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Version du 22 janvier 2013 à 12:15

Tout, comme holl et rac'h, est un quantifieur universel positif, parfois quantifieur flottant.

Tout est aussi un adverbe.


Distribution

Tout se place canoniquement devant dans le groupe nominal.


(1) N'ema ket toud [DP al lorc'h ] en Pariz!
ne est pas tout le orgueil à Paris
litt. 'Tout l'orgueil ne se trouve pas à Paris!'
> (se dit à une personne immodeste.) Le Berre & Le Dû (1999:52)


Il peut alors précéder le quantifieur kement. Il peut être élidé dans le second conjoint d'une coordination.


(2) Tout kement ki ha kement kazh a oa bet d'an interamant braz.
Tout chaque chien et chaque chat R était été à le enterrement grand
'Tous les chiens et tous les chats avaient été au grand enterrement.'
Dastum, Enquête ethno-linguistique à Combrit, - 2004-12-14


'Tout' supporte l'ellipse du DP qu'il quantifie.


(3) Met m'eus disoñjet tout [an dra-se]i paotr paour, aet eo [tout _i ] deus ma spered.
mais 1SG a oublié tout le chose-ci gars pauvre allé est tout de mon esprit
'Mais j'ai oublié tout ça, mon pauvre, c'est tout parti de ma tête.'.' Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:72)


composés

(4) piz manjtout
pois mange-tout
'des haricots verts.' Riec, Bouzeg (1986:I)

Quantifieur flottant

Tout est un quantifieur flottant; il peut apparaître séparé du groupe nominal qu'il quantifie.


(5) [An dud ]i a ouie dont [ tout _ ]i da di Mémère neuze.
le gens R AUX venir tous à maison Mémère alors
'Les gens venaient alors tous chez Mémère.' Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:75-76)


C'est, en breton comme en français, un 'quantifieur flottant'. Dans une hypothèse dérivationnelle, le quantifieur apparaît sur le chemin de la montée du DP.


(6) [Ar re-mañ ]i a zo [ toud _ ] i reud pe reutoh evel an touseg pa oa tremenet an ogejou dreizañ.

'Ceux-ci sont tous plus raides (durs, fiers) les uns que les autres, comme le crapaud quand la herse lui était passée dessus (l'avait écrasée).'
Trégorrois, Gros (1984:20)


(5) [Al labourerien-douar gwechall]i a oa [toud _ ]i paour-pe-baouroh.
le travailleurs-terre jadis R était tous _ pauvre-ou-pauvre.plus
'Les cultivateurs autrefois étaient tous plus pauvres les uns que les autres.' Trégorrois, Gros (1984:70)


(6) Ne oa ket deut [ e gig ]i gantañ [ toud _ ] i, da laras-añ!
ne était pas venu son viande avec.lui tout à dit.lui
'Il n'avait pas ramené toute sa chair (il y avait laissé des plumes), comme il disait.'
Trégorrois, Gros (1984:39)


(7) Ha setu neus bet [an traou-se]i [tout _ ]i evit netra deus perzh ma zud ivez.
et voila a.3SG eu le choses-ci tout pour rien de part mon parents aussi
'Et aussi il a eu toutes ces choses là gratuitement de mes parents.'
Bas-Cornouaillais (Tréboul), Hor Yezh (1983:74)

(8) A-benn neuze e vinti debret [ toud _ ]i

'D'ici là ils seront tous mangés.'
Trégorrois, Gros (1984:312)

Adverbe

quantifieur adverbial

Le quantifieur tout est probablement de nature adverbiale, car en (1), il est utilisé avec le rannig e. Or, en dialecte léonard, le rannig e est associé aux éléments non-nominaux antéposés.


(1) [ Tout _i ] e vezonti krevet oc'h ober bourjinerezh, o klask gwelet piv eo ar c'hapaplañ.
R sont crevés P faire bêtise P chercher voir qui est le capable.le plus
'Tous se crèvent en faisant des bêtises à essayer de voir qui est le meilleur.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:160)

l'adverbe '-tout'

Il existe aussi un usage proprement adverbial de tout. Il a alors le sens d'un modificateur perfectif de type 'tout à fait', 'entièrement', complètement', absolument', 'vraiment'.

L'adverbe paraît cliticisé sur le prédicat. Ce n'est alors pas un cas de quantifieur flottant.


(1) Goude e vezont bloñset ha dibloñset tout evel-just.
après R sont tapé et /di-tapé/ tout bien.sur
'Après, ils sont meurtris bien sûr.' Léon, Mellouet & Pennec (2004:152).


