La négation : Différence entre versions

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(Piste d'analyse)
(Concordance négative?)
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L'omission de ''ne'' se fait le plus souvent dans les phrases avec un mot négatif, comme dans les exemples suivants ((10a) et (10b) (à vérifier); (11) - Corne 1991:4):
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L'omission de ''ne'' se fait le plus souvent dans les phrases avec un mot négatif.
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Dans toutes ces phrases, la seule marque de la négation est le mot négatif (''neblec'h'', ''den''). Cette situation semble donc contredire la généralisation selon laquelle le breton est une langue à concordance négative, c'est-à-dire une langue où les mots négatifs sont utilisés avec (au moins un des deux marqueurs de) la négation propositionnelle.  
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Dans toutes ces phrases, la seule marque de la négation est le mot négatif (''neblec'h'', ''den''). Ceci semble donc contredire la généralisation selon laquelle le breton est une langue à concordance négative, c'est-à-dire une langue où les mots négatifs sont utilisés avec (au moins un des deux marqueurs de) la négation propositionnelle.  
  
 
La complexité de la situation est le mieux résumée par le paradigme suivant (Schapansky 1996:183, citant Guilloux 1992):
 
La complexité de la situation est le mieux résumée par le paradigme suivant (Schapansky 1996:183, citant Guilloux 1992):
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|oé
 
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|d'
 
|d'

Version du 12 octobre 2008 à 19:19

EN CHANTIER

Description du phénomène

Le breton use d'une négation discontinue (également appelée bipartite) dont les éléments entourent le verbe tensé: [ne V ket], comme c'est le cas en français avec [ne V pas].

Cependant la co-occurrence de ne et ket n’est pas systématique. Il s’agit donc, dans un premier temps, de comprendre le statut exact - la distribution et l’apport sémantique de chacun de ces deux éléments. Plus précisément, lequel d'entre eux est nécessaire pour marquer une phrase comme étant négative? Est-ce que il y a l'un des deux qui est un élément purement fonctionnel (comme ça semble être le cas pour ne en français) et l'autre qui apporte la négation sémantique, ou bien est-ce que et ne et ket peuvent servir comme marqueur négatif unique?

ket optionnel

Plusieurs grammaires signalent des contextes où ne apparaît (ou peut apparaître) sans ket. Kervella (1947 : 234) note le caractère optionnel de ket : "Quand il se trouve un autre mot négatif dans la phrase, comme ebet (aucun), netra (neg.chose), nikun (nul), mann (zéro, rien), mui (plus), biskoazh/ biken/ morse (jamais), etc., on ne met pas ket la plupart du temps. "

Pour Chalm (2008: 86-88) "on peut se passer de ket si ken suit directement le verbe" :

(1) Ne bellgomzo (ket) ken bremañ.
Neg V neg plus maintenant
'Il/Elle ne téléphonera plus maintenant.'
Cap Sizun, Chalm (2008)

Cependant, si un mot s’interpose entre le verbe et ken, ket est obligatoire.

(2) Ne bellgomzo ket endro ken .
Neg V neg de encore plus
' Il/Elle ne téléphonera plus.'
Cap Sizun, Chalm (2008)

Ket non optionnel

Cependant, la présence de ket dans certains contextes change l'interprétation de la phrase, comme le montre le contraste entre (3) et (4), où l’utilisation de ket entraîne une phrase de sens contraire :

(3) Ne ra nemet debriñ ha kousket.
Neg V seulement manger et dormir
'Il/Elle ne fait que manger et dormir.'
Cap Sizun, Chalm (2008)
(4) Ne ra ket nemet debriñ ha kousket.
Neg V neg seulement manger et dormir
'Il/Elle ne fait pas que manger et dormir.'
Cap Sizun, Chalm (2008)

Ce contraste semble indiquer que ket apporte une vraie négation dans ce contexte. La question qui se pose alors est de mieux cerner les différences de sens dans les cas d'apparente optionnalité.

