Structure applicative : Différence entre versions

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La projection applicative peut ainsi transformer un [[argument]] [[oblique]] (autorisé [[rôle thématique|thématiquement]] et [[système casuel|casuellement]] par une [[préposition]]) en un [[argument]] [[cas direct|direct]] (autorisé par la tête applicative dans la structure qui lui fournit un [[cas direct]]).
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Cette alternance est illustrée par les verbes [[ditransitifs]] de l’anglais (''He gave a cake '''to me'''.'' > ''He gave '''me''' a cake.'', ‘Il m’a donné un gâteau’).
  
Cette alternance est illustrée par les verbes [[ditransitifs]] de l’anglais ( ''He gave a cake '''to me'''.'' > ''He gave '''me''' a cake.'', ‘Il m’a donné un gâteau.’).
 
  
 
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Selon d’autres traditions un argument peut être généré indépendamment dans la structure, et la fonction de la tête applicative peut uniquement être de l’autoriser syntaxiquement.
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Par exemple dans le cas des verbes [[ditransitifs]], l’objet indirect est généré à l’intérieur de la structure verbale (en [[spécifieur]] de [[VP]]). Cet objet indirect est autorisé syntaxiquement comme un argument direct par la tête applicative ‘’Appl’’, soudée plus haut dans la structure.
 
Par exemple dans le cas des verbes [[ditransitifs]], l’objet indirect est généré à l’intérieur de la structure verbale (en [[spécifieur]] de [[VP]]). Cet objet indirect est autorisé syntaxiquement comme un argument direct par la tête applicative ‘’Appl’’, soudée plus haut dans la structure.
  
* [<sub>ApplP</sub>    Appl  [<sub>[[VP]]</sub>    objet indirect [ verbe  objet direct ]]]
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* <font color=green>[<sub>ApplP</sub></font color=green>    Appl  <font color=green>[<sub>[[VP]]</sub></font color=green>    objet indirect <font color=green>[</font color=green> verbe  objet direct <font color=green>]]]</font color=green>
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- une relation entre un individu et un évènement (tête applicative haute), ou  
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Sémantiquement, une tête applicative haute relie entre eux un [[argument]] et un évènement. Elle obtient une [[relation thématique]] propre au verbe (Pylkkänen 2002, 2008).
 
Sémantiquement, une tête applicative haute relie entre eux un [[argument]] et un évènement. Elle obtient une [[relation thématique]] propre au verbe (Pylkkänen 2002, 2008).
  
* ‘’tête applicative haute’’
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: [<sub>ApplP</sub>    [[bénéfactif]] / locatif  [<sub>Appl’</sub> Appl  [<sub>[[VP]]</sub>    verbe  nom  ]]] Pylkkänen (2002)
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* ''tête applicative haute'', Pylkkänen (2002)
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Sémantiquement, une tête applicative basse relie deux arguments entre eux, et obtient une relation de transfert de possession (Pylkkänen 2002, 2008).
 
Sémantiquement, une tête applicative basse relie deux arguments entre eux, et obtient une relation de transfert de possession (Pylkkänen 2002, 2008).
  
* ‘’tête applicative basse’’
 
: [<sub>[[VP]]</sub>  VERBE  [<sub>ApplP</sub>  NOM POSSESSEUR  [<sub>Appl’</sub> Appl  NOM THEME]]]
 
  
Un exemple serait en anglais ‘’I baked ‘’’him’’’ a cake’’ (Pylkkänen 2008:13).
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* ''tête applicative basse''
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: <font color=green>[<sub>[[VP]]</sub></font color=green>  verbe  <font color=green>[<sub>ApplP</sub></font color=green>  nom possesseur  <font color=green>[<sub>Appl’</sub></font color=green> Appl  nom thème <font color=green>]]] </font color=green>
  
== en breton ==
 
  
En breton, [[Jouitteau & Rezac (2006)| Jouitteau & Rezac (2006]], [[Jouitteau & Rezac (2008)|2008]], [[Jouitteau & Rezac (2009)|2009]]) proposent que le verbe ‘’[[kaout]]’’, ‘avoir’, contient une projection applicative basse, mettant en relation le nom possesseur et le thème ‘possédé’.
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Un exemple serait en anglais ''I baked '''him''' a cake'' (Pylkkänen 2008:13).
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== En breton ==
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En breton, [[Jouitteau & Rezac (2006)| Jouitteau & Rezac (2006]], [[Jouitteau & Rezac (2008)|2008]], [[Jouitteau & Rezac (2009)|2009]]) proposent que les formes analytiques du verbe ''[[kaout]]'', ‘avoir’, contiennent une projection applicative basse, mettant en relation le nom [[possesseur]] et le thème ('possédé').
  
 
Dans leur analyse, la présence structurale de la projection applicative est l’élément crucial qui distingue la structure qui utilise le verbe ‘être’, ''X être à Y'', représentée par le dialecte vannetais, des formes plus analytiques où émerge réellement un verbe de type ‘avoir’ ''Y a X''.   
 
