Krommlec'h

De Arbres
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Le nom krommlec'h [kʀɔmlεX] dénote un 'cromlech', un "monument mégalithique composé de blocs dressés disposés en cercle, parfois autour d'un plus grand, orientés en fonction de la position du soleil levant au moment du solstice, et servant aux rites celtiques et gaulois" (CNRTL).


Morphologie

composition

Le premier élément est l'adjectif kromm 'courbe, recourbé'. Le second élément est un nom qui signifie 'pierre plate' et qui n'est plus attesté en breton moderne (Matasović 2009:'flikkā' le trouve attesté en breton moderne, mais c'est parce que la période du breton moderne commence selon la tradition classique en 1800). Ernault (1927), répercuté dans Menard (2016), donne lec'h 'grande pierre plate, mégalithe'.

Diachronie

Deshayes (2003) considère que le nom krommlec'h est apparu en breton pour la première fois dans Vallée (1931). Il la dérive d'une forme orthographiée cromlech qu'il considère empruntée au gallois cromlech, cromlech dolmen' ou au cornique cromlegh 'cromlech, dolmen'.


lech 'pierre plate'

Matasović (2009) rassemble les données de GPC II: 2123, Delamarre (2001:201), de Bernardo Stempel (1999:178, 508ff) et propose pour -lech la racine proto-celtique * flikkā 'pierre (plate)' qui donne dans la branche goïdélique le vieil irlandais lecc [ā f] 'pierre (tombale), pierre, dalle de pierre plate', et dans la branche brittonique le moyen gallois llech [f] 'ardoise, dalle de pierre' et le cornique lehan. Cette racine est dérivée du proto-indoeuropéen * plkeh2 'surface plane' (IEW:831f.), en relation avec le toponyme gaulois Are-lica, et hors domaine celtique avec le grec pláks 'pierre plate' et le vieux norse flá. Matasović (2009) ajoute en addendum que la source de la géminée dans le proto-celtique * flikkā est peu claire, avec peut-être un suffixe vélaire * -keh2 sur la racine * plk-.

Deshayes (2003) date la première attestation en breton de lech 'mégalithe, dolmen, roche plate' en 1478. Il met ce nom breton lech en relation avec le cornique legh 'roche plate, rebord, bloc', le gallois llech 'ardoise, dalle, rocher, falaise', le vieil irlandais lecc, l'irlandais leac 'pierre plate', et le gaulois licca 'pierre plate, dalle'. Ces mots sont selon lui issus du celtique * likka-.


à comparer avec liac'h 'pierre plate'

Le nom lech 'pierre plate' n'est plus attesté en breton moderne, mais un nom archaïsant de sens identique qui lui ressemble y subsiste sous la forme liac'h, avec liac'h-ven 'monument mégalithique' dans Le Pelletier (1752) et Ernault (1927), répercutés dans Menard (2016).

Selon Matasović (2009:'līwank-'), Le breton moderne liac'h est un emprunt au goïdélique, par exemple le vieil irlandais líe, lïa, lïac [Gen s], qui remonte à la racine proto-celtique * līwank- 'pierre, pillier' et plus loin au proto-indo-européen * leh1- 'pierre' (IEW:683). Dans le domaine roman, cette racine a donné l'ancien français lave n. f. 'pierre de grès, plate et de forme irrégulière' (Godefroy 1901) et le français lause 'pierre plate' (CNRTL) et losange (CNRTL).

à ne pas confondre: -lec'h n'est pas 'lieu'

Les brittophones modernes entendent le composé en kromm-lec'h littéralement 'lieu courbe', ce qui évoque de façon contextuellement adéquate un cromlech à la Stonehenge, mais est étymologiquement erroné.

Deshayes (2003) atteste lech 'lieu' en 1464, dérivé du vieux breton legh 'lieu, place', tiré du celtique * lek-s-o-. Il y a en breton moderne de multiples composés en -lec'h 'lieu'. La seule finale en -lec'h qui pourrait présenter une lecture ambigüe entre 'lieu' et 'pierre' est peut-être eurlec'h, nom masculin, 'cadran solaire' de eur + lech, "du vieux breton orlegh" (Deshayes 2003).

Horizons comparatifs

emprunté du celtique en français

Le nom français cromlech a été emprunté au domaine celtique lors de la période romantique. Le CNRTL atteste le terme français en 1785 avec cromleh 'construction mégalithique composée de pierres plates posées perpendiculairement sur des pierres verticales'. La source de cet emprunt celtique en français est, selon les analyses, bretonne ou galloise (via un emprunt en anglais).

 Maître (1896:36):
 "Les géographes de l'Anjou assignent aux Ambilâtres, autre peuplade citée par Pline, le territoire qui a porté le nom de Mauges entre les Ponts de Cé et la Sèvre. Cette contrée présente, en effet, des caractères spéciaux qui lui impriment une physionomie particulière entre toutes les divisions angevines. Les peulvens, les dolmens, les tombelles, les cromlechs y abondent..."


la route continentale

D'Arbois de Jubainville (1897) donne le français cromlech comme emprunté au breton. Le dictionnaire Littré a la même hypothèse avec cromlek (krom'-lèk), nom masculin, 'pierres verticales, disposées symétriquement en cercle et qu'on attribue aux anciens Celtes', dont l'origine est supposée "bas-bretonne" avec une forme kroumlech' composée de kroumm 'courbe et de lech' 'pierre sacrée'.


la route insulaire

Even (1953) considère, lui, que le mot français est un emprunt au gallois par l'intermédiaire de l'anglais (comme les noms catogan, gringalet, pingouin).

Selon le CNRTL, en anglais, les formes kromlech ou cromlech sont attestées au XVII° et XVIII°. Elles sont issues du gallois cromlech (1695), forme attestée antérieurement comme nom propre en 1603 et dès le XIV°, avec la forme cromlegh dans un document de Cornouailles, composé de crom féminin de crwm 'courbé' et llech 'pierre (plate)'. En gallois, Cambry (1805:298, 213) cite les formes crom-lech, crom-leach, cromla ou lech-crom 'pierre courbe ou cercle de pierres'.

une finale particulière au français ?

Le Dictionnaire de l'Académie Française de 1878 et le dictionnaire Littré de 1932 donnent à ce nom une finale en /k/ avec [kʀɔmlεk], en considérant (mais pourquoi?) qu'en breton, la graphie c et ch se prononcerait /k/. Le dictionnaire Larousse du XIX° et le Nouveau Larousse illustré ont aussi l'entrée cromlek.

Bibliographie

  • Bottin. 1819. Rapport sur les travaux de la Société [royale des Antiquaires de France], présentation lue le 30 mai 1819.
  • Cambry, M. 1805. Monuments Celtiques, ou recherches sur le culte des pierres, Précédées d'une notice sur les Celtes et sur les Druides, et suivies d’Étymologies celtiques, Paris, Johanneau, An XIII.
  • Loth, J. 1894. 'Mélanges', Henri d'Arbois de Jubainville (dir.), avec le concours de Joseph Loth et d’Émile Ernault , Revue Celtique XV, 221–223.
  • Maître, Léon. 1896. 'Les conquêtes bretonnes au delà de la Loire', Annales de Bretagne XII:1, 33-59.