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Une '''trace''' est une catégorie vide qui est laissée sur place sur le lieu d'origine d'un [[mouvement syntaxique]]. En (1b), l'interrogatif de temps a opéré une remontée vers la [[périphérie gauche]] de la phrase, laissant une catégorie vide dans son lieu d'extraction.
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Une '''trace''' est une [[lacune]], c'est une catégorie vide qui est laissée sur place sur le lieu d'origine d'un [[mouvement syntaxique]]. Les traces ont des propriétés syntaxiques.
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En (1b), l'interrogatif de temps a opéré une remontée vers la [[périphérie gauche]] de la phrase, laissant une catégorie vide dans son lieu d'extraction.
  
  
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== Brève histoire de la théorie ==
 
== Brève histoire de la théorie ==
  
La '''théorie des traces''' est une théorie qui postule que les [[constituants]], lorsqu'ils se déplacent, laissent une catégorie vide appelée 'trace' dans leurs positions d'origine et leurs position(s) intermédiaire(s) éventuelle(s).  
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La '''théorie des traces''' est une théorie qui postule qu'un [[constituant]], lorsqu'il se déplace dans la [[structure syntaxique]], laisse une catégorie vide appelée 'trace' dans sa position d'origine et sa ou ses position(s) intermédiaire(s) éventuelle(s).  
  
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De façon peut-être étonnante pour des éléments qui ne se prononcent pas, les traces ont d'abord été repérées par l'enquête [[phonologique]] avant qu'on saisisse leurs propriétés syntaxiques.
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   Bouchard (2019:365, 378):
 
   Bouchard (2019:365, 378):
   "Selkirk (1972) a été la première à proposer des traces pour les [[constituants]] déplacés en syntaxe. C’était pour expliquer certains phénomènes phonologiques, dont entre autres l’impossibilité de liaison en français dans des contextes où autrement on s’y attendrait. Fiengo (1974) a proposé que les traces sont des [[anaphores]], donc qu’elles sont soumises aux contraintes de localité des anaphores lexicales. Il propose d’expliquer ainsi certaines conditions de [[localité]] qui s’appliquent aux phrases avec des « trous » (Ross 1967). La [[dérivation]] de ces phrases avec des « trous » est équivalente à la dérivation de phrases avec des éléments concrets. [...]
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   "Selkirk (1972) a été la première à proposer des traces pour les [[constituants]] déplacés en syntaxe. C’était pour expliquer certains phénomènes phonologiques, dont entre autres l’impossibilité de liaison en français dans des contextes où autrement on s’y attendrait. Fiengo (1974) a proposé que les traces sont des [[anaphores]], donc qu’elles sont soumises aux contraintes de [[localité]] des anaphores [[lexicales]]. Il propose d’expliquer ainsi certaines conditions de [[localité]] qui s’appliquent aux phrases avec des « trous » (Ross 1967). La [[dérivation]] de ces phrases avec des « trous » est équivalente à la [[dérivation]] de phrases avec des éléments concrets. [...]
 
   Jaeggli (1980) a proposé d’étendre cette analyse à la contraction de ''want to'' en ''wanna'' 'vouloir' (aussi ''going to'' en ''gonna'' 'aller', ''ought to'' en ''oughta'' 'devoir'). Cette contraction est bloquée quand la trace d’un sujet intervient entre ''want'' et ''to'', comme en (37).
 
   Jaeggli (1980) a proposé d’étendre cette analyse à la contraction de ''want to'' en ''wanna'' 'vouloir' (aussi ''going to'' en ''gonna'' 'aller', ''ought to'' en ''oughta'' 'devoir'). Cette contraction est bloquée quand la trace d’un sujet intervient entre ''want'' et ''to'', comme en (37).
 
    
 
    
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Dans une étape postérieure de la théorie, la '''théorie du mouvement par copie''', on parle dans de la '''copie''' de l'élément, au lieu de sa trace. Une règle d'interface phonologique décide ensuite quelle copie de l'élément sera prononcée (canoniquement, la plus haute de la [[chaîne]]).
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Dans une étape postérieure de la théorie, la '''théorie du mouvement par copie''', on parle de la '''copie''' de l'élément, au lieu de sa trace. Une règle d'interface phonologique décide ensuite quelle copie de l'élément sera prononcée (canoniquement, la plus haute de la [[chaîne]]).
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== Bibliographie ==
 
== Bibliographie ==

Version actuelle datée du 30 juillet 2021 à 19:43

Une trace est une lacune, c'est une catégorie vide qui est laissée sur place sur le lieu d'origine d'un mouvement syntaxique. Les traces ont des propriétés syntaxiques.


En (1b), l'interrogatif de temps a opéré une remontée vers la périphérie gauche de la phrase, laissant une catégorie vide dans son lieu d'extraction.


(1)a. Tu penses que la marée était haute à trois heures.

(1)b. Quand penses-tu que la marée était haute < t >?


Brève histoire de la théorie

La théorie des traces est une théorie qui postule qu'un constituant, lorsqu'il se déplace dans la structure syntaxique, laisse une catégorie vide appelée 'trace' dans sa position d'origine et sa ou ses position(s) intermédiaire(s) éventuelle(s).

De façon peut-être étonnante pour des éléments qui ne se prononcent pas, les traces ont d'abord été repérées par l'enquête phonologique avant qu'on saisisse leurs propriétés syntaxiques.


 Bouchard (2019:365, 378):
 "Selkirk (1972) a été la première à proposer des traces pour les constituants déplacés en syntaxe. C’était pour expliquer certains phénomènes phonologiques, dont entre autres l’impossibilité de liaison en français dans des contextes où autrement on s’y attendrait. Fiengo (1974) a proposé que les traces sont des anaphores, donc qu’elles sont soumises aux contraintes de localité des anaphores lexicales. Il propose d’expliquer ainsi certaines conditions de localité qui s’appliquent aux phrases avec des « trous » (Ross 1967). La dérivation de ces phrases avec des « trous » est équivalente à la dérivation de phrases avec des éléments concrets. [...]
 Jaeggli (1980) a proposé d’étendre cette analyse à la contraction de want to en wanna 'vouloir' (aussi going to en gonna 'aller', ought to en oughta 'devoir'). Cette contraction est bloquée quand la trace d’un sujet intervient entre want et to, comme en (37).
 
 (37) Who do you want [s′ t2 [s t1 to come to the talk]]? 
 * Who do you wanna come to the talk?
 'Qui veux-tu qui vienne à la conférence?'   "


Dans une étape postérieure de la théorie, la théorie du mouvement par copie, on parle de la copie de l'élément, au lieu de sa trace. Une règle d'interface phonologique décide ensuite quelle copie de l'élément sera prononcée (canoniquement, la plus haute de la chaîne).


Bibliographie

  • Bouchard, Denis. 2019. 'La linguistique en toute simplicité / Linguistics, simply', The Canadian Journal of Linguistics / La revue canadienne de linguistique 64(2), June/juin 2019.
  • Fiengo, Robert. 1974. Semantic conditions on surface structure, Thèse de doctorat, MIT.
  • Jaeggli, Osvaldo. 1980. 'Remarks on to contraction', Linguistic Inquiry 11(1): 239–245.
  • Ross, John Robert. 1967. Constraints on variables in syntax, Doctoral dissertation. [version révisée publiée: Infinite Syntax! 1986. New York : Ablex.]
  • Selkirk, Elisabeth. 1972. The phrase phonology of English and French, Doctoral dissertation, MIT.