Petites propositions : Différence entre versions

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(verbes de perception)
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* [[Tallerman (1997)|Tallerman, Maggie. 1997]]. 'Infinitival clauses in Breton', ''Canadian Journal of Linguistics, Special issue: Topics in Celtic Syntax'', 205-233.
 
* [[Tallerman (1997)|Tallerman, Maggie. 1997]]. 'Infinitival clauses in Breton', ''Canadian Journal of Linguistics, Special issue: Topics in Celtic Syntax'', 205-233.
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=== autres langues celtiques ===
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* Chung, Sandra & James McCloskey. 1987. 'Government, Barriers, and Small Clauses in Modern Irish', ''Linguistic Inquiry'' 18:2, 173-237.
  
  

Version du 1 août 2021 à 21:46

Les petites propositions sont des structures prédicatives minimales.

Soit ces propositions n'ont pas de verbe, soit ce verbe n'est pas conjugué (propositions infinitives, participiales). En (1), o gwelout 'les voir' est une petite proposition: le verbe n'est pas conjugué, il est à la tête d'une structure qui est elle-même l'objet direct de degouezhout 'arriver'. Ce que le locuteur dit qu'il ne lui n'arrivera jamais plus est réalisé par la structure entière o gwelout 'les voir'.


(1) Biken ken ne zegouezje din o gwelout.
jamais plus ne1 arriverait à.moi [ les voir ]
'Jamais plus je n'aurais l'occasion de les voir.'
Trégorrois, Priel (1959)


Dans une petite proposition n'apparaît aucun complémenteur, ni aucun verbe tensé. Comme elles n'ont ni domaine CP ni projection tensée, elles apparaissent comme tronquées, d'où le terme de "petite proposition". L'acronyme en grammaire générative est SC pour Small Clause, une petite proposition en anglais.


Définition

Est une petite proposition toute proposition qui réalise un prédicat, mais sans projection tensée. La proposition peut contenir un verbe lexical, et même ses arguments (sujet, objet). Elle peut aussi ne contenir aucun verbe réalisé. Si elle contient un verbe, celui-ci n'est pas conjugué. C'est un verbe infinitif ou un participe.

Les petites propositions servent canoniquement en français ou en anglais comme objet d'un verbe tensé. Dans les exemples ci-dessous, le temps n'est jamais projeté.


   Robert a peint [SC la maison en bleu].
   Robert painted [SC the house blue ].
   
   Nous considérons [SC Marie intelligente ].    
   We consider [SC Mary intelligent ].
   
   Manger trop de gâteau rend [SC Alain malade ].
   Eating too much cake makes [SC me sick ].


En breton, l'usage des petites propositions est plus répandu qu'en français car la copule eo ou zo est facilement élidée. Les infinitives apparaissent aussi en matrices ou en propositions indépendantes coordonnées (cf. infinitives narratives).


Inventaire des petites propositions en breton

les propositions infinitives

Les propositions dont le verbe est à l'infinitif sont des petites propositions.


les structures aspectuelles en o

Les propositions infinitives qui débutent par la particule o sont des constituants qui contiennent de l'information aspectuelle, mais pas d'information temporelle. Ce sont des petites propositions.


les infinitives narratives

Les infinitives narratives sont des cas particuliers de propositions infinitives, car si elles ne portent pas elles-mêmes morphologiquement d'information temporelle, l'interprétation de la phrase en comprend. L'information temporelle est minimale, elle est fournie par la coordination ha(g) 'et' qui implique un temps consécutif au temps antérieurement utilisé dans la narration.

Les infinitives narratives peuvent être de taille assez importantes pour recevoir une modification aspectuelle, comme par l'adverbe prim 'prestement, rapidement'.


(2) Ha Per prim ac'hano d'ar gêr.
et [SC Pierre prestement de.y à le foyer ]
'Pierre s'en alla prestement à la maison.'
Favereau (1997:401)

les propositions participiales

Une petite proposition peut aussi avoir pour tête un participe. On l'appelle alors une proposition participiale.


(3) N'eo ket possupl, plac'h-kaezh-me! eme Seza, [SC darbet dezhi lezel da gouezhañ war grouan ar vali al liñser edo o spegañ ].

