Suffixe verbal de l'infinitif : Différence entre versions

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L'inverse n'est pas vrai, puisqu'en trégorrois parlé il existe des suffixes sans nasales. [[Gros (1966)|Gros (1966]]:25) considère que "les terminaisons varient beaucoup. A Trédrez même on dit: ''[[meskañ|meska]]'' et ''meski'' 'mêler', ''lared'' et ''[[lavarout|laroud]]'' 'dire', ''[[lammat|lamped]]'' et ''lampoud'' 'sauter', ''[[gourvez]]'' et ''gourvenn'' 's'étendre', ''[[terriñ|terri]]'' et ''torri'' 'casser', ''roi'' et ''[[reiñ|rei]]'' 'donner', etc."
 
 
  
 
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[[Madeg (2013)|Madeg (2013]]:14) signale comme une faute de néo-brittophones l'usage du verbe infinitif ''lavaret a ra'' sous la forme avec désinence élidée ''lavar a ra''. Cependant, cela ne peut pas être vrai pour les verbes qui n'ont de toute façon pas de suffixe verbal de l'infinitif (ou un morphème zéro), comme les verbes du cornouaillais mentionnés par Trépos et [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:300). La structure informationnelle devrait aussi être renseignée: dans l'exemple de Trépos en (2), il est aussi possible que le [[focus]] [[contrastif]] joue un rôle, mais ce n'est clairement pas toujours le cas.
  
 
   
 
   
 
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* '''''Gall''' a ra etre 30.000 ha 40.000 den bezañ taolet maez eus o lojeiz'',
 
* '''''Gall''' a ra etre 30.000 ha 40.000 den bezañ taolet maez eus o lojeiz'',
: 'Entre 30.000 et 40.000 personnes peuvent être expulsées de chez elles.', radio FBBI [https://www.francebleu.fr/infos/societe/sikour-kentoc-h-evit-skarzhan-dud-eus-o-lojeiz-1459540915 04/2016]
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* '''''Gall''' a ran mont d'ober titich ?'''Est-ce que je peux aller aux toilettes ?'
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: '''''Gall''' a ran echuiñ un dresadenn ?'', 'Est-ce que je peux terminer un dessin ?'
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* '''''Gall''' a ran mont d'ober titich ?''
::::: phrases d'exemples du breton utilisé en maternelle, [http://maternelleblognotesplouha.blogspot.fr/2012/03/petit-lexique-sonore.html école de Plouha 2017].
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: 'Est-ce que je peux aller aux toilettes ?'
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::: breton utilisé en maternelle, [http://maternelleblognotesplouha.blogspot.fr/2012/03/petit-lexique-sonore.html école de Plouha 2017].
 
* ''Ha '''gall'''' a ran implij ur film er skol?''
 
* ''Ha '''gall'''' a ran implij ur film er skol?''
: 'Puis-je utiliser un film à l'école?', site ''Breizh Vod'', 02/2017
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: 'Puis-je utiliser un film à l'école?'
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::: site ''Breizh Vod'', 02/2017
  
  

Version actuelle datée du 21 novembre 2021 à 14:42

Le suffixe verbal de l'infinitif est la désinence qui le fait reconnaître comme un verbe infinitif. Il y a une variation d'ordre dialectal, mais il y a aussi quelques formes de suffixes qui sont déterminées par le placement syntaxique du verbe.


Inventaire

suffixes à contenu sémantique

Les suffixes verbaux à contenu sémantique sont en fait des verbes légers, des verbes qui ont des propriétés clitiques. Ils ont un sens lexical saisissable, constant.

  • le suffixe -a, qui s'affixe sur des noms et donne sur pluriel les finales en -eta et -aoua et sur diminutif la finale en ika.


Le contenu sémantique peut aussi se trouver dans la possibilité d'alternance entre deux suffixes verbaux. Selon Vallée (1980:XXIII), qui n'en fournit pas d'exemple, les verbes qui ont alternativement une finale en -a et une finale en -i attachent la première à un sens actif, et la seconde à un sens "neutre".


suffixe infinitif par défaut

Ces suffixes infinitivaux marquent uniquement la catégorie syntaxique de leur hôte comme verbale. On peut lister les suffixes -al, -añ, -ek, -el, -en, -ezh, et -i/-iñ.

dimension dialectale

cartes de l'ALBB

Le choix de l'un ou l'autre suffixe pour un verbe donné est révélateur du dialecte utilisé, mais c'est rarement le cas qu'un suffixe est exclusif d'un dialecte. L'ALBB documente la variation dialectale de différentes terminaisons infinitives. Les différentes formes des suffixes de l'infinitif sont détaillées dans Ernault (1899).


