Les interjections

De Arbres
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Il existe de multiples interjections dont le sens varie. Ils ne sont pas toujours traduits, ni traduisibles. Les interjections sont des expressions indépendantes et peuvent être utilisées en isolation.


(1) A, arri 'oas, Michela. Trégorrois, Gros (1966:15)
Ah arrivé étais Michela
'Ah, tu es là, Michela.'


Inventaire

morphologies minimales

Certaines interjections de morphologie minimale sont des mots expressifs de sens vaguement exclamatif. Leur morphologie déroge parfois à la phono-esthétique de la langue. Ils ont un sens minimal, mais traduisible (Troude (1886) traduit Ah! par aioul ! ai ! aiou ! Doue !, et 'Hé bien donc' par ac'han 'ta!). Ces interjections sont typiquement utilisées dans les bandes dessinées.

 A!, O!, Eh!, Ba!, Yao!, Yo!, You!, A la la!, Alo!
 Ale! 'Allez!', Dao! 'Pan!', vlaw! 'paf!, vliw! 'vlan!'


dérivées d'items lexicaux

D'autres interjections ont plus clairement emprunté au stock lexical de la langue, des adverbes aux noms tabous.


 Ac'hanta!, A-toue!, Boulc'hurun!, Chaouss!, Cheinik!, Damen!, Doue!, Feiz!, Foei!, Fidamdoustik!, Fedamdoustek!, Fedamdoulle!, Hopala!, Ma doue!, Mallestoupen!, Sadortallik!, Serpital!, Tañfoeltr!, Te!...   


L'interjection boud! bout on, au jeu, signifie que l'on passe son tour (l'Hôpital-Camfrout, Le Gall 1957).

Ernault (1879-1880:'bara') relève l'interjection d'étonnement ichekoñn en Goëlo et ichecon dans Feiz ha Breiz du 7 juillet 1877, qu'il discute à côté de eur chegad, 'un veau', fig. 'un niais'.

interjections de réponses

Certaines interjections sont des particules affirmatives qui encodent l'attitude du locuteur face au contenu de l'énoncé précédent. C'est le cas de Allas!, Siwazh!, Malerusamant! ou Sur avat!. Les particules affirmatives et négatives Ya 'oui', Geo 'si', Nann 'non', peuvent aussi être considérées comme des interjections en ce qu'elles peuvent apparaître en isolation. La restriction de leurs occurrences en isolation à des actes de discours antécédents peut être traitée en pragmatique.


interjections performatives

Certaines interjections sont performatives, c'est-à-dire qu'elles réalisent un acte de langage (remercier, souhaiter, ordonner...). En cela, elles forment une proposition et une phrase indépendante, et correspondent donc à la définition d'une interjection.

 Salokras!, Digarez 'Pardon' 
 Trugarez!, Mersi! 'Merci!'
 Grik! Peoc'h! 'Chut, silence!'
 Chaous! 'Zut'
 Yec'hed! 'Santé!'
 Demat! 'Bonjour!', Kenavo! 'Au revoir!'


ordres réduits

Certaines interjections sont simplement des ordres réduits de manière elliptique.

 War-sav! 'Debout!', War varc'h! 'A cheval!'
 Arabat!, Arsa! 'Arrête!'
 Dal! 'Tiens'
 Grit peoc'h!


autres

Certaines interjections sont spécialisées sur une adresse, comme certaines insultes, ou les huchements aux animaux. Certains des huchements d'appel sont des onomatopées évoquant un son produit par l'animal lui-même.

Le cas de gwa! en breton moderne est un cas limite, car l'expérienceur doit être amené par la préposition da. Il n'est donc pas indépendant.

Morphologie

La morphologie de certaines interjections est minimale, parfois juste une voyelle. D'autres ont des morphologies plus complexes, grammaticalisations de phrases entières (kenavo).


(2) ɔX te vɛs tao o kunt ano daʁ da vamgoz Saint-Pol-de-Léon, Avezard-Roger (2004a:210)
O, te 'vez atav o kount' anv dac'h da vamm-gozh.
Oh toi est toujours à4 conter nom de ton1 maman-1vieille
'Oh, tu es toujours en train de parler de ta grand-mère'


Syntaxe

restriction aux matrices

Les interjections sont, comme le vocatif, une adresse à l'interlocuteur. Elles sont restreintes au discours direct. Syntaxiquement, on n'en trouve jamais en enchâssées.


(1) Ahanta, Kaou! Mond a ra mad ganéz? Léon, Seite & Stéphan (1957:71)
interjection Kaou aller R1 fait bien avec.toi
'Eh, Kaou, ça va?'


périphérie et incises

Les interjections sont autonomes des autres éléments de la phrase. Elles ne sont jamais sélectionnées par aucun élément de la numération. Elles apparaîssent donc plutôt en périphérie des phrases ou en incises, où elles sont parfois cumulables.


