Le passé simple : Différence entre versions

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Le passé simple breton est un temps synthétique qui exprime un temps passé [[perfectif]] ([[Heinecke (2001)|Heinecke 2001]]:79).
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Le passé simple breton, ou prétérit, est un [[temps]] [[synthétique]] qui exprime un temps ponctuel dans le passé. Ce temps est archaïsant en breton moderne, et a virtuellement disparu du domaine oral.
  
  
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La perte de productivité du passé simple est visible dans l'instabilité de ses paradigmes, dont certaines personnes en sont plus morphologiquement réactivées par les locuteurs même en 1922.
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  "A la première personne du passé défini on trouve, à la place de -''is'', la terminaison -''jon'' : ''lennjon'' par exemple pour '''lennis''', 'je lus'. Bien que cette forme soit identique à la terminaison d'un ancien [[plus-que-parfait]] demeuré en gallois, il est probable qu'elle n'en vient point, car elle aurait laissé des traces en [[moyen breton]]. Ce doit être une formation récente par analogie avec les formes en ''j'' du même temps : ''lennjout'', ''lennjomp'', etc. Dans la prose littéraire, on emploiera donc exclusivement la forme en -''is'' : ''lennis'', 'je lus'."
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Les paradigmes du passé simple sont en train de disparaître ou ont disparu de la langue orale au profit du [[passé composé]]. La forme 3SG, ''-as'', résiste le mieux. On la trouve cependant surtout dans les chansons ou proverbes.
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Cette disparition est relativement récente: "surtout en vannetais, on trouvait encore au XIXème siècle d'autres formes que celle de la troisième personne du singulier" ([[Falc'hun & Fleuriot (1978-79)|Falc'hun & Fleuriot 1978-79]]:7B). [[Ernault (1902)]] note une alternance passé simple/[[passé composé]] entre Sarzeau et Batz.
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  "les traducteurs s’y servent naturellement des formes préférées dans leur village, mais cela ne veut pas dire qu’à l’ombre de leur clocher d'autres expressions plus communes ne soient pas comprises aussi, et même employées à l’occasion. Tel est le cas de ''en tad a laras'', 'le père dit', à Sarzeau; ''en tad a boue lareit'' (pour ''en doe 'laret'') dans le sous-dialecte de Batz, etc."
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Pour la partie Nord, [[Gros (1970)|Gros (1970]]:27) note que le passé simple est de plus en plus abandonné, perd du terrain au profit du [[plus-que-parfait]]. Gros trouve encore en 1970 des formes de passé simple à la troisième personne du singulier (-''as''). Selon [[Konan (2017)|Konan (2017]]:262) à Perros-Guirrec, le passé simple à la troisième personne est pas mal utilisée ("''implijet kalzig''") en trégorrois de l'Est et en Goëlo. Selon [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:72), le passé simple "subsiste à l'état de trace" en breton trégorrois de Plougrescant. [[Le Coadic (2010)|Le Coadic (2010]]:31,33,38,40) signale de façon répétée que le paradigme du passé simple n'est pas présent en Goëlo.
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A Scaër/Guiscriff, selon [[Naoned (1952)|Naoned (1952]]:61), le passé simple (''amzer-dremenet-strizh'') n'existe pas. [[Merser (1963)|Merser (1963]]:§397) considère qu'il ne reste du paradigme que ses formes 3SG en ''-as''.
  
 
== Sémantique et emploi ==
 
== Sémantique et emploi ==
  
Le passé simple exprime toujours un temps du passé. Il est [[perfectif]], ce qui l'oppose à l'[[imparfait]] ([[Heinecke (2001)|Heinecke 2001]]:79).
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Le passé simple exprime toujours un temps du passé.  
  
  
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  "Le passé simple, s’utilise dans les textes littéraires écrits dans des contextes narratifs pour des évènements singuliers,
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  "Le passé simple, s’utilise dans les textes littéraires écrits
 
  dans des contextes narratifs pour des évènements singuliers,
 
  visualisés perfectivement, enchaînés séquentiellement,
 
  et disjoints de la diégèse interlocutive [...]"
 
  
 
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Le passé simple en breton supporte qu'une action [[perfective]] soit répétée sur un temps long.  
Le passé simple en breton supporte qu'une action perfective soit répétée sur un temps long.  
 