Piste d'analyse

La distribution de ket dans des phrases avec d'autres mots négatifs semble dépendre de la position du mot négatif par rapport au verbe. Selon Chalm (2008), on peut mettre ket seulement lorsque l'autre mot négatif suit le verbe:


(5) N' em bije ket kredet james e oa gwir
Neg ® aux neg cru jamais ® cop vrai
'je n'aurai jamais cru que cela était vrai'
Cap Sizun, Chalm (2008)


(6) James n' em bije sonjet e oa gwir
jamais neg ® aux pensé ® cop vrai
'je n'aurai jamais cru que cela était vrai'


(7) * James n' em bije ket sonjet e oa gwir


Concordance négative?

La question du statut de la négation propositionnelle est étroitement liée à celle du système de concordance négative. Plus précisément, le breton semble admettre facilement des phrases avec plusieurs éléments négatifs (dont l'un est le marqueur de négation propositionnelle) qui donnent lieu à une interprétation négative (Kervella 1947§234):


(8) Ne gavan morse den ebet.
Neg trouve.1sg jamais personne aucune
'Je ne trouve jamais personne.'
Kervella (1947§234)


Dans la plupart des contextes de concordance négative, ne est présent, voire obligatoire. Néanmoins, il semble qu'il y a des cas où on peut l'omettre. Une première possibilité (qui semble marginale) est de trouver un mot négatif accompagné de ket, comme en (9) (à vérifier).


(9) M eus ket karr ebet
1.sg ai neg voiture aucune
'Je n'ai pas de voiture'
?? Mélanie Jouitteau (à vérifier)

L'omission de ne se fait le plus souvent dans les phrases avec un mot négatif.


(10a) Bet on e neblec'h
été j'ai P neg.lieu
'Je suis allé.e nulle part'
?? Mélanie Jouitteau (à vérifier)


(10b) Neblec'h e tebran
neg.lieu mange.1sg
'Nulle part je ne mange'
?? Mélanie Jouitteau (à vérifier)
(11) Den oa kotät de vonet d' er brezel
personne est heureux de aller à art guerre
'Personne n'est heureux d'aller à la guerre'
Groe, Corne (1991:4)

Dans toutes ces phrases, la seule marque de la négation est le mot négatif (neblec'h, den). Ceci semble donc contredire la généralisation selon laquelle le breton est une langue à concordance négative, c'est-à-dire une langue où les mots négatifs sont utilisés avec (au moins un des deux marqueurs de) la négation propositionnelle.

La complexité de la situation est le mieux résumée par le paradigme suivant (Schapansky 1996:183, citant Guilloux 1992):

(12) Ne ket nitra
Neg être.Présent neg neg.chose
'Ce n'était rien'
(13) Nitra ne d' ober
Neg.chose neg être.Présent de faire.Infinitif
'Il n'y avait rien à faire'
(14) Nitra e ou kuelet én devalen
Neg.chose ® être.Présent 3P voir.Infinitif dans.la descente
'Ce n'était rien de les voir descendre'

Lorsqu'on cherche à établir le type exact de concordance négative, il se peut que les réponses varient selon les types d’éléments impliqués : nom nu ou élément morphologiquement négatif. Les langues ont souvent plusieurs paradigmes différentes qui correspondent à différents emplois : d'un côté les items de polarité négative (qui doivent être légitimés par une négation), comme qui que ce soit en français, d'un autre, les quantifieurs négatifs (qui peuvent introduire à eux-seuls un sens négatif dans une pharse), comme par exemple personne ou rien. Pour chaque paradigme/élément qui participe au système de concordance négative, il s’agit donc de déterminer s’il peut/doit apparaître sans négation propositionnelle.

