Pluriel interne

De Arbres
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ce qu'on appelle un pluriel interne est la forme plurielle d'un nom lorsque la base de celui-ci alterne entre le singulier et le pluriel. Ces formes sont assez restreintes; la plupart des pluriels en breton sont dérivés par suffixation.


(1) Amañ emañ ar roer-bilhiji. < SG. roer-bilhed
ici est le donn.eur-billets
'Le distributeur de billets est là. Léon, Kervella (2009:59)


Phonologie

Phonologiquement, les pluriels internes montrent une contamination de la voyelle du suffixe final sur les voyelles du radical.

La plupart du temps, la voyelle finale contaminante est celle du morphème pluriel, mais ce n'est pas toujours le cas, comme dans porc'hell 'petit cochon', perc'hell (Vallée 1980: 'cochon').


La voyelle de la base peut ne montrer que partiellement les éléments articulatoires de la finale. Au singulier /mãnaX/ correspond le pluriel /menɛX/.


(2) Ni, Breur Arzhur, a zo da vezañ menec’h ac’hanomp…
nous Frère Arthur R est pour1 être moines P.nous
'Nous, Frère Arthur, sommes destinés à être moines.' Standard, Drezen (1990:53)


Cet effet peut être renforcé lorsque, comme dans troad, treid 'pied(s)', les voyelles sont contigües.


(3) botou-ler kaer ouz e dreid Léon (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:21)
chaussures-cuir beau à son1 pieds
'(Il avait) de belles chaussures de cuir aux pieds.'


Morphologie

finales relevées avec un pluriel interne

SG. -ar, PL. -ent

Le suffixe -ent (kar > kerent) semble toujours être associé à un pluriel interne avec modification de la voyelle de la racine.


SG. -ad, PL. -ed

(4) un dvad dved
un mouton moutons
'un mouton, des moutons' carte 111 de l'ALBB


SG. -ell > PL. -illi

Quelques pluriels internes en -illi apparaissent dans les noms suffixés en -ell (kontilli, mantilli, kestilli, Kervella 1947:§834). Seule la voyelle finale du radical peut être touchée, comme dans brezel 'maquereau' au pluriel brezili, mais aussi toutes les voyelles comme dans son alternative brizilli (Vallée 1980: 'maquereau' donne les deux formes).


(5) Krog e oar da dapout toulladou brizili.
commencé R était.IMP de1 prendre poignée.s maquereaux
'On commence à prendre de petites quantités de maquereaux.' Trégorrois, Gros (1996:111)


Avec une finale en -ell, le pluriel peut aussi être uniquement interne. Vallée (1980: 'cochon') donne porc'hell 'petit cochon' avec un pluriel en perc'hell. Ce dérivé est compatible avec des doubles pluriels en -igoù comme dans porc'hellig-gouéz, perc'helligoù-gouéz (Vallée 1980: 'marcassin').


SG. -estr > PL. -istr(i)

Le breton standard a mestr, mistri' 'maître(s)'. Le vannetais Herrieu (1974) utilise le pluriel ar vistr sans pluriel suffixal -i.


SG. -oc'h > PL. -eier

(6) Toud ar rehier a lavarfed ez int bet savet gwechall.
tout le pierres R dirait.IMP R sont été dressé autrefois
'Il a été dit que les pierres ont été dressées il y a longtemps.'
Léon, Miossec (1978:55), cité dans Urien (1989:211)


variation dialectale

Il existe une variation dialectale pour certains pluriels internes.

La carte 533 de l'ALBB documente la variation dialectale pour la traduction de 'poulette > poulettes'. On y trouve les formes enez > inizi, enizi et enezi, ainsi que poles > polezi mais aussi polizi.

La carte 536 documente le pluriel du mot composé porzh-mor pour la traduction de 'port(s) de mer'. On trouve des pluriels en -où comme des pluriels internes.


productivité restreinte

En breton, la plupart des marques de pluriel sont suffixales et il n'existe qu'une liste close de pluriels internes (pour le trégorrois, voir Le Dû 2012:41).