Les numéraux ordinaux : Différence entre versions

De Arbres
Aller à : navigation, rechercher
(les cas de kentañ et diwezhañ)
 
(45 révisions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
Les adjectifs numéraux ordinaux apparaissent devant le nom. Ils apparaissent prototypiquement avec le [[suffixe]] ''[[-ed]]''.
+
Les [[adjectifs]] '''numéraux ordinaux''' qualifient les noms en les situant sur une échelle ordonnée comptable.
  
  
(1)  <font color=green>n ɑ̃nte kɑ̃nv'''ed'''</font color=green>
+
{| class="prettytable"
 +
|(1)|| Diwe'et || oa  ||'ministr || '''tchentañ''', || ha || war || 'r marc'had, || djwele'et ||vehe ||e oa ||meo.
 +
|-
 +
|||[[diwezhat|tardé]] || [[COP|était]] ([[art|le]]) || ministre || premier|| [[&|et]] || [[war|sur]] || [[art|le]] [[marc'had|marché]] || [[gwelout|vu]] || [[vez|était]] ||[[R]] [[COP|était]] ||[[mezv|saoul]]
 +
|-
 +
|||colspan="10" | 'Le ministre est arrivé en retard, et en plus, on voyait qu'il était saoul.'
 +
|-
 +
|||||||||colspan="10" | ''Scaër/Bannalec'', [[H. Gaudart (04/2016)]]
 +
|}
 +
 
 +
 
 +
== Morphologie ==
 +
 
 +
Pour une analyse des numéraux ordinaux dans les cartes de l'[[ALBB]], se reporter à [[Falc'hun (1981)|Falc'hun (1981]]:369-374).
 +
 
 +
 
 +
=== suffixe ''-vet'' ===
 +
 
 +
Les adjectifs numéraux ordinaux apparaissent devant le nom. Ils apparaissent prototypiquement avec le [[suffixe]] ''[[-vet]]'', ou ''-venn'' à Moëlan et Clohars-Carnoet ([[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. 2017]]:97).
 +
 
 +
 
 +
(2)  <font color=green>n ɑ̃nte kɑ̃nv'''ed'''</font color=green>
 
: [[art|le]] [[hanter|demi]] centième
 
: [[art|le]] [[hanter|demi]] centième
: 'le cinquantième', ''Trégorrois'', [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:276)
+
: 'le cinquantième'
 +
::: ''Trégorrois'', [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:276)
 +
 
 +
 
 +
==== nominalisation ====
 +
 
 +
Les adjectifs numéraux ordinaux peuvent être nominalisés. Ils sont alors toujours féminins. C'est le suffixe ''[[-vet]]'' qui impose le genre féminin, indépendamment du référent. [[Le Gonidec (1850)|Le Gonidec (1850]]:20,21:n°15) donne également ''eunn drivet'' et ''eunn deirvet'' 'un tiers', [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. (2017]]:97) ''en driv'nn'' 'le troisième' et ''en derv'nn'' 'la troisième'.
 +
 
 +
A Riec et Bannalec, [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. (2017]]:97) signalent des formes nominalisées du cardinal sans morphème réalisé. La forme féminine comme masculine apparaît avec une [[lénition]].
 +
 
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|(3)|| Hès  || oa || digouet|| ''''n dri'''/|| ''''n hiñ dri'''.
 +
|-
 +
||| celui-ci || [[COP|était]] || [[degouezhout|arrivé]] || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>trois /|| le [[hini|celui]] <sup>[[1]]</sup>trois
 +
|-
 +
|||colspan="10" | 'Celui-ci est arrivé troisième.'
 +
|-
 +
|||||||||||colspan="10" |''Cornouaillais (Bannalec)'', [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. (2017]]:97)
 +
|}
 +
 