(2) carte 032: traduction de 'vivre' carte 158: traduction de '(se) marier'
carte 161: traduction de 'descendre' carte 162: traduction de 'dépenser'
carte 166: traduction de 'devoir (de l'argent)' carte 167: traduction de 'abattre (l'arbre)'
carte 170: traduction de 'montrer' carte 188: traduction de 'boire'
carte 204: traduction de 'pouvoir' carte 207: traduction de 'appeler'
carte 234: traduction de 'savoir' carte 260: traduction de 'hennir'
carte 271: traduction de 'faire' carte 275: traduction de 'pleurer'
carte 276: traduction de 'attendre' carte 280: traduction de 'lutter'
carte 286: traduction de 'laver' carte 303: traduction de 'dés/habiller'
carte 308: traduction de 'aboyer' carte 311: traduction de 'secouer'
carte 321: traduction de 'suivre' carte 336: traduction de 'suer'
carte 339: traduction de 'siffler' carte 340: traduction de 'mâcher'
carte 340: traduction de 'chasser' carte 360: traduction de 'trouver / avoir'
carte 379: traduction de 'marcher' carte 400: traduction de 'tomber'
carte 408: traduction de 'parler, causer' carte 417: traduction de 'mordre'
carte 422: traduction de 'tuer' carte 425: traduction de 'ôter'
carte 429: traduction de 'lâcher' carte 437: traduction de 'briller, luire'
carte 474: traduction de 'aller'


Les cartes 493, traduction de 'voler (d'un oiseau)' et 513, traduction de 'pêcher (sens religieux)' concernent uniquement le vannetais.


notes dialectales

Dans la classe des infinitifs sans contenu sémantique particulier, Le Gléau (1973:§44) note que la désinence -iñ est toujours correcte et particulièrement fréquente en dialecte vannetais."

Selon Goyat (2012:268), tous les infinitifs ayant la désinence nasale /-ã/ dans le Trégor se terminent à Plozévet par /-a/.

 Le Brigant (1779:29): 
 "Les Infinitifs en an & au in en Tréguier se prononcent en Léon en a & en i en Cornouailles ou en Quimper en o & en Vannes ein [...] & en eign. 
 Exemple : canan & meulin en Tréguier 'chanter & louer' 
 en Léon cana & meule 
 en Quimper cano & meulo 
 & dans le diocèse de Vannes canein & meuleìn, caneign & meuleign.

L'inverse n'est pas vrai, puisqu'en trégorrois parlé il existe des suffixes sans nasales. Gros (1966:25) considère que "les terminaisons varient beaucoup. A Trédrez même on dit: meska et meski 'mêler', lared et laroud 'dire', lamped et lampoud 'sauter', gourvez et gourvenn 's'étendre', terri et torri 'casser', roi et rei 'donner', etc."

-et

La carte 234 de l'ALBB pour la traduction de 'savoir' et la carte 188 pour celle de 'boire' suggèrent que les formes infinitives en -et sont de type vannetais.

Selon Konan (2017:261), le suffixe infinitif en -et est un trait du trégorrois parlé. Il ne fournit pas de contexte syntaxique et illustre par les exemples gwelet 'voir', sellet 'regarder', klevet 'entendre' et lavaret 'dire'. En trégorrois parlé, Gros (1966:25) donne comme équivalents lamped et lampoud 'sauter' comme lared et laroud 'dire' (il utilise aussi lavared).

On trouve des exemples d'infinitifs en -et hors du vannetais et du trégorrois.


(3) Soñj 'm-eus kleved ma zud o lared...
pensée R.1SG-a entendre mon2 parents à4 dire
'Je me rappelle entendre mes parents dire....'
Uhelgoat, Skragn (2002:56)


-o

Certains suffixes sont spécifiques à un dialecte, comme le suffixe -o en cornouaillais de l'Est (Naoned 1952:60 pour Scaër/Guiscriff, qui considère que c'est dans cette variété le suffixe le plus répandu). La carte 307 de l'ALBB, documente la variation des traductions pour 'de la graine de carotte, la graine, semer'. On trouve partout en KLT des formes en -añ (hadañ), en vannetais des formes en -eiñ (hadeiñ), et entre les deux en cornouaillais de l'Est des formes en -o (hado). Pour une analyse du suffixe -o dans différentes cartes de l'ALBB, se reporter à Falc'hun (1981:391-404).


