-ailh (N.)

De Arbres
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Le suffixe -ailh obtient des noms à nuance péjorative.


(1) Setu aze eur meskaill.
voici ici un mélang.sfx
'En voilà une mixture, un gâchis.' Trégorrois, Gros (1984:355)


Morphologie

nombre

Les noms en -ailh font leur pluriel en -où, ce qui obtient une finale en -ailhoù.

Gros (1984:355) donne meskaillou 'drôles de mélanges', stronkailloù 'abats (de boucherie)'. Pour le trégorrois à Pleumeur-Bodou et Ploumilliau, Konan (2017) donne fourkailh, fourkailhoù 'garce(s)'.


genre

Les noms dérivés en -ailh sont masculins.


dérivation

-ailhez

Favereau (1997:§146) considère que les finales en -ailhez sont plus fréquentes qu'en -ailh, par exemple pour meskailh(ez) 'chienlit'.


(2) Setu aze eur meskaillez.
voici ici un mélang.sfx.-ez (N. coll.)
'En voilà une ratatouille!' Trégorrois, Gros (1984:355)


Le nom dérivé en -ailh a ensuite reçu le suffixe de nom collectif -ez, obtenant la finale en -ailhez, au nombre hésitant.

Gros (1984:355) donne kanaillez 'des canailles'. Favereau (1997:§146) donne kanailhez 'canaille' (au singulier).


-ailhenn

(3) Pipi e-neus eur gorzaillenn êz.
Pipi R-a un 1gosier.une facile
'Pierre a un gosier facile (complaisant, se dit d’un ivrogne).' Trégorrois, Gros (1989: 'êz’)

productivité

Le suffixe -ailh est soutenu morphologiquement en synchronie par des emprunts à des noms français en -eille. Cependant, ce soutien modifie le suffixe. Cela élargit l'aire sémantique du suffixe -ailh car la lecture n'est alors pas péjorative (marvailhoù 'merveilles'). Morphologiquement, cela introduit des noms parfois féminins (ur voutailh 'une bouteille').


(4) A-hend-aral, guéh erbet n'em es guélet ur voutailhad guin ér gér.
à-chemin-autre fois aucune ne R.1SG ai vu un 1bouteill.ée vin en.le 1foyer
'Autrement, je n'ai jamais vu de bouteille de vin à la maison.'
Vannetais, Guilloux (1992:133)

Diachronie

Selon Deshayes (2003:39), le suffixe -ailh est un emprunt au suffixe français -aille(s), qui a le même impact dépréciatif. Il est indéniable que le suffixe breton peut avoir un sens dépréciatif, mais ce pourrait être un effet d'une lecture massique comme en (5).


(5) Er bourk aze a zo eur bern rataill.
dans.le bourg R y.A un tas marmaille
'Là au bourg il y a un tas de marmaille.' Trégorrois, Gros (1984:355)


Selon Bonnard & Régnier (1989:24), il existe en ancien français :

  • un suffixe -ail, du latin -acŭlum qui obtient des noms d'instruments (afichail 'agrafe', alumail 'mèche')
  • un suffixe -aille du latin -alia (pluriel neutre) qui obtient un ensemble d'objets ou d'actions (lat. victualia > anc. fr. vitaille > cf. fr. ravitailler, ou encore le latin sponsalia > ancien français esposaille > français épousailles qui n'est aucunement péjoratif).

Dans des emprunts à de tels mots français finissant en -aillement sans lecture péjorative comme ravitaillement, le suffixe -ailh de l'emprunt breton n'est pas ressenti comme péjoratif.


(6) Bet e bet e reamp ar c'hourrie asamblez da gerc'hat ar ravitailhamant.
être est été R faisions le 5courrier ensemble pour1 chercher le ravitaillement
'Il fut un temps où nous faisions ensemble le ravitaillement.' Léon (Plougerneau), Elégoët (1982:11)


A ne pas confondre

Il existe aussi un suffixe -ailh qui forme des adjectifs, eux aussi péjoratifs.