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|(4)|| Hous  || oa || digouet|| ''''n dêr'''.
 +
|-
 +
||| celle-ci || [[COP|était]] || [[degouezhout|arrivé]] || [[art|le]] <sup>[[1]]</sup>trois
 +
|-
 +
|||colspan="10" | 'Celle-ci est arrivée troisième.'
 +
|-
 +
|||||||||||colspan="10" |''Cornouaillais (Riec)'', [[Bouzec & al. (2017)|Bouzec & al. (2017]]:97)
 +
|}
 +
 
 +
==== les cas de ''kentañ'' et ''diwezhañ'' ====
 +
 
 +
Les numéraux ''[[kentañ]]'' 'premier' et ''diwezhañ'' 'dernier' sont deux exceptions morphologiques.
 +
 
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|(5)|| 'Vid || ma ||'nevez || an tôl || '''diweza''', || an hini || '''kenta''' ||na nevo ket...
 +
|-
 +
||| [[evit|pour]] || [[ma|que]] ||[[kaout|a]] ||[[art|le]] [[taol (M.)|coup]] || dernier || [[art|le]] [[hini|celui]] || premier|| [[ne]] [[kaout|aura]] [[ket|pas]]
 +
|-
 +
|||colspan="10" | 'Du moins s'il a (s'il donne) le dernier coup, il n'aura (ne donnera) pas le premier...'
 +
|-
 +
|||||||||||||colspan="10" | ''Trégorrois'', [[Gros (1996)|Gros (1996]]:117)
 +
|}
 +
 
 +
 
 +
Selon [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:56), ''kentañ'' est un [[superlatif]], ce qui explique sa morphologie en ''-a'', le fait qu'il puisse apparaître après le nom, et le fait qu'il puisse apparaître sans [[art|article]] devant le nom.
 +
''Kentañ'' est aussi le seul nombre ordinal qu'on utilise pour donner la date.
 +
 
 +
 
 +
Dans les dizaines plus un (21, 31, 41...), ce n'est pas ''kentañ'' qui est utilisé, mais le suffixe ''[[-vet]]'' sur ''un-''.
 +
 
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|(6)|| O, || 'peus || ket || graet || an '''unvet''' ha || kant c'hoazh! || ([[*]] ''ar c'hentañ ha kant'')
 +
|-
 +
||| [[interjection|Oh]] || 2 [[kaout|a]]  || [[ket|pas]] || [[ober|fait]] || [[art|le]] premier [[&|et]] || cent [[c'hoazh|encore]]
 +
|-
 +
|||colspan="10" | 'Oh, tu n'as pas encore fait le cent-unième!'
 +
|-
 +
|||||||||||||||colspan="10" | [[Gourmelon (2014)|Gourmelon (2014]]:175)
 +
|}
 +
 
 +
=== accentuation ===
 +
 
 +
Devant un monosyllabique, le numéral ordinal porte l'accent en [[KLT]]. Pour l'[[accentuation]] donc, le numéral ordinal et le nom qui le suit forment un même groupe [[accentuel]].
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|-
 +
|(7)|| <font color=green>[ãn ''''dri''' den]</font color=green>||an dri den || 'le troisième homme'
 +
|-
 +
||| <font color=green>[ãn ''''ɛjl''' vɛrh]</font color=green>||an eil verh|| 'la deuxième fille'
 +
|-
 +
|||||||||colspan="10" |''Plozévet'', [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:127)
 +
|}
 +
 
 +
 
 +
=== morphologie des ordinaux bas ===
 +
 
 +
Certains numéraux cardinaux bas, comme 2 (''daou'', ''div'') sont morphologiquement très différents des ordinaux correspondants (''eil'', ''eilvet'').
 +
 
 +
 +
A Plozévet, lorsque c'est possible, les ordinaux sont identiques aux [[cardinaux]]. Ils s'en distinguent uniquement par une [[lénition]] initiale [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:141, 213).
 +
 
