Ka-

De Arbres
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Deshayes (2003:37) mentionne le préfixe ka-. Ce préfixe est encore repérable mais n'est plus productif en breton moderne, et son sens est difficile à cerner.


Morphologie

base nominale

Deshayes (2003) donne quelques dérivations avec le préfixe ka-, toutes sur base nominale.

  • kafourch (attesté en 1919) 'fourchure d’une branche', de ka- + fourch, obtenant avec une verbalisation kafourchin 'aller à califourchon'.
  • kabridañ (cabrida, 1716), kabridiñ (kabridiñ, 1992), '(se) renfrogner, rider le front', sur un emprunt au verbe français brider.
  • kastrouilheg (katrouillek, 1919), adjectif 'de cochon', sur le nom strouilh 'saleté, brouillasse', kastrouilhenn (katrouillen, 1919), 'souillon'.
  • kabac'h 'sénile' sur le nom bac'h 'crochet, croc' et sans doute 'canne', puis kabac'haad 'devenir gâteux'.
  • kabouilh 'rata', emprunt au français tambouille (1866), avec substitution de la syllabe initiale par le préfixe expressif ka-, dérivé en kabouilhad signifie 'méli-mélo', kabouilhin 'patouiller, patauger' (Deshayes 2003). Menard & Bihan (2016-) donnent kabouilh 'choses mal assorties' ou 'mauvais temps en mer'.


dimension péjorative ?, morphologie expressive ?

Deshayes (2003:37) considère que ka- a une dimension péjorative portée par une morphologie expressive. Les deux point sont discutables.

Lorsque le nom sur lequel ka- s'affixe est évaluativement neutre, comme avec fourch, il n'est pas net que le préfixe ka- importe une dimension péjorative. Dans les autres cas de dérivations donnés par Deshayes, la dimension péjorative pourrait venir de la racine nominale (strouilh, bac'h, bouilh, bridañ...).

Deshayes (2003:37) considère que le préfixe ka- use d'une morphologie expressive, mais sans expliquer en quoi précisément et cela n'est pas évident. Peut-être la source de la dimension péjorative, si telle dimension il y avait, découlerait-elle plutôt d'un évitement de nom tabou, du à la proximité phonologique avec le nom kac'h, kakac'h, kaoc'h 'caca, excrément'.

La dimension expressive de la morphologie émerge avec une réduplication, et on voit apparaître la dimension péjorative dans kakous 'lépreux' et ses dérivés.

Horizons comparatifs

Selon Deshayes (2003:37), le préfixe ka- vient d’un emprunt à l’ancien français ca-. Le préfixe ca-, cha- en ancien français a plus nettement une dimension péjorative qu'en breton.

  • cahute, chahute, quahute, Ancien français XII°, CNRTL
  • caboce 'caboche' sur le nom boce, bosse 'tête', Ancien français XII°, CNRTL
  • cabocer 'cabosser' Godefroy (1901), cabosser 'former des bosses', Ancien français XIV°, CNRTL


Ce préfixe péjoratif a essaimé dans différents dialectes romans.

  • calorgne 'borgne' sur le verbe lorgner, Haut-Maine, Littré
  • calucs 'qui a la vue courte' , sur luc 'voir' (cf. français reluquer), Provençal, (Guessard, Gramm. provençaux, p. 17), Littré
  • capeigner 'molester en attrapant, en tirant les cheveux violemment', Picard, Jouancoux (1880)
  • cafouiller 'remuer, tisonner, faire peu de chose', Picard, Jouancoux (1880)


Il existe une racine proto-indo-européenne * kakko- 'déféquer, excrément' (IEW:521) qui a abouti en proto-celtique à * kakka 'excrément' donnant le moyen irlandais cacc, le gallois cach, le cornique caugh et le moyen breton cauch (Matasović 2009), et finalement le breton kaoc'h 'excrément'.

Par réduplication, cette racine indo-européenne commune a obtenu le grec ϰαϰὸς 'mauvais', qui est source du préfixe français caco- 'mauvais' de cacophonie, cacographie, cachexie 'trouble profond de toutes les fonctions de l'organisme', cacochyme 'vieilli, en mauvaise santé', cacosmie 'perception d'odeur fétide en son absence'.

A ne pas confondre

Deshayes (2003) donne aussi katailh 'jacassement' comme dérivé en ka-, mais son raisonnement est peu clair car il donne aussi tailh comme signifiant 'taxe, taille, impôt'. Le nom 'jacassement' se trouve aussi sous la forme gragailh, du verbe gragailhat 'jacasser, piailler' (Menard & Bihan 2016-), ce qui suggère pour katailh ou gragailh des dérivations avec une onomatopée nominalisée par le suffixe péjoratif -ailh.