Ar pezh

De Arbres
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Ar pezh est un syntagme nominal, littéralement 'la pièce', ou 'le morceau', qui a grammaticalisé en un pronom relatif inanimé (cf. 'ce que').


(1) M'eus ket soñj ag ar pezh oa...
1SG a pas souvenir de le pièce était
'Je ne me rappelle plus ce que c'était/de la pièce que c'était...'
Vannetais (Arradon), Audic (2011:15)


Ar pezh est parfois utilisé comme quantifieur de degré ou comme l'équivalent d'un singulatif.


Nom

singulatif

Le nom pezh peut servir de singulatif lexicalisé pour un nom collectif (Kervella 1947:§343).

(2) dilhad > ur pezh dilhad

'habit' > 'une pièce d'habit' > un habit

un nom quantifieur de degré

Pezh, 'morceau', comme mell et pikol, 'énorme'; et leurs dérivés mellad et pezhiad, (contenu d’un gros morceau) sont souvent cités comme des exemples d'adjectifs prénominaux. Cependant, comme souligné par Kervella (1995:§512) repris par Trépos (2001:§228), il s'agit non pas d'adjectifs mais de noms, comme le montrent leurs marques de pluriel typiquement nominales:

pezhioù, mell, pikolioù, pezhiad, mellad


forme plurielle

Pezh se met effectivement au pluriel devant des noms au pluriel. Le mot pezh peut aussi se trouver suffixé par le morphème -où hypocoristique distinct du pluriel.


(3) /pexjew byga:laj /
morceaux enfants
'des enfants robustes.' Groix, Ternes (1970:226)


(4) péjó tut
morceau gens
'des gens énormes'
(souvent des enfants, avec un sens hypocoristique) Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)


dans le syntagme

Pezh se situe devant le syntagme nominal.


(4) e pés tɑ̃m kiķ Trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
ur pezh tamm kig
une morceau morceau viande
'un très gros morceau de viande'


Le nom pezh peut se trouver devant pikol, ou malestoue.

  • e pés piķol lwę̃nn, 'une énorme bête', trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)
  • péjó malestouéó tié, 'd'énormes maison', trégorrois (Plougrescant), Le Dû (2012:45)

Pronom relatif

Comme pronom relatif inanimé, (ar) pezh correspond au français ce que (Chalm 2008:§Q5).

Les pronoms relatifs ont toujours un interrogatif équivalent, mais l'interrogatif pezh du moyen breton a disparu dans la langue moderne, où il a été remplacé par petra.

  • pez a leueret huy yuez?, B.n.771, breton 1557, cité dans Hemon (2000:§81)


morphologie

L'article est parfois élidé dans le pronom relatif.


(1) [ tut pe ɥelǝt nǝdǝtʃǝ daɲ ]
tout 'pe(zh)i 'welit _i nend eo ket din.
tout N R voyez ne est pas à.moi
'Tout ce que vous voyez n'est pas à moi.' Bas-vannetais, Nicolas (2005:49)


(z) Setu amañ ar pezh a skrivas _, 'voici ce qu'il écrivit',

Piv a ouio pezh a soñje _?, 'qui saura ce qu'il pensait?', Standard, Chalm (2008:§Q5)


syntaxe

Ce pronom relatif lie une lacune du sujet ou de l'objet de l'enchâssée.


(2) Morse n'e-noa bet disklêriet an den-ze ar pezh a oa erruet _ ganin.
jamais ne R-avait été dit le homme- le N R était arrivé à.moi
'Jamais cet homme n'a raconté ce qui m'était arrivé.'
Uhelgoat, Skragn (2002:21)


pronom interrogatif

En vannetais, pezh est un pronom interrogatif équivalent au standard peseurt. Le moyen-breton pezh avait aussi cet usage (Hemon 2000:§81)


(1) E pezh kours ag ar ble?
dans quel moment de le année
'A quel moment de l'année?' Vannetais (Arradon), Audic (2011:15)