Morphème zéro

De Arbres
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Un morphème zéro, ou morphème vide, ou morphème nul, est un morphème qui a une existence syntaxique (et la plupart du temps sémantique) sans avoir de réalisation phonétique, phonologique ou morphologique.

On peut déceler son existence dans la structure, mais il n'est pas prononcé.


Inventaire en breton

morphème zéro des nominalisations sur infinitif

Il existe un morphème zéro exocentrique qui obtient un nom avec l'infinitif d'un verbe. Ce morphème zéro est ici en compétition avec un morphème réalisé, le morphème nominalisant -ians:


(2) Ar gloaneier a zo ker, hag an ober(ïans) anezo a zo ive.
le laines R est cher et le faire.(sfx) P.eux R est aussi
'Les laines sont chères, et leur façon (fabrication, travail, ici: leur tricotage) l'est aussi.' Gros (1970b:§'ober-20')


morphème zéro des nominalisations sur radical verbal

Un autre morphème zéro pourrait obtenir un nom déverbal avec la racine d'un verbe, et non son infinitif. Ce morphème zéro serait exocentrique. Son existence est cependant mise en cause par le fait que le genre de ces noms déverbaux n'est pas stable.

  • Certains sont des noms féminins. On a ainsi sur le radical de treiñ 'tourner' tro 'tour', un dro 'un tour', ou bien sur le radical de kargañ 'charger' karg, ur garg 'une charge', ou encore sur le radical de kaozeal, kaoz, ar gaoz 'une causerie'.
  • Certains noms déverbaux sur radical sont masculins. Menard (2016) annonce dle 'dette' (daou zle), had 'graine', sell 'regard' (ur sell teñval 'un regard sombre') comme masculins.


Tous les noms homophones avec le radical du verbe ne sont pas des noms dérivés. Le nom labour n'est par exemple pas un nom déverbal du verbe labourat. Au contraire, c'est le verbe labourat 'travailler' qui est dérivé par suffixation du verbe léger -at sur le nom labour.


Le verbe lavarout 'dire' peut aussi subir ce processus de dérivation morphologique qui transforme le verbe en nom sur sa racine lavar-. Dans les dialectes où la forme infinitive n'est pas lavarout ou lavaret mais simplement lavar, le résultat de cette dérivation est la forme nominale lavar 'langue, langage' mais il n'est pas évident que la base de la dérivation soit la racine verbale putot que son infinitif.

morphème zéro agentif des nominalisations

La morphologie du breton rend disponible des suffixes d'agent, comme -ad / -iad, qui obtiennent un nom d'agent à partir d'une racine verbale. Ce suffixe forme son pluriel en -idi.

Il existe aussi un suffixe agentif qui n'est pas prononcé. La nominalisation du participe passé an daonet, 'le damné', obtient sémantiquement un nom d'agent sans dérivation en -ad / -iad.

Au pluriel cependant, c'est un pluriel de nom d'agent en -idi qui apparaît (an daonidi, 'les damnés' Vallée 1980:XX), ce qui révèle une dérivation morphologique commune.


morphème zéro des verbes infinitifs

Quelques verbes, et cela est sujet à variation dialectale, ont un suffixe verbal de l'infinitif qui est un morphème zéro, comme kousk 'dormir', que l'on trouve aussi sous la forme kousket.

Modularité

A partir des données du néerlandais, Cavirani & van Oostendorp (2019) enquêtent sur la différence entre les morphèmes sans réalisation phonétique et les morphèmes qui en plus n'ont pas de matrice phonologique.

Bibliographie

horizons comparatifs

  • Cavirani, E. and van Oostendorp, M., 2019. 'Empty morphemes in Dutch dialect atlases: Reducing morphosyntactic variation by refining emptiness typology', Glossa: a journal of general linguistics 4(1), p.88. DOI: http://doi.org/10.5334/gjgl.689.