Leun : Différence entre versions

De Arbres
Aller à : navigation, rechercher
(Sémantique)
(Quantification)
 
(Une révision intermédiaire par le même utilisateur non affichée)
Ligne 87 : Ligne 87 :
 
La restriction de l'adjectif ''leun'' est un nom [[massique]] (''leun a zour'', 'plein.e d'eau'), ou un nom utilisé comme tel (''leun a vugale'', 'plein.e d'enfants'). La [[tête]] du [[constituant]] est toujours la préposition ''[[a]]''.
 
La restriction de l'adjectif ''leun'' est un nom [[massique]] (''leun a zour'', 'plein.e d'eau'), ou un nom utilisé comme tel (''leun a vugale'', 'plein.e d'enfants'). La [[tête]] du [[constituant]] est toujours la préposition ''[[a]]''.
  
[[Kervella (1947)|Kervella (1947]]:§603) considère que lorsque le restricteur est [[défini]], la préposition qui apparaît est ''[[gant]]''. Il est plus exact de dire que la structure est restreinte aux massiques, car la préposition ''[[gant]]'' implique une autre interprétation. Dans l'exemple de Kervella en (2), ''[[gant]]'' est en fait une [[préposition]] d'[[agent]]. La phrase en (5) dit que l'eau qui tombe du toit est la [[cause]] du remplissement de l'auge. C'est par déduction pragmatique qu'on conclut que l'auge est remplie de cette même eau. Cette déduction pragmatique est annulable ('Plus il pleut, plus la pompe est activée et l'auge se remplit de jus de framboise'). En contraste, aucun contexte aussi étrange soit-il ne peut opérer la même relecture avec la préposition ''a'' dans ''leun a zour'', 'plein d'eau'.  
+
[[Kervella (1947)|Kervella (1947]]:§603) considère que lorsque le restricteur est [[défini]], la préposition qui apparaît est ''[[gant]]''. Il est plus exact de dire que la structure est restreinte aux massiques, car la préposition ''[[gant]]'' implique une autre interprétation. Dans l'exemple de Kervella en (1), ''[[gant]]'' est en fait une [[préposition]] d'[[agent]]. La phrase dit que l'eau qui tombe du toit est la [[cause]] du remplissement de l'auge. C'est par déduction pragmatique qu'on conclut que l'auge est remplie de cette même eau. Cette déduction pragmatique est annulable ('Plus il pleut, plus la pompe est activée et l'auge se remplit de jus de framboise'). En contraste, aucun contexte aussi étrange soit-il ne peut opérer la même relecture avec la préposition ''a'' dans ''leun a zour'', 'plein d'eau'.  
  
  
 
{| class="prettytable"
 
{| class="prettytable"
|(5)||Leun || e voe || buan || al laouer || '''gant''' || an dour ||o tiverañ || diwar || an dôenn.
+
|(1)||Leun || e voe || buan || al laouer || '''gant''' || an dour ||o tiverañ || diwar || an dôenn.
 
|-
 
|-
 
||| plein || [[R]] [[bezañ|fut]] || [[buan|vite]] || [[art|le]] auge || [[gant|avec]] || [[art|le]] [[dour|eau]] || [[particule o|à]]<sup>[[4]]</sup> couler || [[diwar|de]] || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>[[toenn|toit]]  
 
||| plein || [[R]] [[bezañ|fut]] || [[buan|vite]] || [[art|le]] auge || [[gant|avec]] || [[art|le]] [[dour|eau]] || [[particule o|à]]<sup>[[4]]</sup> couler || [[diwar|de]] || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>[[toenn|toit]]  
Ligne 101 : Ligne 101 :
  
  
Gros emploie la forme ''leun a'', 'plein de', au moins avec un verbe existentiel, mais il considère que cette structure est influencée par le français (3).
+
Gros emploie la forme ''leun a'', 'plein de', au moins avec un verbe existentiel, mais il considère que cette structure est influencée par le français.
  