 +
 
 +
{| class="prettytable"
 +
|-
 +
|(8)|| <font color=green>[ãn ''''t'''ri botr]</font color=green> ''vs.'' <font color=green>[ãn ''''d'''ri botr]</font color=green>||'les trois garçons' ''vs.'' 'le troisième garçon'
 +
|-
 +
||| <font color=green>[ar ''''p'''i:dɛr o'to]</font color=green> ''vs.'' <font color=green>[ar ''''b'''i:dɛr o'to]</font color=green>||'les quatre voitures' ''vs.'' 'la quatrième voiture'
 +
|-
 +
|||||||||colspan="10" | ''Plozévet'', [[Goyat (2012)|Goyat (2012]]:213)
 +
|}
 +
 
 +
 
 +
=== grammaticalisation en préfixes ===
 +
 
 +
Le numéral ordinal ''eil'' a [[grammaticalisé]] en un [[préfixe]] ''[[eil-]]'' pour les noms ou les verbes  ([[Kervella (1947)|Kervella 1947]]:§882).
 +
 
 +
 
 +
== Emploi et code-switching ==
  
 +
  [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:56):
 +
  "On entend souvent les formes correspondant aux chiffres ronds. Pour les autres, même le 21°, il est difficile d'éliciter les formes. Il semble que les locuteurs préfèrent utiliser les [[les numéraux cardinaux|nombres cardinaux]] quand la tournure est complexe. Les plus grands nombres sont pratiquement toujours donnés en français."
  
''Kentañ'', 'premier' est une exception. Selon [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:56), c'est un [[superlatif]].
 
Ceci explique sa morphologie en ''-a'',  le fait qu'il puisse apparaître après le nom, et le fait qu'il puisse apparaître sans [[art|article]] devant le nom.
 
C'est aussi le seul nombre ordinal qu'on utilise pour donner la date.
 
  
 +
== Terminologie ==
  
=== emploi et code-switching ===
+
[[Press (1986)|Press (1986]]:241) traduit ''niver-petvediñ'' par l'anglais ''ordinal number''.
  
  
  [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:56)
+
== Bibliographie ==
  On entend souvent les formes correspondant aux chiffres ronds.
 
  Pour les autres, même le 21°, il est difficile d'éliciter les formes.
 
  Il semble que les locuteurs préfèrent utiliser les [[les numéraux cardinaux|nombres cardinaux]]
 
  quand la tournure est complexe.
 
  Les plus grands nombres sont pratiquement toujours donnés en français.
 
  
 +
* [[Falc'hun (1981)|Falc'hun, F. 1981]]. 'Chapitre XVIII. 'Les adjectifs numéraux ordinaux', ''Perspectives nouvelles sur l'histoire de la langue bretonne'', Riwanon Jaffrès et Alain Le Guyader (dir.), série ''La Nation en Question'', Paris, Union Générale d'Éditions, '''369-374'''.
  
  
 
[[Category:articles|Categories]]
 
[[Category:articles|Categories]]
 
[[Category:adjectifs|*03|Categories]]
 
[[Category:adjectifs|*03|Categories]]

Version actuelle datée du 27 septembre 2021 à 21:35

Les adjectifs numéraux ordinaux qualifient les noms en les situant sur une échelle ordonnée comptable.


(1) Diwe'et oa 'ministr tchentañ, ha war 'r marc'had, djwele'et vehe e oa meo.
tardé était (le) ministre premier et sur le marché vu était R était saoul
'Le ministre est arrivé en retard, et en plus, on voyait qu'il était saoul.'
Scaër/Bannalec, H. Gaudart (04/2016)


Morphologie

Pour une analyse des numéraux ordinaux dans les cartes de l'ALBB, se reporter à Falc'hun (1981:369-374).


suffixe -vet

Les adjectifs numéraux ordinaux apparaissent devant le nom. Ils apparaissent prototypiquement avec le suffixe -vet, ou -venn à Moëlan et Clohars-Carnoet (Bouzec & al. 2017:97).


(2) n ɑ̃nte kɑ̃nved

le demi centième
'le cinquantième'
Trégorrois, Le Dû (2012:276)


nominalisation

Les adjectifs numéraux ordinaux peuvent être nominalisés. Ils sont alors toujours féminins. C'est le suffixe -vet qui impose le genre féminin, indépendamment du référent. Le Gonidec (1850:20,21:n°15) donne également eunn drivet et eunn deirvet 'un tiers', Bouzec & al. (2017:97) en driv'nn 'le troisième' et en derv'nn 'la troisième'.

