Pronoms objet proclitiques : Différence entre versions

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En breton moderne, le [[objet postverbal d'un impératif|pronom objet d'un verbe impératif]] est postverbal, au [[cas direct]] (''Selaouit-he'', 'Écoutez-la'). La forme proclitique peut cependant apparaître sur un verbe impératif avec [[la négation]].  
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[[Kervella (1995)|Kervella (1995]]:§429) utilise des pronoms objets proclitiques sur des verbes impératifs sans la négation (''Va selaouit!'', 'Écoutez-moi!'), mais il note que les formes de troisième [[personne]] (3SG masculin ''e'', féminin ''he'' et neutre ''hen'', ainsi que 3PL ''o''), y sont nettement plus rares.
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[[Kervella (1995)|Kervella (1995]]:§429) utilise des pronoms objets proclitiques sur des verbes impératifs sans la négation (''Va selaouit!'', 'Écoutez-moi!'), mais il note que les formes de troisième [[personne]] (3SG masculin ''e'', féminin ''he'' et neutre ''hen'', ainsi que 3PL ''o'') y sont nettement plus rares.
  
 
=== verbe 'avoir' ===
 
=== verbe 'avoir' ===

Version du 12 décembre 2014 à 11:06

Un pronom de fonction objet ne peut pas rester isolé dans le champ du milieu. Ou bien le pronom objet est intégré dans une préposition support: a (ac'hanon, anezhi, etc.), ou bien il apparaît comme un proclitique sur le verbe lexical.

Forme ancienne, le pronom objet proclitique est prototypique des variétés modernes conservatrices du breton : le standard, le léonard et le vannetais actuels. Puisqu'elle est présente dans les proverbes et chansons, cette forme est aussi connue des autres dialectes. Les dialectes et les locuteurs varient dans leur utilisation de l'une ou l'autre stratégie.


Morphologie

variation dialectale

Certaines formes n'apparaissent aussi que dans un dialecte particulier, comme man, mam en vannetais (cette nasalisation du pronom 1SG s'y retrouve dans le paradigme des déterminants possessifs).


(1) Ma ferson a lâre din tuchantik, a pa oa doc'h man deveriñ...
mon recteur R disait à.moi tout.à.l'heure.DIM quand était à 1SG V
'Mon recteur me disait tout à l'heure, quand il me donnait l'extrême onction...'
Vannetais, Ar Meliner (2009:178)


objets proclitiques vs. possessifs

Les pronoms objets proclitiques et les déterminants possessifs sont souvent dits semblables (cf. Le Roux 1957:44, Kervella 1995:§430). Leurs paradigmes sont en effet étonnamment ressemblants.


(2) Hag e komz d'in deus ar gêr, eus an aotrou person en deus va lakaet da ober va faskou.
et R parle à'moi de le foyer de le monsieur recteur R.3SG a me mis à faire mon Pâques
'Et il me parle de chez moi, du recteur qui m'a fait faire mes Pâques.'
Cornouaille (Pleyben), Ar Floc'h (1950:78)


Cependant, même s'il est vrai qu'ils empruntent massivement à la même morphologie, il existe en fait des différences syntaxiques entre les deux paradigmes.


(h)en, (h)el, (h)er

Le paradigme des proclitiques verbaux contient les formes (h)en, (h)el, (h)er, qui sont, dans tous les dialectes, absentes des paradigmes des possessifs.


(1) Ya, señorita, her gouzout a ran.
oui señorita le savoir R fais
'Oui, señorita, je le sais.' Standard, Drezen (1990:63)


morphologie

Kervella (1995:§41) mentionne que dans le proclitique objet hen, la voyelle est courte.

Selon Kervella (1995:§149), la forme hen est toujours possible quelle que soit l'initiale du verbe qui suit, sur laquelle elle ne provoque pas de mutation (d'hen kerc'hat, 'pour le chercher').

Kervella (1995:§149) note que la forme her provoque la mutation consonantique réduite K > C'H (d'her c'has, 'pour le/la envoyer'). Il ajoute que la mutation atteint aussi les initiales /X, s, f / (d'her sevel, 'pour le/la construire'). Le Bayon (1878:9) donne Ni er hlask, 'Nous le cherchons' et Ni er hâr, 'Nous l'aimons'.

Ce sont des formes pronominales neutres, c'est à dire non-marquées pour le genre. Dans certains dialectes KLT, ce sont des pronoms inanimés. Historiquement, ces formes n'étaient proclitiques que sur les verbes fléchis. En breton moderne, on les trouve sur tous les verbes: infinitifs et participes inclus.


distribution

En breton moderne, le pronom objet proclitique, dans les variétés où il est utilisé, apparaît indifféremment sur les verbes infinitifs, les verbes fléchis ou les participes. Il existe des traces de distinction entre les pronoms objets proclitiques sur les verbes tensés et sur les verbes infinitifs comme dans l'exemple de Perrot, mais elles ne sont plus sensibles en breton moderne.


(1) E dud, elec'h e gas d'ar skol, her c'hasas da zerviji da di Yan Vergas, eun dijentil pinvidik eus a Vadrid.