'Ce n'est pas possible, ma pauvre! dit Seza qui faillit laisser tomber le linge qu'elle était en train d'accrocher sur le gravier de l'esplanade.'
Léonard, Abeozen (1969:125)


les petites propositions prédicatives

Les petites propositions prédicatives n'ont pas de verbe réalisé du tout. Sémantiquement, elles sont équivalentes à une copule prédicative de type eo. Leur contenu sémantique est prédiqué sur une entité. Ces structures se trouvent syntaxiquement en apposition .


(4) Eur paotrig dezañ bleo melen
un gars.DIM [SC à.lui chevelure jaune ]
'Un garçon blond.' Léon, Fave (1998:60)


Syntaxe des petites propositions

les verbes qui sélectionnent une petite proposition

Certains verbes sélectionnent des petites propositions comme leur objet, direct ou indirect. Ce ne sont pas toujours les mêmes verbes à travers les langues qui sélectionnent des petites propositions: les petites propositions ne sont pas sélectionnées en breton, français et anglais par les mêmes verbes ou tournures. Kerrain (2010:75) note par exemple chez les apprenant.e.s francophones du breton une surutilisation des petites propositions « à l’anglaise ». En breton, une phrase comme I want [SC you to stay ] nécessite, comme en français, une complétive tensée.


(1) C'hoant am eus e chomfes ganin.
envie R.1SG a [CP R4 resterais avec.moi ]
'Je veux que tu restes avec moi.'
Standard, Kerrain (2010:75)


verbes de perception

Les verbes de perception peuvent sélectionner une petite proposition. En (2), le verbe sellout diouzh 'regarder' sélectionne la petite proposition infinitive ar yér é tiskrabellat al leurenn. Le complément de la préposition diouzh est la petite proposition en entier, et non ar yér, le sujet de celle-ci. S'il en était autrement, la traduction française serait Regarde les poules en grattant l'aire.


(2) Sell doc'h ar yér é tiskrabellat al leurenn.
regarde à [SC le poules à4 gratter le sol ]
'Regarde les poules qui grattent l'aire.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:57)


(3) Klevet en doa ivez kanañ ar werz-se. Standard (Dirinon), Kervella (1947:§719)
entendu 3SGM avait aussi [SC PROarbitraire chanter le 1chanson- ]
'Il avait aussi entendu chanter cette chanson.'

verbes d'état

Les verbes d'état peuvent sélectionner une petite proposition dont l'ordre sujet-prédicat est inversable.


(4) Pell e chomo (klañv) e wreg (klañv). Standard (Dirinon), Kervella (1947:§717)
longtemps R4 restera [SC malade son1 femme malade ]
'Sa femme restera malade longtemps.'


verbe kaout 'avoir'

Le verbe kaout peut aussi sélectionner une petite proposition, lorsqu'il a une valeur modale comme dans certaines expressions. En (5), la structure est compliquée par une élision du sujet de la petite proposition (boued 'nourriture').


(5) A-wechoù evit gwir n’em bije ket __ leun va c’horf. Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1985:20)
parfois pour vrai ne1'R.1SG aurait pas [SC (nourriture) plein mon2 corps ]
'Parfois réellement je n’avais pas assez à manger.'


les propositions sous ha(g)

ha(g) sujet-prédicat

L'ordre de mots sujet-prédicat est observable en matrices comme en appositives.


(2) Hag ar baotred nehet Léon (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:34)
et le 1gars gêné
'Les gars étaient bien embêtés. '


(3) Hag e chome e-giz-se div pe deir eur horolaj, ha den ebet war e dro.
et R4 restait comme.ça 2 ou1 3 heure horloge et [SC personne aucun sur1 son1 tour ]
'Et il restait deux ou trois heures comme ça sans personne autour (sans que personne ne s'en occupe).'
Léon, Mellouet & Pennec (2004:79)

ha(g) prédicat-sujet

(1) Gweled a ran ma c'hoar arru du-hont ha du barlenn he broz.
voir R fais mon2 soeur arriver/é là-bas et [SC noir devant son2 jupe ]
'Je vois venir là-bas ma sœur avec le devant de sa jupe noire.'
'(Je vois s'approcher un nuage noir.)'
Trégorrois, Gros (1970b: 'c'hoar')

setu sujet-prédicat

(1) Setu ar vrezel komañset. Léon (Plouzane), Briant-Cadiou (1998:159)
voici le 1guerre commencé
'Voilà (que) la guerre (est) commencée.'


concessives

Les subordonnées concessives utilisent de nombreuses petites propositions.


