Dérivation : Différence entre versions

De Arbres
Aller à : navigation, rechercher
(histoire dérivationnelle d'une phrase)
 
(11 révisions intermédiaires par le même utilisateur non affichées)
Ligne 57 : Ligne 57 :
 
=== dérivation sur base plurielle et composée ===
 
=== dérivation sur base plurielle et composée ===
  
La langue bretonne est particulière en ce qu'ele permet les dérivations sur base plurielle, comme dans ''levraoueg'' 'bibliothèque'. Certains suffixes sont même spécialisés sur les bases plurielles, comme ''[[-a]]'' dans ''paotreta'' 'draguer des garçons', bâti sur le pluriel ''paotred'' 'garçons'.
+
La langue bretonne est particulière en ce qu'elle permet les dérivations sur base plurielle, ou à partir de mots composés.
  
On trouve aussi des dérivations sur [[mots composés]], comme dans le cas de ''kaoc'hkezeta'', 'chercher du crottin de cheval', bâti sur ''[[kaoc'h]]-[[kezeg]]'' 'crottin de cheval'.
 
  
 +
Une base plurielle est repérable dans le nom ''levraoueg'' 'bibliothèque', nom dérivé à partir du nom ''levr'' sous sa forme plurielle (simplifiée) *''levroù'', de ''levrioù''. On voit aussi une base plurielle dans le [[verbe]] ''darnaouiñ'' 'partager, distribuer' sur le pluriel ''darnoù'' de ''[[darn]]'' 'morceau'.
 +
 +
Certains [[suffixes]] sont même surtout utilisés avec des bases plurielles, comme ''[[-a]]'' dans ''paotreta'' 'draguer des garçons', bâti sur le pluriel ''paotred'' 'garçons'.
 +
 +
 +
On trouve aussi des dérivations sur [[mots composés]], comme dans le cas de ''kaoc'hkezeka'', 'chercher du crottin de cheval', bâti sur ''[[kaoc'h]]-[[kezeg]]'' 'crottin de cheval', sur lequel est affixé le [[verbe léger]] ''[[-a]]'' 'chercher, rechercher'.
  
 
== Dérivation syntaxique ==
 
== Dérivation syntaxique ==
Ligne 68 : Ligne 73 :
  
 
   [[Radford (1997)|Radford (1997]]:§258):
 
   [[Radford (1997)|Radford (1997]]:§258):
   La dérivation d'une [[structure]] donnée est la (représentation de) l'ensemble des opérations ([[Soudure]] et [[Mouvement syntaxique|Mouvement]]) utilisées pour former la [[structure syntaxique]].
+
   "La dérivation d'une [[structure]] donnée est la (représentation de) l'ensemble des opérations ([[Soudure]] et [[Mouvement syntaxique|Mouvement]]) utilisées pour former la [[structure syntaxique]]."
  
  
Ligne 80 : Ligne 85 :
  
 
{| class="prettytable"
 
{| class="prettytable"
| (1)|| Eur mell gaou  || ne oa || ken || _.
+
|(1)|| Eur || mell || gaou  || ne oa || ken || _.
 +
|-
 +
||| [[art|un]] || [[mell|grand]] || [[gaou|mensonge]] || [[ne]] [[COP|était]]|| [[ken|autre.chose]]|| <''un grand mensonge''>
 
|-
 
|-
| || [[art|un]] [[mell|grand]] mensonge || [[ne]] [[COP|était]]|| [[ken|autre.chose]]|| <''un grand mensonge''>
+
|||colspan="10" | 'Ce n'était qu'un gros mensonge.'
 
|-
 
|-
| ||colspan="4" | 'Ce n'était qu'un gros mensonge.'||||||''Léonard, (Cléder)''|| [[Seite (1998)|Seite (1998]]:37)
+
|||||||colspan="10" |''Léonard, (Cléder)'', [[Seite (1998)|Seite (1998]]:37)
 
|}
 
|}
 
  
 
== Terminologie ==
 
== Terminologie ==
Ligne 92 : Ligne 98 :
 
Pennaod utilise le terme breton ''kenstrollad'', ''kenstrolladur'' pour 'composition'.
 
Pennaod utilise le terme breton ''kenstrollad'', ''kenstrolladur'' pour 'composition'.
  
[[Press (1986)|Press (1986]]:233) traduit ''deveradur'' par l'anglais ''derivation''.
+
[[Favereau (1993)]] donne ''deveradurezh'' et ''diveradurezh'' 'dérivation grammaticale'. [[Press (1986)|Press (1986]]:233) traduit ''deveradur'' par l'anglais ''derivation''. Sur wikeriadur, les listes de dérivations d'un item donné est noté ''deveradoù''.
  
 
== Bibliographie ==
 
== Bibliographie ==
  
* Stump, G. T. 1990. 'La morphologie bretonne et la frontière entre la flexion et la dérivation', ''[[La Bretagne Linguistique]]'' 6, CRBC.  
+
* [[Stump (1990b)|Stump, G. T. 1990]]. 'La morphologie bretonne et la frontière entre la flexion et la dérivation', ''[[La Bretagne Linguistique]]'' 6, CRBC, 185-237.  
 +
 
 
* Lannuzel, Fulup. 2015. 'Penaos sevel gerioù nevez azas ha kaer ?', ''Hor Yezh'' 284, 25-35.
 
* Lannuzel, Fulup. 2015. 'Penaos sevel gerioù nevez azas ha kaer ?', ''Hor Yezh'' 284, 25-35.
  
