Langue d'héritage : Différence entre versions

De Arbres
Aller à : navigation, rechercher
Ligne 9 : Ligne 9 :
  
  
== Réorganisations langagières ==
+
== Attrition ==
 +
 +
=== le genre dans les langues d'héritage ===
 +
 
 +
Le genre est une zone sensible dans les cas d'attrition, et signale rapidement la maitrise incomplète d'une langue. Dans les langues où le genre n'est pas devinable morphologiquement de façon productive, il faut au locuteur connaître le genre particulier de chaque nom, ce qui requiert un usage lexical extensif.
 +
 +
Polinsky (2008b) montre que dans une variété de russe parlée en Amérique, l’assignation du genre ne suit pas le système casuel du russe. Les locuteurs ont réinterprété les finales des formes de citation comme des marques de genre, créant donc un système productif d'assignation de genre.
 +
 
 +
 
 +
=== attrition syntaxique ===
  
L’état de la langue d’héritage peut donner lieu à des réorganisations grammaticales à l’intérieur du système de la langue de comparaison. Polinsky (2008a) montre ainsi que dans une variété de russe parlée en Amérique, le cas nominatif est utilisé pour le sujet mais aussi l’objet, et que les cas pronominal accusatif a, lui, colonisé le paradigme des objets indirects et de but.  
+
Selon [[Boon (2014)|Boon (2014]]:24), la réduction des environnements sociolinguistiques aux usages entre locuteurs familiers implique  la raréfaction des [[enchâssées]] et des formes verbales rares. Cependant, l'[[enchâssement]] est nécessaire à toute parole rapportée, ce usage qui survit à la familiarité, et l'argument de la rareté des formes verbales est circulaire (les formes utilisées seront considérées comme non-rares).
  
  
== Le genre dans les langues d'héritage ==
+
== Réorganisations langagières ==
  
Le genre est une zone sensible dans les cas d'attrition car lorsque le genre n'est pas devinable morphologiquement de façon productive, il faut au locuteur connaître le genre particulier de chaque nom, ce qui requiert un usage lexical extensif.
+
L’état de la langue d’héritage peut donner lieu à des réorganisations grammaticales à l’intérieur du système de la langue de comparaison. Polinsky (2008a) montre ainsi que dans une variété de russe parlée en Amérique, le cas nominatif est utilisé pour le sujet mais aussi l’objet, et que les cas pronominal accusatif a, lui, colonisé le paradigme des objets indirects et de but.  
 
Polinsky (2008b) montre que dans une variété de russe parlée en Amérique, l’assignation du genre ne suit pas le système casuel du russe. Les locuteurs ont réinterprété les finales des formes de citation comme des marques de genre, créant donc un système productif d'assignation de genre.
 
  
  

Version du 3 septembre 2017 à 11:00

Une langue d'héritage est une langue acquise de manière native, mais dans un contexte de bilinguisme diglossique.

Les locuteurs de langues d'héritage sont un type de locuteur natif en ce qu'ils sont exposés tôt dans la vie à la langue dite d'héritage. Leur maitrise de cette langue varie de natif sans interruption de pratique avec des zones diglossiques, à des formes d'attritions radicales de la langue. Les facteurs déterminants sont la fréquence d'exposition, la consistance de l'input, l'usage actif de la langue et la présence d'une instruction dans la langue (Montrul 2015).


Langue de comparaison

Etudier une langue d'héritage implique d'établir une comparaison avec une variété plus complète, extensive ou maitrisée de la langue. Il est important que cette langue de comparaison soit précisément la variété avec laquelle un locuteur donné est ou a été en contact, et non pas par exemple une version standard de cette langue.


Attrition

le genre dans les langues d'héritage

Le genre est une zone sensible dans les cas d'attrition, et signale rapidement la maitrise incomplète d'une langue. Dans les langues où le genre n'est pas devinable morphologiquement de façon productive, il faut au locuteur connaître le genre particulier de chaque nom, ce qui requiert un usage lexical extensif.