  
 
{| class="prettytable"
 
{| class="prettytable"
|(6)||Eno ||a zo || '''leun''' || a || herreg.
+
|(2)||Eno ||a zo || '''leun''' || a || herreg.
 
|-
 
|-
 
|||[[ads|y]] ||[[R]] [[zo|est]]  || plein || [[a|de]]<sup>[[1]]</sup> || [[karreg|rochers]]
 
|||[[ads|y]] ||[[R]] [[zo|est]]  || plein || [[a|de]]<sup>[[1]]</sup> || [[karreg|rochers]]
Ligne 121 : Ligne 121 :
  
 
{| class="prettytable"
 
{| class="prettytable"
|(1)|| Bidaed, || yade || ket ||'''leun'''.
+
|(3)|| Bidaed, || yade || ket ||'''leun'''.
 
|-
 
|-
 
||| [[bida|chèvres]] ([[ne]]<sup>[[1]]</sup>)||[[E|était]] || [[ket|pas]] || plein
 
||| [[bida|chèvres]] ([[ne]]<sup>[[1]]</sup>)||[[E|était]] || [[ket|pas]] || plein
Ligne 129 : Ligne 129 :
 
|||||||||colspan="10" |''Sein'', [[Fagon & Riou (2015)|Fagon & Riou (2015]]:'bida')  
 
|||||||||colspan="10" |''Sein'', [[Fagon & Riou (2015)|Fagon & Riou (2015]]:'bida')  
 
|}
 
|}
 
  
 
== Quantification ==
 
== Quantification ==
Ligne 139 : Ligne 138 :
 
|(1)||Ha || liesoc'h || evit || ar sul, || ni || 'garga ||'''lan''' || ar vuzul.
 
|(1)||Ha || liesoc'h || evit || ar sul, || ni || 'garga ||'''lan''' || ar vuzul.
 
|-
 
|-
||| [[&|et]] || [[alies|souvent]].[[-oc'h|plus]] || [[evit|que]] || [[art|le]] [[jours de la semaine|dimanche]] || [[pfi|nous]] ([[R]]<sup>[[1]]</sup>) || [[kargañ|charge]] || plein || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>mesure  
+
||| [[&|et]] || [[alies|souvent]].[[-oc'h|plus]] || [[evit|que]] || [[art|le]] [[jours de la semaine|dimanche]] || [[pfi|nous]] ([[R]]<sup>[[1]]</sup>) || [[kargañ|charge]] || plein || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>[[muzul|mesure]]
 
|-
 
|-
 
|||colspan="10" | 'Et plus souvent encore que le dimanche, nous chargeons mesure pleine.'
 
|||colspan="10" | 'Et plus souvent encore que le dimanche, nous chargeons mesure pleine.'

Version actuelle datée du 30 octobre 2021 à 22:03

Leun, ou lan, est un adjectif qui signifie 'plein'. Il a aussi, comme le nom leizh, un usage de quantification.


(1) An ti a vije peurleun gant he bugale.
le maison R était complètement-plein avec son2 enfant.s
'La maison était (complètement) pleine de ses enfants.'
Trégorrois, Berthou (1985:77)


Morphologie

variation dialectale

La carte 177 de l'ALBB documente la variation dialectale pour la traduction de (Le puits est) plein d'eau.


En vannetais, la voyelle est /ɑ/.


(2) [ti zo lɑ.n]
En ti zo lan.
le maison est plein
'La maison est pleine.'
Guémené-sur-Scorff, McKenna (1978:172)


Sémantique

Dans son sens premier, leun est un adjectif de quantification qui met en relation deux termes:

- le groupe nominal sur lequel il quantifie, et qui est dit dans l'état d'être plein: e yalc'h en (3)
- un terme de contenu, comme un massique, qui est la restriction de l'adjectif leun, et qui est introduit par a1.


