Ordres à focus preverbal : Différence entre versions

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Version du 18 mars 2011 à 13:34

La position préverbale est associée aux lectures de topique et focus (Schapansky 1996:65).

La focalisation en particulier est obligatoirement marquée par le mouvement (Jouitteau 2005:195). Au contraire du français ou de l'anglais, un élément focalisé en breton ne peut pas rester dans sa position canonique et être uniquement signalé comme focalisé par une mélodie prosodique particulière. Une seule classe d'éléments fait exception à cette règle de focalisation par mouvement, c'est celle des pronoms écho. Porteurs d'emphase, ils apparaissent cependant dans le champ postverbal ou après un nom. En dehors de cette classe très particulière de pronoms, aucune emphase ne peut être marquée hors du champ préverbal.


Types de focus

Schapansky (1996:100) distingue:

le focus interrogatif (exprimé par un constituant interrogatif)
le focus informatif (un constituant en réponse à une question)
le focus contrastif (qui exclut des alternatives)
le focus présentationnel (qui présente comme important un référent du discours jusqu'àlors inactivé)
le focus emphatique (qui présente une information comme surprenante ou intéressante)
'all-comment' (structure où toute l'information est nouvelle, en réponse type à une question de type 'qu'est-ce qui s'est passé?')


Domaine tensé

Dans le domaine tensé, toutes sortes d'éléments peuvent être focalisés par mouvement. L'élément focalisé antéposé peut être un DP sujet ou objet (2), un DP prédicat (3), un PP, un syntagme aspectuel ou encore un VP.


(2) [DP Ur hoér ] en doé en Eutru Touz _ é Santez Anna.
une soeur R.3SGM avait det. monsieur Touz P Sainte Anne
'Monsieur Touz avait UNE SOEUR à Sainte Anne.'
Schapansky (1996:100), citant Guilloux (1992:48)


(3) [PredP Ur gér truhek ] é Karnasen-man.
un village misérable est Karnasen-là
'Ce Karnasen est un VILLAGE MISERABLE.' Schapansky (1996:101), citant Jaffré (1986:16)


(6) [VPC'hoarzhin ] a rank an nen ober _ evit disoñjal poanioù ar bed-mañ [...]
rire R doit 3SG faire (rire) pour oublier peines DET monde-là
'On doit RIRE pour oublier les peines de ce monde...'
Al Liamm (346:127)


On peut repérer le site d'extraction du XP antéposé dans le reste de la phrase, comme en (6) la position objet de ober, 'faire'. On distingue ces constructions de mouvement de focalisation de celles dites 'du faux sujet', ou de topique, où le site postverbal associé est rempli par un pronom résomptif.

La focalisation par mouvement peut être opérée sur une longue distance.


particule de focalisation

Ken est une particule de focalisation qui apparait sous la négation. Elle admet que le DP sur lequel elle importe un focus contrastif reste in-situ après elle (n'eo ken X), mais le DP focalisé peut aussi monter en zone focus, même au dessus de la négation (7).


(7) [DP Eur mell gaou ] ne oa ken _ .
DET grand mensonge NEG était seulement (un grand mensonge)
'Ce n'était qu'un gros mensonge.' Leon, (Kleder) Seite (1998:37)

Focalisation en infinitives

Après 'nemet', la focalisation par mouvement sans résomption est possible en proposition infinitives.

(8) N' eus nemet [VP mont gant red an istor] d' ober _
NEG est seulement aller P cours DET histoire P faire
'Suivre le cours de l'histoire est la seule chose à faire.' Al Liamm (347:123)


Horizon comparatif

Les langues diffèrent dans leurs stratégies de focalisation. Le breton fait partie des langues qui ont un recours massif au mouvement préverbal pour signaler le focus ou le topique de la phrase.

D'autres langues ont un recours plus général au marquage prosodique. En français, les stratégies de focalisation sont par exemple radicalement différentes de celles du breton. En ce qui concerne le sujet focal, c'est même exactement l'inverse: la grammaire du français impose que le sujet, lorsqu'il est focalisé, évite surtout la zone préverbale (Lambrecht 1986, 1994:22). En (9)a., la phrase est malformée car le marquage focal prosodique est en zone préverbale. Pour éviter cette configuration, le locuteur multiplie les domaines propositionnels et place les marques focales prosodiques dans le domaine postverbal de chacun (notez qu'alors, le verbe 'avoir' ne signifie pas 'posséder', et que la relative n'est ni appositive, ni restrictive, révélant une structure de dernier recours).


(9) a. #?? MA VOITURE est en PANNE .
b. J'ai MA VOITURE qui est en PANNE français oral Lambrecht (1994:22)
'Ma c'harr-tan zo sac'het.'


Parmi les langues qui font usage de la focalisation par mouvement préverbal, on peut citer évidemment le français de Basse-Bretagne, sous l'influence directe du breton. Il est intéressant de noter que la structure prosodique de cette variété de français est remarquable de par ses emprunts prosodiques très forst au breton, en contraste avec le français standard.


Références

  • Jouitteau, M. 2005/2010. La syntaxe comparée du Breton, , éditions universitaires européennes, ISBN 978-613-1-52800-2. manuscrit en pdf ici ou ici.
  • Lambrecht, Knud. 1986. Topic, focus, and the grammar of spoken French, PhD. dissertation: University of California, Berkeley.
  • Lambrecht, Knud. 1994. Information structure and sentence form; Topic, focus and the mental representations of discourse referents, Cambridge Studies in linguistics 71. [réédition 1998]
  • Schapansky, N. 1996. Negation, Referentiality and Boundedness in Breton, a case study in markedness and asymmetry, ms thesis.


références de corpus

  • Guilloux, G.L. 1992. Hor bara pamdiek, Hor Yezh.
  • Jaffré, Job. 1986. Yann ar baluc'henn, Dastum.
  • Pichavant, R. 1996. Le Douarneniste comme on cause, étude des mots et des expressions populaires, quadri signe, éditions Alain Bargain, Quimper.