  
  
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Les paradigmes du passé simple sont en train de disparaître ou ont disparu de la langue orale.
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Selon [[Heinecke (2001)|Heinecke (2001]]:79), le passé simple breton est [[perfectif]], ce qui l'oppose à l'[[imparfait]]. Cependant, [[Falc'hun & Fleuriot (1978-79)|Falc'hun & Fleuriot (1978-79]]:7B) notent que le passé simple en [[moyen breton]] était surtout utilisé pour un "procès inachevé", ce qu'ils illustrent par l'exemple [[moyen breton]] ''Perak ez ez eo staget en kroaz nep na zellezas ket.'' ('Pourquoi est attaché en croix celui qui ne le mérita pas').
La forme en ''-as'' (3SG) résiste le mieux. On la trouve cependant surtout dans les chansons ou proverbes.  
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== Passé simple vs. passé composé ==
 
  
Le passé simple breton est attaché au style écrit, et le [[Le passé composé|passé composé]] au style oral. [[Bottineau (2010)]] analyse cette différence en terme de prise en compte/effacement des marques de subjectivité du locuteur.
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== Stylistique ==
  
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=== passé simple écrit vs. passé composé oral ===
  
  [[Bottineau (2010)|Bottineau (2010]]:118):
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Le passé simple breton est attaché au style écrit (archaïsant), et le [[Le passé composé|passé composé]] au style oral.  
 
 
  En breton comme en français, le passé simple repère un évènement saillant
 
  relativement à son environnement passé pris pour fond, alors que le [[Le passé composé|passé composé]]
 
  repère un évènement saillant relativement à l’expérience présente du dialogue :
 
  le premier fait abstraction de l’expérience du dire (ce qui s’accommode bien de l’écrit
 
  et de l’absence du récepteur ciblé) alors que le second la met en valeur, d’où son
 
  affinité avec l’oral dialogal et l’intersubjectivité immédiate.
 
  
  
Une hypothèse alternative à considérer est que la langue bretonne évolue, comme le français parlé, vers une perte massive du passé simple. Cette hypothèse prédit logiquement que le passé simple n'apparaît quasiment plus que dans les contextes de l'écrit, et que, dans les contextes oraux, il est supplanté par un autre temps (le [[Le passé composé|passé composé]]).
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La différence des nuances de subjectivité notées par Bottineau (2010) entre le passé simple et le [[Le passé composé|passé composé]] découlerait alors de cette évolution: le domaine de la parole objectivée, puisqu'associée à l'écrit, le serait donc au passé simple, et le domaine d'expression assumant une "présence" plus forte du locuteur serait associée au domaine de l'oral, et par association au [[Le passé composé|passé composé]].
 
  
== Variations dialectales ==
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[[Bottineau (2010)]] analyse cette différence en terme de prise en compte/effacement des marques de subjectivité du locuteur.
  
[[Gros (1970)|Gros (1970]]:27) note que le passé simple est de plus en plus abandonné, perd du terrain au profit du [[plus-que-parfait]]. Gros trouve encore en 1970 des formes de passé simple à la troisième personne du singulier (-''as'').
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  [[Bottineau (2010)|Bottineau (2010]]:118):
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  "En breton comme en français, le passé simple repère un évènement saillant relativement à son environnement passé pris pour fond, alors que le [[Le passé composé|passé composé]] repère un évènement saillant relativement à l’expérience présente du dialogue : le premier fait abstraction de l’expérience du dire (ce qui s’accommode bien de l’écrit et de l’absence du récepteur ciblé) alors que le second la met en valeur, d’où son affinité avec l’oral dialogal et l’intersubjectivité immédiate."
  
[[Le Coadic (2010)|Le Coadic (2010]]:31,33,38,40) signale de façon répétée que le paradigme du passé simple n'est pas présent en Goëlo.
 
  
Selon [[Le Dû (2012)|Le Dû (2012]]:72), le passé simple "subsiste à l'état de trace" en breton trégorrois de Plougrescant.
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Une hypothèse alternative à considérer est que la langue bretonne finit d'évoluer, comme le français parlé, vers une perte massive du passé simple. Cette hypothèse prédit logiquement que le passé simple n'apparaît quasiment plus que dans les contextes de l'écrit, et que, dans les contextes oraux, il est supplanté par un autre temps (le [[Le passé composé|passé composé]], ou le [[plus-que-parfait]]).  
  
 
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La différence des nuances de subjectivité notées par Bottineau (2010) entre le passé simple et le [[Le passé composé|passé composé]] découlerait alors de cette évolution: le domaine de la parole objectivée, puisqu'associée à l'écrit, le serait donc au passé simple, et le domaine d'expression assumant une "présence" plus forte du locuteur serait associée au domaine de l'oral, et par association au [[Le passé composé|passé composé]].
[[Ernault (1902)]] note une alternance passé simple/[[passé composé]] entre Sarzeau et Batz.
 
