Doublage des marques de singulier sur les noms

De Arbres
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Enjeu Théorique

L’enjeu théorique est réel : une approche fonctionnelle des marquages morphologiques suppose que les marquage morphosyntaxique suit les besoins de l’interprétabilité. Cette hypothèse ne peut cependant pas prédire un doublage morphologique de marques de type sémantiquement diamétralement opposé comme les marques du singulatif et du pluriel.

Quelle est la fonction du singulatif sur base au singulier?

Le radical, on l'a vu, quel que soit sa catégorie, peut être syntaxiquement singulier. Il est donc faux de prétendre que la motivation fonctionnelle du morphème dit ‘singulatif’ est de rendre un radical syntaxiquement singulier.

Sa motivation fonctionnelle est-elle alors uniquement sémantique ?

Tout d'abord, le radical peut être sémantiquement singulier (massique). Il est donc faux de prétendre que la motivation fonctionnelle du morphème dit ‘singulatif’ est de rendre un radical sémantiquement singulier.

De plus, une telle hypothèse devrait rendre compte du fait que le singulatif peut se trouver après un pluriel oublié (Kervella 1947 :§846), auquel cas il n’est plus individuant en synchronie.

Lectures du singulatif sur base formée d'un pluriel oublié

sens racine racine + PL oublié + -enn sens obtenu
(11) a. ‘chant’ kan kana-ou-enn 'chanson'
b. 'mauvaise herbe, herbe médicinale' *louz- louza-ou-enn 'médicament'
c. ‘information’ *kel- kela-ou-enn 'magazine d’information'


Le morphème singulatif n’est par ailleurs pas restreint aux radicaux syntaxiquement singuliers : le radical auquel le singulatif s’ajoute peut aussi être syntaxiquement pluriel. Comment définir l'opération sémantique effectuée par un singulatif sur une base plurielle?

Quelle est donc la fonction syntaxique et sémantique du singulatif?

La littérature générativiste préoccupée de comparaison typologiques, cite les articles de Anderson (1986) et Stump (1989) depuis 15 ans comme soulevant un débat très actuel en linguistique (cf., dernièrement, entre autres, le projet de recherche Veni award de Jenny Doetjes, U. Leiden & projet sur la pluralité verbo-nominale dirigé par P. Cabredo-Hofherr UMR 7023).

Bibliographie

Analyses théoriques

Acquaviva, P. 2008. Lexical plurals, A morphosemantic Approach, Oxford University Press. summary

Anderson, S. R. 1986. ‘Disjunctive Ordering in Disjunctive Morphology’, Natural Language and Linguistic Theory 4 :1-31.

Stump, G. T. 1989. A note on Breton pluralization and the Elsewhere Condition, Natural Language and Linguistic Theory, 7:261-73.

Costaouec, D. XXXX. "Affixe ou modalité ? Le cas du singulatif et du duel en breton", Actes du Colloque en hommage à B. Vardar, Université d’Istanbul.

Documentation de la variation dialectale

Il existe quelque documentation de la répartition dialectale du singulatif –enn dans l’ALBB (Le Roux 1924-1953).

La carte 385 illustre la répartition géographique des formes pour ‘chienne’ au singulier syntaxique et au pluriel sémantique (apparition après un cardinal) : on y voit que l’apparition du singulatif -enn est alors restreinte au sud de la Cornouaille.

Cependant, les dérivations complexes, ainsi que le contenu sémantique exact afférent à chaque pas de la dérivation sont extrêmement sous-documentés, et la variation dialectale n’est pas actuellement prise en compte dans les discussions théoriques concernant ces constructions.

Spécialistes référents pour cette fiche thématique de collectage

Paolo Acquaviva

Jenny Doetjes, U. Leiden (LUCL)

Camelia Constantinescu, U. Leiden (LUCL)

Kateřina Součková, U. Leiden (LUCL)

P. Cabredo-Hofherr UMR 7023

Marijke De Belder, Utrecht University, Hogeschool-Universiteit Brussel