Progression relative

De Arbres
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La progression relative est une forme particulière d'aspect progressif, où la progression temporelle de deux propositions est gradable et coïncidente.


(1) Bep ma tostaer d'ar hreisteiz, e kav an nen ar gwiniennou stankoh.
chaque que4 proche.on à le 5Midi R4 trouve on le vign.es nombreux.plus
'Au fur et à mesure qu'on approche du Midi, les vignobles deviennent plus nombreux.'
Klerg, cité dans Merser (1963:§354)


Inventaire

 bep ma
 seul ma, seul... seul...
 a-vuzul ma
 dre ma


Sémantique

composition

La progression relative met en relation deux propositions et force la coïncidence aspectuelle et temporelle des deux. La progression relative est compatible avec les expressions de degré, dont les verbes de changement d'état ou les comparatifs, ou encore les aspects progressifs.


(2) [ betad ǝ rǝt avǝzǝl mi frasǝt ]
Betaat a rit a-vuzul m'eh vrasait.
bête.devenir R faites à-mesure que R+C grand.issez
‘Vous devenez plus bête en grandissant.’
Vannetais (Kistinid), Nicolas (2005:26)


(3) Dre ma tebran e sav naon din.
par que4 mange R monte faim à.moi
'A mesure que je mange l'appétit me vient.'
Trégorrois, Gros (1996:120)


distributivité

La distributivité est une source évidente de structures de progression relative avec le complémenteur bep ma, littéralement 'chaque que', ou avec le complémenteur seul, qui est grammaticalisé à partir d'un quantifieur distributif.


causalité + distributivité = progression relative

Les tournures en dre ma sont particulières car elles réalisent principalement une structure de causalité de type 'puisque, parce que', qui articule déjà deux propositions ('puisque l'une, donc l'autre'). C'est la lecture distributive sur le sujet de la proposition en dre ma qui peut obtenir une lecture de progression relative.

En (4), pour chaque enfant individuel, l'action d'aller travailler n'est pas progressive mais épisodique. La lecture de progression relative de type 'à mesure que...', est ici due à une distributivité du sujet pluriel ar vugale 'les enfants' qui permet une progression relative des deux propositions 'un enfant atteint l'âge X, il part travailler, un autre enfant atteint l'âge X, il part travailler, etc'. Le participe présent en grandissant de la traduction en français supporte la même lecture.


(4) Dre ma savent, ar vugale a ranke mont da c'hounit o zamm kreun e-touez an dud.
par que4 grandissaient le 1enfant.s devait aller pour1 gagner leur2 morceau grain parmi le 1gens
'En grandissant, les enfants devaient aller gagner leur vie dans le monde.'
Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:8)


affinité avec la causalité

Cette affinité avec la causalité va dans les deux sens, et on trouve en breton comme en français des utilisations de structures de progression relative pour exprimer la cause. En vannetais de Groix comme dans sa traduction en français en (5), a-vuzul 'à mesure' signifie 'dans la mesure où, 'puisque'.


(5) /e-vəzy:l ə kouXen /
à-mesure R4 vieil.l.issait
'dans la mesure où je vieillissais'
Groix, Ternes (1970:325)