 
 
  "les traducteurs s’y servent naturellement des formes préférées dans
 
  leur village, mais cela ne veut pas dire qu’à l’ombre de leur clocher
 
  d'autres expressions plus communes ne soient pas comprises aussi, et
 
  même employées l’occasion. Tel est le cas de ''en tad a laras'', 'le
 
  père dit', à Sarzeau; ''en tad a boue lareit'' (pour ''en doe 'laret'') dans
 
  le sous-dialecte de Batz, etc."
 
  
 
== Horizons comparatifs ==
 
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En [[gallo]], le passé simple est utilisé à l'oral comme à l'écrit. Comme en breton, le [[passé composé]] n'y est utilisé "que pour désigner une action passée qui a lien avec le présent" ([[Auffray (2007)|Auffray 2007]]:intro).
  
 
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En breton, le passé simple est appelé ''amzer-dremenet strizh''.
 
En breton, le passé simple est appelé ''amzer-dremenet strizh''.
  
En anglais, le passé simple est appelé ''simple past''.
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En anglais, le passé simple est appelé ''simple past''. [[Press (1986)|Press (1986]]:228) traduit ''amzer-dremenet-strizh'' par 'past definite tense'.
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== Bibliographie ==
 
== Bibliographie ==

Version du 23 novembre 2019 à 15:52

Le passé simple breton, ou prétérit, est un temps synthétique qui exprime un temps ponctuel dans le passé. Ce temps est archaïsant en breton moderne, et a virtuellement disparu du domaine oral.


(1) Kement a vall a oa warnañ da vont kuit ma lezas e holl zanvez war e lerc'h.
autant de1 hâte R était sur.lui de1 aller parti C laissa son1 tout1 affaire sur.son.suite
'Il était tellement pressé de partir qu'il a laissé toutes ses affaires.'
Cornouaille (Pleyben), ar Gow (1999:31)


Morphologie

paradigmes instables

La perte de productivité du passé simple est visible dans l'instabilité de ses paradigmes, dont certaines personnes en sont plus morphologiquement réactivées par les locuteurs même en 1922.


 Académie bretonne (1922:291) 
 "A la première personne du passé défini on trouve, à la place de -is, la terminaison -jon : lennjon par exemple pour lennis, 'je lus'. Bien que cette forme soit identique à la terminaison d'un ancien plus-que-parfait demeuré en gallois, il est probable qu'elle n'en vient point, car elle aurait laissé des traces en moyen breton. Ce doit être une formation récente par analogie avec les formes en j du même temps : lennjout, lennjomp, etc. Dans la prose littéraire, on emploiera donc exclusivement la forme en -is : lennis, 'je lus'."


diachronie et variations dialectales

Les paradigmes du passé simple sont en train de disparaître ou ont disparu de la langue orale au profit du passé composé. La forme 3SG, -as, résiste le mieux. On la trouve cependant surtout dans les chansons ou proverbes.

Cette disparition est relativement récente: "surtout en vannetais, on trouvait encore au XIXème siècle d'autres formes que celle de la troisième personne du singulier" (Falc'hun & Fleuriot 1978-79:7B). Ernault (1902) note une alternance passé simple/passé composé entre Sarzeau et Batz.

 "les traducteurs s’y servent naturellement des formes préférées dans leur village, mais cela ne veut pas dire qu’à l’ombre de leur clocher d'autres expressions plus communes ne soient pas comprises aussi, et même employées à l’occasion. Tel est le cas de en tad a laras, 'le père dit', à Sarzeau; en tad a boue lareit (pour en doe 'laret) dans le sous-dialecte de Batz, etc."


Pour la partie Nord, Gros (1970:27) note que le passé simple est de plus en plus abandonné, perd du terrain au profit du plus-que-parfait. Gros trouve encore en 1970 des formes de passé simple à la troisième personne du singulier (-as). Selon Konan (2017:262) à Perros-Guirrec, le passé simple à la troisième personne est pas mal utilisée ("implijet kalzig") en trégorrois de l'Est et en Goëlo. Selon Le Dû (2012:72), le passé simple "subsiste à l'état de trace" en breton trégorrois de Plougrescant. Le Coadic (2010:31,33,38,40) signale de façon répétée que le paradigme du passé simple n'est pas présent en Goëlo.