  
 
[[Category:fiches|Categories]]
 
[[Category:fiches|Categories]]

Version actuelle datée du 30 août 2021 à 20:17

L'opération de dérivation recouvre des processus différents en syntaxe et en morphologie.


Dérivation morphologique

La morphologie dérivationnelle est l'étude des processus par lesquels un type de mot peut en former un autre.

Par exemple, en ajoutant le suffixe agentif -our au nom yezh 'langue', on obtient yezhour: 'linguiste'.


traces visibles de dérivation

Lorsque le suffixe pluriel -où porte l'accent de mot, il est réalisé en -aoù-. En KLT, cela se produit typiquement lorsqu'un suffixe unique suit ce suffixe -où, ce qui le place en situation pénultième où tombe l'accent.

En (1), le suffixe pluriel ne porte pas l'accent et est réalisé en /u/. En (2), un suffixe agentif -er, -our a été ajouté et le suffixe pluriel porte l'accent de mot. Il est réalisé en /au/.


(1) pilh 'chiffons'

(2) pilhaouer 'chiffonnier'


On trouve cependant aussi ce morphème -aou- hors accent. En (3), un autre suffixe a été rajouté au complexe, -ien. Le suffixe pluriel ne porte plus l'accent de mot. Il est cependant toujours réalisé en /au/.

(3) pilhaouerien, 'chiffonn-ier-s', Le Juch, Hor Yezh (1983:25)


L'hypothèse que la dérivation est cyclique et applique l'accent de mot à chaque nouvelle suffixation prédit correctement ces faits: la réalisation de (3) dépend de l'étape en (2).


économie du lexique

La dérivation morphologique permet à une seule racine d'être utilisée dans nombre de mots de sens et de catégorie différents.


(1) poell, 'raison, bon sens, intelligence, discrétion, retenue'

poell.us, poell.eg, 'sensé, réfléchi, discret'
poell.us.ted, 'discrétion, intelligence active'
poell.egezh, 'discrétion, retenue habituelle'
poell.gor, 'comité'
poell., 'réfléchir, comprendre, s'appliquer à qqch'
poell.ad, 'effort, travail, réflexion'
poell.ad.enn, 'tâche, exercice scolaire'
poell.ad.us, 'laborieux'
ar.boell, 'épargne'
ar.boell., 'épargner, ménager'
ar.boell.er, 'épargnant'
ar.boell.erez, 'économie politique'
ar.boell.us, 'parcimonieux'
di.boell, 'insensé'
di.boell., 'devenir fou'
berr.boell, 'versatile, insensé'
berr.boell.ig, 'volage, étourdi'
berr.boell.ded, 'versatilité'


dérivation sur base plurielle et composée

La langue bretonne est particulière en ce qu'elle permet les dérivations sur base plurielle, ou à partir de mots composés.


Une base plurielle est repérable dans le nom levraoueg 'bibliothèque', nom dérivé à partir du nom levr sous sa forme plurielle (simplifiée) *levroù, de levrioù. On voit aussi une base plurielle dans le verbe darnaouiñ 'partager, distribuer' sur le pluriel darnoù de darn 'morceau'.

Certains suffixes sont même surtout utilisés avec des bases plurielles, comme -a dans paotreta 'draguer des garçons', bâti sur le pluriel paotred 'garçons'.


On trouve aussi des dérivations sur mots composés, comme dans le cas de kaoc'hkezeka, 'chercher du crottin de cheval', bâti sur kaoc'h-kezeg 'crottin de cheval', sur lequel est affixé le verbe léger -a 'chercher, rechercher'.

Dérivation syntaxique

La syntaxe dérivationnelle est une syntaxe qui postule que la syntaxe de la phrase consiste en une série ordonnée de processus qui s'appliquent les uns après les autres. C'est par exemple le cas d'une grammaire de vérification de traits.


 Radford (1997:§258):
 "La dérivation d'une structure donnée est la (représentation de) l'ensemble des opérations (Soudure et Mouvement) utilisées pour former la structure syntaxique."


histoire dérivationnelle d'une phrase

L'histoire dérivationnelle d'un élément est constituée de son lieu d'origine et de tous les sites où il a été bougé, jusqu'à son lieu d'apparition dans la phrase.


La phrase en (1) est sémantiquement équivalente à Ne oa ken ur mell gaou. La différence dans l'ordre des mots est en corrélation avec un changement dans la structure informationnelle: la présence d'un groupe nominal avant la négation ne force sur lui une lecture de focus. La dérivation de la phrase comprend le passage du groupe ur mell gaou en périphérie gauche de la phrase, afin d'obtenir cette lecture de focus.


(1) Eur mell gaou ne oa ken _.
un grand mensonge ne était autre.chose <un grand mensonge>
'Ce n'était qu'un gros mensonge.'
Léonard, (Cléder), Seite (1998:37)

Terminologie

Pennaod utilise le terme breton kenstrollad, kenstrolladur pour 'composition'.

Favereau (1993) donne deveradurezh et diveradurezh 'dérivation grammaticale'. Press (1986:233) traduit deveradur par l'anglais derivation. Sur wikeriadur, les listes de dérivations d'un item donné est noté deveradoù.

Bibliographie

  • Lannuzel, Fulup. 2015. 'Penaos sevel gerioù nevez azas ha kaer ?', Hor Yezh 284, 25-35.