'Ses parents, au lieu de l'envoyer à l'école, l'envoyèrent au service de Yann Vergas, un riche gentilhomme de Madrid.'
Trégorrois, Perrot (1912:402).

Distribution

verbes tensés

(2) [ jɔ͂ ɟɥela]
me wel.
lui me voit
'Il me voit.' Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


(4) 'Dait Marivonn, dait du-mañ, pandeogwir n'am doug ket mui man divhar betagoc'h-c'hwi.'
venez Maryvonne, venez chez-moi, puisque ne me porte pas plus mon 2.jambe jusqu'à.vous-vous
'Viens Maryvonne, viens ici puisque mes jambes ne me portent plus jusqu'à toi.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:113)


(5) Bremañ n'he c'hemerin ket genoc'h.
maintenant ne la prendrai pas avec.toi
'Maintenant je ne te la prendrai pas.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:110)


participes passés

Lorsque le pronom clitique apparaît avec un temps composé, il procliticise sur le verbe lexical et non sur l'auxiliaire.


(1) Me ive am-eus he2 hanet dindan eñvor ...
moi aussi R.1SG-a la2 chanté de mémoire
'Moi aussi, je l'ai chantée de mémoire...' Léonard, (Cléder) Seite (1998:21)


(2) En tachad-mañ em boa ho kortozet arlene.
dans endroit-ci 1SG avait vous3 attendu année.dernière
'C'est ici que je t'ai attendue l'an dernier. Vannetais, Ar Meliner (2009:104)


Le proclitique et le verbe lexical forment un constituant qui peut être antéposé sans l'auxiliaire.


(3) [ E welet ] em eus _ evel m'ho kwelan.
le vu R.1SG a comme que vous3 vois
'Je l'ai vu comme je vous vois.' Standard, Kervella (2002:28)

infinitifs

(2) N'on ket evit en andur.
ne suis pas pour le supporter
'Je ne peux pas l'endurer, je l'ai dans le nez.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:31)


impératif

En breton moderne, le pronom objet d'un verbe impératif est postverbal, au cas direct (Selaouit-he, 'Écoutez-la'). La forme proclitique peut cependant apparaître sur un verbe impératif avec la négation.


(1) [ nǝ hasǝ cǝt ]
Na ma c'hasit ket.
ne me envoyez pas
‘Ne m'emmenez pas.’ Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


Kervella (1995:§429) utilise des pronoms objets proclitiques sur des verbes impératifs sans la négation (Va selaouit!, 'Écoutez-moi!'), mais il note que les formes de troisième personne (3SG masculin e, féminin he et neutre hen, ainsi que 3PL o) y sont nettement plus rares.

verbe 'avoir'

La forme proclitique peut apparaître à l'intérieur du complexe morphologique du verbe kaout, 'avoir' (voir aussi les pronoms objets postverbaux avec kaout).

restriction sur les pronoms cliticisables

objets coordonnés

Comme noté dans Cheveau (2007:207), lorsque l'objet est un groupe nominal coordonné, il n'est pas proclitique sur le verbe.

Cette propriété est caractéristique des pronoms clitiques.

sujet de causatives

C'est ce paradigme des objets proclitiques qui est utilisé pour les sujets des infinitives cliticisés sur un verbe causatif. Le paradigme des objets proclitiques comprend donc les sujets des infinitives des causatives.

Dans la structure causative ECM en (3), le verbe causatif lakaat accueille un proclitique. Cependant, ce pronom est originaire de la position sujet de l'infinitive. On voit une préposition da apparaître en tête d'infinitive.


(3) ...gouarnamant Pariz ne glask nemed eun dra: [...]
... gouvernement Paris ne1 cherche seulement un chose:
oi lakaat da [ _i gaout méz eus o yez hag euz o amzer-dremenet ].
3PL mettre à1 avoir honte de leur langue et de leur passé
'Le gouvernement de Paris ne cherche qu'une chose: leur faire avoir honte de leur langue et de leur passé.'
Léonard, (Cléder), Seite (1998:37)

Diachronie

généralisation d'un système proclitique verbal depuis le breton pré-moderne

En moyen breton, les systèmes proclitiques des verbes tensés et des verbes infinitifs étaient contrastés (Hemon 2000:§55). On distinguait d'un côté les pronoms antéposés aux verbes tensés, et de l'autre ceux antéposés aux noms ou aux verbes infinitifs (pronoms objet proclitiques et déterminants possessifs).

  • Les proclitiques des infinitifs se réalisaient comme des déterminants possessifs, avec un 3SG orthographié e ou parfois he avec une lénition sur le nom ou le verbe infinitif le suivant.
  • Les proclitiques des verbes tensés étaient réalisés de façon distincte, avec un 3SG en en, el, er ou parfois hen, hel, her.

En breton pré-moderne, en vannetais tout d'abord, puis dans les autres dialectes, cette différence s'est perdue, avec une homogénéisation de tous les paradigmes verbaux (Hemon 2000:§54;3). La frontière entre verbes tensés et verbes infinitifs s'amenuise: on se met à trouver des proclitiques en, el, er sur des verbes infinitifs, ou des formes en e sur des verbes tensés.


