Moc'h, hoc'h, doc'h

De Arbres

Le nom moc'h ou hoc'h 'cochons' est un nom collectif. Son singulier est pemoc'h, ou penn moc'h.


(1) Ar moh bihan o-devoa eur reun tano a oa êsoh da werza.
le cochons petit 3PL-avait un soies fin R1 était facile.plus à1 vendre
'Les petits cochons avaient des soies fines qui se vendaient plus facilement.'
Plouzane, Briant-Cadiou(1998:7)


Morphologie

variation dialectale du singulatif en penn et formes grammaticalisées

Les dialectes varient dans leur intégration morphologique du singulatif penn 'tête' (cf. carte 470 de l'ALBB).


(2) Pa veze lazet ar penn-moh e veze eur gwall zervez.
quand1 était tu.é le tête-cochons R4 était un sapré1 journ.ée
'Quand on tuait le cochon ça nous faisait une sacrée journée.'
Léon (Plouzane), Briant-Cadiou(1998:8)


(3) Eur vannouzenn a zo doh e veg gwasoh evid doh rêr eur pimoh !
un souillure R1 est à son1 bouche pire que à cul un cochon
'Il a des salissures à la bouche pire qu'au cul d'un cochon !'
L'Hôpital-Camfrout, Le Gall (1957:'mannouz')


(4) ... pa 'zo neve' la'het ur pemoc'h.
puisque est nouveau tué un cochon
'Puisqu'on vient de tuer un cochon.'
Poher, Favereau (1997:§443)


(5) Ar pemoc'h, nag e rae un toull en douar, 'rae ket droug ebet anezhoñ.
le cochon bien.que R4 faisait un trou en.le terre ne1 faisait pas mal aucun P.lui
'Le cochon, même s'il faisait des trous dans le sol, il ne faisait aucun mal.'
Haut-vannetais (Jo Sergent), Louis (2015:214)


Le locuteur du trégorrois de Blanchard (2016) a pour moc'h 'cochons' le singulier penoc'h, sur hoc'h.

Les formes les plus grammaticalisées du singulatif penn sont probablement préfixales, et surtout celles en /pi-/ puisque le nom penn en isolation ne se trouve jamais sous cette forme (Nurmio 2022). Ce préfixe pi- est lexicalement restreint : il ne peut pas fournir de singulatif à un autre nom collectif. Dans les cartes 235 et 236 NALBB, le nom 'têtard' penn dolok a une variante avec /pin-/ dans pindok à Caurel (en Mûr-de-Bretagne), alors que les autres formes au singulier ont clairement /pɛn-/, mais leurs pluriels montrent qu'il ne s'agit pas de singulatifs sur noms collectifs en synchronie, puisqu'ils sont respectivement penn dolok et /pindoloku/ avec des pluriels morphémiques. Tout au plus, pin- dans pindok 'têtard' montre la trace diachronique d'une ancienne préfixation de singulatif. Le système est maintenant complètement idiosyncratique.


genre

Le nom moc'h n'a pas de féminin dérivationnel dénotant la femelle du cochon. Le nom gwiz, gwizi 'truie, truies' y supplée. Ce nom est documenté par la carte 304 de l'ALBB.

La dérivation en -ez donne un nom imagé (pemoc'hez 'petite égoïste', Favereau 1997:§168).

répartition dialectale

La carte 470 de l'ALBB documente la variation dialectale de la traduction de porc, des porcs. La carte 471 est la traduction de verrat. En Léon de l'Ouest, on y trouve la forme pemoc'h par. La forme doc'h est à l'origine un huchement construit sur une onomatopée.


(1) Ma veze savet moh ganeom, eo evid gelloud laza unan d'an nebeuta, eur wech ar bloaz.
si4 était élevé cochons avec.nous est pour pouvoir tuer un à1 le peu.le.plus un 1fois le an
'Si nous élevions des cochons, c'était pour pouvoir en tuer un, au moins, une fois l'an.'
Léon (Cléder), Seite (1985:33)


Le nom moc'h est en concurrence à travers les dialectes avec un nom d'origine latine, porc'hell, perc'hell ('petit cochon(s)', Vallée 1980:'cochon').


(2) Sell-hañ oh ober e borhell !
regarde-lui à+C,4 faire son1 porc
'Regarde-le faire le cochon/son gourmand !'
Trégorrois, Gros (1984:57)


Il est aussi en concurrence sémantique avec hoc'h, qui signifie parfois plus précisément 'verrat'.


(3) Dre-mañ, a pa lazher un hoc'h, e lamer ar c'hig druz a-zoc’htoñ.
par-ci quand tue.on un cochon R4 enleve.on le 5chair gras de.lui
'Ici, quand on tue un cochon, on en enlève la chair grasse.'
Vannetais, Herrieu (1994:41)

Diachronie

Les noms moc'h, hoc'h, toc'h ou doc'h ont des étymologies séparées (Hamp 1987).

Le proto-celtique * mokku- 'porc' a donné le breton hoc'h, et dans les autres langues celtiques le vieil irlandais mucc, le gallois moch, et le nom propre de divinité gauloise Moccus.

Le proto-celtique * sukko- 'truie' a donné le breton hoc'h, et dans les autres langues celtiques le vieil irlandais socc-, le gallois hwch, le cornique hoch, le vieux breton hoch.

Le proto-celtique * turko- 'sanglier (sauvage)' a donné le breton toc'h, et dans les autres langues celtiques le vieil irlandais torc et le gallois twrch.


Hyllested (2016) développe l'hypothèse que les trois racines protoceltiques * mokku-, * sukko- et * turko- sont un emprunt au proto-fennique.

Bibliographie

  • Hamp, Eric P. 1987. 'The pig in ancient Northern Europe', S. N. Skomal & E. C. Polomé (éds.), Proto-Indo-European: The archaeology of a linguistic problem, Washington, DC: Institute for the Study of Man, 185–190.
  • Hamp, Eric P. 1989. 'North European pigs and phonology', Zeitschrift für Celtische Philologie 43, 192–193.
  • Hyllested, Adam. 2016. 'Again on pigs in Ancient Europe: The Fennic connection', Bjarne Simmelkjær Sandgaard Hansen, Benedicte Nielsen Whitehead, Thomas Olander & Birgit Anette Olsen (éds.), Etymology and the European Lexicon, Proceedings of the 14th Fachtagung der Indogermanischen Gesellschaft, Wiesbaden, Reichert Verlag.
  • Jacques, Guillaume. 2013. 'Les noms du cochon domestique en celtique', Historische Sprachforschung / Historical Linguistics 126, Vandenhoeck & Ruprecht, 287-295.
  • Nurmio, Siva. 2022. Singulatives: a morphological overview, ms. à paraître.