Langue d'héritage : Différence entre versions

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Les locuteurs dits "réceptifs" d'une langue comprennent leur langue d'héritage mais ne produisent pas ou peu d'énoncés. Ils ont cependant des jugements de grammaticalité sur la langue, et repèrent des fautes éventuelles dans la structure. Sherkina-Lieber (2011) et Sherkina-Lieber & al. (2011) ont ainsi montré que locuteurs réceptifs de l'innuttitut du Labrador, un dialecte de l'innuktitut, ont une sensibilité aux violations morphosyntaxiques, même si cette sensibilité est moindre comparée à celle de locuteurs actifs.
 
Les locuteurs dits "réceptifs" d'une langue comprennent leur langue d'héritage mais ne produisent pas ou peu d'énoncés. Ils ont cependant des jugements de grammaticalité sur la langue, et repèrent des fautes éventuelles dans la structure. Sherkina-Lieber (2011) et Sherkina-Lieber & al. (2011) ont ainsi montré que locuteurs réceptifs de l'innuttitut du Labrador, un dialecte de l'innuktitut, ont une sensibilité aux violations morphosyntaxiques, même si cette sensibilité est moindre comparée à celle de locuteurs actifs.
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== Réorganisations langagières ==
 
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|||colspan="4" | 'Amène-moi ces trente et une roches.'||||||||||''Léon/Standard'', M. Lincoln (07/2016), c.p.
 
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== Terminologie ==
 
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* Rakhilina, E., A. Vyrenkova, & M. Polinsky. 2016. 'Linguistic Creativity in Heritage Speakers', ''Glossa: a journal of general linguistics'' 1(1), 43.  
 
* Rakhilina, E., A. Vyrenkova, & M. Polinsky. 2016. 'Linguistic Creativity in Heritage Speakers', ''Glossa: a journal of general linguistics'' 1(1), 43.  
  
* Scontras, G., Polinsky, M., & Fuchs, Z. 2018. 'In support of representational economy: Agreement in heritage Spanish', ''Glossa'' 3(1), 1.
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* Scontras, Gregory, Maria Polinsky, & Zuzanna Fuchs. 2018. 'In support of representational economy: Agreement in heritage Spanish', ''Glossa'' 3(1), 1.
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* Scontras, Gregory, Zuzanna Fuchs, Maria Polinsky. 2015. 'Heritage language and linguistic theory', ''Frontiers in Psychology: Language Sciences'', 6(1545):1-20.  
  
 
* Seals, C.A. & Shah, S. (éds.). 2017. ''Heritage Language Policies around the World'', London: Routledge.
 
* Seals, C.A. & Shah, S. (éds.). 2017. ''Heritage Language Policies around the World'', London: Routledge.

Version du 1 mars 2018 à 15:48

Une langue d'héritage est une langue acquise de manière native, mais dans un contexte de bilinguisme diglossique ou une détérioration de l'input.

Les locuteurs de langues d'héritage sont un type de locuteur natif en ce qu'ils sont exposés tôt dans la vie à la langue dite d'héritage. Leur maitrise de cette langue varie de natif sans interruption de pratique avec des zones diglossiques, à des formes d'attritions radicales de la langue. Les facteurs déterminants sont la fréquence d'exposition, la consistance de l'input, l'usage actif de la langue et la présence d'une instruction dans la langue (Montrul 2015).


Langue de comparaison

Etudier une langue d'héritage implique d'établir une comparaison avec une variété plus complète, extensive ou maitrisée de la langue. Il est important que cette langue de comparaison soit précisément la variété avec laquelle un locuteur donné est ou a été en contact, et non pas par exemple une version standard de cette langue.


Attrition

le genre dans les langues d'héritage

Le genre est une zone sensible dans les cas d'attrition, et signale rapidement la maitrise incomplète d'une langue. Dans les langues où le genre n'est pas devinable morphologiquement de façon productive, il faut au locuteur connaître le genre particulier de chaque nom, ce qui requiert un usage lexical extensif.

Polinsky (2008b) montre que dans une variété de russe parlée en Amérique, l’assignation du genre ne suit pas le système casuel du russe. Les locuteurs ont réinterprété les finales des formes de citation comme des marques de genre, créant donc un système productif d'assignation de genre.


attrition syntaxique

Selon Boon (2014:24), la réduction des environnements sociolinguistiques aux usages entre locuteurs familiers implique la raréfaction des enchâssées et des formes verbales rares. Cependant, l'enchâssement est nécessaire à toute parole rapportée, ce usage qui survit à la familiarité, et l'argument de la rareté des formes verbales est circulaire (les formes utilisées seront considérées comme non-rares).


locuteurs réceptifs

Les locuteurs dits "réceptifs" d'une langue comprennent leur langue d'héritage mais ne produisent pas ou peu d'énoncés. Ils ont cependant des jugements de grammaticalité sur la langue, et repèrent des fautes éventuelles dans la structure. Sherkina-Lieber (2011) et Sherkina-Lieber & al. (2011) ont ainsi montré que locuteurs réceptifs de l'innuttitut du Labrador, un dialecte de l'innuktitut, ont une sensibilité aux violations morphosyntaxiques, même si cette sensibilité est moindre comparée à celle de locuteurs actifs.


Réorganisations langagières

L’état de la langue d’héritage peut donner lieu à des réorganisations grammaticales à l’intérieur du système de la langue de comparaison. Polinsky (2008a) montre ainsi que dans une variété de russe parlée en Amérique, le cas nominatif est utilisé pour le sujet mais aussi l’objet, et que les cas pronominal accusatif a, lui, colonisé le paradigme des objets indirects et de but.