Une autre question ouverte est celle de l'interprétation des co-occurrences de plusieurs éléments négatifs. Plus spécifiquement, il semble qu'en plus de la lecture habituelle (de concordance négative),une phrase avec deux éléments négatifs peut également avoir une lecture où les deux négations s'annulent (15 - Mélanie Jouitteau, à vérifier; (16) - Guilloux 1992:189, paraphrase traduite de Schapansky 1996):

(15) Ne ra ket netra
Neg fait neg neg.chose
'Ce n'est pas le cas que ça fait rien'
'Ca fait rien'
(16) Nitra n em boé de houlen get hanni
neg.chose neg 1.sg avoir.Présent de demander.Infinitif avec personne
'Il n'y a rien que j'ai demandé à personne'

La position ou le focus sur un des deux items négatifs sont des facteurs déterminants pour cette lecture de double négation et doivent donc être pris en compte dans toute étude empirique. L'existence de ce type d'ambiguïté peut fournir des indices précieux sur l'identité et la nature des éléments sémantiquement négatifs en breton, à la fois pour la négation propositionnelle et les indéfinis/quantifieurs.


Par rapport à la question 'lequel est un élément fonctionnel/vraie négation'- cela voudrait dire que ‘ne’ est effectivement un élément fonctionnel (probablement marqueur de la portée maximale de la négation) et que c’est les autres mots négatifs qui contribuent la vraie négation (dans l’interprétation).

(+ un exemple 'ket' sans rien d'autre)

tests classiques - les lectures de DN, distribution avec ‘ket’, réponses négatives permettent de déterminer s’il s’agit d’éléments sémantiquement négatifs ou pas.

Afin de vérifier le statut fonctionnel de 'ne'= d’autres contextes typiquement signalés comme faisant apparaître une négation purement fonctionnelle (que l’on n’interprète donc pas comme une vraie négation) sont - questions négatives, (certains types de comparatives Il a mangé plus que je ne le pensait.), subordonnées introduites par avant (Elle m’a appelé avant qu’elle ne parte)/compléments de verbes comme craindre (Je crains qu’il ne soit en retard)


Quels sont en breton les items de polarité négative? Y-a-t-il des items de polarité positive? Y-a-t-il concordance négative? Est-elle optionnelle?... L'étude demande un tour d'horizon des quantifieurs, des indéfinis, et des noms nus. - On y planche.

Les mots négatifs (Kervella 1947§234): ebet, 'aucun.e'; netra, 'rien'; nikun, 'personne'; mann, 'zéro, rien': mui, 'plus', biskoazh, biken, morse, 'jamais'...

Les noms nus den, 'personne'; hini, tra, 'chose'; banne, contenu d'un verre peuvent devenir des mots négatifs sans l'adjonction de ebet, 'aucun.e'.

Intérêt théorique

Horizons comparatifs

Bibliographie

Description générale

Press, I. 1986. A Grammar of Modern Breton, Mouton, Berlin (p.110-114).

Chalm, E. 2008. La Grammaire bretonne pour tous, An Alac'h embannadurioù (p.86-88).

Ouvrages théoriques

Schafer, R. 1995, ‘Negation and Verb Second in Breton.’, Natural Language and Linguistic Theory 13, 135-172.

Schafer, R. 1992. Negation and Verb Second in Breton. Santa Cruz, UCSC unpublished manuscript.

Schapansky, N. 2000. Negation, Referentiality and Boundedness in Gwenedeg Breton: A Case Study in Markedness and Asymmetry, Lincom Europa, Munich.

Schapansky, N. 1996. Negation, Referentiality and Boundedness in Breton, a case study in markedness and asymmetry, ms thesis.

Description de la variation dialectale

Spécialistes référents pour cette fiche de collectage

Anamaria Falaus, LLING, Université de Nantes/Naoned

David Willis, Selwyn College, Cambridge

Anne Breitbarth, Selwyn College, Cambridge

Questions ouvertes

  • Est-il possible d'utiliser des items de polarité négative sans ket?

Chalm (2008:86) prescrit de ne pas le faire avec ebet (il est de Cap-Sizun), mais une recherche google "ket * ebet" donne 9370 occurences...

Kervella (1947§234) note pour sa part que lorsqu'un mot négatif (dont ebet) est utilisé, on se passe la plupart du temps de mettre ket.