Mots composés : Différence entre versions

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En (2), le nom pour 'marécage' est un composé du nom pour 'pré' et du nom pour 'lac'. On obtient sémantiquement une entité qui n'est ni l'un ni l'autre mais partage des caractéristiques des deux.
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|||colspan="4" | 'cette espèce de marécage' ||||''Haut-cornouaillais (Rieg)'', [[Bouzeg (1986)|Bouzeg (1986]]:37)
 
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Version du 19 mars 2014 à 11:56

Plusieurs mots peuvent s’agréger pour former un mot complexe.

Morphologie

Les mots composés forment leur pluriel sur la tête du composé.


(1) 'Monet en-dro an taolioù-mouezh e brezhoneg Malgeneg'
aller de-retour le coups-voix dans breton Malgeneg
'Le fonctionnement des accentuations dans le breton de Malgenec' titre de Pipec (2005), Hor Yezh 243.


(2) Al laboused-mor [...] n'en em vagont ken nemet diwar pesked.
le oiseaux-mer ne se1 nourrissent pas seulement de poissons
'Les oiseaux de mer se nourrissent exclusivement de poisson.'
Cornouaille (Bigouden), Bijer (2007:134)


[Adj-Adj]Adj

Dans les composés de deux adjectifs, le premier est la tête du composé et le second est le modifieur.

La modification peu être sémantiquement variée.

Le second adjectif peut être un intensifieur: skuizh-marv, /fatigué-mort/, 'très fatigué').


Lorsque le premier adjectif est un dérivé adjectival, comme un participe lui-même formé sur un nom, le second adjectif peut aussi modifier sémantiquement ce nom.

(1) askellet-ledan, /aile.é-large/, 'à larges ailes'

garret-eeun, /jambe.é-droit/, 'qui a des jambes droites'
garret-kamm, /jambe.é-boiteux/, 'dont les jambes sont tordues', Vallée (1980:XXI)


Lorsque le second membre du composé peut être lu aussi bien comme un adjectif que comme un adverbe, ce type de composé peut être analysé comme un participe passé modifié par un adverbe.

(2) park edet-stank, /champ blé.é-serré/, 'champ où le blé est serré'

park edet-rouez, /champ blé.é-rare/, 'champ où le blé est clairsemé', Vallée (1980:XXI)

[N-N]N

Dans les composés nominaux de deux noms, le lien sémantique entre eux peut être très différent.

Parfois, la tête est difficilement identifiable: un coup de main n'est ni une sorte de coup ni une sorte de main.


(1) ar memes taol dorn
le même coup main
'la même façon (de mettre leur coiffe)'. Douarnenez, Melle Griffon, Denez (1984:73)


En (2), le nom pour 'marécage' est un composé du nom pour 'pré' et du nom pour 'lac'. On obtient sémantiquement une entité qui n'est ni l'un ni l'autre mais partage des caractéristiques des deux.


(2) 'n tamm pradlenn-se!
le morceau pré.lac-ci
'cette espèce de marécage' Haut-cornouaillais (Rieg), Bouzeg (1986:37)


Quand le nom tête est identifiable, le second nom peut obtenir sa localisation, sa matière ou sa fonction, son but. On relève aussi des relations partie-tout.


(2) ar c’hornad-bro a-bezh
le coin-pays en.entier
'le coin de pays en entier Vannetais, Herrieu (1994:218)


localisation

(2) dʁukɛɲ
droug-kein
mal-dos
'mal au dos.' Bas-vannetais, Cheveau (2007:207)


matière

Dans la carte 530 de l'ALBB, pour la traduction de 'marmite', on a pod-houarn et pod-fer, désignant la matière dans laquelle est faite le pot.


(3) ti-soul, 'maison(-de)-chaume', Vallée (1980:XXI)


but

Dans la carte 530 de l'ALBB, pour la traduction de 'marmite', on a pod-soubenn, désignant la fonction et le but de l'objet.


Vallée (1980:XX) note que dans le verbe infinitif après un nom peut marquer le but.

(4) gwalenn-besketa, 'canne-(à)-pêche'

bombezenn-entana, /bombe(-à)-incendier/, 'bombe incendiaire', Vallée (1980:XX)
kador-brezeg, 'chaire(-à)-prêcher', Vallée (1980:XXI)

[V-O]N

Un composé nominal productif est l'ensemble verbe-objet, comme en français (lave-vitres, crève-cœur).


(2) Ur sav-kalon eo an den-se.
un lève-cœur est le homme-
'Cet homme vous soulève le cœur, est abject.' Le Scorff, Ar Borgn (2011:7)


(3) Gober a ra pleg-kein lies.
faire R fait plie-dos souvent
'Il courbe souvent l'échine.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:38)

liage

Dans ces constructions nominales composées d'un verbe et de son objet, lorsque l'objet est un possessif, on voit ses traits de personne différer de ceux d'éléments co-référents dans la phrase.


(2) Pesort sav-e-fri oc'h-c'hwi!
quel lève-sonx-nez êtesx-vousx
'Quel lève-ton-nez tu es! i.e. Qu'est-ce que tu peux être curieux!'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:30)


On voit que la traduction littérale en français, en contraste, doit utiliser un possessif de deuxième personne, ton (*Quel lève-son-nez tu es/vous êtes!).


Le composé donne un agent sans qu'apparaisse le suffixe agentif -er, -our. Cependant, ce suffixe est visible au pluriel. Kervella (1947:§871.c'h) donne:

kar-e-vro, karerien-o-bro
triñs-e-vri, triñserien-o-fri
lonk-e-sizhun, lonkerien-o-sizhun


Bibliographie

  • Gros, Jules. 1974. Le trésor du breton parlé III. Le style populaire (Éléments de stylistique trégorroise), Barr-Heol, Lannion: Giraudon, 383-390.