Dans leur analyse, la présence structurale de la projection applicative est l’élément crucial qui distingue la structure qui utilise le verbe ‘être’, ''X être à Y'', représentée par le dialecte vannetais, des formes plus analytiques où émerge réellement un verbe de type ‘avoir’ ''Y a X''.   
  
Ils proposent, indépendamment, que la tête applicative est épelée ''eus'' dans le complexe verbal, un morphème homophone de la préposition ''[[eus]] '' de provenance.  
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Ils proposent, indépendamment, que la [[tête]] applicative est épelée ''eus'' dans le complexe morphologique du verbe ''[[kaout]]'', un [[morphème]] [[homophone]] de la préposition ''[[eus]] '' de provenance.
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== Bibliographie ==
 
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* Pylkkänen, Liina. 2002. ''Introducing Arguments'', Ph.D. Thesis. MIT. Cambridge, MA.  
 
* Pylkkänen, Liina. 2002. ''Introducing Arguments'', Ph.D. Thesis. MIT. Cambridge, MA.  
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* Maria Polinsky. 2013. 'Applicative Constructions', Dryer, Matthew S. & Haspelmath, Martin (éds.), ''The World Atlas of Language Structures Online'', Leipzig: Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology.([http://wals.info/chapter/109 page web], consulté le 16/01/2014)
  
  
 
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Version actuelle datée du 13 juillet 2018 à 15:43

Les structures applicatives ont un rôle à la fois sémantique et syntaxique.

Syntaxe

Syntaxiquement, la fonction d’une tête applicative est d’autoriser un argument dans la structure.

La projection applicative peut ainsi transformer un argument oblique (autorisé thématiquement et casuellement par une préposition) en un argument direct (autorisé par la tête applicative dans la structure qui lui fournit un cas direct).

Cette alternance est illustrée par les verbes ditransitifs de l’anglais (He gave a cake to me. > He gave me a cake., ‘Il m’a donné un gâteau’).


site d’origine de l’argument

Selon Pylkkänen (2002), l’argument est généré dans le spécifieur de la tête applicative qui l’autorise.


Selon d’autres traditions, un argument peut être généré indépendamment dans la structure, et la fonction de la tête applicative peut uniquement être de l’autoriser syntaxiquement.


Par exemple dans le cas des verbes ditransitifs, l’objet indirect est généré à l’intérieur de la structure verbale (en spécifieur de VP). Cet objet indirect est autorisé syntaxiquement comme un argument direct par la tête applicative ‘’Appl’’, soudée plus haut dans la structure.

  • [ApplP Appl [VP objet indirect [ verbe objet direct ]]]


Sémantique

Sémantiquement, une tête applicative opère le lien entre un argument et un autre élément. Elle dénote:

- une relation entre un individu et un évènement (tête applicative haute), ou
- une relation entre un individu et un autre individu (tête applicative basse).


tête applicative haute

Sémantiquement, une tête applicative haute relie entre eux un argument et un évènement. Elle obtient une relation thématique propre au verbe (Pylkkänen 2002, 2008).


  • tête applicative haute, Pylkkänen (2002)
[ApplP bénéfactif / locatif [Appl’ Appl [VP verbe nom ]]]


tête applicative basse

Sémantiquement, une tête applicative basse relie deux arguments entre eux, et obtient une relation de transfert de possession (Pylkkänen 2002, 2008).


  • tête applicative basse
[VP verbe [ApplP nom possesseur [Appl’ Appl nom thème ]]]


Un exemple serait en anglais I baked him a cake (Pylkkänen 2008:13).

En breton

En breton, Jouitteau & Rezac (2006, 2008, 2009) proposent que les formes analytiques du verbe kaout, ‘avoir’, contiennent une projection applicative basse, mettant en relation le nom possesseur et le thème ('possédé').

Dans leur analyse, la présence structurale de la projection applicative est l’élément crucial qui distingue la structure qui utilise le verbe ‘être’, X être à Y, représentée par le dialecte vannetais, des formes plus analytiques où émerge réellement un verbe de type ‘avoir’ Y a X.

Ils proposent, indépendamment, que la tête applicative est épelée eus dans le complexe morphologique du verbe kaout, un morphème homophone de la préposition eus de provenance.


Bibliographie

  • Emonds, Joseph and Rosemarie Whitney. ‘double object constructions’, The Blackwell Companion to Syntax, chap 21.
  • Jouitteau, M. et M. Rezac. 2008. ‘From mihi est to have across Breton dialects’, Paola Benincà, Federico Damonte and Nicoletta Penello (eds.), Proceedings of the 34th Incontro di Grammatica Generativa, Unipress, Padova, special issue of the Rivista di Grammatica Generativa, vol. 32., 161 - 178. texte en ligne
  • Pylkkänen, Liina. 2008. Introducing Arguments, MIT Press, Cambridge, MA.
  • Pylkkänen, Liina. 2002. Introducing Arguments, Ph.D. Thesis. MIT. Cambridge, MA.
  • Maria Polinsky. 2013. 'Applicative Constructions', Dryer, Matthew S. & Haspelmath, Martin (éds.), The World Atlas of Language Structures Online, Leipzig: Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology.(page web, consulté le 16/01/2014)