A Riec et Bannalec, Bouzec & al. (2017:97) signalent des formes nominalisées du cardinal sans morphème réalisé. La forme féminine comme masculine apparaît avec une lénition.


(3) Hès oa digouet 'n dri/ 'n hiñ dri.
celui-ci était arrivé le 1trois / le celui 1trois
'Celui-ci est arrivé troisième.'
Cornouaillais (Bannalec), Bouzec & al. (2017:97)


(4) Hous oa digouet 'n dêr.
celle-ci était arrivé le 1trois
'Celle-ci est arrivée troisième.'
Cornouaillais (Riec), Bouzec & al. (2017:97)

les cas de kentañ et diwezhañ

Les numéraux kentañ 'premier' et diwezhañ 'dernier' sont deux exceptions morphologiques.


(5) 'Vid ma 'nevez an tôl diweza, an hini kenta na nevo ket...
pour que a le coup dernier le celui premier ne aura pas
'Du moins s'il a (s'il donne) le dernier coup, il n'aura (ne donnera) pas le premier...'
Trégorrois, Gros (1996:117)


Selon Le Dû (2012:56), kentañ est un superlatif, ce qui explique sa morphologie en -a, le fait qu'il puisse apparaître après le nom, et le fait qu'il puisse apparaître sans article devant le nom. Kentañ est aussi le seul nombre ordinal qu'on utilise pour donner la date.


Dans les dizaines plus un (21, 31, 41...), ce n'est pas kentañ qui est utilisé, mais le suffixe -vet sur un-.


(6) O, 'peus ket graet an unvet ha kant c'hoazh! (* ar c'hentañ ha kant)
Oh 2 a pas fait le premier et cent encore
'Oh, tu n'as pas encore fait le cent-unième!'
Gourmelon (2014:175)

accentuation

Devant un monosyllabique, le numéral ordinal porte l'accent en KLT. Pour l'accentuation donc, le numéral ordinal et le nom qui le suit forment un même groupe accentuel.

(7) [ãn 'dri den] an dri den 'le troisième homme'
[ãn 'ɛjl vɛrh] an eil verh 'la deuxième fille'
Plozévet, Goyat (2012:127)


morphologie des ordinaux bas

Certains numéraux cardinaux bas, comme 2 (daou, div) sont morphologiquement très différents des ordinaux correspondants (eil, eilvet).


A Plozévet, lorsque c'est possible, les ordinaux sont identiques aux cardinaux. Ils s'en distinguent uniquement par une lénition initiale Goyat (2012:141, 213).


(8) [ãn 'tri botr] vs. [ãn 'dri botr] 'les trois garçons' vs. 'le troisième garçon'
[ar 'pi:dɛr o'to] vs. [ar 'bi:dɛr o'to] 'les quatre voitures' vs. 'la quatrième voiture'
Plozévet, Goyat (2012:213)


grammaticalisation en préfixes

Le numéral ordinal eil a grammaticalisé en un préfixe eil- pour les noms ou les verbes (Kervella 1947:§882).


Emploi et code-switching

 Le Dû (2012:56):
 "On entend souvent les formes correspondant aux chiffres ronds. Pour les autres, même le 21°, il est difficile d'éliciter les formes. Il semble que les locuteurs préfèrent utiliser les nombres cardinaux quand la tournure est complexe. Les plus grands nombres sont pratiquement toujours donnés en français."


Terminologie

Press (1986:241) traduit niver-petvediñ par l'anglais ordinal number.


Bibliographie

  • Falc'hun, F. 1981. 'Chapitre XVIII. 'Les adjectifs numéraux ordinaux', Perspectives nouvelles sur l'histoire de la langue bretonne, Riwanon Jaffrès et Alain Le Guyader (dir.), série La Nation en Question, Paris, Union Générale d'Éditions, 369-374.