(3) E yalh a oa leun a aour.
son1 bourse R était plein de1 or
'Sa bourse était pleine d'or.'
Gros (1970b:§'leun')


Dans un sens plus étendu de quantifieur, la relation de contenant/contenu disparaît, et prend un tour plus figuré, applicable aux concepts abstraits.


(4) Un daoulagad leun a zouster hag a garantez a skede en he fenn.
un 2.oeil plein de1 douc.eur et de1 amour R brillait dans son2 tête
'Son visage rayonnait d'un regard plein d'amour et douceur.'
Kervella (1995:§346), citant Roc'halan


Lorsque le nom tête disparaît, et que seul leun et son restricteur sont prononcés, on obtient la lecture 'beaucoup de'.


(5) A-benn ugent vloaz dija e peze leun a vicher.
au.bout 201 an déjà R avait plein de1 métier
'A vingt ans, tu avais déjà beaucoup de métier.'
Léon, Mellouet & Pennec (2004:20)

Syntaxe

leun a

La restriction de l'adjectif leun est un nom massique (leun a zour, 'plein.e d'eau'), ou un nom utilisé comme tel (leun a vugale, 'plein.e d'enfants'). La tête du constituant est toujours la préposition a.

Kervella (1947:§603) considère que lorsque le restricteur est défini, la préposition qui apparaît est gant. Il est plus exact de dire que la structure est restreinte aux massiques, car la préposition gant implique une autre interprétation. Dans l'exemple de Kervella en (1), gant est en fait une préposition d'agent. La phrase dit que l'eau qui tombe du toit est la cause du remplissement de l'auge. C'est par déduction pragmatique qu'on conclut que l'auge est remplie de cette même eau. Cette déduction pragmatique est annulable ('Plus il pleut, plus la pompe est activée et l'auge se remplit de jus de framboise'). En contraste, aucun contexte aussi étrange soit-il ne peut opérer la même relecture avec la préposition a dans leun a zour, 'plein d'eau'.


(1) Leun e voe buan al laouer gant an dour o tiverañ diwar an dôenn.
plein R fut vite le auge avec le eau à4 couler de le 1toit
'L'auge fut vite pleine de (avec/grâce à) l'eau qui coulait du toit.'
Standard, Kervella (1947:§603)


Gros emploie la forme leun a, 'plein de', au moins avec un verbe existentiel, mais il considère que cette structure est influencée par le français.


(2) Eno a zo leun a herreg.
y R est plein de1 rochers
'Là, il y a plein de rochers.'
Gros (1970b:§'leun')


absence de préposition a

Lorsque le restricteur est antéposé en position de topique, la préposition a introduisant le restricteur peut disparaître.


(3) Bidaed, yade ket leun.
chèvres (ne1) était pas plein
'Des chèvres, il n'y en avait pas beaucoup.'
Sein, Fagon & Riou (2015:'bida')

Quantification

La forme quantificationnelle leun an ti, 'plein la maison' est clairement attestée comme dans la vallée du Scorff.


(1) Ha liesoc'h evit ar sul, ni 'garga lan ar vuzul.
et souvent.plus que le dimanche nous (R1) charge plein le 1mesure
'Et plus souvent encore que le dimanche, nous chargeons mesure pleine.'
Ploue, Le Scorff, Ar Borgn (2011:17)


variation dialectale

La carte 177 de l'ALBB donne les variations dialectales pour la traduction de (Le puits est) plein d'eau.

La forme quantificationnelle est agrammaticale dans certains dialectes. Le trégorrois Jules Gros n'accepte ainsi pas l'usage quantificationnel de leun.

 Gros (1970b:§'leiz') :
 "Le français 'plein la maison', 'plein le sac' se rend toujours par leiz an ti, 
 leiz ar zah, et non par leun an ti, leun ar zah. 
 [...] leun reste toujours adjectif."