(2) goude d'ezan [SC _ eva ].
après de.lui boire
'Bien qu'il boive.'
Standard, Académie bretonne (1922:153)


(3) Ar re-he n'int ket fall evit deo [SC _ bezañ flastret un tammig.].
le ceux-ci ne sont pas mauvais pour de.eux être écrasé un morceau.DIM
'Ceux-ci ne sont pas mauvais bien qu'un peu écrasés.'
Bas-Cornouaillais (Saint-Coulitz), Kedez (2015b:10)


(4) hag [SC hen beza pinvidik ].
et lui être riche
'Bien qu'il soit riche.'
Standard, Académie bretonne (1922:153)


causatives

Les petites propositions sont courantes dans les structures causatives.


(1)... atav e tae geti ur ger fentus bennak a lakae [SC hon daeroù da sec'hiñ ].
toujours R4 venait avec.elle un mot drôle quelconque que R1 mettait notre larmes à1 sécher
'Elle avait toujours quelque mot drôle qui (nous) faisait sécher nos larmes.’
Vannetais, Meriadeg, introduction ar Meliner (2009:7)


(2) O droug-ifornañ, e reer [SC kornek ar bara ].
à4 mal-.enfourner R fait.IMP cornu le pain
'A mal enfourner, on fait des pains biscornus.'
Proverbe, Abalain (2001:120)


constructions à marquage exceptionnel de Cas

Les verbes à marquage exceptionnel de Cas (construction ECM) comme gortoz, 'attendre', assignent exceptionnellement le Cas de l'objet à l'élément sujet d'une petite proposition.


(1) Gortoz [SC anezan da zont ].
attends P.lui de1 venir
'Attends qu'il vienne.'
Standard, Académie bretonne (1922:153)


C'est le cas aussi dans ces constructions ECM en français ou en anglais.


(2) Abby a vu [SC Patrick manger le gâteau ]. (3) Abby saw [SC Patrick eat the cake ].


ordre des mots xxx

Il y a une variation dans l'ordre respectif de l'expérienceur et de l'objet (cf. ken ruz ha feskennoù ur c'houadur bihan tapet ar ruzell gantañ).


(2) ken ruz ha feskennoù ur c'houadur bihan [SC tapet gantañ ar ruzell ] Morlaix, Herri (1982:101)
tant rouge que fesses un 5enfant petit attrapé avec.lui le rouge.ole
'aussi rouge que les fesses d'un petit enfant qui a la rougeole'

Le cas du sujet de la petite proposition

Les groupes nominaux doivent passer le filtre sur le cas. Dans les domaines tensés, c'est la projection temporelle qui est responsable de l'assignation du cas au sujet. En contraste, le sujet d'une petite proposition ne peut pas recevoir de cas direct du temps de la proposition, puisque justement le temps n'est pas projeté dans ces structures. Le problème de l'assignation casuelle dans les infinitives a été étudié par Stephens (1990), Hendrick (1988), Tallerman (1997) et Jouitteau (2012b).

Il existe plusieurs stratégies pour assigner un cas à un sujet dans les domaines non-tensés.


insertion de da

Dans un premier cas, lorsque le sujet de la petite proposition est réalisé, il apparaît après une préposition assignatrice de Cas, da (Hiraezh a veze da Lola da zegouezh 'On avait hâte que Lola revienne').


(1) Hiraezh a veze dezhi da zegouezh.
nostalgie R1 y.avait [SC de.elle de1 arriver ]
'On avait hâte de la voir revenir.'
Vannetais, Ar Meliner (2009:44)


le verbe de la matrice donne son cas objet

Dans ces environnements syntaxiques, le sujet de la petite proposition reçoit son Cas du verbe tensé de la matrice. Seuls certains verbes en matrice peuvent faire cela. On les appelle les verbes à marquage exceptionnel de cas (ou construction ECM pour exceptional Case Marquing).

Empiriquement, on reconnait ces structures en breton car le sujet de la petite proposition reçoit le cas prototypique d'un objet. Lorsque le sujet de la petite proposition est un groupe nominal, il apparaît sans préposition. Lorsque le sujet de la petite proposition est un pronom, la préposition a apparaît comme support d'incorporation.