(2) Klev anezhi o lar m'eus graet vat, o ya.
entendre P.elle à4 dire 1SG'a fait cependant oh oui
'Mais je l'ai entendue raconter, ça oui.' Le Juch, Hor Yezh (1983:13)

Sémantique

Sémantiquement, certaines interjections ont des contenus semblables à des particules de discours.

valeur argumentative

Certaines ont une valeur argumentative, comme a-toue! 'c'est que...'. Elles peuvent être oppositionnelles, ou au contraire marquer l'adhésion comme dans les cas prototypique des particules Ya, Geo, Nann.


(2) Mat ! m'en tou, a rankan kaout eur gwaz a-benn miz Du kenta.
bien moi'le jure R1 dois avoir un mari d'ici mois novembre premier
'Bien! Pour sur, je dois avoir un mari d'ici novembre.' Léon (Bodilis), Ar Floc'h (1922:347)


(3) Fedamdoulle! Me na oan ket bet teir eur o kas ar zaout...
moi ne.R1 étais pas été trois heure à4 envoyer le vaches
'Je t'assure que je n'avais pas mis trois heures pour emmener les vaches...'
Trégorrois (Trédrez), Gros (1966:112)


valeur exclamative

Certaines interjections semblent n'avoir qu'une valeur exclamative.


(3) Fedamdoustek! Da goef te a zo joget 'vat!
interjection ton1 coiffe toi R est chiffonnée donc
'Nom d'un chien, comme ta coiffe est chiffonée!' Trégorrois, Gros (1989:'joga')


Elles peuvent intensifier une autre interjection.


(4) A: - Vo ket laret din? B: - O nann, gredan ket...
sera pas dit à.moi Oh non, 1crois pas
'A: 'Tu ne me diras pas?' / B: 'Oh non, je ne pense pas.' Cornouaillais (Le Juch), Hor Yezh (1983:22)


Les interjections exclamatives sont compatibles avec d'autres exclamatifs.


(5) E ma goûg ha rac'h 'm eus bet unan. O ! Na droug !
dans mon2 gorge et tout 1SG a eu un Oh que mal
'J'en ai eu aussi un [furoncle] à la gorge. Oh ! Comme ça fait mal!' Haut-vannetais (JMh), Louis (2015:218)

Emprunt et code-switching

Certaines interjections semblent des emprunts au français, ou l'effet d'un changement de code, comme les nasales en /ɛ᷉/.


(6) [bɛ᷉ ː paˈseːl ʁa bjuz ˈɐxə ˈgiʃə, ᷉ɛ ] Cornouaille (Briec), Noyer (2019:249)
Ben... paseal (a) ra biou aze, e-giz-se, hein.
eh bien passer (R) fait à-côté comme-ça einh
'Eh bien, (le fait est qu')il passe par ici, einh.'


Diachronie

Hemon (1975a:§212,213) relève quelques interjections en moyen breton. Il remarque qu'elles sont construites sans verbe fléchi, à part les impératifs (harz al laer! 'au voleur!', Breton prémoderne, TDE.FB. 935).

  • aey! leun ouf gant angoes, Breton du XVI°, G. 787.
'Oh! I am full of anguish'
  • au chetu me disaereet, Breton 1530, J. p.119.
'Oh! I am unbound!'
  • hau! cleu!, Breton 1557, B. n.371.
'Oh! Hear!'

Les reitérations sont facilement repérables.

  • ha ha, quen scuiz ez-aff na allaf pat, Breton 1557, B. n.583.
'Ah ah! I am getting so tired that I cannot go on'
  • cza! cza! Ma a ray tempest hag estlamm., Breton 1557, B. n.27.
'Now, now! I will storm and rage!'
  • (e) boa boa, chetu chuy bagol!, Am. n.641.
'Bah! Bah! You are in a joyful mood!'
 Troude (1886:'fi!')
 foue ! foe ! ac'h! ac'h-men ! be ! (Prononcez ce dernier comme en français baie.) 
 'Fi, le vilain ! ac'h-men d'al lous ! foe louz ! foe al louz ! harao pennmoc'h ! foe ampoezon !
 Troude (1886:'garde, gare!')
 'Prenez garde !' sorte d'interjection, pour dire qu'il y a danger, etc ; diwallit ! holla 'ta ! lec'h-lec'h !
 'Prends garde !' diwall ! diwall 'ta ! holla 'ta !, Evez!


A ne pas confondre

Une interjection n'emprunte pas forcément un son provenant du dehors du langage. C'est une propriété qui la distingue nettement d'une onomatopée.

Sa forme peut être entièrement arbitraire, ce qui la distingue des mots expressifs.


Terminologie

KAG (2016) utilise pour 'interjection' le terme estlamadell, ce qui couvre leur usage exclamatif. Chalm (2008) utilise ger hopal, ce qui couvre leur usage d'interpellation.


Bibliographie