Ordres à temps second en basque

De Arbres
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Ortiz de Urbina (1993) a très tôt mentionné des paralèlles entre l'ordre des mots dit "à verbe second" en basque et en breton.


antéposition stylistique

Ortiz de Urbina (1993:752) donne des ordres de mots à antéposition stylistique (même si il les décrit comme V1). En (6a), l'objet resté en IP montre une tête verbale antéposée. L'effet obtenu est de focalisation sur la polarité de la question (verum focus (en anglais, 'John HAS bought the book', 'Father HAS died.') ou question polaire). Ortiz de Urbina précise explicitement qu'il ne s'agit pas d'un effet de contraste sur le verbe, mais d'une emphase positive.


(6) et (9)a. Erosi du Jonek liburua. b. Hil da aita. Basque, Ortiz de Urbina (1993:752)
acheté a Jonek livre.le mouru a père
'John a acheté le livre (./?)', 'Père est mort (./?).'


Cet ordre de mots, contrairement au breton, est compatible avec une focalisation/question. L'exemple (25)a. est possible dans tous les dialectes. L'absence d'antéposition de la tête verbale est typique dans "quelques dialectes du Nord".


(25)a. Nork ikusi du hori? b. Nork du hori ikusi? Basque, Ortiz de Urbina (1993:757)
qui vu a ça qui a ça vu
'Qui a vu ça?'


(28)a. Jonek ikusi du hori? b. Jonek du hori ikusi? Basque, Ortiz de Urbina (1993:757)
John vu a ça John a ça vu
'JOHN a vu ça.'

particule ba

Dans certains dialectes, ba peut se trouver devant un auxiliaire tensé. Dans les autres, ba apparaît devant les verbes synthétiques.


(17)a. (Ba)*dut (hori) ikusi! b. (Ba)*-duzu (hori) ikusi? Basque, Ortiz de Urbina (1993:755)
expl. ai ça vu expl. a ça vu
'J'ai (effectivement/pourtant) vu ça', 'Est-ce que tu as vu ça?'


verbes synthétiques

Les verbes synthétiques sont agrammaticaux à l'initiale. Une particule ba apparaît.


(7)a. (Ba)* Dator Jon orain. b. (Ba)* Daki Jonek hori. Basque, Ortiz de Urbina (1993:752)
expl. vient John maintenant expl. sait John cela
(12)c. (Ba)* -nekien nik hori? d. (Ba)*-dator Peru etxetik? Basque, Ortiz de Urbina (1993:753)
expl. savais je ça expl. vient John de la.maison?
'Est-ce que je savais cela?', 'Est-ce que John vient de chez lui?'


Pour Elordieta & Haddican (2016:233), le topique suspendu place le verbe tensé en seconde position - ba n'est plus nécessaire et est interdit. Un topique suspendu peut donc satisfaire à *T1. C'est un contraste avec le breton où les topiques suspendus sont invisibles pour V2 ou pour l'alternance du rannig. C'est aussi un contraste avec les données de Ortiz de Urbina (1993:758) (Jonek, (ba)*-daki hori, 'Quant à John, il sait cela.'), pour qui le topique suspendu ne compte pas pour T2 et nécessite donc ba s'il risuqe d'être seul à l'initale.


(2) a. (Ba)* dator Mikel / (2)b. Mikel, ( *ba) dator?
ptc vient Mikel Mikel, ptc. vient
'Mikel VIENT.' 'Mikel, il vient?' Basque, Elordieta & Haddican (2016:233)


Selon les contextes syntaxiques, la particule ba est associée à une lecture de focus contrastif du verbe lexical, ou à une focalisation de la polarité de la phrase ('C'est le cas que, effectivement') (Elordieta & Haddican 2016).

adjacence ba-V

Seule une particule évidentielle intégrée à la morphologie verbale comme omen ou ei peut séparer ba du verbe tensé.


(3) Ba omen/ei dato-z gu-regana.
ptc évidentiel viennent nous-à
'Apparemment, ils viennent sur nous.' Basque, Elordieta & Haddican (2016:232)


domaines enchâssés

La particule ba est optionnelle en complétive. En (14b), si le verbe de la matrice esan était focalisé, ba pourrait être absent. Dans une Q enchâssée, ba est agrammatical (Ortiz de Urbina 1993:754).


(14)b. Esan didate [BA-datorr-ela] Basque, Ortiz de Urbina (1993:754)
dit ont [expl-vient-que]
'Il m'ont dit qu'en fait, il vient.' (traduit ... 'that he IS coming')


V2 linéaire

négation

La négation ez est classiquement analysée comme une particule (tête à gauche, ce qui n'est pas communen basque). Elle peut être le seul élément pré-tensé (Ortiz de Urbina 1993:754).

* particule Q, contrairement au breton ha(g)

En basque la particule nécessite ba, ce qui serait agrammatical en breton.


(22)a. (ba)* al daki Jonek? Basque, Ortiz de Urbina (1993:754)
expl Q connaît John
'Est-ce que John sait?'


Ortiz de Urbina (1993:754) se trompe en considérant que la particule Q ne peut pas être le seul élément pré-tensé en breton (la phrase * Ha a raint sonjal er bleuniou? est agrammaticale car le verbe devrait être synthétique : Hag e sonjint er bleunioù? 'Penseront-ils aux fleurs?'). La particule Q tolère cependant des opérations comme LHM: Ha sonjal a raint er bleunioù?.


Bibliographie

  • Ortiz de Urbina, Jon. 1993. 'Checking domains in Basque and Breton', Anuario del Seminario de Filología Vasca "Julio de Urquijo" XXVII-3, 751-775.