An diaoul !

De Arbres
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La particule de discours an diaoul ! est une grammaticalisation du groupe nominal an diaoul 'le diable'. Il a une affinité avec les exclamatives et correspond au français 'Diable !' dans Qui diable ?


(1) Piou an diaoul al lakepod-man ?
qui le diable est le énergumène-ci
'Qui diable est cet énergumène ?'
Léonard, Kerrien (2000:12)


Morphologie

variation

petiaoul, pitiaoul

La forme Petiaoul ou Pitiaoul 'que diable' rapportée dans Cornillet (2020) montre l'absence d'article devant le nom diaoul 'diable', et un effet de sandhi. L'ensemble est décomposable en peseurt Diaoul, pezh Diaoul, ou comme le propose Deshayes (2003), ped + diaoul. La morphologie de ce mot tabou peut aussi avoir recouru à la licence due à sa morphologie expressive, ou dans ce cadre à un emprunt au français petit (localement /piti/). L'équivalent des formes ci-dessous est Petra an diaoul !.


(2) N'ouzon ket petiaoul e ra.
ne1 sais pas quel.diable R fait
'Je ne sais pas diable ce qu'il fait !'
Standard, Cornillet (2020)


(3) Pitiaoul ! Dizamant eo aet ganti, ar vaouez vat !
Que.diable ! impitoyablement est all.é avec.elle le 1femme 1bon
'Diable ! Elle n'y est pas allée de main morte, la bonne dame !'
Standard, Biguet (2017:46)


diam, diamig

  • Penaos an diam ?
'Comment diable ?'
Menard & Cornillet (2020)


grammaticalisation d'un intensifieur

Les noms tabous grammaticalisent facilement en interjections ou en intensifieurs. Ci-dessous, le groupe an diaoul est grammaticalement un possesseur ('voleur du diable', 'évènement du diable'). Cet usage est probablement à l'origine de l'usage syntaxique de an diaoul comme intensifieur en fin de syntagme.


(4) Kemener ar foeltr ! Laer an diaoul ! Boued ar groug !
tailleur le foudre voleur le diable nourriture le 1potence
'Tailleur du diable ! Damné voleur ! Gibier de potence !'
Cornouaillais (Rostrenen), Koulmig Arvor (1934)


(5) Peseurt darvoud an diaoul a zo degouezet hizio er vro ?
quel évènement le diable R1 est arriv.é aujourd'hui en.le 1pays
'Que diable se passe-t-il dans le pays aujourd'hui ?'
Standard, Riou (1941:51)


Syntaxe

L'élément an diaoul est manifestement invisible pour le critère thématique, il n'entre dans la structure argumentale d'aucun autre élément de la phrase. Il relève du discours, dans un niveau de langue qui facilite d'autres interjections et mots tabous.


(1) Fidamdoustik ! Pelec'h an diaoul eo aet da guzh ?
Nom.de.D… ! le diable est all.é pour1 cacher
'Bon sang de bon sang ! Où a-t-il bien pu se cacher ?'
Standard, Biguet (2017:7)


Sémantique

L'expression an Diaoul a une dimension exclamative et expressive.

 Gros (1989:'diaoul') :
 "Comme le français diable, diaoul s'emploie pour renforcer l'expression, surtout dans les questions. […] Il marque une plus grande impatience, une plus grande colère."


Niveau de langue

(2) Pitiaoul ! Trouz a zo aze e-barzh !
Diable ! bruit R1 est dedans
'Diable ! Ça barde là-dedans !'
Standard, Biguet (2017:55)

Diachronie

Le Brigant (1779:A4) signale l'usage de an diaoul (ayoul ne vifés, an diaoul ne vefes, 'diable que tu fusses').


Horizons comparatifs

Baunaz (2014:fn6) analyse le français qui diable et l'anglais who the hell, comme "une projection -wh agressivement non-liée par le discours". En français, les mots interrogatifs peuvent parfois rester in-situ, mais les structures en qui diable ne le peuvent pas (Obenauer 1994, Tu as vu qui (* diable) au marché ?).


Bibliographie

horizons comparatifs

  • Baunaz, Lena. 2014. 'On the various sizes of complementizers', Probus 27:2, 193-236. [French 'que']
  • Obenauer, Hans-Georg. 1994. Aspects de la syntaxe A-barre – Effets d'intervention et mouvements des quantifieurs, Paris: Université de Paris VIII thèse d'État.