Polinsky (2008b) montre que dans une variété de russe parlée en Amérique, l’assignation du genre ne suit pas le système casuel du russe. Les locuteurs ont réinterprété les finales des formes de citation comme des marques de genre, créant donc un système productif d'assignation de genre.


attrition syntaxique

Selon Boon (2014:24), la réduction des environnements sociolinguistiques aux usages entre locuteurs familiers implique la raréfaction des enchâssées et des formes verbales rares. Cependant, l'enchâssement est nécessaire à toute parole rapportée, ce usage qui survit à la familiarité, et l'argument de la rareté des formes verbales est circulaire (les formes utilisées seront considérées comme non-rares).


Réorganisations langagières

L’état de la langue d’héritage peut donner lieu à des réorganisations grammaticales à l’intérieur du système de la langue de comparaison. Polinsky (2008a) montre ainsi que dans une variété de russe parlée en Amérique, le cas nominatif est utilisé pour le sujet mais aussi l’objet, et que les cas pronominal accusatif a, lui, colonisé le paradigme des objets indirects et de but.


Terminologie

Le terme d'héritage est maladroit dans le sens où toutes les langues sont d'héritage, mais il a l'avantage de saisir ensemble les langues minorisées autochtones et les langues immigrées, qui partagent un rapport similaire à l'espace public. Le terme langue d'héritage signifie donc langue d'héritage plus que de pratique. Il est important de souligner que l'attrition linguistique renvoie à une réalité qui n'est pas celle de toutes les pratiques de langues minorisées, et encore moins de toutes les pratiques bilingues ou plurilingues.

Le terme anglais est Heritage language. Le terme breton est yezh (a) herezh.


Bibliographie

horizons comparatifs en celtique

  • Boon, Erin Diane. 2014. Heritage Welsh: a study of heritage language as the outcome of minority language acquisition and bilingualism, Doctoral dissertation, Harvard University, texte.
  • Dorian, Nancy. 1976. 'Gender in a terminal Gaelic dialect', Scottish Gaelic Studies 12/13: 279-282.
  • Dorian, Nancy. 1977. 'The problem of the semi-speaker in language death', International Journal of the Sociology of Language 12: 23-32.
  • Dorian, Nancy. 1978. 'Fate of morphological complexity in language death: Evidence from EastSutherland Gaelic', Language 54: 3: 590-609.
  • Dorian, Nancy. 1980. 'Language shift in the community and individual: The phenomenon of the laggardsemi-speaker.' International Journal of the Sociology of Language 25: 85-94.
  • Dorian, Nancy. 1982. 'Language loss and maintenance in language contact situations', The Loss ofLanguage Skills, Richard D. Lambert and Barbara F. Freed (éds.), 44-59. Rowley, MA:Newbury House.


horizons théoriques

  • Benmamoun E, Montrul S, Polinsky M. 2010. White Paper: Prolegomena to Heritage Linguistics. Harvard University, texte.
  • Montrul, Silvina A. 2015. The Acquisition of Heritage Languages, Cambridge University Press, review.
  • Montrul, Silvina A. 2008. Incomplete Acquisition in Bilingualism: Re-examining the Age-factor, Amsterdam : John Benjamins.
  • Polinsky, Maria. 2005. 'Word class distinctions in an incomplete grammar', Perspectives on Language and Language Development, Dorit Diskin Ravid and Hava Bat-Zeev Shyldkrot (éds.), 419-434. Dordrecht: Kluwer Academic Publishers.
  • Polinsky, Maria. 2008a. 'Heritage Language Narratives', Heritage Language Education: A New Field Emerging, Donna M. Brinton, Olga Kagen and Susan Bauckus (éds.), 149-164. New York:Routledge.
  • Polinsky, Maria. 2008b. 'Gender under incomplete acquisition: Heritage speakers’ knowledge of noun categorization', Heritage Language Journal 6: 1: 40-71.
  • Rakhilina, E., A. Vyrenkova, & M. Polinsky. 2016. 'Linguistic Creativity in Heritage Speakers', Glossa: a journal of general linguistics 1(1), 43.