif. Kervella (1947:§883) donne : gourfenn, gourvab, gourdrec’h, gourc'hemenn, gourvadeziñ, gourdrouz, gourzeurel, gourvez, gourraoskl, gourc'harv, gourvil, gourdadoù, gourejen, gourniz, gourlanv, gorre.

Gros (1984:369) donne gourhemenn 'commander', gourzrên 'crochet d'hameçon' et gouryeotenn 'herbe magique qui rend amnésique'.

Press (1986:224, 226) donne gourdrouz 'menacer' et gourvouezhiad 'archiphonème'. Press (2010:452) donne gourhen 'très vieux, ancien' sur l'adjectif hen 'vieux, ancien' que l'on ne trouve plus que dans le superlatif henañ 'ainé, le plus vieux'.

Cornillet (2020) donne gourlufr 'très luisant'.


Morphologie

allomorphes

Le morphème gour- augmentatif peut se rencontrer sous la forme gor-, ou gou-.

(2) [ɡu'zu:rɛd] , gouzouret 'imbibé d’eau'

/ɡur'vlwa/, gourvloaz 'âgé de plus d’un an (pour un poulain)', Plozévet, Goyat (2012:334)


mutations

Ce préfixe peut provoquer :

gourboan, gourgamm, Deshayes (2003:37)
  • une mutation spirante sur une initiale /k, p, t/
gourc’hemenn, gourfenn, gourzaoler, Deshayes (2003:37)
  • aucune mutation sur le /d/
gourdourañ, Deshayes (2003:37)

L'initiale T peut aussi subir une lénition (Helias 1986:15 donne d'ailleurs la lénition comme règle générale - il donne gourdad 'ancêtre').

Un même locuteur peut appliquer deux mutations différentes sur la même consonne initiale /t/: Chalm (2008:w-217) donne gourdadoù 'ancêtres' et gourzrec'h 'victoire'.


racine nominale ou verbale

Le préfixe gour- se trouve sur les racines nominales comme verbales.


(3) gourbleget eus penn traoñv d'egile
pfx1plié de tête bas à'autre
'plié en deux (d'un bout à l'autre)' Le Juch, Hor Yezh (1983:14)


productivité et variation dialectale

Gros (1984:369) considère que ce préfixe du vieux breton n'est plus productif en breton trégorrois. En breton standard, le préfixe gour- 'super-' est facilement mobilisable. Le nom marc'had 'marché' obtient gourmarc'had 'supermarché'.


Sémantique

ad- vs. gour-

Les préfixes ad- de répétition et gour- d'augmentation peuvent coïncider, comme ils le font dans les noms de parenté. En trégorrois de Perros-Guirrec, Konan (2017:27) donne comme équivalents advab et gourvab 'arrière-petit-fils', et adverc'h et gourverc'h 'arrière-petite-fille'.


horizons comparatifs

Favereau (1997:§194) compare gour- au préfixe du français super-. On trouve aussi des traductions en sur-.


(2) Tost deom e hournije didrouz goelini skañv a-uz d'an dour. Léon, Seite & Stéphan (1957:123)
près de.nous R4 sur.volait sans1.bruit goelands léger au-dessus de1'le eau
'De légers goélands survolaient l'eau silencieusement.'


Diachronie

Selon Even (1978:35), le breton gour- descend du gaulois uer-. Selon Deshayes (2003:37), gour- est issu du vieux breton uuor- apparenté au gaulois ver-.

vieux gallois guor-, > gallois gor-
vieil irlandais for-
gaulois ver-


Ernault (1894b:39, 40) pointe que le gallois gor "est presque toujours augmentatif, sauf les cas où le sens étymologique 'sur' donne lieu à des emplois qui se rapprochent de ceux du second gour breton [le préfixe minoratif gou-, gour-], par exemple gor-enw= 'sur-nom'." Le gallois gor n'a en tout cas pas le sens de 'petit'. Le système de mutations qu'il déclenche est instable.


Le vannetais Le Bayon (1878:15) donne gourhemen 'grand commandement', et gourdadieu 'grands parents, aïeux'.

Le moyen français avait un adjectif argotique gourd de sens augmentatif ("idée de grosseur, d'où l'idée, méliorative, d'abondance et de satisfaction, 'abondant (gros et bon)'", CNTRL). Ce sens est aussi rapporté par Ernault (1893:286), sans mise en lien avec le préfixe.


A ne pas confondre

Il existe deux préfixes homophones qui peuvent tous deux prendre les formes gour- et gou-. Ils sont de sens contraire et d'origine différentes (Loth 1894:100). Les deux sont souvent confondus mais le minoratif gou-, gour- n'est plus productif dans la langue (Ernault 1894b:41, Kervella 1947:§883).

Le morphème minoratif gou- a un allomorphe en gour- (gourzen 'avorton, petit homme', Trépos 2001:§121).

Selon Ernault (1894b:38) "le gallois gor, qui répond au breton gour", montre les mêmes inversions que ar- (ar-las 'qui a l'extrémité bleue', menant au sens breton de arc'hlaz 'tirant sur le vert, un peu vert'). Ernault (1894b) cite le gallois gorfelyn 'extrêmement jaune' et 'qui a l'extrémité jaune' ou encore gorlosgi 'brûler beaucoup' et 'brûler la surface, brûler superficiellement'. "Ce dernier n'est pas loin du breton gourlesqi 'charbonner, brûler un peu' de De Rostrenen".

Il existe aussi en breton un nom indépendant gour 'homme, personne'.

Bibliographie

  • Loth, J. 1894. 'Mélanges; gour', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d'Emile Ernault , Revue Celtique XV.