Locuteur d'héritage vs. apprenant

L'incomplétion de la maitrise de la langue rassemble les locuteurs d'héritage et les apprenants d'une langue seconde. Ces locuteurs ont cependant des profils différents.

Les apprenants d'une langue seconde ont généralement accès à l'input par un biais scolaire, et non par immersion comme les locuteurs d'héritage. Ils montrent donc une plus grande aisance à l'écrit que des locuteurs d'héritage. Dans le cas des jeunes locuteurs natifs du breton, cette différenciation peut cependant être compliquée par le fait que l'immersion est souvent scolaire.

Il reste cependant la différenciation entre natifs d'une langue ou non, ce qui implique la capacité de créativité langagière et l'usage de structures grammaticales complexes comme la capacité en breton de produire un numéral discontinu dans une structure démonstrative analytique.


(1) Degas an ur mein ha tregont -se din.
envoie le un roche & trente -là à.moi
'Amène-moi ces trente et une roches.' Léon/Standard, M. Lincoln (07/2016), c.p.


Terminologie

Le terme d'héritage est maladroit dans le sens où toutes les langues sont d'héritage, mais il a l'avantage de saisir ensemble les langues minorisées autochtones et les langues immigrées, qui partagent un rapport similaire à l'espace public. Le terme langue d'héritage signifie donc langue d'héritage plus que de pratique. Il est important de souligner que l'attrition linguistique renvoie à une réalité qui n'est pas celle de toutes les pratiques de langues minorisées, et encore moins de toutes les pratiques bilingues ou plurilingues.

Le terme anglais est Heritage language. Le terme breton est yezh (a) herezh.


Bibliographie

(la bibliographie ci-dessous concerne principalement les productions adultes en état de diglossie provoquée par une attrition de l'input. Plus de références sur l'acquisition d'une langue seconde en contexte bilingue, ou sur les scolarisations en breton peuvent se trouver sur la page sur l'acquisition du langage, ou pour les cas productions adultes, sur la page sur le bilinguisme)


horizons comparatifs en celtique

  • Boon, Erin Diane. 2014. Heritage Welsh: a study of heritage language as the outcome of minority language acquisition and bilingualism, Doctoral dissertation, Harvard University, texte.
  • Dorian, Nancy. 1976. 'Gender in a terminal Gaelic dialect', Scottish Gaelic Studies 12/13: 279-282.
  • Dorian, Nancy. 1977. 'The problem of the semi-speaker in language death', International Journal of the Sociology of Language 12: 23-32.
  • Dorian, Nancy. 1978. 'Fate of morphological complexity in language death: Evidence from EastSutherland Gaelic', Language 54: 3: 590-609.
  • Dorian, Nancy. 1980. 'Language shift in the community and individual: The phenomenon of the laggardsemi-speaker.' International Journal of the Sociology of Language 25: 85-94.
  • Dorian, Nancy. 1982. 'Language loss and maintenance in language contact situations', The Loss ofLanguage Skills, Richard D. Lambert and Barbara F. Freed (éds.), 44-59. Rowley, MA:Newbury House.


horizons théoriques

  • Benmamoun E, Montrul S, Polinsky M. 2010. White Paper: Prolegomena to Heritage Linguistics. Harvard University, texte.
  • Montrul, Silvina A. 2015. The Acquisition of Heritage Languages, Cambridge University Press, review.
  • Montrul, Silvina A. 2008. Incomplete Acquisition in Bilingualism: Re-examining the Age-factor, Amsterdam : John Benjamins.
  • Polinsky, Maria. 2005. 'Word class distinctions in an incomplete grammar', Perspectives on Language and Language Development, Dorit Diskin Ravid and Hava Bat-Zeev Shyldkrot (éds.), 419-434. Dordrecht: Kluwer Academic Publishers.
  • Polinsky, Maria. 2008a. 'Heritage Language Narratives', Heritage Language Education: A New Field Emerging, Donna M. Brinton, Olga Kagen and Susan Bauckus (éds.), 149-164. New York:Routledge.
  • Polinsky, Maria. 2008b. 'Gender under incomplete acquisition: Heritage speakers’ knowledge of noun categorization', Heritage Language Journal 6: 1: 40-71.
  • Rakhilina, E., A. Vyrenkova, & M. Polinsky. 2016. 'Linguistic Creativity in Heritage Speakers', Glossa: a journal of general linguistics 1(1), 43.
  • Scontras, Gregory, Maria Polinsky, & Zuzanna Fuchs. 2018. 'In support of representational economy: Agreement in heritage Spanish', Glossa 3(1), 1.
  • Scontras, Gregory, Zuzanna Fuchs, Maria Polinsky. 2015. 'Heritage language and linguistic theory', Frontiers in Psychology: Language Sciences, 6(1545):1-20.
  • Seals, C.A. & Shah, S. (éds.). 2017. Heritage Language Policies around the World, London: Routledge.
  • Sherkina-Lieber, M. 2011. 'Comprehension of Labrador Inuttitut functional morphology by receptive bilinguals, manuscrit de thèse, Université de Toronto. pdf.
  • Sherkina-Lieber, M., Pérez-Leroux, A. T., & Johns, A. 2011. 'Grammar without speech production: the case of Labrador Inuttitut heritage receptive bilinguals', Bilingualism: Language and Cognition, 14(3), 301-317. pdf.