  • formes innovantes d'infinitifs avec (h)el, (h)er, (h)en:

(1) d-er crouguign (NG.:1535, daté de la fin du XVII° siècle)

d'el lauskein (TE..:245, daté de la fin du XVIII° siècle)
Doué e ordrén en odorein, hac er harein. (MG.:55, daté de 1790)
dinac'h ho gwir Eskob ha dont d'hen dilezæl. (FVR.:II, daté de 1847)
Her gouzout mad a rit, siouaz !, (EMG.,302 Léon, réédition 1902)


  • formes innovantes de verbe tensé avec (h)e:

(2) eun Itron ... he1 gasse dre an dorn. (BMN.:14, daté de 1879)

lod e heulie (MKRN.:95, daté de 1929)


Guillevic & Le Goff (1986:154) considèrent qu'en vannetais, la généralisation des formes nominales au système verbal tensé est allée à son terme, avec une utilisation multilatérale de la forme 3SGF prototypique des possessifs (4). Ils précisent que "les auteurs bretons du XVIII° siècle écrivent constamment dans tous ces cas."

(3) m'er guél, er guélet (Guillevic & Le Goff 1986:154)

(4) m' guél, hi des (Guillevic & Le Goff 1986:154)


Vers la même période fin XVIII°/début XIX°, les proclitiques verbaux se généralisent aussi sur les participes passés. Ceux-ci n'avaient alors pas de système proclitique, puisque l'objet d'un participe apparaissait sous la forme directe après l'auxiliaire 'avoir', comme c'est encore le cas en vannetais.

En KLT moderne, deux paradigmes de pronoms étaient empruntables et la forme en, el, er a été spécialisée en KLT aux pronoms inanimés. Les dialectes du vannetais n'ont pas opéré cette spécialisation.


animé

biskoaz n'em euz he1 welet (MBR.:164)
ind ou dehai el laqueid Pab pe Escob (Vannetais, MG.:404, daté de 1790)

inanimé

sklear avoalc'h oc'h euz hen diskoezet, (SAG.:295, daté de 1869)

impératif

Selon Hemon (2000:§54,(3)), dans tous les dialectes du breton pré-moderne sauf en vannetais, le pronom proclitique hen, hel, her pouvait être utilisé avec un impératif.

(2) her c'hredit (FVR.:34, daté de 1847)

(3) hen ententit mat (SAG.:108, daté de 1869)

Variation dialectale syntaxique

La carte 287 de l'ALBB, montre la variation dialectale de la traduction de 'me voir', avec un pronom 1SG proclitique sur un infinitif.

La carte 288 de l'ALBB montre la variation dialectale de la traduction de 'si je la voyais', avec un proclitique 3SGF sur un verbe tensé.


stratégies concurrentielles

objets postverbaux incorporés dan a

Certains dialectes préfèrent systématiquement les formes en a, eus (ac'hanon, ac'hanout...). Cependant, tout locuteur connaissant des chansons traditionnelles ou lisant le breton standard connait les formes proclitiques.


(1) Marijo neus (o frenet / prenet anezho).
Marijo a les acheté / acheté P.eux
'Marijo (les) a achetés.' Douarnenez, [HD 2010]


A Plozévet, selon Goyat (2012:136), les proclitiques ne se trouvent plus que dans des expressions gelées comme Aet eo d’e gaoud, 'Il/elle est allé(e) le trouver.'

Les variétés qui utilisent les pronoms objets proclitiques comme le léonard de 1900 connaissent aussi les formes postverbales concurrentes:


(2) Me ho faieo disul. / Disul e paeinn anezho.
moi les payera dimanche dimanche R payerai P.eux
'Je les payerai dimanche.' Léon, Constantius (1900)


ellipses de l'objet

Une stratégie alternative, qui est potentiellement soumises à variation dialectale, consiste à ne pas prononcer l'objet du tout, dans les cas d'ellipses.


(3) [ wèh h,ón tǝ l'a:r _[ø]_ tén ]
'oac'h o vont da lavar din
étiez à1 aller à dire à.moi
'Vous alliez me (le) dire.' Breton central, Humphreys (1995:393)


(4) Piou e-nevoa greet _[ø]_  ?
qui R.3SG-avait fait
'Qui l'a fait?' Trégorrois, Gros (1970:33)

cas direct

A Groix, après un infinitif, le pronom peut être au cas direct.

Bibliographie

  • Cheveau, L. 2007. Approche phonologique, morphologique et syntaxique du breton du grand Lorient, PhD. Thesis.
  • Cheveau, L. 2007b. 'The Direct Object Personal Pronouns in Lorient Area Breton', Studia Celtica 41, Cardiff: University of Wales Press.
  • Hemon, R. 1952-54. 'The Breton personal pronoun as direct object of the verb', Celtica, 2:229-244.
  • Pennaod, G. 1969. 'Diwar-benn ar raganvioù-gour 3e un. gourel ha nepreizh ha raganvioù-diskouezhañ zo.', Preder Kaier 123-124.