Condition B du liage : Différence entre versions

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La Condition B du [[liage]] stipule qu'un pronom [[anaphorique]] non-[[pronom réfléchi|réfléchi]] est autorisé uniquement dans la mesure où il n'est pas [[lié]] dans son domaine [[local]].
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La Condition B du [[liage]] est un universel de langage qui stipule qu'un pronom [[anaphorique]] non-[[pronom réfléchi|réfléchi]] est autorisé uniquement dans la mesure où il n'est pas [[liage|lié]] dans son domaine [[local]]. Il ne peut pas avoir un [[antécédent]] local [[référence|co-référent]] qui le [[c-commande]].
  
Il ne peut pas avoir un [[antécédent]] local [[référence|co-référent]] qui le [[c-commande]].
 
  
 
En (1), le pronom non-réfléchi en fin de phrase peut [[co-référer]] avec ''Yann'', mais pas avec ''Lenaig''. Selon la condition B du liage, cela s'explique par le fait qu'il existe un [[antécédent]] qui co-réfère avec ''Lenaig'' dans le domaine [[local]] de l'[[anaphore]] (le [[pronom vide]] de l'infinitive: [[PRO]]).   
 
En (1), le pronom non-réfléchi en fin de phrase peut [[co-référer]] avec ''Yann'', mais pas avec ''Lenaig''. Selon la condition B du liage, cela s'explique par le fait qu'il existe un [[antécédent]] qui co-réfère avec ''Lenaig'' dans le domaine [[local]] de l'[[anaphore]] (le [[pronom vide]] de l'infinitive: [[PRO]]).   
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| (1) || Pedin a reas ||Yann||Lenaig || ||da respont||'''anezhañ /*anezhi'''.
 
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Version actuelle datée du 5 décembre 2019 à 13:23

La Condition B du liage est un universel de langage qui stipule qu'un pronom anaphorique non-réfléchi est autorisé uniquement dans la mesure où il n'est pas lié dans son domaine local. Il ne peut pas avoir un antécédent local co-référent qui le c-commande.


En (1), le pronom non-réfléchi en fin de phrase peut co-référer avec Yann, mais pas avec Lenaig. Selon la condition B du liage, cela s'explique par le fait qu'il existe un antécédent qui co-réfère avec Lenaig dans le domaine local de l'anaphore (le pronom vide de l'infinitive: PRO).


(1) Pedin a reas Yann Lenaig da respont anezhañ /*anezhi.
inviter R fit Yann Lenaigx [ PROx de répondre P.lui / P.elle ]
'Yann a demandé à Lenaig de lui répondre (à lui/*à elle).' Trégorrois, Stephens (1990:157)


En (2), ur beg lie le pronom fort indépendant me: il y a clairement c-commande et co-référence. Cependant, me n'apparaît pas comme un réfléchi car ur beg est en dehors de son domaine local. Me n'est donc pas lié dans son domaine local.


(2) / or ˌbeɡ min'ɛrɡɛz/
eur beg [CP m’en argas ].
un bouche moi le rejeter
'une personne difficile à satisfaire', Plozévet, Goyat (2012:249)


Hendrick (1990:123) note que quand le pronom est lié dans sa catégorie gouvernante comme en (3), il ne peut pas coréférer avec le pronom qui le lie. En (3), le pronom sujet et le destinataire peuvent être tous les deux à la troisième personne du pluriel, mais ne peuvent pas être compris comme co-référents.


(3) Skrivañ a reont dezho.
écrire R fonti à.eux*i/j
'Ils lui écrivent', Standard, Hendrick (1990:123)


Invisibilité syntaxique à l'intérieur d'un composé morphologique

En (3), le pronom objet proclitique he est à l'intérieur d'un composé morphologique formant un nom. Le pronom est licite malgré sa co-référence madame et son absence de morphologie réflexive. La traduction en français donne un mot-à-mot agrammatical.


(3) Madame lez-he-gwintañ.
madame laisse-la-culbuter Le Scorff, Ar Borgn (2011:35)
# 'Madame se-laisse-culbuter' / * 'Madame laisse-la-culbuter.'