A Scaër/Guiscriff, selon Naoned (1952:61), le passé simple (amzer-dremenet-strizh) n'existe pas. Merser (1963:§397) considère qu'il ne reste du paradigme que ses formes 3SG en -as.

Sémantique et emploi

Le passé simple exprime toujours un temps du passé.


 Bottineau (2010:116):
 "Le passé simple, s’utilise dans les textes littéraires écrits dans des contextes narratifs pour des évènements singuliers,
 visualisés perfectivement, enchaînés séquentiellement, et disjoints de la diégèse interlocutive [...]"


Le passé simple en breton supporte qu'une action perfective soit répétée sur un temps long.


(1) Lojañ-dilojañ a reas ar familh, ken na reas.
loger-di.loger R1 fit le famille autant ne1 fit
'La famille déménagea tant et tant (sans fin).' Standard, Denez (1993:33)


(2) Heñv a foetas e zanvez o ren ur vuhez diroll.
celui.ci R fouetta son1 matière à4 mener un 1vie dissolu
'Il mangea tout son bien en menant une vie dissolue.'
Le Scorff, Ar Borgn (2011:81)


Selon Heinecke (2001:79), le passé simple breton est perfectif, ce qui l'oppose à l'imparfait. Cependant, Falc'hun & Fleuriot (1978-79:7B) notent que le passé simple en moyen breton était surtout utilisé pour un "procès inachevé", ce qu'ils illustrent par l'exemple moyen breton Perak ez ez eo staget en kroaz nep na zellezas ket. ('Pourquoi est attaché en croix celui qui ne le mérita pas').


stratégies alternatives

Le français peut utiliser, en alternative du passé simple, un imparfait ou un présent de narration comme en (1). Ces choix sont inattestés en breton (Bottineau 2010:117).


(3) E 1986 e (tarzhas / *tarzhe) un dazloc’her e kreizenn nukleel Tchernobyl en Ukrania.
en 1986 R4 explosa / * explosait un réacteur dans centre nucléaire Tchernobyl en Ukraine
'En 1986 explosait un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine.'
Bottineau (2010:117)


Stylistique

passé simple écrit vs. passé composé oral

Le passé simple breton est attaché au style écrit (archaïsant), et le passé composé au style oral.


(1) Herri IV a zistolas ar hargou.
Henri IV R1 .jeter le 5charges
'Henri IV abaissa les impôts.' Cornouaille, Ar Scao (1945)


Bottineau (2010) analyse cette différence en terme de prise en compte/effacement des marques de subjectivité du locuteur.

 Bottineau (2010:118):
 "En breton comme en français, le passé simple repère un évènement saillant relativement à son environnement passé pris pour fond, alors que le passé composé repère un évènement saillant relativement à l’expérience présente du dialogue : le premier fait abstraction de l’expérience du dire (ce qui s’accommode bien de l’écrit et de l’absence du récepteur ciblé) alors que le second la met en valeur, d’où son affinité avec l’oral dialogal et l’intersubjectivité immédiate."


Une hypothèse alternative à considérer est que la langue bretonne finit d'évoluer, comme le français parlé, vers une perte massive du passé simple. Cette hypothèse prédit logiquement que le passé simple n'apparaît quasiment plus que dans les contextes de l'écrit, et que, dans les contextes oraux, il est supplanté par un autre temps (le passé composé, ou le plus-que-parfait).

La différence des nuances de subjectivité notées par Bottineau (2010) entre le passé simple et le passé composé découlerait alors de cette évolution: le domaine de la parole objectivée, puisqu'associée à l'écrit, le serait donc au passé simple, et le domaine d'expression assumant une "présence" plus forte du locuteur serait associée au domaine de l'oral, et par association au passé composé.

Horizons comparatifs

En gallo, le passé simple est utilisé à l'oral comme à l'écrit. Comme en breton, le passé composé n'y est utilisé "que pour désigner une action passée qui a lien avec le présent" (Auffray 2007:intro).

Terminologie

En breton, le passé simple est appelé amzer-dremenet strizh.

En anglais, le passé simple est appelé simple past. Press (1986:228) traduit amzer-dremenet-strizh par 'past definite tense'.


Bibliographie

Bottineau, D. 2010. 'Les temps du verbe breton : temps, aspect, modalité, interlocution, cognition, Des faits empiriques aux orientations théoriques', Catherine Douay (dir.), Système et chronologie, Presses Universitaires de Rennes, 110-129.