(2)a. Petra 'peus graet evit ampech (*a/*eus) Yann da evañ ?
quoi as fait pour empêcher [SC * P Yann de1 boire ]
'Qu'est-ce que tu as fait pour empêcher (*à) Yann de boire?'


(2)b. Petra 'peus graet evit ampech anezhañ / *eñ da evañ ?
quoi as fait pour empêcher [SC P.lui / lui de1 boire ]
'Qu'est-ce que tu as fait pour l'empêcher de boire?'
Plonevez du Faou, Dastum, Fer, informateur SAY 001/2003.

Sémantique

On voit souvent clairement que le temps de la petite proposition, même s'il n'est pas réalisé, est distinct sémantiquement du temps de la matrice.

La phrase en (1) est une structure ECM. Le temps du verbe de la phrase matrice (le temps de l'attente), est clairement différent du temps sémantique de la petite proposition (le temps de sa mort). Cependant, aucune morphologie temporelle ne nous le dit dans cette petite proposition. C'est toute la petite proposition qui est l'objet du verbe gortoz 'attendre' puisqu'il ne s'agit pas de l'attendre, lui, mais d'attendre le temps de sa mort.


(1) Emeur o c'hortoz [SC anezhañ da vervel ].
est.IMP à4 attendre P.lui de1 mourir
'On s'attend à ce qu’il meure.'
Standard, Kerrain (2010:75)


Ordre des mots

L'ordre des mots à l'intérieur de la petite proposition est prototypiquement [SC sujet (da) prédicat ].

L'ordre des mots diffère parfois, comme en (3). Une étude plus approfondie serait nécessaire pour comprendre, s'il s'avère qu'il s'agit bien de petites propositions, ce qui se passe dans ces structures.


Standard, Drezen (1990:34)
(2) Mont a rae [DP e sonjoù ] da vale bro, [SC dispak-bras o eskell ].
aller R1 faisait son1 pensées à1 marcher pays ouvert-grand leur2 ailes
'Ses pensées s'envolaient, les ailes grandes ouvertes (à tire d'aile).'


(3) N'ouzon ket penaoz eo chomet [SC beo ar chatal ].
N'ouzon ket penaoz eo [PredP chomet beo ] [SC ar chatal <PredP> ].
ne sais pas comment est resté vivant le bétail
'Je ne sais pas comment le bétail est resté vivant.'
(*... est resté le bétail vivant) Léon, (Cléder) Seite (1998:141)

Terminologie

En breton, Kervella (1947:§703) analyse la phrase edo an traoù o vont da fall comme impliquant comme une petite proposition (islavarenn degouezh): la projection aspectuelle o vont da fall, argument de la copule. Le terme correspondant à 'proposition infinitive enchâssée' est islavarenn anv-verb (Kervella 1947:§703).

Kervella (1947:§725) utilise le terme de islavarenn diglok pour les participiales, lavarennoù anv-gwan-verb.

Les phrases prédicatives sans verbe de type hag hi kuit sont référencées dans TES (1990) sous le terme lavarennoù diverb.


Bibliographie

breton

  • Botrel, Alan. 1985. La Subordonnée infinitive à sujet distinct en moyen-breton, thèse de doctorat, Rennes.
  • Jouitteau, M. 2012.b, 'Phi-feature agreement : the distribution of the Breton bare and prepositional infinitives with the preposition da', Frota, Gonçalves, Moia & Sabtos (éds.), Journal of Portuguese Linguistics 11 :1, 99-119. pdf sur lingbuzz /001483.
  • Stephens, Janig. 1990. 'Non-finite Clauses in Breton', Ball, Fife, Poppe, Rowland (éds.), Celtic Linguistics: Readings in the Brythonic Languages, Festschrift for T. Arwyn Watkins, Current Issues in Linguistic Theory 68, Benjamins, 151-166.
  • Tallerman, Maggie. 1997. 'Infinitival clauses in Breton', Canadian Journal of Linguistics, Special issue: Topics in Celtic Syntax, 205-233.


autres langues celtiques

  • Chung, Sandra & James McCloskey. 1987. 'Government, Barriers, and Small Clauses in Modern Irish', Linguistic Inquiry 18:2, 173-237.


horizons théoriques