(4) Just 'oa bet din kouezho.
juste était été à.moi tomber
'J'ai failli tomber.'
Cornouaillais de l'Est (Riec), Bouzeg (1986:25)


(5) Den ne faotfe dehoñ e(w)o ha bleniañ 'sames.
humain ne1 faudrait à.lui boire et conduire ensemble
'On/personne ne devrait pas boire et conduire en même temps.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016)


(6) Kleo 'rit nan mennek 'tigoueho.
entendre R faites un quelconque à4 arriver.
'Vous entendez quelqu'un arriver.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016)


(7) ... [ poˈgɐʁ ˈbʁɑ᷉ ku ve gwɛs de ˈgweo]
peogwir brankoù (a) vez gouest da gouezhañ.
car branches est capable de1 tomber
'...parce que des branches pourraient tomber.'
Cornouaille (Briec), Noyer (2019:251)


 Le Rol (2013:167):
 "Meur a dibenn anv-verb en o a zo en dastumadenn an Itron de Saint-Prix (15 skouer e Kontadenn Koathaleg Kervinou, hep kontañ ar skouerioù a gaver e 12 kanaouenn etre an daou dornskrid pennañ : evo, scrivo, diwisquo,…), da lâret eo, e klot an dibenn-se gant un takad eus ar brezhonegva nemetken (deuet eo an dibenn -o-mañ eus emdroadur an henvrezhoneg -om, goude bezañ tremenet dre -off e krennvrezhoneg ha bezañ bet kollet er brezhoneg modern)."


Le morphème vide de l'infinitif

L'hypothèse est qu'il existe un morphème zéro, c'est-à-dire un morphème qui est présent syntaxiquement mais qui n'est pas prononcé. On peut étudier et caractériser les environnements syntaxiques où il apparaît, et la distribution dialectale de son alternance avec des morphèmes réalisés.

Le Gléau (1973:§44) considère que les infinitifs radicaux sans désinence sont "usuels dans tous les parlers, on les emploie surtout lorsque la valeur nominale domine: élément d'un nom composé; élément de la conjugaison périphrastique; infinitif après préposition; infinitif après préfixe". La variation est aussi dialectale.


verbes sans suffixe aucun en Cornouaille

Le suffixe de l'infinitif peut avoir disparu complètement dans certaines variétés. Selon Trépos (1957:33), certains infinitifs au sud-ouest de Quimper n'ont ainsi pas du tout la possibilité de recevoir de suffixe réalisé.


(1) /be/ beza 'être'
/ɡul/ goulenn 'demander'
/ɡɥɛl/ gweled 'voir'
/klew/ klevud 'entendre'
/lak/ lakad 'mettre'
/la:r/ lared 'dire'
/sɛl/ selled 'regarder'
/sõ:n/ son, seni 'sonner, jouer de la musique'
Trépos (1957:33), Goyat (2012:268)


(2) Rankon ked lar ar pedennou, petramant be rankon lar ?

'Je ne dois pas dire les prières, ou bien faut-il que je les dise?'
Goyat (2012:344)


-out vs.

En (3), la désinence verbale standard du verbe 'regarder' serait réalisée -out (sellout).


(3) sell deus 'nan bennak bac'h ha bac'h
regarder à un quelconque fermé? et fermé?
'regarder quelqu'un bouche bée.'
Cornouaillais (Riec), Bouzeg (1986:II)


(4) Klev anezhi o lar m'eus graet vat, o ya.
entendre P.elle à4 dire 1SG'a fait cependant oh oui
'Mais je l'ai entendue raconter, ça oui.'
Bas-cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:13)


-iñ, -al vs.

En (5), la désinence verbale standard du verbe '(se) noyer' serait réalisée -iñ (beuziñ) et la désinence verbale standard du verbe 'nager' serait réalisée -al (neuial).


(5) Etre veui ha neui ema.
entre noyer et nager est
litt. 'Il est entre noyer et nager.' > 'Il est entre la vie et la mort.'
Le Berre & Le Dû (1999:80)


(6) [ Setu unan, ] ar gwad é tiver a-zoc'htoñ.
voici un le sang à4 couler de.lui
'En voici un qui saigne.'
Vannetais, Herrieu (1994:92)

-et vs.

Le verbe kousk 'dormir' se trouve aussi sous la forme infinitive kousket.

Asymmétries de la conjugaison analytique

morphème vide

Le morphème vide de l'infinitif verbal peut ne pas être licite dans tous les environnements syntaxiques. On trouve en particulier régulièrement des formes abrégées sans suffixe de l'infinitif dans la forme de conjugaison analytique en ober.