(2) Tristaet-tout e oa Matriona baour o tont d'ar gêr.
Attristé-tout R était Matriona pauvre P venir à le maison
'Matriona était toute triste en rentrant à la maison.' Trégorrois (Kaouenneg)/Standard, ar Barzhig (1976:38)


(3) Skaret tout 'oa e fas.
ridé tout était son face
'Il avait le visage tout creusé, ridé.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:29)


(4) [ hònɛrhə ənɛsã tut awe laburat ]
hennezh eo an aesañ-tout evit labourat
celui.là est le facile.plus-tout pour travailler
'C'est le plus pratique pour travailler.' Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:14)


'N-tout'

L'adverbe tout est aussi utilisé dans les tournures prédicatives ci-dessous, qui signifie toujours 'recouvert(e) de', 'entièrement constitué(e) de', 'rempli(e) de':


(1) Fañch a oa deut d'ar gêr gwad-ha-labez toud.
Fañch R était venu à le maison sang-et-souillures tout
'François était revenu à la maison couvert de sang.' Trégorrois, Gros (1984:39)


(2) Sorcérés tout émèzo.
sorcière tout dit.eux
'Pure sorcellerie, disaient-ils.' Leon [Lesneven], Burel (2012:34)


  • Hudurnez toud e oa honnez.
'Celle-là était toute saleté (était dégoutante).', Trégorrois, Gros (1984:48)


  • Patatez toulloù toud a ya an hanter anezho da goll.
'des pommes de terres toutes en trous (pleines de trous) dont la moitié va se perdre.'
Trégorrois, Gros (1984:48)
  • vhɑ̃nk tout, vhrédon tout, gwad tout.
'couvert de boue, très joyeux, couvert de sang.', Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:51)

horizons comparatifs

De tels usages adverbiaux de tout trouvent des parallèles frappants non seulement en français de Basse-Bretagne (cf. bretonnismes), mais aussi en français québécois et en français classique.

En Québécois, l'adverbe se prononce /tut/, comme en français standard le quantifieur 'toute' au féminin.

J'étais toute seule pour tout /tUt/ m'occuper de tout.
Il a tout vu le groupe.
J'ai tout vu construire ça.
J'ai tout fait les hôpitaux, monsieur...
J'avais tout laissé mes amis à la campagne., français de Montréal, Lemieux & al. (1985:50-52)
J'ai tUt poussé les chariots pendant 30 minutes.
J'ai tUt frappé les chiens pendant 30 minutes., Burnett (2010)

Des exemples du français classique sont rapportés dans Lemieux & al. (1985):

Maudits gamins, ils ont tout déchiré leur fond de culotte., (cité dans Andersson 1961:260)
Tu vas tout faire des saletés., (cité dans Damourette et Pichon)
Cependant que le jeusne enrouille tout nos dents., (cité dans Damourette et Pichon)


En français de Basse-Bretagne, l'adverbe peut apparaître après le verbe (contrairement au préfixe sémantiquement équivalent peur- en breton).

Jean, chez nous, a koagué tout sa voiture
> Notre Jean a entièrement cabossé sa voiture., français de Basse-Bretagne, Lossec (2010:44)

ha-tout

En composé avec la marque de coordination ha, l'adverbe tout obtient parfois le sens de 'déjà' en Haute-Cornouaille, "alors qu'il signifie plutôt ailleurs 'et tout', 'y compris'" (Favereau 1997:§308).

Interet ha-tout 'oa, 'Il était déjà enterré'
traou prest ha-tout, '(du) tout prêt'
Aï ha-tout oc'h?, 'Vous êtes dèjà prêt?', Favereau (1997:§308)


Cependant, le sens de 'y compris' est aussi présent en Haute-Cornouaille.


(1) avalou-douar plusk ha-tout
pommes-terre peau et tout
'des pommes de terres en robe des champs.' Riec, Bouzeg (1986:I)

Variation dialectale

voir aussi les formes holl, rac'h, et ioc'h.

Bibliographie

  • Andersson 1961. Nouvelles études sur la syntaxe et la sémantique du mot tout, Lund, Carl Bloms Boktryckeri, A.-B.
  • Andersson 1954. Études sur la syntaxe et la sémantique du mot tout, Lund, Carl Bloms Boktryckeri, A.-B.
  • Burnett, Heather 2010. 'Floating Quantifiers and the Structure of Telic Predicates in Québec French', présentation à Going Romance, Leiden.
  • Lemieux, M., M. Saint-Amour et D. Sankoff. 1985. '/tUt/ en français de Montréal: un cas de neutralisation morphologique', Les tendances dynamiques du français parlé à Montréal, Collection Langues et Société, Gouvernement du Québec, tome 2, pp. 7-90.
  • Parent, François. 2000. 'Analyse et classement du mot TOUT en sémantique grammaticale', Langues et Linguistique 26:73-105.