(1) Sant' rit 'n douar ' kreno.
sentir faites le terre à4 trembler
'Vous sentez la terre qui tremble.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016)


Madeg (2013:14) signale comme une faute de néo-brittophones l'usage du verbe infinitif lavaret a ra sous la forme avec désinence élidée lavar a ra. Cependant, cela ne peut pas être vrai pour les verbes qui n'ont de toute façon pas de suffixe verbal de l'infinitif (ou un morphème zéro), comme les verbes du cornouaillais mentionnés par Trépos et Goyat (2012:300). La structure informationnelle devrait aussi être renseignée: dans l'exemple de Trépos en (2), il est aussi possible que le focus contrastif joue un rôle, mais ce n'est clairement pas toujours le cas.


(2) Lavar a ra, ober ne ra ket.
dire R fait faire ne fait pas
'Il dit, il ne fait pas.'
Trépos (2001:351)


(3) Gall a ran echuiñ un dresadenn ?
pouvoir R fais finir un 1form.issement
'Est-ce que je peux terminer un dessin ?'
breton utilisé en maternelle, école de Plouha 2017


  • Med lar a rankoñ geriou galleg deo touez...
'Mais il me faut aussi employer des mots français.'
Goyat (2012:344)
  • Gall a ra etre 30.000 ha 40.000 den bezañ taolet maez eus o lojeiz,
'Entre 30.000 et 40.000 personnes peuvent être expulsées de chez elles.'
radio FBBI 04/2016
  • Gall a ran mont d'ober titich ?
'Est-ce que je peux aller aux toilettes ?'
breton utilisé en maternelle, école de Plouha 2017.
  • Ha gall' a ran implij ur film er skol?
'Puis-je utiliser un film à l'école?'
site Breizh Vod, 02/2017


-ein en vannetais

 Châtelier (2016:219):
 "dans les traductions de Marion comme dans celles de Sévéno, toute marque de l'infinitif du verbe subit une sorte de normalisation et tend à devenir -ein en position préverbale dans les conjugaisons analytiques."

A ne pas confondre

-o optatif

Dans tous les dialectes, le verbe a une désinence en -o après la particule optative anciennement do que l'on trouve encore en breton moderne dans quelques expressions gelées (Doue d'ho pennigo, Loth 1888c). Il ne s'agit pas d'un infinitif mais du suffixe -o du futur 3SG associé à cette particule optative.


-et du participe

On peut signaler, à cause des risques de confusion avec le suffixe -et du participe passé, la désinence en -et qui existe sur certains verbes infinitifs.


(3) Nitra e oé ou kuelet én devalen.
rien R était les voir.INF dans.le colline
'It was nothing to see them going downhill.'
Vannetais, Guilloux (1992:45)


Diachronie

Le Glossaire du Chevalier Arnold von Harff en 1499, offre quelques phrases de vannetais médiéval récoltées à Nantes où on relève des formes de suffixation verbale infinitive en -it (dribit 'manger', hisit 'boire') et en -et (gorwet, 'dormir').

L'abbé Jean Marion, à propos de l'orthographe du haut-vannetais, dit devoir utiliser des accents pour distinguer cousquèt de l'infinitif de cousquét du participe, et cousquet de l'impératif (Le Goff 1908:19, cité dans Châtelier 2016:30).


Le suffixe celtique insulaire *‑mā précédé de différentes voyelles a donné différents suffixes de noms verbaux ou d'infinitifs.


(4) suffixe celtique insulaire > nom verbal
*‑ī‑mā > breton ‑in moyen cornique ‑y, ‑i gallois ‑i,
*‑ā‑mā > vieux cornique ‑e gallois ‑aw
*‑ă‑mā > breton ‑aff, ‑an
*‑ū‑mā > gallois ‑u
*‑o‑mā > vieux breton ‑om
breton -o Irslinger (2014:84)


Le suffixe celtique insulaire *‑mā peut être reconstruit comme féminin (sur la base de ses mots apparentés en vieil irlandais). En gallois, breton et cornique modernes cependant, les suffixes productifs pour former les noms verbaux ou les infinitifs sont masculins (Irslinger 2014:84).

Bibliographie

breton

  • Falc'hun, F. 1981. 'Chapitre XIX. 'Les désinences d'infinitif. Réfections cornouaillaises', Perspectives nouvelles sur l'histoire de la langue bretonne, Riwanon Jaffrès et Alain Le Guyader (dir.), série La Nation en Question, Paris, Union Générale d'Éditions, 375-384.
  • Falc'hun, F. 1981. 'Chapitre XXI. 'Les infinitifs en -o', Perspectives nouvelles sur l'histoire de la langue bretonne, Riwanon Jaffrès et Alain Le Guyader (dir.), série La Nation en Question, Paris, Union Générale d'Éditions, 391-404.


horizons comparatifs

  • Schumacher, Stefan. 2000. The historical morphology of the Welsh verbal noun, (Maynooth Studies in Celtic Linguistics IV) Maynooth: Department of Old Irish, National University of Ireland.